Le polar tisse sa toile

Dorotée Aznar | Mardi 25 mars 2008

D'éditions en éditions, le cinéma prend une place centrale dans le festival Quais du Polar. Cette année, difficile d'y échapper tant la programmation se décline sur plusieurs axes et plusieurs lieux, avec des événements franchement originaux. Ainsi de la venue du génial Jean-Pierre Mocky qui dévoilera les deux premiers courts tirés de sa collection télé «Mister Mocky présente…» ; ou encore la projection de deux inédits espagnols, dont le très bon Sombras en una batalla de Mario Camus, au CNP Terreaux. Mais le meilleur est à chercher du côté de l'Institut Lumière et de la carte blanche donnée à l'écrivain et scénariste Tonino Benacquista au CNP Odéon. À l'Institut d'abord, dans la foulée du cycle Johnnie To (avec The Mission en guise de —beau — trait d'union), c'est une vague de polars asiatiques qui animera le week-end. Venu de Hong Kong, on redécouvrira celui qui a joué les pionniers sur les écrans français, le mal compris à l'époque Gun Men de Kirk Wong, mais aussi deux films récents : l'ingénieux Infernal Affairs d'Andrew Lau et Alan Mak, qui fit l'objet d'un remake cent fois supérieur par Martin Scorsese avec Les Infiltrés (l'honnêteté oblige à dire qu'il y a débat depuis plus d'un an au sein de la rédaction sur ce point). Et surtout Time and tide, véritable chef-d'œuvre de Tsui Hark qui redéfinit tous les standards du genre par son sens du spectacle permanent, sa violence hallucinée et ses envolées (au propre comme au figuré) défiant la pesanteur ! Si Hong Kong est un bastion du polar, la Corée du Sud a montré qu'elle savait y faire aussi : la preuve avec A bittersweet life, film noir chorégraphique, romantique et désespéré de Kim Jee-Woon et l'extraordinaire Memories of murder, où la traque avortée d'un serial killer se transforme en grand film politique bourré d'humour noir et de séquences époustouflantes. Son réalisateur, Bong Joon-Ho, a depuis réalisé l'immense The Host, qu'on n'encensera jamais assez dans ces colonnes… Quant à Benacquista, il a fait son choix parmi les meilleurs polars français des quarante dernières années : de Truffaut (La Mariée était en noir) à Miller (Mortelle randonnée, écrit par Audiard père et fils) en passant par Melville (Le Cercle rouge) et Heynemann (Les Mois d'avril sont meurtriers, très bonne adaptation de Robin Cook), sans oublier lui-même, en tandem avec Jacques Audiard pour l'excellent Sur mes lèvres. Un programme parfait pour oublier les errements hexagonaux contemporains du genre ! Christophe Chabert

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Leçon de ténèbres

CONNAITRE | Sur les soixante écrivains présents pendant le festival Quais du polar, petite sélection de cinq auteurs et présentation de leurs ouvrages

Dorotée Aznar | Mardi 22 mars 2011

Leçon de ténèbres

QUAIS DU POLARVendredi 25 mars, samedi 26 et dimanche 27 se tiendra la septième édition de Quais du polar. Plus de soixante auteurs de littérature policière et de bande dessinée seront présents pour des rencontres et des conférences, en accès libre pour la plupart. Une sélection de films sera également proposée, notamment à l'Institut Lumière, autour du thème de la corruption, avec la projection de The Red Riding Trilogy inspirée des romans de David Peace, et en sa présence (les trois épisodes seront diffusés samedi 26 mars, à partir de 18h). Pendant les trois jours du festival, on retrouvera bien sur des lectures, mais aussi des initiatives comme les “conversations autour d'une oeuvre“ au Musée des Beaux-Arts. Soit l'occasion de découvrir une pièce de la collection du Musée à travers le regard d'un auteur de roman noir.QUAIS DU POLARVendredi 25, samedi 26 et dimanche 27 mars LARS KEPLERVendredi 25 mars à 16h30 et samedi 26 mars à 15h30, à la CCISous le nom de Lars Kepler, se cache un couple de Suédois qu

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Une ville, un héros

CONNAITRE | Auteur / À la question «Quels sont les ingrédients d’un polar réussi ?», de nombreux maîtres du roman noir contemporain seraient sans doute tentés de répondre : (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 2 avril 2010

Une ville, un héros

Auteur / À la question «Quels sont les ingrédients d’un polar réussi ?», de nombreux maîtres du roman noir contemporain seraient sans doute tentés de répondre : «Un héros et une ville». De Michael Connelly, (Harry Bosch et Los Angeles) à Arnaldur Indridason (Erlendur et Reykjavik), en passant par George Pelecanos (Nick Stefanos et Washington) ou Dennis Lehane (Kenzie/Gennaro et Boston), la récurrence d’un personnage principal dans un cadre urbain familier semble être une sorte de passage obligé du polar moderne. L’Écossais Ian Rankin a lui aussi son duo, puisque la carrière mouvementée de l’Inspecteur Rebus, son personnage fétiche, est tout entière liée à la ville d’Édimbourg. Comme c’est le cas pour les auteurs précités, la ville du héros est aussi celle de l’auteur… L’Appel des morts, qui vient de paraître aux éditions du Masque est la 16e et avant-dernière enquête de l’inspecteur Rebus puisque la suivante, en cours de traduction, marquera la fin du parcours de celui qui était apparu en 1987 dans L’Étrangleur d’Edimbourg, et que l’on a suivi, au fil des années, comme un véritable compagnon de route. Dans ce dernier opus paru en français, on retrouve un John Rebus aux portes de la

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Fondus du noir

CONNAITRE | Présentation / Pour sa cinquième édition, le festival Quais du polar change de lieu (Le Palais du commerce) mais pas d’esprit avec un week-end consacré au (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 19 mars 2009

Fondus du noir

Présentation / Pour sa cinquième édition, le festival Quais du polar change de lieu (Le Palais du commerce) mais pas d’esprit avec un week-end consacré au genre noir sous toutes ses formes. Le cinéma, bien sûr, mais aussi la BD (on attend notamment les interventions de Baru, Jean-Claude Fournier ou Guillaume Martinez qui, avant de se faire remarquer avec l’excellent Le Monde de Lucie, avait donné plusieurs séries noires dont William Panama) et le théâtre seront à l’honneur. Mais c’est avant tout du côté de la littérature qu’il faut se tourner avec un programme de rencontres et de tables rondes qui réuniront de grands noms du polar international. Outre le géant Lawrence Block et le très populaire Douglas Kennedy, on retrouvera aussi les américains William Bayer et Iain Levison, ainsi que le moins connu Jason Starr, qui participera à des rencontres consacrées à la dimension «sociale» du roman noir ou à la ville de New York. Côté français, les ainés, comme Jean-Bernard Pouy ou Patrick Raynal, cohabiteront avec la relève représentée par les excellents DOA et Caryl Ferey, dont le dernier livre, Zulu, nous avait mis une claque gigantesque. A noter également, la présence de l’Italien Gian

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Auteurs ! Auteurs !

CONNAITRE | Printemps des poètes, Fête du Livre de Bron, Quais du Polar, Assises Internationales du Roman… Petit inventaire des manifestations littéraires à ne pas manquer lors du premier semestre 2009. YN

Aurélien Martinez | Vendredi 19 décembre 2008

Auteurs ! Auteurs !

On ne saurait trop conseiller aux amateurs de littérature de mettre une croix dans leur agenda sur l’ensemble du mois de mars tant celui-ci s’annonce dense en rendez-vous passionnants. Du 2 au 15 mars, ce sera la 11e édition du Printemps des poètes, dont le thème sera «En rire(s)». Une quinzaine de jours où la poésie envahira la ville, avec une attention particulière autour de l’œuvre de Jean Tardieu. Parmi les nouveautés de l’année, notons la mise en place d’un concours du poème chanté avec un jury présidé par Matthieu Chédid, tandis que l’on retrouvera comme toujours une multitude de poètes (dont Hédi Kaddour, Thierry Renard, Annie Salager) pour des interventions de tous types (lectures, performances, théâtre…). Il y aura, ensuite, la 23e édition de la Fête du Livre de Bron, qui reprend ses habitudes abandonnées l’an dernier avec une manifestation qui se tiendra du 6 au 8 mars, comme toujours à l’Hippodrome de Parilly. «En Quête d’Ailleurs» est le fil rouge d’un week-end dans lequel on retrouvera des écrivains français et étrangers dans des tables rondes, des débats, des lectures autour des questions du déplacement, de l’exil, de l’appartenance et de cet ailleurs impossibl

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Le sang sur la neige

CONNAITRE | Littérature / La venue au festival Quais du Polar de trois écrivains scandinaves (l’Islandais Arnaldur Indridason, la Norvégienne Anne Holt et la Suédoise (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 19 mars 2008

Le sang sur la neige

Littérature / La venue au festival Quais du Polar de trois écrivains scandinaves (l’Islandais Arnaldur Indridason, la Norvégienne Anne Holt et la Suédoise Karin Alvtegen) reflète l’omniprésence de cette partie de l’Europe dans la production mondiale de polars. Un phénomène dont l’élément le plus en vue actuellement est le suédois Stieg Larsson, qui connaît un succès posthume considérable avec sa trilogie Millenium (Actes sud). Mais il y a aussi Ake Edwardson, Jo Nesbø et, bien sûr, Henning Mankell. Pourquoi un tel succès ? Dans la lignée d’écrivains comme Per Walhoo et Maj Sjowall, ils ont en commun de tordre le cou aux clichés véhiculés sur les pays nordiques (égalité, prospérité, tolérance, transparence….) et d’interroger les dérives de leurs sociétés. Ce que nous montrent un Mankell ou un Nesbø, c’est le côté sombre de ces démocraties «exemplaires» dans ses manifestations les plus cauchemardesques : crime organisé, corruption, violence «ordinaire», crimes sexuels, racisme… Un autre trait commun est de créer des personnages qui, à l’image du Harry Hole de Nesbø, sont des hommes et des femmes torturés, cabossés par la vie. C’est le cas de l’héroïne de la danoise Anne Holt, Inger J

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Planète noire

CONNAITRE | Festival / Outre une programmation littéraire de très grande qualité, symbolisée par la venue de maîtres comme Indridason ou Pelecanos, la 4e édition du festival Quais du Polar nous mènera une fois de plus sur d’autres continents noirs, dont le cinéma et la bande dessinée. Yann Nicol

Dorotée Aznar | Mercredi 19 mars 2008

Planète noire

Difficile de ne pas s’incliner devant le plateau d’écrivains qui seront présents au Palais Bondy du 28 au 30 mars pour cette quatrième édition de Quais du Polar, un festival qui s’est très vite installé comme un rendez-vous incontournable de la planète noire. La plus impressionnante délégation nous vient bien sûr des États-Unis, avec une liste de noms susceptible de faire perdre son sang froid à n’importe quel lecteur de romans noirs : Matt Rees, Jake Lamar, Joe R. Lansdale (dont le dernier roman, Du sang dans la sciure, vient de paraître aux éditions du Rocher) et, bien sûr, George P. Pelecanos. L’auteur de King Suckerman revient aux affaires avec un polar puissant et ample (Les Jardins de la mort, Seuil), dans lequel on suit les destins de trois flics qui se retrouvent confrontés à une affaire vieille de vingt ans. La ville de Washington, l’importance de la musique dans son écriture, la dimension «sociologique» du roman noir.La littérature anglo-saxonne sera aussi représentée par des auteurs britanniques, dont la célébrissime Minette Walters, qui vend des livres comme d’autre des petits pains, ou Mark Billingham, que les accros connaissent notamment pour son héros f

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«Le plus proche possible des procédures policières»

CONNAITRE | Entretien / George P. Pelecanos nous parle de son dernier roman, Les Jardins de la mort (Seuil). Propos recueillis par YN Merci à Barney pour la traduction

Dorotée Aznar | Mercredi 19 mars 2008

«Le plus proche possible des procédures policières»

Petit Bulletin : Le va-et-vient entre deux époques (1985 et 2005) vous permet de montrer l’évolution de Washington, la ville qui est le théâtre de tous vos livres…George P. Pelecanos : C’est vrai. La ville a connu des changements considérables durant ces vingt dernières années. Le premier chapitre, situé en 1985, est une manière de mettre en place les personnages et d’interroger la façon dont ils vont évoluer par rapport aux mutations de Washington. On suit le destin de trois flics qui donnent différentes visions d’un même métier : l’idéaliste, le «fonctionnaire» et l’«ancien»…Oui, mais c’est la combinaison de ces différentes approches qui leur permet de résoudre l’enquête. Seuls, ils n’auraient certainement pas réussi à trouver les clés… Par ailleurs, je ne suis pas d’accord pour dire que Gus Ramone est un «fonctionnaire». Il est le seul des trois à pouvoir poser son arme et sa plaque en fin de journée pour se consacrer à sa vie personnelle. Je préfère considérer Ramone comme quelqu’un de solide, de stable. Et il n’est pas aussi droit qu’il le laisse penser : il est lui aussi capable d’enfreindre les lois ! Votre livre est une fois de plus un

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