"Luna" : Frime et châtiment

Portrait | de Elsa Diringer (Fr., 1h33) Avec Laëtitia Clément, Rod Paradot, Lyna Khoudri…

Vincent Raymond | Mercredi 4 avril 2018

Photo : © Pyramide Distribution


Encore un peu ado, Luna est accro à Ruben, le beau gosse du groupe. Un soir de beuverie entre potes, elle incite la bande à humilier un type de leur âge, Alex. Lorsque celui-ci débarque dans l'exploitation agricole où elle travaille, sans la reconnaître, elle panique. Puis s'attache à lui…

Il est des adéquations naturelles dont l'évidence éclate à l'œil. Telle celle entre Elsa Diringer et sa découverte, la débutante Laëtitia Clément, solaire en dépit du nom de son personnage. Sans l'une ni l'autre, Luna n'aura pas été cet instantané vif et cru d'une jeunesse méridionale traînant ses incertitudes dans les antichambres de la ville, de la vie d'adulte, des responsabilités.

Le fait que les deux aient encore un pied, voire un pied et demi dans “le plus bel âge” explique sans doute l'acuité du regard, dépourvu de cynisme ou de désabusement. Pas de contrefaçon non plus dans le langage, les comportement, qui participent d'une revendication sociale, temporelle et géographique. À l'intérieur de ce cadre restreint, Luna va suivre une trajectoire “dardennienne” à la fois initiatique et de rédemption, passant de petite “cagole” inconséquente soumise au clan à jeune femme maîtresse de ses décisions comme de ses sentiments.

Illuminé par une photo superbe, cette émancipation singulière donne foi en la cinéaste. Au point qu'on lui pardonne sa fin un peu surdialoguée. Un péché de jeunesse, dirons-nous.

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"Papicha" : Liberté, j’écris ton “non“

ECRANS | De Mounia Meddour (Fr.-Alg.-Bel.-Qat., 1h45) avec Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda…

Vincent Raymond | Mercredi 9 octobre 2019

Alger, début des années 1990. Alors que le pays s’enfonce durement mais sûrement dans la terreur, la jeune étudiante Nedjma résiste à sa manière, continuant à affirmer ses désirs de femme libre et indépendante. Mais jusqu’à quand le pourra-t-elle ? Ce brillant portrait d’une “papicha“ — “beau brin de fille“ — à une époque où il ne faisait pas bon être femme ni revendiquer son autonomie, résonne terriblement aujourd’hui : la violence ne s’exerce plus directement pas les armes, mais la pression sociétale est devenue telle que beaucoup d’entre elles ont intériorisé la menace religieuse et masculine. Nedjma apparaît comme une rebelle quand tous les autres jeunes de son âge (filles ou garçons) se soumettent en se voilant ou en préparant leur exil de l’autre côté de la Méditerranée ; tous composent avec les privations de liberté qui s’annoncent, sans même les contester. Sauf Nedjma, donc, qui ironiquement est la seule à manifester un attachement profond à ce pays qui lui veut tant de mal. Près de trente ans après les faits, les blessures algériennes ne sont toujours pas refermées, loin s’en faut. En témoigne le récent soulèvement populai

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Les Raqoons dans l'Oeil du Petit Bulletin #25

Pop | On a demandé aux Raqoons d'imiter le cri du raton-laveur 🦝("racoon" en anglais) avant leur passage à Saint-Genest-Lerpt demain pour la Fête de la (...)

Nicolas Bros | Mercredi 26 juin 2019

Les Raqoons dans l'Oeil du Petit Bulletin #25

On a demandé aux Raqoons d'imiter le cri du raton-laveur 🦝("racoon" en anglais) avant leur passage à Saint-Genest-Lerpt demain pour la Fête de la Musique, à l'ARDÈCHE ALUNA FESTIVAL et au Château du Rozier début juillet. Ont-ils réussi ? La réponse est dans cette vidéo ;-)

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Elsa Diringer : « Je pense que la violence peut aussi venir d’une femme »

Luna | De passage en quasi voisine aux Rencontres du Sud d’Avignon, la Montpelliéraine Elsa Diringer a présenté son premier long métrage, Luna. Le portrait d’une jeunesse bouillonnante qu’elle a su approcher, voire apprivoiser. En douceur.

Vincent Raymond | Mercredi 4 avril 2018

Elsa Diringer : « Je pense que la violence peut aussi venir d’une femme »

Comment vous en êtes venue à la réalisation ? E.D. : Un peu par hasard. Au départ, je ne voulais pas du tout faire de cinéma. J’ai rencontré un copain dans une salle d’escalade qui m’a emmené sur un tournage et à l’époque, comme j’étais un peu perdue, je me suis dis « bah voilà, je vais faire ça ». Mais je savais pas encore exactement quoi. Donc je me suis inscrire à la fac et je me suis dit qu’il fallait apprendre un métier technique pour gagner ma vie. J’ai découvert la perche et j’ai bien aimé parce que c’était physique. Ensuite, j’ai fait de l’assistanat, ce qui m’a permis de fréquenter de chouettes plateaux comme ceux de Nicole Garcia, René Féret ou Alain Resnais à la fin. En même temps, j’ai écrit des courts métrages qui ont été plus ou moins financés. Au bout d’un moment, je me suis dis « arrête de te raconter que tu vas être perchman parce que ce n’est pas vrai, ce n’est pas un métier pour toi ». Et j’ai commencé à écrire mon long métrage. Mais c’était assez tard. Vers 27 ans. Qu’est-ce qui a déterminé le choix d

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La tentation des îles

Panorama ciné avril | Wes Anderson n’a pas l’apanage de l’escapade insulaire : sur avril flotte comme un désir inconscient de fuir la foule déchaînée, ou d’évoquer la situation d’îliens des mers ou des terres…

Vincent Raymond | Mercredi 4 avril 2018

La tentation des îles

C’est en Sicile que débute ce tour d’horizon avec un documentaire au titre paradoxal, Nul homme n'est une île (4 avril), dans lequel Dominique Marchais sillonne une Europe des solutions locales positives : ici une coopérative agricole hyper-égalitaire (et bio), là un village autrichien à la pointe de l’environnement et de la démocratie. Loin d’être repliées sur elles-mêmes, ces petites collectivités parvenant à l’autosuffisance énergétique ou alimentaire sont culturellement ouvertes sur le monde et plus accueillantes que bien des grandes mégalopoles dites “planétaires”. Un éloge de la proximité, en somme. De vraies îles géographiques constituent le décor (ou le prétexte) d’une palanquée d’autres films. On passera sur la comédie sensément féminine Larguées d’Éloïse Lang (18 avril) réunion de famille à La Réunion avec les Camille Cottin & Chamoux en filles de Miou-Miou pour considérer Albion. Dans À l’heure des souvenirs (4 avril), Ritesh Batra transforme Jim Broadbent en vieux bougon confronté à un legs étrange : le journal intime de l

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"Juillet-Août" : la saison chaude inspire Diastème

ECRANS | de Diastème (Fr., 1h40) avec Patrick Chesnais, Luna Lou, Pascale Arbillot… (sortie le 13 juillet)

Vincent Raymond | Lundi 18 juillet 2016

Chaque été, au milieu du lot de films de vacances, il en est toujours un qui prend la tangente en allant au-delà du périmètre étriqué des premiers émois d’adolescent(e)s. L’an dernier, c’était Microbe et Gasoil de Gondry ; Juillet-Août assure peut-être la relève. La saison chaude semble favorable à Diastème — son premier long, Le Bruit des gens autour, (2008), était déjà une évocation drôle et pleine de vie de l’intérieur du festival d’Avignon — ; elle l’inspire pour ce portrait de deux sœurs (dont une au tournant de la puberté), ainsi que de leurs parents, lesquels ont refait leur vie chacun de leur côté. Juillet avec la mère sur la Côte d’Azur, août avec le père en Bretagne… L’existence des frangines est décousue, mais elle se suit dans ses péripéties estivales, et se raccommode dans cette succession de villégiatures. Comme si la famille éclatée se reformait par-delà la distance et le protocole calendaire afin de résoudre toutes les crises — qui ne sont pas propres au jeune âge. Chacun ment ou dissimule un petit secret à ses proches, mais en définitive, c’est ce qui permet à la roulotte d’avancer…

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La Tête haute

ECRANS | Portrait d’un adolescent en rupture totale avec la société que des âmes attentionnées tentent de remettre dans le droit chemin, le nouveau film d’Emmanuelle Bercot est une œuvre coup de poing sous tension constante, qui multiplie les points de vue et marie avec grâce réalisme et romanesque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 mai 2015

La Tête haute

Malony est sans doute né sous une mauvaise étoile. Cela veut dire qu’en fait il y en a un, de doute, et Emmanuelle Bercot, c’est tout à son honneur, ne cherchera jamais à le dissiper. Il n’a que six ans et le voilà déjà dans le bureau d’une juge pour enfants — lumineuse et passionnée Catherine Deneuve — qui sermonne une mère irresponsable — Sara Forestier, dont la performance archi crédible ne tient pas qu’à ses fausses dents pourries — prête à se débarrasser de cet enfant au visage angélique mais dont elle dit qu’il n’est qu’un petit diable. C’est la première séquence de La Tête haute, et elle donne le la du métrage tout entier : on devine que cette famille est socialement maudite, bouffée par la précarité, la violence et l’instabilité. Mais Bercot ne nous donnera jamais ce contrechamp potentiellement rassurant : jusqu’à quel point Malony est seul responsable de son sort, pris entre haine de soi et rancune envers les autres, attendant qu’on le prenne en charge tout en rejetant les mains qu’on lui tend ? Cette scène d’ouverture est aussi emblématique de la mise en scène adoptée par Bercot : la parole y est puissante, tendue, explosive. Elle repose su

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