«La démarche est exactement la même quel que soit le public»

CONNAITRE | Entretien avec Ugo Ugolini, cofondateur de la compagnie U-Gomina, qui présentera plusieurs spectacles durant le week-end du festival Au cœur de tes oreilles. Propos recueillis par Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 30 mai 2013

Photo : DR


Cela fait cinq ans que vous travaillez en partie au Vinatier. Comment y êtes-vous arrivés ? Pourquoi y restez-vous ?
Ugo Ugolini :
On est arrivé via le festival des Prairiales il y a cinq ans. Cela se passe en même temps que le festival Au cœur de tes oreilles (les 8, 9 et 10 juin cette année) mais dans les services des patients. Ce qui nous plait ici, c'est que l'identité de la compagnie peut s'affirmer. Nous aimons jouer partout : dans des unités, des maisons de retraites, dans la rue, dans des théâtres. On va à la recherche de nouveaux publics, de gens qui ne viennent pas au spectacle. Nous venons à eux sans attendre qu'ils viennent à nous. On les sollicite, on les provoque, on les cherche et finalement on les trouve ! C'est notre démarche depuis presque trente ans.

Travaillez-vous en vous disant que vous vous adressez à un public spécifique ?
On ne travaille pas spécifiquement pour un public. Tout public est similaire, tout le monde peut avoir sa déprime. On fait aussi du théâtre pour enfants de la même manière : en rendant au public sa réflexion et son intelligence. La démarche est exactement la même quels que soient les spectateurs.

Parlez-nous plus spécifiquement de vos spectacles. Au festival Au coeur de tes oreilles, vous en présentez pas moins de cinq dans des registres très différents, du théâtre au récital en passant par le cabaret...
Je travaille dans tous les styles populaires, dans le bon sens du terme j'espère ! Toute forme me parait intéressante. Je suis un homme de théâtre pour qui la musique est fondamentale. De sac et de cordes est composée de chansons connues de Léo Ferré mais c'est surtout un long texte poétique sur les bateaux, les marins, qui a été interprété par Jean Gabin et qui n'a jamais été rejoué depuis même s'il y a, bien sûr, un enregistrement. Nous aurons deux orgues de barbarie sur scène et nos orchestres portatifs.

Dans Terminator Richard III, nous allons exterminer Richard III. C'est déjà ce qu'il fait lui-même. Le théâtre de Shakespeare est passionnant mais il est impossible de faire une pièce de 3h30 ou 4h. Ce n'est pas moi qui ne veux pas mais pour le public, c'est long. Je n'ai pas modernisé le texte mais je l'ai coupé en enlevant les histoires de famille qui sont complexes. Et je suis allé plus directement sur la terreur que produit ce personnage avec les complicités qu'il acquiert au fur et à mesure de la pièce. Dans la forme c'est du théâtre (nous serons douze sur scène) dans lequel j'ai intégré de la commedia dell'arte – donc des masques -  et des marionnettes.

La compagnie U-Gomina fait son show
A la Ferme du Vinatier, samedi 8 et dimanche 9 juin

 

 

 

 


La cie u gomina fait son show !

Sam 8 juin 11h : "La, la, la mine de rien !", chansons 14h : "Le Médecin malgré lui" de Molière 16h30 : "Batuca'farce". Farces du Moyen-Âge 18h30 : "De sacs et de cordes" d'après Léo Ferré 21h : "Terminator Richard III" d'après Shakespeare Dim 9 juin 14h : "Et de mâle ténébreux... Vous en rêvez de mâles ténébreux ?" de Jana Rémond 16h30 : "Batuca'farce". Farces du Moyen-Âge 18h30 : "De sacs et de cordes" d'après Léo Ferré 21h : "Terminator Richard III" d'après Shakespeare
La Ferme du Vinatier Centre hospitalier Le Vinatier, 95 boulevard Pinel Bron
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Si en vous promenant au Vinatier, vous apercevez des chèvres, rassurez-vous, cela ne relève pas de la bouffée délirante aiguë. Cet hôpital psychiatrique est, au-delà même de la bizarrerie de ses patients, un drôle de lieu, avec sa chapelle, ses troupeaux d’animaux, ses grandes étendues, ses vestiges de la fin du XIXe siècle… En réalité, il a été construit sur le même modèle que beaucoup d’autres asiles français, nés de la loi de 1838 (inspirée de l’œuvre des humanistes Pinel et Esquirol), obligeant chaque département à se doter d’«un établissement public, spécialement destiné à recevoir et soigner les aliénés». «L’Asile Départemental d’Aliénés de Bron» n’ouvrira, lui, qu’en 1876 sur un terrain de 37 hectares au sein d’une commune alors rurale. Les quartiers sont attribués aux différentes catégories de malades : tranquilles et semi-tranquilles, épileptiques, agités, etc. Les hommes et les femmes sont séparés et l’ensemble des fermes, ateliers, porcheries et terres cultivables répond à l’utopie d’une institution pouvant fonctionner de manière autonome à l’écart de la ville. Il paraît que

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