Le Petit monde d'Arletty

ECRANS | L'Institut Lumière consacre une semaine à Arletty en quatre films et un téléfilm, biopic où l'actrice est incarnée par Lætitia Casta.

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

Arletty représente, avec Gabin, la personnification du "réalisme poétique" tels que Carné et Prévert l'ont inventé dans les années 30. C'est d'ailleurs ce couple à l'écran qui en marque à la fois l'apogée — Hôtel du nord et sa célèbre réplique «Atmosphère… Atmosphère… Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ?» — et son déclin — L'Air de Paris, qui pour le coup sent surtout le renfermé du cinéma de studio. Ce sont ces deux films qui encadrent la "semaine avec Arletty" que propose l'Institut Lumière du 11 au 15 mars, avec en son cœur l'incontournable Le Jour se lève et le nettement plus rare — car passé au feu de la réputation infamante de son réalisateur Claude Autant-Lara — Fric-Frac, où Arletty partage l'affiche avec Fernandel et Michel Simon.

Le sceau de l'infamie, c'est aussi ce qu'Arletty a connu au sortir de la guerre : pendant le tournage des Enfants du paradis, la comédienne, qui par ailleurs assumait clairement sa bisexualité, entretient une liaison avec un officier allemand. À la libération, le scandale éclate et elle est arrêtée. Cet épisode, c'est celui qu'Arnaud Sélignac — mercenaire de la fiction télé — a choisi de raconter dans Arletty, une passion coupable, diffusé sur France 2 et projeté sur grand écran à l'Institut le 11 mars en présence du réalisateur et de l'actrice qui incarne l'actrice : Lætitia Casta.

Même si elle n'a pas encore hérité sur grand écran des rôles majeurs qu'elle mérite pourtant, Casta, par sa spontanéité et son rapport décomplexé à son propre corps, est aujourd'hui une des comédiennes les plus intéressantes du cinéma français. Et la superposition entre son image et celle d'Arletty tombe sous le sens, à condition qu'elle ne tombe pas aussi dans les travers des biopics à base de mimétisme à la Patrick Sébastien…

Christophe Chabert

Une semaine avec Arletty
À l'Institut Lumière, du 11 au 15 mars


Hôtel du Nord

De Marcel Carné (1938, Fr, 1h35) avec Louis Jouvet, Arletty... Un hôtel modeste au bord du canal Saint-Martin abrite une clientèle bigarrée. Pierre et Renée, un couple d'amoureux, décident d'en finir avec la vie. Ce qui va s'avérer plus difficile que prévu. Un autre couple, M. Edmond, mystérieux homme, et Raymonde, une prostituée, vont se mêler à l'histoire des amoureux désespérés.
Institut Lumière 25 rue du Premier-Film Lyon 8e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Arletty, une passion coupable

D'Arnaud Selignac (Fr, 1h30) avec Laetitia Casta, Marie-Josée Croze... Alors que Paris vit sous le joug de l’Occupation allemande, en plein tournage des "Enfants du Paradis", au cœur d’une période tumultueuse de l’Histoire, Arletty, anticonformiste, continue de vivre au gré de ses envies et tombe sous le charme d’un jeune officier allemand, Hans Jurgen Soehring. La liaison fera bruire le tout Paris, aussi bien dans les milieux collaborationnistes que résistants.
Institut Lumière 25 rue du Premier-Film Lyon 8e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Le Jour se lève

De Marcel Carné (1939, Fr, 1h33) avec Jean Gabin, Arletty, Jules Berry…
Une forte dispute éclate dans une maison, des bruits de lutte se font entendre, des cris, des coups... Puis un coup de feu ! François a tiré sur Valentin. Ce dernier convoitait la belle Clara. François, barricadé et encerclé par la police, se remémore alors toute l'histoire qui a conduit à ce drame. Institut Lumière 25 rue du Premier-Film Lyon 8e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Aux marges du palais : "L'Incroyable histoire du Facteur Cheval"

Biopic | de Nils Tavernier (Fr, 1h45) avec Jacques Gamblin, Laetitia Casta, Bernard Le Coq…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

Aux marges du palais :

Drôme, XIXe siècle. Maladivement réservé et mutique, le facteur Cheval effraie bon nombre des villageois qu’il croise durant sa tournée. Sauf la belle Philomène, qu’il va épouser. Pour leur fille Alice, il va entreprendre la construction d’une œuvre spontanée et insensée : un palais idéal. À partir des bribes de témoignages et de rares documents d’époque (dont le fameux cahier autographe de Joseph-Ferdinand Cheval), Nils Tavernier dresse son portrait du mystérieux architecte naïf autodidacte, postulant à demi-mots que son aversion pour les rapports humains relevait peut-être d’un trouble du spectre de l’autisme. Obstiné, raide dans son col et sa souffrance, Gamblin s’accapare ce personnage s’exprimant davantage par ses doigts bandés et ses monosyllabes soufflées sous ses volumineuses moustaches : le moindre de ses tressaillements est signifiant. De fait, sa construction de Cheval s’avère tout aussi fascinante que l’histoire de l’édification de son palais, qui elle répond à des impératifs narratifs plus classiques, scandée de drames et de deuils ayant marqué le bâtisseur,

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Louis Garrel : « dès le début, il devait y avoir trois voix »

L’Homme fidèle | Bref par la durée, le deuxième long-métrage de Louis Garrel est un grand et beau film atemporel coécrit par un scénariste de légende, Jean-Claude Carrière et co-interprété par Laetitia Casta. Conversation à trois, entre voix feutrées et phrases alertes…

Vincent Raymond | Lundi 24 décembre 2018

Louis Garrel : « dès le début, il devait y avoir trois voix »

Après Les Deux Amis inspiré de Musset, vous vous êtes ici plus ou moins inspiré de La Seconde Surprise de l’amour de Marivaux. Louis Garrel : L’homme fidèle aux classiques… Jean-Claude Carrière : Infidèle ! LG : Toi oui, mais moi, fidèle aux classiques. Comme j’étais mauvais élève à l’école, j’essaie de me rattraper en faisant des films. J’aime bien prendre des trucs ancrés dans l’inconscient collectif, des arguments classiques et les retourner dans tous les sens. Les Américains le font bien avec Shakespeare, pourquoi ne pourrait-on pas le faire avec Marivaux ? Au finale, il ne reste ici pas grand chose de Marivaux en vrai : deux idées de personnages. Quelle a été la toute première idée de ce film ? JCC : Elle est née de son autre film. Quand il a écrit Les Deux amis, il m’a demandé de me le

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Ça va mieux en dix ans : "L'Homme fidèle"

Drame | De et avec Louis Garrel (Fr, 1h15) avec également Laetitia Casta, Lily-Rose Depp…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Ça va mieux en dix ans :

Un jour, Marianne annonce à Abel qu’elle est enceinte de leur ami Paul et qu’elle le quitte. Abel encaisse. Dix ans plus tard, Paul est mort et Abel revient dans la vie de Marianne, désormais mère de Joseph. Il faut aussi compter avec Ève, jeune sœur de Paul, éprise depuis toujours d’Abel… Serait-ce un Conte moral inédit, une romance truffaldienne, un drame bourgeois chabrolien où soudain surgit une fantastique étrangeté ? À moins qu’il ne s’agisse d’une de ces relectures à la Desplechin revivifiant le genre “film en appartement parisien“… L’Homme fidèle, comme Garrel, ne peut renier sa filiation avec la Nouvelle Vague et à ses héritiers — elle est de toutes façons constitutive de son identité, pour ne pas dire inscrite dans ses gènes. Synthèse habile du cinéma des aînés, bénéficiant de surcroît de la “patte“ d’un coscénariste chevronné en la personne de Jean-Claude Carrière, ce film est une splendeur d’équilibre, de délicatesse et de surprises — les réactions des protagonistes étant tout sauf convenues. Ainsi la brutale scène de rupture initiale pourrait-elle ten

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Le Jour se lève à nouveau

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«Le Jour se lève ressort bientôt, et Gabin dedans est immense. Si un jour je pouvais m’approcher de ça, faire un petit Jour se lève, ce serait fantastique…» Voilà ce que nous a déclaré Jean-Charles Hue, réalisateur de Mange tes morts. On parlait avec lui de "mythologie populaire du cinéma français" et il est évident que ce chef-d’œuvre de Marcel Carné en est un des exemples les plus purs. Il faudrait, pour (re)découvrir Le Jour se lève, oublier tout ce que l’on pense en savoir : le réalisme poétique, le pessimisme qui fait contrepoint à la légèreté de Drôle de drame, le charisme du couple Gabin-Arletty… Carné et son complice Jacques Prévert osent reconstruire en flashbacks l’histoire d’un assassin, cloîtré dans un appartement, attendant le petit jour et la venue de la police. Magie du cinéma qui voit se transformer le criminel en ouvrier amoureux, puis en amant dupé et trahi

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On ira tous au Paradis

ECRANS | Durant tout le mois de décembre à l'Institut Lumière et dans le cadre de la Ciné-collection du GRAC, Les Enfants du Paradis vont refaire l’événement. Une (...)

Christophe Chabert | Lundi 3 décembre 2012

On ira tous au Paradis

Durant tout le mois de décembre à l'Institut Lumière et dans le cadre de la Ciné-collection du GRAC, Les Enfants du Paradis vont refaire l’événement. Une reprise massive à la hauteur du film mais aussi du long et patient travail de restauration numérique qui lui a été consacré — sans parler de la grande exposition qui a lieu en ce moment à la Cinémathèque française. Les Enfants du Paradis, c’est d’abord un emblème, celui du réalisme poétique né de l’association entre son réalisateur Marcel Carné et son scénariste et dialoguiste Jacques Prévert. Pourtant, il est à l’opposé des autres réussites du tandem. Ici, pas de sujet social comme dans Le Crime de Monsieur Lange ou Le Jour se lève ; c’est en 1830, dans le Paris de l’après-Révolution française, et plus précisément sur le «boulevard du crime», l’endroit où l’on croisait tous les saltimbanques, que Carné et Prévert racontent comment un mime (Jean-Louis Barrault) et un acteur novice (Pierre Brasseur) tombent amoureux de la même femme, Garance (étincelante Arletty). L’ambition du film repose à la fois sur son goût du romanesque et sur son ampleur (un travail ex

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Do not disturb

ECRANS | Yvan Attal s’empare d’une commande — faire le remake de «Humpday» — et la transforme en exercice de style fondé sur le plaisir du jeu et la sophistication de la mise en scène, prenant le risque d’intensifier la vacuité de son matériau. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 1 octobre 2012

Do not disturb

Yvan Attal ne s’en est jamais caché : Do not disturb est avant tout une commande venue de son producteur, qui avait acheté les droits d’une comédie indé américaine de Lynn Sheldon, Humpday. Où il était question de deux vieux potes qui, par défi, décident de participer à un festival de porno amateur en tournant un film où ces deux hétéros convaincus se mettraient en scène en plein ébat homosexuel. Après Ma femme est une actrice et Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, tous deux marqués par les questions existentielles, sentimentales et professionnelles de leur auteur, voilà donc Attal face à un matériau impersonnel au sens strict. Sa stratégie, évidente, consiste alors à y instiller du plaisir pur. D’abord celui du jeu : son tandem avec François Cluzet est le vrai moteur de la comédie, lui en bourgeois bohème dont la vie affective est sur des rails trop huilés, Cluzet en aventurier de pacotille dissimulant derrière son chapeau de paille et sa barbe mal taillée sa nature profonde de glandeur velléitaire. Do not disturb aurait pu se contenter de mettre en scène de manière théâtrale cette joyeuse rencont

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La Nouvelle guerre des boutons

ECRANS | De Christophe Barratier (Fr, 1h40) avec Guillaume Canet, Laetitia Casta, Kad Merad…

Dorotée Aznar | Dimanche 18 septembre 2011

La Nouvelle guerre des boutons

Comme prévu, cette deuxième Guerre des boutons est plus présentable que celle de Yann Samuell. Barratier a soigné la manufacture du film, et supplante son challenger sur tous les paramètres (scénario, direction d’acteurs, réalisation, photo). Ceci étant, cette version «propre» verse aussi dans ce qui était l’écueil attendu de cette vague boutonneuse : son côté chromo de la France villageoise, muséifiée malgré la tentative d’y incorporer la noirceur d’une époque pas vraiment édénique (l’occupation en 1944). Les acteurs sont engoncés (l’hypersexuée Laetitia Casta est renvoyée à sa première période Bicyclette — fleur — bleue), la mise en scène tient de la mise en images, et cette Nouvelle Guerre est quand même la plus vieillotte. Plus encore, on se rend compte que le roman de Pergaud a beau être mis à toutes les sauces, il manque sérieusement de piment, et dans tous les cas, c’est bien derrière le film d’Yves Robert que les cinéastes cavalent. Barratier gagne donc aux points un match définitivement nul. Christophe Chabert

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La guerre des moutons

ECRANS | Cinéma / Précipitée par une avalanche de bons films en août, la rentrée cinématographique s’offre comme un concentré limpide de la production actuelle, entre projets couillus et formules de studios, comme l’illustre la déjà triste affaire de la guerre de "La Guerre des boutons". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 24 août 2011

La guerre des moutons

D’ordinaire, pour débuter la rentrée, il faut pousser quelques exclamations de joie et de bonne humeur. C’est vrai que c’est beau, la rentrée, toutes ces promesses de grands films faits par des réalisateurs intelligents, avec des histoires originales, des acteurs talentueux… Mais là, la rentrée cinéma nous accueille avec des culs de bus et des colonnes Morris placardés d’affiches mettant en scène non pas l’habituel défilé de longs-métrages alléchants, mais la rivalité absurde et pathétique entre deux films sortant à une semaine de distance et portant (presque) le même titre. C’est la guerre de "La Guerre des boutons", qui faisait déjà ricaner le monde entier à Cannes ; devenue réalité à l’orée de ce mois de septembre, elle ressemble au cauchemar d’un responsable marketing interné à l’asile. Du coup, plus question de se taire, sous peine d’être reconnu complice de la mascarade : tout cela n’a plus rien à voir avec le cinéma, et on aurait voulu révéler au grand jour les pratiques agressivement mercantiles de la production française actuelle, on ne s’y serait pas mieux pris. Car vouloir faire une nouvelle adaptation du livre de Louis Pergaud, après celle toujours regardable d’Yves

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Nés en 68

ECRANS | d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (Fr, 2h52) avec Laetitia Casta, Yannick Renier, Yann Tregouët…

Christophe Chabert | Lundi 19 mai 2008

Nés en 68

Aux États-Unis, on appelle ça un «period movie». Soit un long film où l’on accompagne un groupe de personnages à travers une époque et ses soubresauts (ici, de mai 68 à mai 2007). En général, cela promet du romanesque et une perspective historique. Or, Nés en 68 ne tient absolument aucune de ses promesses-là, et se transforme vite en chemin de croix pour le spectateur. La première partie, où d’anciens soixante-huitards fondent une communauté dans une vieille ferme délabrée du Lot, amène son lot de clichés pittoresques sur le flower power, l’amour libre, les utopies qui tournent mal, le retour de l’individualisme… Après un inexplicable saut temporel qui nous amène directement aux heures noires du SIDA et du deuxième septennat de Mitterrand, Martineau et Ducastel commencent un autre film, qui semblent les passionner beaucoup plus : les amours homosexuelles de deux fils de 68. Mais les clichés ont la peau dure, et ce sont cette fois-ci des dialogues de soap opera burlesques dans leur indigence qui font couler le navire. Pourquoi aucun souffle ne se dégage de cette fresque pourtant ambitieuse ? Parce qu’il n’y a ici que des passages en force scénaristiques (la conversion au terro

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