Achille et la Tortue

ECRANS | De et avec Takeshi Kitano (Japon, 1h59) avec Kanako Higuchi, Kumiko Aso…

Dorotée Aznar | Lundi 8 mars 2010

On commençait à perdre patience devant le cinéma de Takeshi Kitano, surtout après l'avoir autant admiré. Lancé dans une trilogie sur les affres de la création artistique, il avouait en creux une perte d'inspiration qu'il entendait pallier en mettant son œuvre en abyme. Redondants, contemplatifs à l'excès, mis en scène sans passion, Takeshis et Glory to the filmmaker se faisaient les reflets occasionnellement désagréables d'un artiste en pleine déconfiture, rejouant sa filmographie sans entrain particulier, se réfugiant dans des élans comiques qui sentaient franchement le sapin. Joie : l'ultime volet de cette trilogie redresse la barre, et renoue avec ce qui faisait cruellement défaut à ses deux prédécesseurs – l'émotion. Achille et la Tortue nous évoque par petites touches la vie d'un peintre loser, interprété dans la dernière partie par Kitano lui-même, qui s'escrimera durant toute sa carrière à chercher son identité à travers ses toiles, les conseils contradictoires qui lui seront prodigués, les femmes qui tenteront de l'inspirer. D'une trame en marabout de ficelle, Kitano tire tout le potentiel poétique, ludique (les différentes méthodes employées par Machisu valent leur pesant), excave une belle tristesse ponctuée d'une note d'espoir bienvenue. Achille et la Tortue, même s'il ne signe pas la révolution de son cinéma qu'on aurait pu espérer, éclaire la trilogie de Kitano d'un sursaut de vitalité artistique qu'on pensait définitivement perdu.

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"Ghost in the Shell" : critique et interview de Scarlett Johansson

ECRANS | À l’instar de ses héros humains améliorés par les machines, ce film en prises de vues réelles s’hybride avec toutes les technologies visuelles contemporaines pour revisiter le classique anime de Mamoru Oshii (1997). Une (honnête) transposition, davantage qu’une adaptation.

Vincent Raymond | Mardi 28 mars 2017

Dotée d’un corps cybernétique augmentant ses capacités humaines, le Major a été affectée à la Section 9, une unité d’élite dépendant du gouvernement. Sa prochaine mission vise à combattre un criminel capable de pirater les esprits, mais aussi de lui révéler un passé qu’on lui a dissimulé… En s’appropriant le joyau de Oshii, Rupert Sanders touche à un tabou. Ghost in the Shell constitue en effet un jalon dans l’histoire des anime : il est le premier à avoir été universellement considéré comme un film “adulte” (en tout cas moins familial ou jeune public que les Takahata et Miyazake) ainsi qu’une œuvre de science-fiction visionnaire, dans la lignée des adaptations de Philip K. Dick ou Asimov. Sa narration elliptique, intriquant anticipation et tensions géopolitiques, ajoutée à son esthétique élégante et épurée, l’ont érigé en référence d’un futur dystopique… dépassé. Bien en chair Car depuis vingt ans, EXistenZ, Matrix puis la réalité virtuelle ont rattrapé certaines des projections de l’anime. Sanders et ses scénaristes l’ont donc “déshab

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Outrage

ECRANS | De et avec Takeshi Kitano (Japon, 1h49) avec Ryo Kase, Jun Kunimura…

Christophe Chabert | Mardi 16 novembre 2010

Outrage

Après trois films autobiographiques où il s’interrogeait sur son rôle d’artiste, d’amuseur et de cinéaste, Takeshi Kitano revient au genre qui l’a rendu célèbre hors du Japon : le film de yakuzas. Compromis ? Initialement peut-être, mais en fin de compte, "Outrage" est tout sauf une opération séduction. Le premier plan, génial, donne le ton : un long travelling latéral sur des yakuzas en stand by contre leurs voitures de luxe. La caméra arrive sur le visage de Kitano ; va-t-elle s’arrêter ? Non, elle continue sa route et découvre d’autres personnages. Ce n’est pas un pied de nez. Il n’y a ni protagoniste, ni intrigue centrale dans "Outrage", juste la reconduction jusqu’à épuisement du même motif : des dominants arrogants et des dominés qui veulent prendre leur place par le meurtre et la violence. La mathématique des humiliations et de leurs conséquences remplace la psychologie ou le code d’honneur, souvent bafoué. Loin des éclats esthètes d’Hana Bi, Kitano choisit une rugosité formelle radicale pour montrer ce spectacle d’un pouvoir mouvant, sans enjeu autre que de le prendre et de le conserver jusqu’à la mort. Même les scènes de sadisme (notamment un passage terrible où il tort

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