Correspondances : Les Pages d'Agnès

ARTS | Jeune photographe, Agnès Varda avait en 1955 visité et immortalisé par quelques clichés le Palais Idéal. Celui-ci lui rend son hommage en lui consacrant un triptyque d’expositions dont la première s’admire en ce moment, en toutes lettres…

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Photo : ©VR


Fécondes sont depuis toujours les noces entre les artistes et le Palais Idéal. En particulier ceux et celles dont l'originalité ne souffre pas de frontière ni ne conçoit rien d'impossible. Picasso, Breton, Lee Miller, Éluard, Max Ernst ou Neruda sont ainsi tombés sous le charme de l'étrange édifice quand une masse objectait encore des atrocités sur cette œuvre spontanée. Entre eux, les artistes se reconnaissent, s'inspirent et nouent naturellement d'osmotiques correspondances. Pour les développer, le Palais Idéal accueille depuis une quinzaine d'années dans son enceinte (où il dispose d'un espace muséographique flambant neuf, en sus de la Villa Alicius) ainsi que dans le Château de Hauterives, des expositions en résonance, vibration ou capillarité artistique avec l'univers du facteur. Inventive, fantasque et pluridisciplinaire, la regrettée photographe-cinéaste-plasticienne Agnès Varda a les honneurs des lieux pour non pas une, mais trois expositions, dont la première actuellement visible, porte avec justesse et sobriété le titre de Correspondances.

Tournée géniale

Les points de convergences entre Agnès et Ferdinand ne manquent pas : inlassables constructeurs d'une œuvre unique dont ils furent les précurseurs (l'une de la Nouvelle Vague, l'autre d'un courant architectural naïf), ils vouaient pour des raisons diverses un attachement particulier à l'acte épistolaire. Nul besoin d'en dire plus pour Cheval, facteur rural de son état ; pour Agnès en revanche, écrire ou recevoir du courrier procédait d'une cérémonie entre l'intime et l'extime — n'a-t-elle pas, à de nombreuses reprises dans ses fictions ou documentaires, représenté des missives et des facteurs à l'écran ? Échangeant avec des spécialistes du mail art ou du m@il art que sont Kikie Crêvecour ou Chris Marker, conservant les plis de ses expéditeur célèbres (Calder…) ou anonymes, collectionnant les cartes postales thématiques (les “Pensées“, les “Annonciations“…), allant jusqu'à entretenir une correspondance forcément univoque car posthume avec son défunt époux Jacques Demy (à l'adresse du cimetière du Montparnasse !), cette archiviste du quotidien faisait de la conversation scripturaire une relation merveilleuse qui, en ces temps de « distanciation sociale » stupéfie par sa actualité.

Le simple fait de parcourir des yeux les (bons) mots tracés de la main d'Agnès ; sa graphie régulière scandée de notes humoristiques ou de remarques insolites et poétiques, prouvent que l'écrit possède cette faculté de ressusciter — un peu — les absents. Autant que la parole, puisque sa voix s'entend dans une autre section de l'exposition [dont l'accès est encore temporairement restreint à la date où nous rédigeons] : la Villa Alicius présente une partie des installations réalisées dans la foulée des Glaneurs et de la Glaneuse (2000) tel le fameux costume de patate revêtu par la cinéaste.

Voyage dans la boîte aux lettres/boîte aux souvenirs d'Agnès, cette intelligente première approche n'oublie pas les philatélistes, qui découvriront la genèse du timbre Jean Vilar (2001), issu d'un portrait photographique signé en 1953, ou encore comment un cliché d'une Portugaise marchant sous une affiche de Sofia Loren est devenu un best seller au rayon cartes postales… Femme affranchie, artiste malicieusement timbrée, factrice de cinéma, Agnès Varda se retrouve ici dans toute sa multiplicité. Vivement les suites !

Jusqu'au 6 septembre

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Frédéric Legros : « On a travaillé deux fois plus vite pour être prêts »

ARTS | Comme beaucoup de responsables d’institutions culturelles, Frédéric Legros se souviendra du printemps 2020 comme d’une saison non en enfer, mais au purgatoire. Le directeur du Palais Idéal du facteur Cheval se projette néanmoins avec confiance dans l’avenir…

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Frédéric Legros : « On a travaillé deux fois plus vite pour être prêts »

Comment s’est déroulée votre réouverture ? Frédéric Legros : Pour tout vous dire, nous nous attendions à rouvrir en juin. Et au cours d’une conférence de presse, le préfet de la Drôme a annoncé qu’il invitait les musées et différentes structures du département à rouvrir au public, dont le Palais Idéal — seule structure nommément citée. On a donc accéléré le travail en cours sur le protocole de réouverture qui passait notamment par la mise en place d’une billetterie en ligne et d’un système de réservation, ce qui n’avait jamais existé au Palais. On l’avait prévu pour juin afin de gérer les flux, et au final on a travaillé deux fois plus vite pour être prêts. Mais c'était plutôt heureux d’avancer dans ce sens. D’autant que ça été vécu vraiment comme une bonne nouvelle, et un très bon signe. La semaine dernière j’ai fait une réunion en visio avec les différents partenaires de la Communauté de commune — 39 communes entre l’Ardèche et la Drome — et tout le monde était hyper content d’apprendre la réouverture du Palais. Après deux mois de confinement à

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Le Palais idéal du Facteur Cheval, le message au-delà de l’enveloppe

Visite | À 75km de Lyon, Grenoble et Saint-Étienne, se dresse à Hauterives dans la Drôme le Palais Idéal du Facteur Cheval, « unique exemple d’architecture naïve » selon André Malraux qui le fit classer Monument historique. Une destination elle aussi idéale pour renouer avec l’Art…

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Le Palais idéal du Facteur Cheval, le message au-delà de l’enveloppe

Au premier abord, cela tiendrait presque de la provocation : pourquoi, après presque deux mois de confinement, sortir de chez soi pour se précipiter vers… une maison — pardon : un “palais” ? Atypique, certes, car bien loin du faste et de l’immensité généralement attachés à ce type de bâtiment : assez monumental pour être gravi ou traversé de part en part, mais trop réduit pour servir de demeure. “Idéal“, il l’est pourtant, puisqu’il constitue l’exceptionnelle matérialisation d’un rêve, offrant à tout un chacun la possibilité de le partager concrètement, d’en faire collectivement l’expérience physique. Nous sortons d’une période entre parenthèses qui nous a forcés à habiter différemment l’espace et reconsidérer les notions de domicile, de dedans, de dehors. Mais permis, aussi, de mieux percevoir l’importance structurante des méthodiques rituels quotidiens, quels qu’ils soient, ainsi que la valeur de l’obstination. Un contexte propice pour comprendre à quel point la fameuse sentence (attribuée à un peu tout le monde) « l’imagination est la folle du logis » prend son sens devant cet édifice, fruit du

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Visages, Villages : Agnès Varda et JR à la colle

Film de la semaine | Sans vraiment se connaître, une figure tutélaire des arts visuels et une nouvelle tête du street art partent ensemble tirer le portrait de bobines anonymes et dévider le fil de leur vie. Hanté par les fantômes d’Agnès Varda ce buddy-road-movie est un surtout film sur le regard.

Vincent Raymond | Mercredi 28 juin 2017

Visages, Villages : Agnès Varda et JR à la colle

L’attelage peut paraître baroque. Agnès Varda, auto-proclamée non sans humour “grand-mère de la Nouvelle Vague”, s’allie à JR, l’installateur graphique à la mode. On ne peut suspecter la malicieuse doyenne des cinéastes français de tenter un coup pub. Il s’agit là de curiosité pour la démarche de son cadet : avant même sa naissance, ne tournait-elle pas déjà Mur, murs (1980), un documentaire sur ce support que l’ancien graffeur affectionne ? Donnant le tempo, mais aussi son architecture globale au projet — elle a assumé quasi seule la discipline du montage, c’est-à-dire de l’écriture finale du film —, Agnès Varda guide notre regard et montre ce qu’elle à envie de montrer. Tout à l’œil Davantage que la “machinerie” JR (l’alpha et l’oméga du dispositif technique de la photo grand format de gens normaux contrecollée sur des murs), le film capte l’interaction de cette image avec les modèles, les passants ou parfois les souvenirs. La photo se fait catalyseur, porte d’entrée dans leur intimité, dans leurs histoires. Bienveillante maïeuticienne, Varda obtie

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Le regard sur la maladie

Soirée spéciale | Le cancer est une maladie devenue malheureusement commune dans nos vies. Qui n'a pas été touché de près ou de loin par ce fléau ? Les œuvres qui traitent de ce dernier peuvent vite tomber dans le pathos. Une soirée spéciale proposée en avril proposera une autre approche avec deux films aux caractères singuliers : "Cléo de 5 à 7" d'Agnès Varda et "Maladie Nocturne" de Mickaël Gauthier.

Nicolas Bros | Mercredi 5 avril 2017

Le regard sur la maladie

Au fil du temps, le cancer est malheureusement plus synonyme de maladie que de signe astrologique... Le regard que l'on porte sur lui a quelque peu évolué, il est clairement entré dans de nombreux foyers, a bousculé de nombreuses familles et personnes en leur sein. Le combat contre ce foutu "crabe" n'est pas fini. Mais ce n'est pas pour autant qu'il est temps de se laisser aller. Au contraire le questionnement, le partage, l'ouverture sont des points qui doivent permettre d'avancer dans le combat permanent contre cet ennemi si difficilement palpable. Parmi les multiples initiatives qui existent, l'art permet de faire des focus sur des points essentiels et pourtant trop souvent oubliés dans la situation des malades. Deux œuvres pour interpeller Le regard empreint de peur que l’autre pose encore trop souvent sur un malade est lourd de conséquences. Comment peut-on le modifier ? Comment maintenir les liens qui se distendent parfois au fil des traitements ? Comment se retrouver quand on a l’impression que tout a changé : soi, l’autre, le temps, la vision de la vie ? C'est l'ensemble de ces questions qu'abordent deux magnifiques films proposés en visionnage lors

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Le regard sur la maladie

Court métrage | Peut-on concilier cancer et désir ? C'est la question qu'a souhaité traiter le réalisateur Michaël Gauthier dans le court-métrage Maladie Nocturne, tourné à (...)

Nicolas Bros | Jeudi 2 mars 2017

Le regard sur la maladie

Peut-on concilier cancer et désir ? C'est la question qu'a souhaité traiter le réalisateur Michaël Gauthier dans le court-métrage Maladie Nocturne, tourné à proximité de Saint-Étienne. Psychiatre de métier, il a eu l'occasion d'accompagner des malades et a décidé de travailler un film autour de la question de leur désir et du regard de l'autre sur eux. « J’ai accompagné des personnes atteintes du cancer, explique le réalisateur. Je les ai vues évoluer physiquement et moralement, j'ai vu le regard de leurs proches changer. Considérées comme des malades, elles se retrouvent alors prisonniers du statut qu’on leur attribue. Est-il normal de ressentir du désir quand on a un cancer ? De se sentir désiré ? » Avant d'être projeté publiquement au Méliès Saint-François lors d'une soirée spéciale offerte par La Ligue contre le Cancer - Comité de la Loire, qui a co-financé le projet, le film fait un appel aux dons pour boucler son budget. Ca se passe juste ici. Soirée spéciale 50 ans

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