The Hole

ECRANS | Joe Dante (CTV International)

Christophe Chabert | Lundi 1 octobre 2012

Le destin s'est un peu acharné sur le dernier film en date du grand Joe Dante. Alors qu'il était un des premiers à expérimenter la 3D numérique et à en sortir un résultat probant, son film fut, par manque de salles équipées et par son mode de production indépendante, condamné à ne jamais voir les grands écrans, sinon dans quelques pays où sa sortie resta confidentielle. La plupart des fans du cinéaste ont donc découvert The Hole dans une version «plate» en DVD, et son arrivée en Blu-Ray 3D en France est une bonne nouvelle. Car Dante reste un maître de l'artisanat fantastique, doté d'une cinéphilie colossale notamment en ce qui concerne la série B ; il connaît sans doute par cœur L'Homme au masque de cire ou L'Étrange Créature du lac noir, les grandes œuvres en 3D de l'âge classique, et son film en est comme le prolongement logique, avec ses forces maléfiques qui s'échappent d'un trou au cœur d'une maison, menace souvent suggérée plus que véritablement montrée — donc d'autant plus efficace.

Mais The Hole est aussi du pur Joe Dante, à ce jour le seul cinéaste américain à avoir, avec une admirable constance, œuvré dans le genre casse-gueule du film d'horreur pour enfants. De Gremlins à Small Soldiers, Dante pense que la peur n'est pas un sentiment négatif, mais bien un apprentissage nécessaire pour affronter la vie. Dans ses films, les enfants, acteurs comme spectateurs, sont mis à rude épreuve, livrés à l'angoisse et au danger, mais ils en sortent un peu moins candides et un peu plus solidaires aussi. Car les pères sont souvent absents, les gamins parfois orphelins, et l'on n'a pas grand-chose de plus à offrir que la noblesse de ses sentiments : l'amour, l'amitié, la solidarité…

Ce qui fait le charme si particulier de The Hole et qui le classe immédiatement au-dessus de toute les séries B horrifiques contemporaines, c'est qu'il a l'immense modestie de mettre en abîme son projet sans la moindre once de cynisme : ici, le trou, c'est la matérialisation des peurs enfantines, la projection des angoisses de ses héros, et grandir, c'est arriver à les vaincre. Si Panic à Florida Beach était son autobiographie à peine déguisée, The Hole, derrière ses allures de divertissement mineur, est peut-être l'œuvre la plus théorique de Joe Dante, celle où il explique le mieux ce qui a toujours été au cœur de son cinéma.

Christophe Chabert

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