Arnaud fait son deuxième film

ECRANS | Parce qu’il ne peut plus faire de films, Arnaud Viard se filme en train de préparer un film. Un projet plus curieux en apparence qu’en réalité.

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Photo : © ARP Sélection


Le terme autofiction étant désormais galvaudé, il vaudrait mieux qualifier ce deuxième film écrit, réalisé et interprété par Arnaud Viard de performatif.

De son titre à son exécution, il s'agit en effet de transformer une impasse — faire un nouveau film — en réalité, par le simple geste de filmer. Arnaud Viard y est Arnaud Viard, cinéaste subissant refus sur refus, contraint de faire l'acteur dans un programme court télé et de reprendre son rôle de prof au cours Florent.

Sans aucune aigreur ni volonté de régler des comptes, il assume sa mouise et ses aventures deviennent la matière du film que nous regardons, moitié drôle — mais ce n'est pas son point fort — moitié dramatique — c'est déjà plus réussi.

Comme débarrassé de son enveloppe fictionnelle, ce projet pas si inclassable exhibe ainsi le squelette de ce qu'est aujourd'hui un "film français" : incertitudes sentimentales, crise de la quarantaine, mort de la mère pour les grandes lignes ; et dans les détails, l'incontournable scène de fête, les visites chez le psy ou la dispute en chambre.

C'est peut-être la plus grande qualité d'Arnaud fait son deuxième film : mettre à nu ce qui d'ordinaire est (mal) habillé chez les cinéastes hexagonaux, leur incapacité à se projeter dans l'altérité autrement que par des ficelles grossières que Viard a l'honnêteté de jeter à la poubelle.

Christophe Chabert

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Gavalda remix : "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part"

Drame | Jean-Pierre, qui s’est jadis rêvé comédien, a depuis rejoint avec succès le négoce des vins. Aîné d’une fratrie comptant Juliette (une prof démangée par l’écriture et tout juste enceinte), Mathieu, employé timide et Margaux, photographe en galère, il traverse une phase difficile…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Gavalda remix :

En transposant à l’écran l’ouvrage homonyme d’Anna Gavalda, Arnaud Viard s’est attelé à un double défi. D’abord, d’unifier les nouvelles du recueil en une seule trame narrative sur le modèle de ce qu’avait accompli Robert Altman à partir de Neuf histoires et un poème de Carver pour bâtir son Short Cuts. Ensuite, de prendre le risque de décevoir les millions (oui oui) de lecteurs — voire adulateurs — de l’autrice qui avaient pu se forger du recueil leurs propres images. On ne contestera pas l’option choisie, évitant le morcellement du film à sketches, ni le choix de la distribution (les comédiennes et comédiens sont globalement bien trouvés, en particulier Rouve et Taglioni, quand la douleur les traverse comme un fantôme puis les habite). Mais quelle plaie de devoir, encore et toujours, subir ces destins de familles parisiennes pseudo normales, c’est-à-dire forcément pourvues d’une gentilhommière en province ou en grande couronne, où l’on se rend pour les anniversaires d’ancêtres et la Noël (et les chamailleries afférentes). Il y a quand même une douce contradic

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Irène Jacob, la voix sereine

Portrait | Le visage de trois quart de profil en gros plan, devant Jean-Louis Trintignant. Rouge. Le film de Kieślowski, avec La Double vie de Véronique, va révéler la comédienne Irène Jacob dans les années 90. Depuis, elle tourne dans le monde entier, chante et sera La Voix humaine de Cocteau en novembre.

Nadja Pobel | Mardi 6 novembre 2018

Irène Jacob, la voix sereine

D'elle, il nous parvient des flashs apaisants : son visage (qui n'a guère changé depuis les films du cinéaste polonais mythique) et sa voix qui décline les questions de Cosmopolitan en susurrant à l'oreille de Vincent Delerm « avez-vous déjà fait souffrir votre partenaire ? » ou nous informe que « c'est une période difficile pour les natives du deuxième décan ». Elle est aussi « une fille Deutsche Grammophon » sur l'album Kensington square. Et Jean-Luc Le Ténia lui a même consacré une chanson à son nom. Iconique. Osons le mot qu'elle ne peut s'attribuer. Il y a de cela chez Irène Jacob, mais une icône accessible que l'on voudrait toutefois ne pas trop chahuter pour respecter ce travail mené depuis plus de vingt avec exigence et humilité. Tracer sa voix (humaine) D'emblée, elle rencontre des hommes de cinéma reconnus pour leur rigueur. C'est Louis Malle qui met le pied à l'étrier de cette fille de physicien et psychologue, la quatrième fille, après trois g

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Rio sex comedy

ECRANS | Brassant joyeusement documentaire et fiction, Jonathan Nossiter offre un portrait de Rio vu par une bande d’étrangers, pour un film choral euphorique et contagieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 17 février 2011

Rio sex comedy

Rio, aujourd’hui. Une gloire de la chirurgie esthétique anglaise prodigue ses conseils à de jeunes médecins, et révèle une méthode peu orthodoxe visant à décourager les patients de pratiquer des opérations. Une réalisatrice française interviewe des employées de maison pour connaître leur rapport à leurs maîtres, et se rapproche de son beau-frère caméraman fantasque et libéré. Le nouvel ambassadeur américain de la ville pète les plombs, fuit ses responsabilités et se terre dans une favela où il sympathise avec un tour operator déglingué. Le titre du nouveau film de Jonathan Nossiter, qui marque son retour à la fiction après l’excellent "Signs and wonders", est conforme au programme sur l’écran : il y a Rio, dont il filme tous les habitants, tous les quartiers ; il y a du sexe, notamment de troublantes séquences entre Irène Jacob et Jérôme Kircher, en couple dans la vie civile ; et c’est une comédie loufoque effectivement très drôle, surtout les scènes avec Bill Pullman, dont un moment extraordinaire où, avec perruque et fausse barbiche, il expose au PowerPoint un projet d’échange chiens contre enfants dans les favelas pour tirer les larmes aux occidentaux !.

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