"Les Aventures de Spirou et Fantasio" : Il leur manque des cases

BD BRADÉE | de Alexandre Coffre (Fr., 1h29) avec Thomas Solivérès, Alex Lutz, Ramzy Bedia…

Vincent Raymond | Mercredi 28 février 2018

Photo : ©Sony Pictures Releasing France


Un rat d'hôtel roux déguisé en groom et un journaliste frustré en quête de scoop partent à la recherche d'un inventeur de génie enlevé par un atrabilaire maléfique, désireux de dominer le moooonde. Et voilà comment déboulent des bulles Spirou, Fantasio, Champignac et Zorglub…

Réussir l'adaptation d'une bédé au cinéma tient de l'exploit, surtout lorsqu'il s'agit de l'école franco-belge : seul Alain Chabat s'en est tiré sans trop de dégâts (et encore, au risque de défriser la doxa, avec plus de réussite dans Le Marsupilami que dans Mission Cléopâtre).

Les raisons expliquant qu'Alexandre Coffre achoppe sont obvies à la vision de ce film d'aventures bon marché. Par exemple, gratifier ses personnages principaux d'un air ahuri permanent et faire jouer à Alex Lutz — qui avait quelque chose à défendre physiquement en Fantasio — un faire-valoir façon Jar Jar Binks de théâtre de boulevard, c'est peut-être bon pour un public de 6 ans (et encore), mais destructeur pour le reste de l'assistance. Spielberg et Chabat (encore lui) pensent toujours à combiner plusieurs niveaux de lecture parallèles, afin de ne frustrer personne.

Si l'on consent à la licence narrative faisant de Spirou, au tout début, un délinquant, on pardonne moins la médiocrité de sa rencontre fortuite avec Fantasio dans un palace sur fond de rivalité : ce décalque asthénique de la formation du duo Lord Brett Sinclair/Danny Wilde est loin d'égaler la fameuse paire d'Amicalement vôtre ! Privées de l'humour et de l'esthétique de Franquin dont elle semble pourtant se réclamer, ces péripéties molles ne peuvent mettre à mette leur crédit qu'un personnage : celui de Zorglub à qui Ramzy Bedia donne la juste épaisseur. C'est bien peu.


Les aventures de Spirou et Fantasio

De Alexandre Coffre (Fr, 1h29) avec Thomas Solivérès, Alex Lutz, Ramzy Bedia...

De Alexandre Coffre (Fr, 1h29) avec Thomas Solivérès, Alex Lutz, Ramzy Bedia...

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"Les Fantasmes" : Six couples en quête d’ardeur

ECRANS | Faut-il mettre du piment ou du sel sur sa vie de couple ? Et comment faire son conjoint ne partage pas les mêmes goûts ? Les frères Foenkinos s’attaquent à la drôle de cuisine des fantasmes amoureux dans un film à sketches où les uns mitonnent, les autres mythonnent…

Vincent Raymond | Lundi 16 août 2021

Six histoires où les relations amoureuses répondent à des impératifs différents de la “norme“ car l’un des partenaires (ou les deux) vit sa passion en assouvissant un jeu de rôle sexuel. Six sketches autour de fantasmes, de ce qu’ils provoquent au sein d’un ménage, mais aussi à l’extérieur… Rêve ou pulsion, le fantasme tient à la fois de l’idéal, de l’interdit ou de la transgression possible dont on ne sait jamais s’il faut, si l’on doit, la conserver comme une ligne d’horizon infranchissable ou bien l’assouvir. Parfait Janus, sa capiteuse ambiguïté le rattache autant à la séduction érotique mutuelle qu’à des formes de perversions inquiétantes qu’on n’aimerait pas croiser le soir dans une rue déserte. Bref, il est doté d’un spectre large et affriolant lui permettant d’être attaqué par la face nord du drame et de la perversion sinistre comme celle, plus légère, de la comédie ludique. Si telle est l’option retenue par les frères Foenkinos, ceux-ci ne se privent cependant jamais de recourir à l’humour noir-grinçant. L’on croise ainsi des personnages tendres et maladroits comme dans La Délicatesse

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"T’as pécho ?" : Bisous dans le cours

ECRANS | De Adeline Picault avec Ramzy Bedia, Vincent Macaigne, Sophie-Marie Larrouy

Vincent Raymond | Mardi 25 août 2020

Arthur, 15 ans, fait partie des bolos du lycée. Pour que cela change, il demande à Ouassima (dont il est secrètement épris) de lui prodiguer, ainsi qu’à trois autres ringards, des cours pour pécho des filles. La belle accepte pour des raisons pécuniaires, sans se douter des conséquences… Ah, les films pour ados français… Un carnaval de clichés, de faux parler jeune, de gags salaces et de situations lourdes. Difficile d’y échapper : accusant deux, voir trois fois l’âge des protagonistes (donc des cibles visées), ceux qui sont aux manettes de ces productions ont une vision fatalement biaisée de la tribu des 15-20 ans. En découlent des films de vieux et/ou bourgeois, où les héros étudient au Lycée Henri-IV (avec odeur d’encaustique intégrée), résident dans les beaux arrondissements parisiens (180m2 parquet Versailles ou point de Hongrie) auprès de leurs parents cadres supérieurs adeptes de l’adultère. Tout projet s’écartant de ces critères mérite attention ; T’as pécho en fait partie. Sans être un chef-d’œuvre — l’histoire res

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Merveilles à Montfermeil : Corbeille et somme

ECRANS | De et avec Jeanne Balibar (Fr., 1h49) avec également Emmanuelle Béart, Ramzy Bedia…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Merveilles à Montfermeil : Corbeille et somme

Fraîchement séparés, Joëlle et Kamel se côtoient tous les jours au sein de l’équipe la Maire de Montfermeil, une illuminée rêvant, entre autres excentricités années 1980, d’implanter une école de langues démesurée dans cette cité de banlieue. Cela n’arrangera pas leurs relations… Intrigante et prometteuse, la séquence d’ouverture montrant le couple Balibar/Bedia se disputant en arabe devant une juge des divorces abasourdie aurait pu — dû ? — constituer l’alpha et l’oméga de cette pseudo comédie politique, mais authentique catastrophe artisanale. Première réalisation solo de la comédienne-chanteuse intello (récemment enrubannée d’un hochet républicain, dans la même promotion que le patron de BlackRock), ce “machin“ a faux sur toute la ligne. La forme, tout d’abord : écrit et joué en dépit du bon sens, il offre à une troupe de bobos hors sol vêtu arty sexy l’occasion de glapir du cri primal dans un simulacre pathétique de Rendez-vous en terre inconnue. Le fond, ensuite. Prêchant

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"Terminal Sud" : Kakfa à la Méditerranée

ECRANS | De Rabah Ameur-Zaïmeche (Fr.-Alg., avec avert. 1h36) avec Ramzy Bedia, Amel Brahim-Djelloul, Slimane Dazi…

Vincent Raymond | Mercredi 20 novembre 2019

Un pays méditerranéen indéfini de nos jours, en proie à un conflit civil et religieux. Non aligné, un médecin tente d’exercer son métier malgré les tracasseries ordinaires et les incitations de ses proches à migrer en sûreté. Un jour, sa situation s’envenime malgré lui… Porté un Ramzy Bedia inspiré (comme il l’est souvent lorsqu’on lui confie un rôle dramatique), Rabah Ameur-Zaïmeche signe sans doute son film le plus abouti. Celui dont le récit s’avère le plus linéaire, mais surtout celui dont l’histoire est la plus universelle. Le contexte méditerranéen, l’évocation d’une guerre de décolonisation, la Nation déchirée et la question de la trahison… Autant de thèmes qui font écho à l’œuvre de Camus dont le cinéaste offre ici une forme de continuation contemporaine. Jusqu’à l’absurdité d’une séquence de torture qui, elle, renvoie moins à la pensée camusienne qu’à l’absurdité tchèque des procès de Prague (voir L’Aveu), quand des trésors de raffinements staliniens étaient mis en œuvre pour que des innocents s’accusent de forfaits dont ils ne connaissaient même pas l’existence.

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"Edmond" : Naissance d’un nouveau nez

Pif parade | De et avec Alexis Michalik (Fr., 1h50) avec également Thomas Solivérès, Olivier Gourmet, Mathilde Seigner…

Vincent Raymond | Mercredi 9 janvier 2019

Malgré la présence de Sarah Bernhardt, la dernière pièce d’Edmond Rostand a été un four cuisant. Deux ans plus tard, il a l’occasion de se refaire… s’il signe en trois semaines une comédie épique pour l’illustre comédien Coquelin. Seul le titre est trouvé : Cyrano de Bergerac… Éloge de la mise en abyme : la pièce racontant l’histoire plus grand succès théâtral de l’Histoire a connu un tel succès qu’elle a été transposée au cinéma. L’heureux jeune dramaturge de ce triomphe contemporain, Alexis Michalik, s’est même vu confier le soin de signer la réalisation de ce qui ce trouve être son premier long métrage. À l’auteur, l’industrie cinématographique confiante — en attendant d’être reconnaissante ? Sans minimiser leur investissement, reconnaissons que les producteurs jouent sur du velours : le prestige des planches est double (grâce à la référence patrimoine et la tournée toujours en cours), la distribution extra-large et le style de nature à n’effrayer personne : non point une qualité française, mais une facture charentaise dirons-nous, puisqu’il a été en compétition au festival d’Angoulême, dans laquelle

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Alexandre Astier : « Nos fantasmes d’enfant sont le réel matériau dans lequel on pioche »

Astérix - Le Secret de la Potion Magique | Alexandre Astier revient sur la recette de ce nouvel opus animé de la série Astérix, dont il partage la réalisation avec Louis Clichy. Où il sera question de Uderzo, de "L’Île aux enfants", de "Goldorak", de Marvel, de manga et d’une note de "Kaamelott"…Entretien exclusif.

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Alexandre Astier : « Nos fantasmes d’enfant sont le réel matériau dans lequel on pioche »

Avec cette histoire originale, vous vous êtes retrouvé en situation d’apprenti devant obtenir la bénédiction du vénérable druide Uderzo. Au-delà de la mise en abyme, comment s’est déroulée cette transmission ? AA : La première fois que je lui ai présenté le pitch, il m’a dit qu’il ne pouvait pas rester un sujet fondamental qui n’aurait pas été traité en album — et ça se voyait que c’était sincère. J’avais peur du vieillissement parce que Astérix est un monde fixe : sans futur ni passé, ni vieillesse, ni mort, ni nouveau cheveux blancs, ni enfants pour remplacer les adultes. À chaque aventure, les personnages sont jetés dans une situation, s’en sortent et tout revient à la normale. Je crois qu’il a été touché par l’histoire. Est-ce qu’il l’a rapportée à lui ? Je n’en ai pas l’impression — je ne lui ai pas demandé. Mais je crois qui a voulu voir ce que ça allait donner, cette difficulté de trouver un successeur et le risque que cela comportait. En plus, Uderzo est très amoureux et très impressionné par les images numérique. Il ne s’est jamais caché de vouloir faire Disney en France —

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"Guy" : Guy Lutz

Documenteur | de et avec Alex Lutz (Fr., 1h41) avec également Tom Dingler, Pascale Arbillot…

Vincent Raymond | Vendredi 31 août 2018

Pour approcher Guy Jamet, vieille gloire de la musique depuis l’époque yéyé dont sa mère lui a révélé qu’il était son père, Gauthier a entrepris de tourner un documentaire dans l’intimité du chanteur. Mais plus il filme, plus il repousse le moment de révéler son secret à star déclinante… Pour sa deuxième réalisation, Alex Lutz s’est essayé au format toujours plaisant du documenteur, empruntant l’apparence du documentaire pour servir un propos totalement imaginaire. Filmé en caméra subjective (et à la manière de ces séries télé s’accrochant aux basques d’une célébrité pour en divulguer les jardins secrets), Guy est entrelardé de séquences “d’archives” forcément bidons retraçant un demi-siècle de sa carrière fictive. C’est sur ce point que Lutz se montre le plus efficace — sans doute sa pratique de la pastille-pastiche n’y est-elle pas étrangère — : ses contrefaçons de tubes années 1960, 1970 et 1980 avec mises en images à l’appui s’avèrent crédibles et drôles au premier degré. Nul besoin d’en rajouter quand les costumes ou les play-backs sont à la base approximatifs.

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"Coexister" : Chanteurs/cultes

ECRANS | de & avec Fabrice Eboué (Fr., 1h30) avec également Ramzy Bedia, Guillaume De Tonquédec, Audrey Lamy…

Vincent Raymond | Jeudi 12 octobre 2017

Directeur de la branche musicale déficitaire d’une multinationale, Nicolas est sommé par sa PDG de produire un succès sous six mois. Au bout du rouleau, il décide de créer un groupe réunissant un prêtre, un rabbin et un (faux) imam chantant le vivre-ensemble et la concorde. Un sacré défi… Alleluia ! À partir de cet improbable argument, qui aurait pu aisément choir dans la comédie flasque et la bienveillance sucrée, Fabrice Eboué a su tirer une authentique satire prenant comme cible non pas ni les divergences entre les obédiences, mais les hypocrisies — rassemblant fidèles et mécréants. S’appuyant sur un trio excellemment choisi (Tonquédec/Cohen/Bédia, à la fois naturels et caricaturaux), complété par Audrey Lamy convaincante en ingénue-couche-toi-là et Mathilde Seigner plus que réaliste en capitaine d’industrie sans état d’âme, le comédien-réalisateur (dont le personnage ne se donne même plus la peine d’être cynique) repousse les limites de la provocation et du mauvais goût en restant dans les clous — si l’on ose. Jamais blessant, son très plaisant sens du corrosif se révèle en d

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Paris-Willouby

ECRANS | De Quentin Reynaud & Arthur Delaire (Fr., 1h23) avec Isabelle Carré, Stéphane De Groodt, Alex Lutz…

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Paris-Willouby

Collectionner des talents sur une affiche n’a jamais été gage de réussite artistique : si grandes soient leurs qualités, ils ne parviennent jamais à masquer ni compenser les défauts d’un film, et surtout pas ceux d’un scénario cacochyme. Constat à nouveau opéré avec ce poussif décalque de Little Miss Sunshine, qui oublie cependant de s’inspirer du rythme et de la transgression du modèle. Au lieu de singer des comédies “indépendantes” étasuniennes formatées, les jeunes auteurs français devraient lorgner du côté du vétéran Rappeneau et son Belles Familles : ils gagneraient en causticité, finesse et profondeur… Vincent Raymond

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Lutz souriant

SCENES | Alex Lutz est un comédien. Un vrai qui compose. Qui taille ses personnages dans un jeu très subtil et très riche. C’est un transformiste, le Fantômas des (...)

Florence Barnola | Mardi 4 mars 2014

Lutz souriant

Alex Lutz est un comédien. Un vrai qui compose. Qui taille ses personnages dans un jeu très subtil et très riche. C’est un transformiste, le Fantômas des humoristes. Avec maestria et une incroyable légèreté, il campe une galerie de personnages (inventés ou existants) très divers. Comme tout bon talentueux comédien, Lutz observe ses congénères et capte les caractères, tout en autodérision. Pour vérifier mes allégations, je vous invite à le voir et le revoir sur petit et grand écran. Retenons sa participation dans OSS 117 ou bien la légendaire Catherine de la Revue de Presse du Petit Journal de Canal… Son spectacle tourne depuis deux ans et s’enrichit au fur et à mesure de personnages, de nouveaux sketchs. Les caricatures que donne à voir et à entendre l’humoriste sont très justes et finement dessinées. On notera le directeur de casting désagréable au possible, complètement stressé au bord du burn out, la vendeuse merveilleusement bien croquée et à pleurer de rire, le vieillard sincèrement interprété sans trémolo discount dans la voix… Et puis, mention spéciale à son Karl Lagerfeld, plus austère et cassant que nature, avec la bonne dose (à peine audible)

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Eyjafjallajökull

ECRANS | D’Alexandre Coffre (Fr, 1h32) avec Dany Boon, Valérie Bonneton, Denis Ménochet…

Christophe Chabert | Mardi 1 octobre 2013

Eyjafjallajökull

Tel le produit d’une éruption volcanique incontrôlée, Eyjafjallajökull est un grand mixe de comédie des contraires façon Francis Veber, de comédie du remariage style Hollywood classique et de comédie cartoonesque tendance Vil le coyote. Sur le papier, un tel projet paraît enthousiasmant… Mais avec Dany Boon dans le coffre arrière — littéralement, lors d’une séquence du film — puis une main sur le volant du scénario et un œil dans le rétro de la mise en scène, c’est évidemment une toute autre affaire, chaque ingrédient venant affadir le précédent pour un résultat plutôt branlant. Cette longue scène de ménage sur les routes d’Europe n’ose jamais aller au bout de son incongruité, ramenant les écarts d’humour noir et méchant dans le giron du conformisme tout public — tout ce chambard pour un mariage ; notez l’audace. On le sait, la comédie française est à la peine depuis un bon moment ; il faut reconnaître à Alexandre Coffre le désir de lui filer un petit coup de boost. On sent hélas que les décideurs cravatés de l’entertainment hexagonal ont mis ici les deux pieds sur le frein. Christophe Chabert

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