"Voyage à travers le cinéma français" : c'était sa première séance

ECRANS | Bertrand Tavernier raconte son rapport affectif aux films qui l’ont construit, dévoile son Panthéon intime. Édifiant, enthousiaste, touchant : trois quarts de siècle d’un compagnonnage actif avec le cinéma, à tous les points de vue et d’écoute.

Vincent Raymond | Mardi 11 octobre 2016

Photo : © Étienne George


Bertrand Tavernier ne pouvait choisir meilleur public que celui du Festival Lumière — manifestation organisée par l'institut homonyme, qu'il préside, dans la ville où il est né — pour présenter les premières séances du documentaire-somme retraçant son parcours. Car davantage qu'une audience acquise, celle-ci se révèlerait surtout réceptive au projet de ce ciné-fils/cinéphile, l'accompagnant bien volontiers dans l'exploration de sa mémoire d'ogre.

Promis depuis des années, ce Voyage dans le cinéma français offre un retour très personnel aux sources primitives de sa passion pour l'écran d'argent ; aux origines de sa curiosité fervente et contagieuse, devenue avec les années prosélytisme chaleureux en faveur de tous les types de cinémas, peu importent les chapelles, du moment qu'ils lui apportent du plaisir — son emploi immodéré du superlatif absolu et de l'épithète “formidable” est d'ailleurs légendaire.

Oncle Tatave, celui qui se souvient de tous les films

Tout aussi prodigieuse se révèle sa mémoire cinématographique, presque indissociable du contexte folklorique des séances qu'il ressuscite : le voisin faisant chauffer des petits pois sur un réchaud à gaz, la strip-teaseuse de l'entracte — pour évoquer les plus baroques. Si chaque film correspond chez lui à un éblouissement réel, le choc initial est lié à la vision de Dernier Atout (1942) de Jacques Becker — pas étonnant que le plus polyvalent des auteurs français ait à ce point marqué le jeune Bertrand, dont la filmographie personnelle témoignera plus tard d'un éclectisme rare.

De fil en aiguille, en commentant des extraits judicieusement montés, Tavernier passe ensuite à Renoir, Carné, Gabin, Jaubert, Kosma, Prévert, Constantine, Sacha, Sautet ; montrant au passage que les acteurs ou les compositeurs effectuent les liaisons souterraines entre les œuvres et les auteurs, tissant des réseaux complexes dans l'immense corpus du cinéma français. Le cinéaste se raconte sans se vanter dans ses premiers pas en admirateur de Gréville, en assistant de Melville ; en cinémathécaire précoce, aussi, sauvant de la destruction des bobines. Sa bienveillance coutumière n'empêchant pas la lucidité, il fustige ainsi le comportement déplorable de Renoir pendant la Guerre, et lance quelques piques en direction de Carné ou Melville.

Nul besoin d'être un spécialiste pour apprécier ces 195 minutes d'évocation fascinantes et fascinées du cinéma qui s'écoulent comme un enchantement : il suffit d'ouvrir ses yeux, ses oreilles, son cœur. Et de comprendre l'importance d'avoir la mémoire longue.

Voyage à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier (Fr, 3h15) documentaire avec la voix d'André Marcon


Voyage à travers le cinéma français

De Bertrand Tavernier (avant première)
Écully Cinéma 21 avenue E. Aynard Écully
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Bertrand Tavernier (1941-2021)

Disparition | Un mois avant son quatre-vingtième anniversaire, le jour du centenaire de Simone Signoret, Bertrand Tavernier est décédé dans sa propriété de Sainte-Maxime. C’est davantage qu’un cinéaste ou que le président de l’Institut Lumière qui disparaît avec lui : un amoureux total et sincère des films et de ceux qui les font, un promoteur de leur restauration et de leur projection. Sa trace n’est pas près de s’effacer.

Vincent Raymond | Vendredi 26 mars 2021

Bertrand Tavernier (1941-2021)

En ouverture de ce qui demeurera son ultime long-métrage sorti sur grand écran, Voyage dans le cinéma français (2016), Bertrand Tavernier avait placé une citation de Jean-Luc Godard : « il y a quelque chose qui nous lie, Bertrand et moi, c’est que nous sommes tous les deux les enfants de la Libération et de la Cinémathèque ». Certes, on ne peut que relever les concordances objectives dans la formation puis le parcours des deux hommes qui les a fait converger plus d’une fois — et ce en dépit de leur onze années d’écart. Tavernier fut l’attaché de presse de Pierrot le fou de JLG (1965), l’année où celui-ci rafla l’Ours d’Or à Berlin pour Alphaville, récompense que Tavernier emporterait en 1995 pour L’Appât… Tous deux sont des enfants d’une bourgeoisie intellectuelle provinciale, qui vont trouver dans le cinéma une sorte épiphanie, passeront par l’adoration compulsive de l’ère des cinés-clubs, une phase (de) critique avant de s’emparer d’une caméra pour tourner… Mais si avec le temps Godard n’a eu de cesse d’étrécir son audienc

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Bertrand Tavernier est mort

Disparition | On vient d’apprendre la disparition à 79 ans du cinéaste, scénariste et producteur Bertrand Tavernier, par ailleurs président de l’Institut Lumière depuis sa création en 1982. Une perte immense.

Vincent Raymond | Jeudi 25 mars 2021

Bertrand Tavernier est mort

Né à Lyon en 1941, celui qui fut attaché de presse et critique avant de s’emparer de la caméra en 1964 pour son premier court-métrage, puis en 1973 pour son premier long L’Horloger de Saint-Paul, aura signé une des œuvres les plus prolifiques et éclectiques du cinéma français contemporain. Sans pour autant renier ses précurseurs à la différence de la génération précédente — Bertrand Tavernier n’hésitera pas à travailler avec les scénaristes Aurenche et Bost conspués par la Nouvelle Vague. Touchant à tous les styles, du polar à l’anticipation en passant par le documentaire ; manifestant en homme engagé son amour pour le rétablissement de la justice sociale (L. 627, Histoires de vies brisées…), le jazz (Autour de minuit), le cinéma (l’extraordinaire Laisser Passer, Voyage à travers le cinéma Français), sa filmographie est émaillée de nombreux prix — il fut le premier récipiendaire du César du réalisateur en 1976 pour Que la fête commence

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Bertrand Tavernier sur Netflix : ça commence aujourd’hui

Plan Canapé | Après Truffaut, Demy, Sautet, Resnais, la plateforme de streaming continue d’élargir son offre en inscrivant dès ce 1er mars quelques-unes des premières œuvres de Bertrand Tavernier. Une mise en bouche avant l’intégrale ?

Vincent Raymond | Lundi 1 mars 2021

Bertrand Tavernier sur Netflix : ça commence aujourd’hui

Rien n’arrête l’appétit de Netflix. Au moment où son concurrent direct Disney lance une plateforme, Star, ayant vocation à le titiller sur le segment “adulte” en proposant notamment des films ou des séries du patrimoine, la firme de streaming opère un nouveau coup d’éclat médiatique en intégrant à son volumineux catalogue cinq titres d’un emblématique auteur français : Bertrand Tavernier. Outre le fait qu’il s’agit pour la plupart d’œuvres parmi les plus primées et célèbres de la première partie de carrière du cinéaste lyonnais (L’Horloger de Saint-Paul (photo), Que la fête commence, Le Juge et l’Assassin, Coup de torchon, La Vie et rien d’autre), elles sont paradoxalement signées par un éminent cinéphile dont on sait l’attachement pour la projection en salle et son soutien au travail d’édition sur support physique des films, qu’il relaie sur son blog. Mais aussi par celui qui assume les f

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L’Institut Lumière aux rayons X de la Chambre Régionale des Comptes

Cinéma | Coutumier d’une certaine discrétion, parfois autarcique, l’Institut Lumière a été contraint à plusieurs séances de rayons X économiques prescrites par la Chambre Régionale des Comptes. Le bilan vient d’être rendu public : si la santé est plutôt correcte, le médecin formules quelques recommandations. Et pour commencer, de bien suivre les protocoles…

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2021

L’Institut Lumière aux rayons X de la Chambre Régionale des Comptes

La CRC (Chambre Régionale des Comptes) vient de publier trois Rapports d’observations définitives portant sur trois structures ayant leur siège rue du Premier-Film : Association Institut Lumière, Société Cinémas Lumière, Société Sortie d’Usine Productions. Trois études connexes puisque la même entité, l’Institut Lumière, les unit et la même personne, Thierry Frémaux, les chapeaute. Trois mémoires mettant au jour non ces

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Tavernier, Huston et Lang à l’Institut Lumière

Reprise | L’Institut Lumière fait d’une pierre deux, voire trois coups, en conviant son président Bertrand Tavernier pour un rendez-vous autour de la réédition de son (...)

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Tavernier, Huston et Lang à l’Institut Lumière

L’Institut Lumière fait d’une pierre deux, voire trois coups, en conviant son président Bertrand Tavernier pour un rendez-vous autour de la réédition de son pavé d’entretiens avec des cinéastes d’Hollywood, Amis Américains. Tout juste auréolé d’une Étoile d’Or remise à Marrakech par son ami Harvey Keitel, le cinéaste-historien dédicacera son volumineux ouvrage à l’entracte de la soirée composée de deux films — difficile de faire moins. D’abord, Quand la ville dort (1950) de John Huston (Asphalt Jungle, à ne pas confondre avec While the City Sleeps, La Cinquième Victime de Fritz Lang), qui vit Sterling Hayden, bien avant L’Ultime Razzia, camper le cerveau d’un casse. Suivra fort logiquement puisque le cycle Fritz Lang bat son plein à l’Institut Lumière, une réalisation américaine du maître allemand, Espions sur la Tamise / Le Ministère de la peur (1944). Adapté de Graham Greene, ce thriller d’espionnage censé se dérouler en Angleterre mêle malgré lui le personnage de Ray Milland à

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La fabrique des petits soldats : "Le Fils"

Documentaire | Documentaire de Alexander Abaturov (Ru-Fr, 1h11)…

Vincent Raymond | Mardi 28 mai 2019

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Deux trajectoires parallèles : celle du cousin du réalisateur, Dima, soldat d’excellence russe mort au combat, et celle des nouvelles recrues aspirant à rejoindre le corps d’élite des Spetsnaz dont Dima était issu. D’un côté, le deuil sobre ; de l’autre l’exaltation d’une jeunesse ultra patriote… On aimerait que cela fût une fiction et non point un documentaire. Mais Alexandre Abaturov dépeint une réalité crue et froide : celle de super-soldats contemporains interchangeables et soudés au sein d’une unité impatiente de servir la mère Russie. N’étaient leurs marinières rouges, ils pourraient êtres les bidasses de Full Metal Jacket (1987) effectuant leurs classes sous les ordres d’instructeurs les conditionnant psychologiquement et physiquement, sélectionnant les plus solides (environ un quart du contingent), seuls aptes à porter le distinctif béret rouge des Spetsnaz. Entre les parcours dans la boue, les pugilats “pour de rire“ — avec pommettes en charpie et nez explosé —, les cérémonies d’hommage aux aînés tombés pour la patrie, Abaturov

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En attendant Jane Fonda

Institut Lumière | Star majuscule de l’automne dans le quartier Monplaisir (et l’ensemble de la Métropole), la future récipiendaire du 10e prix Lumière verra un choix de ses (...)

Vincent Raymond | Lundi 3 septembre 2018

En attendant Jane Fonda

Star majuscule de l’automne dans le quartier Monplaisir (et l’ensemble de la Métropole), la future récipiendaire du 10e prix Lumière verra un choix de ses films projetés en guise d’hommage lors du festival. Pour mettre le public en appétit, et permettre à certaines œuvres risquant de ne pas bénéficier d’une séance entre les 13 et 21 octobre, l’Institut en programme trois extraites de la carrière de Jane Fonda ; trois moments assortis de présentation ou de conférences pour se remémorer le parcours de cette icône ayant marqué tant la pellicule par ses rôles que la vie politique mondiale par ses engagements. C’est Julia (1977) de Fred Zinnemann qui ouvrira le bal le 13 septembre, durant les séances de présentation du festival. Inspiré par un épisode de la vie de l’autrice et scénariste Lillian Hellman, ce drame se déroulant durant les prémices de la

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La saison des festivals est ouverte

Grand Lyon | Bientôt quadragénaire, le doyen des festivals de l’agglomération lyonnaise n’a rien d’un autarcique : depuis des années, il propose des séances délocalisées dans des (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

La saison des festivals est ouverte

Bientôt quadragénaire, le doyen des festivals de l’agglomération lyonnaise n’a rien d’un autarcique : depuis des années, il propose des séances délocalisées dans des salles amies : au Théâtre Astrée, à la MLIS et l’ENM de Villeurbanne, mais aussi au Comœdia, au Ciné-Meyzieu et au Ciné Mourguet de Sainte-Foy-lès-Lyon. La période coïncide également avec le lancement d’autres événements locaux d’importance, qui bénéficient donc d’une dynamique croisée : pas de rivalité entre les salles indépendantes ! Le Mois du Film Documentaire fait ainsi escale jusqu’au 30 novembre au Toboggan de Décines avec quatre projections agrémentées de débats. Grégory Gomes accompagnera Frères Ennemis qu’il a tourné dans la proximité d’un derby Lyon-Saint-É ; quant à Charlotte Pouch, elle racontera la genèse de Des bobines et des hommes, une (més)aventure humaine et industrielle. Plus au nord de la Métropole, le Ciné-Caluire programme son Festival du cinéma italien. Une semaine placée sous le signe de l’amour,

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Entre deux : "L'École de la vie"

Documentaire | de Maite Alberdi (Fr-Chi-P-B, 1h32) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

Entre deux :

La vie quotidienne dans une école chilienne spécialisée accueillant des adultes atteints du syndrome de Down (la Trisomie 21) : le travail à l’atelier gastronomie, l’amitié et les histoires de cœur minées par les décisions des tuteurs légaux… Maite Alberdi cadre les élèves serrés, dans une très grande proximité, à l’extrême limite parfois de l’intimité gênante (sans franchir la ligne jaune de l’obscénité), gardant parents et éducateurs dans un flou visuel volontaire. Ce dispositif tranché facilitant la focalisation sur ses héros — Rita, au régime, qui tente de soustraire du chocolat en cachette, Anita et Andrés désireux de se marier malgré l’opposition parentale —, et permettant d’adopter plus aisément leur point de vue, est sans doute la meilleure idée de ce documentaire. L’École de la vie laisse en effet une impression mitigée, découlant pour partie des méthodes en apparence paradoxales de l’école. Certes, les élèves semblent disposer d’une liberté d’action complète et s’épanouir lorsqu’ils préparent de la pâtisserie, mais ils sont étr

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Prison de filles : "Des rêves sans étoiles" de Mehrdad Oskouei

Documentaire | de Mehrdad Oskouei (Irn, 1h16) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 19 septembre 2017

Prison de filles :

Iran. Des jeunes femmes à la lisière de la majorité sont filmées dans leur quotidien de détenues d’un centre de “réhabilitation” pour mineures. Souvent en rupture de famille, certaines sont délinquantes, d’autres enceintes, voire mères ; toutes dans l’angoisse de leur sortie… Voilà un projet intéressant sur le papier, qui peine pourtant à aller au-delà de ses évidentes bonnes intentions. Notamment parce que le réalisateur parasite son propre film, en intégrant des interviews qu’il réalise, voix off, avec les détenues. De témoin, il devient acteur des événements ; il interagit avec eux. À ces “tête-à-tête“ trop polis pour être honnêtes (ont-ils été répétés ? Ont-ils été surveillés durant le tournage ?), on préfère les rares séquences d’imprévus, plus crues, montrant la détresse d’une gamine tétanisée par l’irruption de ses parents, ou une autre effondrée parce que sa grand-mère refuse de l’accueillir. Le cours d’instruction religieuse, abordant la question de l’égalité homme-femme, est aussi un grand moment.

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Leçons de son : "Buena Vista Social Club : Adios" de Lucy Walker

Documentaire | de Lucy Walker (É-U-Cu, 1h50) documentaire avec Ibrahim Ferrer, Omara Portuondo, Manuel Mirabal…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Leçons de son :

Vingt ans ou presque après le documentaire de Wenders, y avait-il encore des choses à apprendre sur le groupe d’octo-et-nonagénaires cubains ? Étonnamment, oui. Réalisé à l’occasion de la tournée d’adieux du Buena Vista Social Club, ce film est davantage qu’une séquelle du précédent opus : il creuse aussi ses racines grâce à un luxe d’archives inédites. Si Lucy Walker opte pour une structure plus classique et une réalisation moins “virtuose” que son prédécesseur allemand, elle compense par un supplément de valeur informative et d’émotion : les maîtres du son dont elle établit le parcours médiatique (Ibrahim Ferrer, Compay Secundo, Rubén González…) avant leur entrée dans l’illustre orquesta sont désormais tous mort, exception faite de la vaillante Omara Portuondo. La cinéaste exhume par ailleurs des images (parfois tendues) de la conception de l’album de 1996, rendant au producteur Nick Gold des lauriers souvent indument tress

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États généraux du documentaire

ECRANS | S’il est encore trop tôt pour connaître le programme détaillé de la 29e édition des États généraux du film documentaire de Lussas (Ardèche) on peut d’ores et déjà en (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

États généraux du documentaire

S’il est encore trop tôt pour connaître le programme détaillé de la 29e édition des États généraux du film documentaire de Lussas (Ardèche) on peut d’ores et déjà en indiquer ses dates (du 20 au 29 août) et rappeler le principe de cette semaine. Conjuguant séquences réflexives (séminaires théoriques) approche pratique (ateliers) et projections (plusieurs sections interrogeant le patrimoine comme la production contemporaine), ce laboratoire vivant est surtout le rendez-vous cardinal et convivial des amateurs de cette forme exigeante, mais polyvalente. Un must pour qui croit en la capacité du cinéma d’émettre une voix dissonante. www.lussasdoc.org

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"Le Goût du tapis rouge" : raides carpettes

Documentaire | de Olivier Servais (Fr, 1h13) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

Dix jours en mai, leur vie s’interrompt, cependant qu’elle s’illumine. Guetteurs ou arpenteurs, ils forment une foule compacte s’agglutinant autour des marches du Palais des Festivals et roulant le long de la Croisette. Deux éditions durant, Olivier Servais a braqué ses regards vers ce peuple de l’ombre, les uns mendiant des paillettes aux étoiles, les autres œuvrant à leur service. Cannes vu par les vraies gens, hors apparat et coupe-file… L’idée était séduisante de partager un point de vue “plébéien”, extérieur, éventuellement dissonant — plutôt que les sempiternels clichés sur l’angoisse de la star au moment de gravir les escaliers ou l’art du concierge de palace à satisfaire ses caprices. Hélas, Servais semble parti tourner à caméra-que-veux-tu, et avoir ensuite effectué un collage à la diable de ses séquences, histoire de leur donner un cachet expérimento-impressionniste. Le résultat est fade, factice et soporifique. Cependant, s’il fallait retenir une chose de ce vrac, c’est que la faune statique des fanatiques du Festival est aussi diverse dans ses motiva

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"Noma au Japon" : comment réinventer le meilleur restaurant du monde

ECRANS | de Maurice Dekkers (P-B, 1h33) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Couronné plusieurs années consécutives meilleure table du globe, le Noma de Copenhague se voit confier une carte blanche durant six semaines par le Mandarin Oriental de Tokyo. Pour l’équipe menée par le chef René Redzepi, le défi est de taille : il s’agit en effet de composer une carte nouvelle respectant l’esprit Noma tout en se nourrissant des particularités du terroir japonais. Une course contre la montre et pour les papilles s’engage… On ne saurait mieux expliquer le processus créatif de la haute cuisine, naissant d’une fusion de talents individuels et d’une symbiose d’inspirations sous la houlette d’un chef d’orchestre aux intuitions audacieuses. Capable de tirer le meilleur de chacun, de fuir les évidences gastronomiques et de se remettre en question sans concession, Redzepi apparaît comme un catalyseur et un liant. Sa curiosité et son perfectionnisme contagieux, respectueux de la nouveauté, des cultures, des saveurs ou de l’esthétique, rappellent la démarche de Benjamin Millepied dans l’excellent documentaire

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"Retour à Forbach" : mauvaises mines

ECRANS | de Régis Sauder (Fr, 1h18) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Venu pour solder la maison de famille, Régis Sauder arpente Forbach — autrefois cité minière, désormais dévorée par le chômage et gagnée par les votes extrêmes. Sur les traces de son enfance mosellane, il confronte ses souvenirs de prolo complexé à la réalité contemporaine, retrouve des camarades d’antan. En leur compagnie, mais aussi avec quelques grands témoins (telle une tenancière de café, parfait coryphée moderne) il enregistre la réalité du quotidien forbachois, dans son effrayante apparence de cité fantôme : plans fixes sur des pas-de-portes désertés, des échoppes à l’abandon, des commerces fermés, auxquels succède l’empilement des bulletins en faveur de l’extrême-droite lors des élections régionales. Dans cette région autrefois occupée, les mémoires sont courtes, et Sauder profite de son amer pèlerinage pour rappeler la cause du malheur actuel : l’exploitation minière, qui fit les “beaux jours” et la richesse du pays — c’est-à-dire des quelques familles possédant les mines, pompant le sol comme l’énergie vitale des ouvriers. Dépourvu d’illusion et de rêve, Forbach apparaît ici écrasé entre

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"L’Opéra" : un an de prises à Bastille

Le Film de la Semaine | Des coulisses aux cintres, des tensions sociales aux minutes de silence, des répétitions aux applaudissements, une suite d’instantanés façons puzzle glanés durant une saison de l’Opéra de Paris visant à désacraliser cette institution culturelle française majeure. Avec bienveillance.

Vincent Raymond | Mardi 4 avril 2017

Philippe Martin, producteur habituel de Jean-Stéphane Bron, ne s’en cache pas : grand amateur d’art lyrique et familier de Stéphane Lissner (le directeur de l’Opéra de Paris), c’est lui qui a soufflé l’idée, pour ne pas dire commandé ce film au cinéaste helvétique, pur néophyte dans cet univers. Mais est-ce en cela un problème ? L’œil du candide capte souvent des mouvements insolites que l’habitué, blasé malgré lui, ne perçoit plus. Bron s’est donc immergé pendant 130 jours dans les murs de l’Opéra, le découvrant lui-même pour le faire découvrir au spectateur. Avec la chance du débutant, du point de vue dramaturgique : couvrant la saison 2015-2016, il suit donc des grèves à répétition, les conséquences des attentats parisiens, l’arrivée et le départ de Benjamin Millepied… davantage du côté directorial, offrant ainsi un contrepoint (ou un contrechamp) à l’excellent Relève : histoire d’une création de Thierry Demaizière & Alban Teurlai, tourné c

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Histoires Vraies (.doc) : regards partagés sur le doc'

ECRANS | Des gens, des causes et des films. Munies d’exclusivités de tous horizons, les 18e rencontres autour du film documentaire se placent du côté de l’Homme, (...)

Julien Homère | Mardi 28 mars 2017

Histoires Vraies (.doc) : regards partagés sur le doc'

Des gens, des causes et des films. Munies d’exclusivités de tous horizons, les 18e rencontres autour du film documentaire se placent du côté de l’Homme, tournées vers sa laideur extérieure comme sa beauté intérieure. Accompagnant un pot d’ouverture, Food Coop de Tom Boothe montrera que même Wall Street n’arrive pas à stopper le geste fraternel au sein d’une coopérative alimentaire new-yorkaise. Manger mieux pour vivre mieux, credo commun entre Rosa Maria, exilée de son village en 1931 et les migrants kurdes à Riace, dans le sud de l’Italie actuelle : Un paese di Calabria de Shu Aiello et Catherine Catella rappelle les heures sombres de l’actualité, en miroir avec son Histoire, démarche jumelle de Ils ne savaient pas que c’était une guerre. Avec l’association Coup de Soleil, favorisant les échanges culturels entre la France et le Maghreb, son réalisateur Jean-Paul

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"Le Concours" : il ne peut en rester que soixante

ECRANS | de Claire Simon (Fr, 1h59) documentaire avec Laetitia Masson, Sylvie Verheyde, Patricia Mazuy, Vincent Dedienne…

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Héritière de l’Idhec, la Femis représente l’aristocratie des écoles de cinéma et peut se targuer d’avoir formé Emmanuel Mouret, François Ozon, Céline Sciamma, Alice Winocour ou encore Emmanuelle Bercot. Son drastique écrémage à l’entrée est si réputé — 1200 postulant(e)s pour 60 élu(e)s — qu’il a inspiré la cinéaste Claire Simon. Rien d’étonnant, connaissant son appétence pour les portraits de microcosmes, en fiction ou documentaire — que ce soit les cours d’écoles dans Récréations (1992), le planning familial dans Les Bureaux de Dieu (2008) ou le bois de Vincennes pour Le Bois dont les rêves sont faits (2016). Dans Le Concours, elle suit le processus de sélection, des épreuves de pré-admissibilité à la rentrée des élèves, en témoin muette des examens et des oraux, captant le réel sans jamais intervenir. Au-delà de son léger suspense (qui sera retenu et pourquoi ?), le projet est intéressant de par sa grande transparence, puisque l’on pénètre les coulisses d’une grande institution et l’on ass

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"Ouvrir la voix" au Périscope

CONNAITRE | Être femme et noire en France, aujourd'hui : une double peine. Le documentaire de la réalisatrice et militante afro-féministe Amandine Gay est un (...)

Lisa Dumoulin | Mardi 24 janvier 2017

Être femme et noire en France, aujourd'hui : une double peine. Le documentaire de la réalisatrice et militante afro-féministe Amandine Gay est un instantané du quotidien des femmes afro-descendantes noires, en France et en Belgique, qui se livrent sur la beauté, le travail, l'accent, la religion, le machisme... Et se retrouvent toutes à l'intersection du racisme et du sexisme. Un documentaire pas sorti en salles, mais toutes les projections sont rapidement complètes. La prochaine : au Périscope, ce lundi 30 janvier à 20h30.

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"Swagger" : à l’école de la classe

ECRANS | Portrait d’une banlieue par des jeunes qui la vivent au présent et ont foi en l’avenir, dans un documentaire de création bariolé, sans complaisance mortifère ni idéalisation naïve. Stimulant.

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Ils se prénomment Aïssatou, Astan, Aaron, Elvis ou Mariyama… Vivant dans des cités de périphérie, ces adolescents dépassent la facile caricature à laquelle ceux qui ne les ont jamais approchés les réduisent. Pour un peu qu’on consente à les rencontrer ! Olivier Babinet, lui, les a écoutés durant des semaines, et construit en leur compagnie ce singulier documentaire débordant de fantaisie, de liberté et surtout d’espoir. Film stylé, Swagger est ainsi autant une collection de témoignages qu’une œuvre de création chamarrée ; un puzzle assumé et dynamique se pliant autant à l’imaginaire immédiat de ses protagonistes qu’à leurs projections. S’ils décrivent le quotidien pas forcément folichon avec lequel ils doivent composer au prix d’une sacrée créativité, les onze ados du film sont aussi les acteurs d’un changement en cours. Que la caméra, complice magique, transpose parfois dans une imagerie hollywoodienne ou clippée — voir les défilés vestimentaires de Paul et Régis, deux jeunes mecs ayant su affirmer leur identité à travers leurs fringues. Ou qu’elle an

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"Trashed" : le plastique, c’est satanique

Le Film de la Semaine | Jeremy Irons nous guide à travers le monde des déchets gouverné par de belles saloperies : dioxines et plastiques — des polluants ubiquistes impossibles à recycler, résidus de la révolution industrielle et des Trente Glorieuses. Un documentaire aussi édifiant qu’effrayant.

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Fin octobre, le WWF publiait une étude révélant l’extinction de 50% des espèces de vertébrés durant les quarante dernières années. À qui la faute ? Trashed délivre davantage qu’une ébauche de réponse à ce cataclysme supérieur à tous les accidents géologiques passés, en accumulant des strates d’informations. Pour certaines collectées au grand jour ; pour d’autres ramassées dans la fange putride de nos poubelles. Lesquelles, sous nos yeux obstinément aveugles, ont gagné notre espace vital. Elles gagneront tout court, si l’on n’y prend garde. Ordures ! Sur le front environnemental, d’aucun(e)s pensent qu’il est plus productif pour la cause d’encenser en sautillant benoîtement un chapelet de micro-initiatives positives, en prenant grand soin d’éviter de s’attarder sur la situation actuelle, décidément trop anxiogène. Une étrange forme de méthode Coué consistant à consentir un traitement, sans accepter de reconnaître la maladie — tout à fait en phase avec notre époque de l’aseptisé triomphant. Ici, Jeremy Irons ne fait pas de cœurs avec les doigts, ni n’étreint ses interlocuteurs sur fond chill-out. Pas plus qu

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"Dernières nouvelles du cosmos" : mes mots ont la parole

ECRANS | de Julie Bertuccelli (Fr, 1h25) documentaire avec Hélène “Babouillec” Nicolas…

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Présentant les préparatifs d’un spectacle façon MJC, avec un comédien un brin halluciné déclamant des vers post-mallarméens, les premières images inquiètent légitimement. Où donc nous a entraînés la réalisatrice de La Cour de Babel ? Elle livrera peu à peu les clefs : l’interprète des poésies est en fait le père d’Hélène, leur auteur. Signant Babouillec, cette trentenaire souffrant d’un trouble autistique ne parle ni n’écrit : elle communique depuis dix ans en désignant une à une les lettres composant les mots reflétant ses pensées. C’est grâce à ce procédé de bénédictin qu’elle a brisé le mur l’isolant du monde et “dicté“ ses créations. Julie Bertuccelli fait témoigner ses parents (formidables de présence et de soutien), filme l’auteure à l’œuvre — œuvre de patience —, et en discussion avec un mathématicien, sans doute brillant, mais énonçant ici des platitudes. La cinéaste ne pose pas un regard admiratif ou protecteur sur une “curiosité”, mais nous fait partager son appréhension d’une démarche artistique singulière. Et prouve également que captée à l’état natif, la poésie d’Hélène se suffit à elle-même, n’en déplaise à son

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"La Philo vagabonde" : festin de cerveau

ECRANS | de Yohan Laffort (Fr, 1h49) documentaire avec Alain Guyard

Vincent Raymond | Mardi 4 octobre 2016

Avec ses rouflaquettes, ses tatouages, son costard de chanteur nouvelle scène française et sa tchatche exaltée, Alain Guyard renverrait presque Michel Onfray au rayon des ancêtres pontifiants. Célébré comme une rockstar, le volubile philosophe intervient partout où on le sollicite (dans les campagnes reculées, en prison, sous un chapiteau, en Belgique, dans une grotte) pour diffuser de façon ludique et accessible la parole des penseurs — et surtout inciter ses auditeurs à phosphorer par eux-mêmes. Davantage qu’un émetteur de “produit culturel”, Guyard se veut une sorte de coach intellectuel, exerçant à la gymnastique de la réflexion. Comment ne pas être séduit par cette démarche noble de propagation de la connaissance, engendrant un tel enthousiasme ? Ce que montre ce documentaire va bien au-delà du cas de Guyard, en révélant l’abyssal manque de repères ainsi que le désir de sens largement répandus et partagés parmi toutes les composantes de notre société, qui rendent chacun(e) vulnérable au discours du premier bon parleur venu — certes, lui porte et apporte des valeurs

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À Lussas, vive les doc’ !

ECRANS | Havre de bonheur et de réflexion pour les adeptes du cinéma du réel, les États généraux du film documentaire de Lussas ont su se construire une enviable (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

À Lussas, vive les doc’ !

Havre de bonheur et de réflexion pour les adeptes du cinéma du réel, les États généraux du film documentaire de Lussas ont su se construire une enviable singularité en résistant, encore et toujours, à la tyrannie des palmarès. Ce village ardéchois présente ainsi depuis 1989 un tour d’horizon très libre de la production documentaire annuelle, avec des projections en plein air, chez l’habitant ; des échanges avec des professionnels ainsi qu’un module théorique de premier plan : des séminaires et ateliers très prisés se déroulent sur place. Le détail de la programmation sera connu début août sur le site www.lussasdoc.org. À Lussas (Ardèche) du 21 au 27 aout

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Un voyage en Iran

ECRANS | Quand un régime exerce un pouvoir excessif sur son peuple, abuse de son autorité et/ou confisque les libertés, alors s’élèvent des voix pour protester ou le (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 juin 2016

Un voyage en Iran

Quand un régime exerce un pouvoir excessif sur son peuple, abuse de son autorité et/ou confisque les libertés, alors s’élèvent des voix pour protester ou le dénoncer ; et celles des artistes sont souvent les premières à se faire entendre. Depuis l’instauration de la république islamique en Iran, les cinéastes ont multiplié les coups d’éclats : fictions et documentaires, tournés au grand jour ou sous le manteau, témoignent de la restriction démocratique, de la régression des droits des femmes et d’une certaine exaspération populaire. Dépassant le brûlot pour repenser la forme, le langage et les moyens de production cinématographiques, ces œuvres ont révélé plusieurs générations d’auteurs dont le talent est célébré partout dans le monde, sauf à Téhéran où certains sont emprisonnés (comme Jafar Panahi). Afin de savourer (ou découvrir) l’originalité de ce cinéma persan, l’association culturelle franco-iranienne de Lyon propose un double programme intégrant No Land’s Song d'Ayat Najafi, récent documentaire consacré à un projet-passerelle ô combi

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La Sociologue et l’Ourson

ECRANS | de Étienne Chaillou & Mathias Théry (Fr, 1h18) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

La Sociologue et l’Ourson

On avait à peu près tout vu et entendu au moment de la présentation du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes du même sexe (dite du “mariage pour tous”). Beaucoup de passion et d’écume, empêchant toute réflexion sereine ou toute parole structurée en faveur de la loi d’être relayée dans le calme. Chaillou et Théry font de cette chienlit table rase, en proposant de suivre le parcours de l’une des expertes sollicitées le temps de l’examen du projet, la sociologue Irène Théry (la mère de l’un des documentaristes). À la fois conviviale et didactique, l’approche ne manque pas d’originalité : les auteurs ont pris le parti de remplacer la plupart des intervenants dans les images d’archives par des jouets animés qui dédramatisant le sujet sans le ridiculiser. Et de rendre la sociologie vivante en illustrant de manière plaisante les exemples concrets choisis par la spécialiste dans son histoire familiale, à l’occasion des entretiens qu’elle accorde à son rejeton. Ce documentaire dispose enfin d’un autre grand mérite : il inscrit le texte dans le temps républicain, en abrasant (autant que faire se peut) la surmédiatisation délirante dont ont bénéficié

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L’Avenir

ECRANS | de Mia Hansen-Løve (Fr, 1h40) avec Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinka…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

L’Avenir

Triste exemple de régression artistique, ce film bien mal nommé voit Mia Hansen-Løve retomber dans les travers de ses débuts, dont on la croyait guérie depuis le lumineux Le Père de mes enfants (2009). Ce cinéma sorbonnard, construit dans l’imitation admirative des aînés Eustache, Garrel ou Assayas (évidemment), s’ingénie à aligner des saynètes froides censées capturer la vie dans sa crue réalité, des séquences de comédie pathétique (avec la vieille grand-mère qui perd la boule), entrelardant le tout de tunnels verbeux bilingues franco-allemands fourrés à la dialectique. Parfaitement formaté pour les festivals : la Berlinale lui a décerné un Ours d’argent… Très proche du personnage qu’elle interprétait — on aurait du mal à dire “incarner” tant son corps physique paraît de plus en plus s’effacer à l’écran — dans Villa Amalia (2009) de Benoît Jacquot, Isabelle Huppert affiche ici la même indifférence face aux événements ; à peine semble-t-elle concernée comme spectatrice. Postulons qu’il s’agit d’une stratégie de protection, car la réalisatrice sadise son héroïne impassible avec une étonnante obstination, au point de la

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No Land's Song

ECRANS | de Ayat Najafi (All/Fr, 1h31) avec Sara Najafi, Parvin Namazi, Sayeh Sodeyfi…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

No Land's Song

Monter un concert avec des solistes féminines au pays des mollahs, où les voix non masculines sont prohibées… Le défi que s’est lancé la compositrice Sara Najafi rappelle le pari des Chats persans (2009) de Bahman Ghobadi, en particulier son jeu de cache-cache (de caméra) permanent. Najafi use de bien des contorsions pour parvenir à ses fins, mettant les autorités face à leurs contradictions et leur suprême hypocrisie — le documentaire rappelle qu’avant 1979, les Iraniennes pouvaient librement chanter et n’étaient pas spécialement voilées. Malgré des déconvenues, grâce à de la ruse légitime, on assiste à un concert-passerelle entre l’Iran et la France, avec, entre autres, Jeanne Cherhal et Élise Caron. VR

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Little go girls

ECRANS | de Éliane de Latour (Fr, 1h18) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Little go girls

On ne pourra jamais reprocher à Éliane de Latour de manquer d’engagement ou d’honnêteté dans ses projets documentaires. Little go girls montre comment, parce qu’elle s’est intéressée au sort de ces prostituées ivoiriennes, les suivant et les accompagnant, elle leur a permis de sortir de la rue et du tapin. Une aventure exemplaire, dont le rendu manque hélas épouvantablement de vie. L’exposition photographique par laquelle tout a débuté devait en concentrer davantage que ce film asthénique. VR

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À Vaulx Jazz comme des images

ECRANS | Chaque édition d’À Vaulx Jazz donne l’occasion de rappeler combien fécondes peuvent être les noces entre ce genre musical et le cinéma, combien intacte demeure leur complicité.

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

À Vaulx Jazz comme des images

L’un et l’autre nés à la fin du XIXe siècle, ces deux vecteurs d’expression populaire ont prospéré en marge dans les rues ou les foires, avant de se tailler leur place parmi les disciplines artistiques considérées comme ”nobles“. On en arrive même à un formidable paradoxe aujourd’hui, où tout film pourvu d’une bande originale jazzy se trouve d’emblée doté d’une aura de raffinement vintage, voire d’un brevet d’intellectualisme woodyallenien ! Parfaites girouettes, les mentalités ont une stabilité comparable aux gouvernements de la IVe République… Quatuor de choc Justement, parmi les quatre films retenus dans la programmation de cette année figure un classique de cette époque : Rendez-vous de juillet (1949). Signé par Jacques Becker, le Howard Hawks français, ce film aspire l’air ambiant autant qu’il s’en inspire — en particulier celui des caveaux jazz ayant fleuri après la Libération à Paris. Révélant les comédiens Maurice Ronet et Nicole Courcel, il a aussi le flair de capter les notes du jeune Claude Luter et de ses “Lorientais”. Revendiquant en musique des goûts éclectiques (« de Duke Ellington

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Merci Patron !

ECRANS | Jusqu’alors peu connu du grand public, le journal alternatif Fakir s’offre un splendide coup de pub en divulguant son opération de flibuste victorieuse contre la deuxième fortune française, Bernard Arnault. De l’extorsion de fonds ? Non point : de justes représailles…

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

Merci Patron !

Le patron de Fakir, François Ruffin, doit jubiler du bon tour qu’il joue à l’inflexible capitaine d’industrie, aussi jaloux de ses profits que de sa discrétion. Car avec son documentaire branquignolesque, tenant plus du carnet de notes potaches filmé que de l’investigation orthodoxe, non seulement il dresse un bilan de “l’action bienfaisante” du brillant milliardaire au sein des filatures de Nord-Picardie, mais surtout il donne des visages et des noms à ses victimes directes : les Klur, une famille d'ouvriers déclassés, promis à une misère noire. Puisqu'Arnault a fabriqué sa fortune en pratiquant de-ci de-là des entorses à la vérité — prétendant que sa marque Kenzo fabriquait en France alors que les usines étaient délocalisées en Pologne, par exemple — et de grosses fractures à l’éthique (si ce n’est pas amoral d’entasser autant de fric par pure avidité, en laissant crever toute une région…), Ruffin use de ruses pour lui faire restituer une partie de son butin. Ses armes principales étant la menace de bruit médiatique et son air de crétin inoffensif, parfait pour tourner en ridicule un hyper-patron. Comment se payer sur la bête Avec son

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Les Saisons

ECRANS | De Jacques Perrin & Jacques Cluzaud (Fr, 1h37) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Les Saisons

À l’instar des studios Pixar, le Jacques Perrin documentariste aura exploré tous les milieux (l’eau, l’air, la terre), produit et réalisé des œuvres plébiscitées par les scolaires et signé les livres s’y rapportant. Seule différence notable, il n’a pas (encore) de parc d’attractions à sa gloire, ni de jouets à l’effigie des personnages de ses films ! Animé par une sincère volonté de sensibiliser les spectateurs à la beauté fragile du monde, aux menaces pesant sur sa faune et par conséquent sur le futur de l’Homme, l’artiste s’est engagé depuis vingt ans pour la nature comme il le fit autrefois contre les totalitarismes. Moins planant (forcément) que Le Peuple migrateur (2001), moins naïf que le glougloutant Ωcéans (2009), Les Saisons est de ces films contemplatifs parcourant les campagnes que l’on regarde de préférence un dimanche de fainéantise claquemuré chez soi. L’œil mi-clos, dans un état modifié de conscience provoqué par la voix veloutée de Jacques Perrin, avec des chaussettes Meg Ryan aux pieds et une tasse de thé fumante à proximité. Chaque documentaire de Cluzaud & Perrin se posan

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Un homme idéal

ECRANS | À cause d’une imposture littéraire devenue succès de librairies, un jeune auteur est entraîné dans une spirale criminelle ; Yann Gozlan signe une réussite inattendue du thriller hexagonal, avec un Pierre Niney excellent en héros négatif. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Un homme idéal

Les yeux cernés, le visage fiévreux, un jeune homme hurle en jetant sa voiture contre une paroi rocheuse. Flashback : trois ans auparavant, on le découvre, pas forcément mieux dans ses baskets, suant sang et eau pour accoucher d’un roman finalement refusé par tous les éditeurs parisiens et contraint de végéter dans un emploi minable de déménageur. Lors d’une de ses missions, il tombe sur les carnets d’un homme fraîchement décédé où celui-ci raconte sa vie de soldat pendant la guerre d’Algérie. Ni une, ni deux, Mathieu fauche le tapuscrit, le rentre dans son Mac et l’expédie fissa à un éditeur… qui accepte instantanément de le publier. Succès critique et public ; voici l’imposteur promu star de la littérature française. Dans ce premier acte, Yann Gozlan, auteur de l’oubliable Captifs, enclenche le turbo pour raconter à toute vitesse cette ascension fulgurante, non sans la pimenter d’un regard incisif sur les mœurs des lettres actuelles. La manière dont Mathieu invente son personnage en s’inspirant des apparitions télé d’auteurs célèbres — Gary, Houellebecq et… Yann Moix ! exprime

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Jeunesse des rencontres

ECRANS | Pas évident d’organiser en janvier un festival consacré au cinéma français quand celui-ci garde ses meilleurs films pour Cannes… Drôle d’endroit pour des (...)

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

Jeunesse des rencontres

Pas évident d’organiser en janvier un festival consacré au cinéma français quand celui-ci garde ses meilleurs films pour Cannes… Drôle d’endroit pour des rencontres réussit malgré tout cette année encore à proposer un programme certes éclectique, certes inégal — cf notre Flop 10, où figuraient deux des films présentés ici — mais cohérent. C’est dans le documentaire et le film "jeune public" que le festival réussit ses plus belles pioches, avec les avant-premières de La Cour de Babel de Julie Bertuccelli et de Minuscule de Thomas Szabo et Hélène Giraud. Bertuccelli filme une année scolaire dans une classe d’accueil d’un collège parisien, où se retrouvent des enfants de toutes origines pour rattraper leur retard en français. Cette somme d’expériences individuelles dessine une carte des troubles politiques mondiaux — juifs persécutés en Serbie, liberté bafouée des femmes en Afrique, violence urbaine en Colombie — et leur parole témoigne de l’importance que ses jeunes mettent dans la réussite de leurs études — sans que la

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Les Garçons et Guillaume, à table !

ECRANS | De et avec Guillaume Gallienne (Fr, 1h25) avec André Marcon, Diane Krüger…

Christophe Chabert | Mercredi 13 novembre 2013

Les Garçons et Guillaume, à table !

Ce premier film de Guillaume Gallienne tiré de la pièce de Guillaume Gallienne avec Guillaume Gallienne dans le rôle de Guillaume Gallienne — à quand le mug ? —, provoque des ovations partout où il passe. Qu’y voit-on pourtant, sans grossir le trait ? Gallienne entrer sur scène pour y jouer ledit spectacle, avant que celui-ci ne s’anime sous la forme d’une suite de saynètes souvent vulgaires et réalisées comme des programmes courts pour la télé, avec toujours le texte de Gallienne en voix-off. Ça reste du théâtre, mais c’est surtout du "théâââtre", c’est-à-dire cette écriture factice, pleine de licences poétiques et de bons mots, ce que le cultureux aime à appeler avec une pointe de condescendance une "langue". Le cinéma, lui, est oublié en route sinon lorsque Gallienne incarne aussi cette drôle de créature qu’est sa mère, même si elle n’est qu’un alibi pour revenir au vrai sujet du film : le comédien lui-même et son identité (sexuelle). Et là, l’incompréhension monte d’un cran ; efféminé et maniéré, le regard que sa famille pose sur lui le persuade d’abord qu’il est une fille.

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Quai d’Orsay

ECRANS | De Bertrand Tavernier (Fr, 1h54) avec Thierry Lhermitte, Raphaël Personnaz, Niels Arestrup…

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

Quai d’Orsay

Le cinéma de Bertrand Tavernier ne brille pas par sa légèreté ; d’où étonnement de le voir s’emparer de la BD de Blain et Lanzac relatant sur un mode de comédie picaresque le passage au ministère des Affaires étrangères de Dominique de Villepin, rebaptisé Alexandre Taillard de Worms. Grand bien lui en a pris : c’est son meilleur film depuis des lustres, malgré ses évidentes faiblesses. Adoptant le point de vue du candide Arthur Wlaminck, recruté pour s’occuper du «langage» au sein du cabinet, Tavernier met en lumière le bordel intégral que le ministre sème autour de lui, mélange d’égocentrisme, de cuistrerie, de copinage et d’agitation pure et vaine. Tant qu’il reste dans l’enceinte du Quai d’Orsay, le film est franchement plaisant, notamment grâce à la double prestation de Lhermitte et Arestrup, antinomiques comme le feu et la glace. La lourdeur de Tavernier revient dès qu’il en sort, notamment pour aller filmer les scènes parfaitement inintéressantes entre Arthur et sa compagne, aération inutile d’un récit qui méritait plus de radicalité. Se plaçant sous la Présidenc

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Cannes jour 1 : Woody et les chevaux

ECRANS | Woody Allen : un documentaire. Après la bataille.

Christophe Chabert | Vendredi 18 mai 2012

Cannes jour 1 : Woody et les chevaux

Le film d'ouverture de Cannes est-il un bon présage de la sélection à venir ? Si oui, alors Cannes 2012 devrait être exceptionnel, tant le Moonrise kingdom de Wes Anderson nous a littéralement enchanté. On en parle ailleurs, donc pas la peine de s'appesantir sur le sujet. Mais pour revenir à la question de l'ouverture comme signe annonciateur de la qualité globale, il faut se souvenir qu'en 2010, qualifiée par les festivaliers qui l'ont vécue d'annus horribilis, avait débuté avec le lamentable Robin des bois de Ridley Scott, et le reste avait été à l'avenant.  En revanche, le bon cru de 2011 avait été lancé par l'excellent Minuit à Paris de Woody Allen, qui restera par ailleurs comme un des meilleurs souvenirs de l'ex-première dame de France - on s'égare. Or, avec une certaine malice, Thierry Frémaux a choisi de proposer aux festivaliers non pas le Woody Allen annuel (To Rome with love, privé de Cannes pour cause de sortie avancée en Italie), mais un documentaire consacré au cinéaste prolifique. E

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Tavernier, Fuller : deux révoltés

CONNAITRE | Lors du dernier festival Lumière, Bertrand Tavernier semblait en colère contre la tournure que prenait le système de production français des studios, (...)

Dorotée Aznar | Lundi 12 décembre 2011

Tavernier, Fuller : deux révoltés

Lors du dernier festival Lumière, Bertrand Tavernier semblait en colère contre la tournure que prenait le système de production français des studios, participant au parfum de mélancolie qui avait imprégné la manifestation et ses invités. Cela éclaire sans doute cette soirée qui lui est consacrée à l’Institut Lumière mardi 20 décembre. D’abord, il dialoguera avec Thierry Frémaux et Noël Simsolo, à qui il a consenti de donner une série d’entretiens parus le mois dernier sous le titre Le Cinéma dans le sang. Il y retrace sa carrière à travers ses rencontres décisives, notamment avec les grands cinéastes hollywoodiens d’hier (Ford, Walsh) ou d’aujourd’hui (Scorsese, Tarantino). Le titre du livre trahit cette passion cinéphile, mais aussi ce besoin de tourner qui semble aujourd’hui se compliquer pour lui. Est-ce un hasard s’il présentera, pour la deuxième partie de la soirée, le film d’un autre grand révolté, Samuel Fuller ? J’ai vécu l’enfer de Corée (1950) élabore ce qui deviendra son thème de prédilection : la guerre filmée du point de vue du simple soldat (ce que Fuller a été), sans romantisme ni héroïsme, au plus près de la réalité. Avec une économie de série B

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La Princesse de Montpensier

ECRANS | De Bertrand Tavernier (Fr, 2h19) avec Lambert Wilson, Mélanie Thierry…

Christophe Chabert | Mardi 26 octobre 2010

La Princesse de Montpensier

Nicolas Sarkozy a involontairement remis Madame de La Fayette à la mode. Après "La Belle Personne" de Christophe Honoré (d’après "La Princesse de Clèves"), Bertrand Tavernier s’attaque à "La Princesse de Montpensier". Pour le moderniser ? Non, le film est une reconstitution d’époque proprette, très qualité française. Pour en faire ressortir la pertinence ? À la rigueur, on voit bien qu’à travers le personnage de Mademoiselle de Mézières, qui oscille romantiquement entre l’homme promis et l’homme aimé, c’est la question toujours d’actualité de la liberté féminine qui est envisagée. Mais le film est littéralement aspiré par un académisme plombant, que la caméra en mouvement perpétuel dissimule à grand peine. Cela se traduit par une absence de quotidienneté frappante, des scènes d’action pataudes, un texte étouffe-chrétien et surtout la raideur quasi cadavérique des jeunes acteurs recrutés pour l’occasion. Que Tavernier ait choisi de les faire jouer comme dans une dramatique télé de l’ORTF, laissant aux seuls Lambert Wilson et Michel Vuillermoz le droit d’apporter un peu de liberté dans le film, en dit long sur son affinité avec son sujet : une certaine perplexité, sinon un vrai mé

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Le monde à vue d'œil

CONNAITRE | Les États Généraux du Film Documentaire, festival ardéchois, se propose d’explorer un genre cinématographique à part, souvent considéré – à tort – comme mineur : (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 19 juin 2009

Le monde à vue d'œil

Les États Généraux du Film Documentaire, festival ardéchois, se propose d’explorer un genre cinématographique à part, souvent considéré – à tort – comme mineur : le documentaire (du 16 au 22 août, à Lussas). Il s'agit ici de se placer sans ambiguïté du côté du cinéma, avec le documentaire comme véritable objet artistique. Ces rencontres cinématographiques, non compétitives sont vues par les organisateurs comme une sorte d'université d'été. La programmation, outre la traditionnelle sélection Incertains regards, proposera de parcourir les routes de Roumanie, de Pologne ou encore celles, multiples, d'Afrique. D'autres chemins, plus politiques cette fois-ci, seront explorés avec un séminaire de trois jours sur les rapports entre cinéma et engagement et un autre sur les influences réciproques entre photographie et documentaire.

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Dans la brume électrique

ECRANS | Cinéma / Tiré d’un roman noir de James Lee Burke, ce film américain de notre Tavernier national ne manque ni d’ambition, ni de bons acteurs, mais d’un rythme suffisamment prenant pour faire tenir ensemble son complexe écheveau d’intrigues. CC

Christophe Chabert | Jeudi 9 avril 2009

Dans la brume électrique

Longtemps attendue, sortie directement en DVD aux Etats-Unis dans une version raccourcie d’une vingtaine de minutes, cette adaptation de James Lee Burke par un Bertrand Tavernier délocalisé pour l’occasion sur le sol américain intriguait. Mais assez vite, la déception pointe son nez. Ce que l’on peut reprocher d’ordinaire au cinéma de Tavernier (sa lourdeur démonstrative, l’épaisseur de ses dialogues) est pour une fois mis en sourdine : Dans la brume électrique possède une certaine fluidité d’exécution et une attention réelle aux personnages dont on ne cherche pas à expliquer toutes les motivations. En revanche, là où le cinéaste se casse les dents, c’est pour trouver un rythme à cet enchevêtrement ambitieux d’intrigues courant sur près de cent cinquante ans. Pas de pays pour un vieuxLes crimes d’aujourd’hui, crapuleux, ceux d’hier, raciaux, et ceux, fondateurs, de la guerre de sécession, se rejoignent donc dans la ballade désabusée d’un flic alcoolique et humaniste, Dave Robichaud, fort justement campé par le toujours parfait Tommy Lee Jones. Mais ce récit touffu paraît pourtant particulièrement délié, plein de temps morts, comme une accumulation indolente de séquence

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Amicalement. Bertrand.

ECRANS | Pour finir en beauté l’événement Tavernier de l’Institut Lumière, un week-end de films américains choisis et présentés par le cinéaste-cinéphile illustrera le beau livre paru chez Actes Sud. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 15 janvier 2009

Amicalement. Bertrand.

D’abord, un mot sur Amis américains, le livre de Bertrand Tavernier. On a dit un peu vite qu’il s’agissait d’un recueil d’entretiens, mais il ne faudrait pas oublier les analyses consacrées à chaque cinéaste par Tavernier. Il s’y avère un formidable commentateur de cinéma, capable d’englober dans ses textes tous les aspects d’une œuvre, des variations de mise en scène jusqu’aux thèmes et aux idées qui relient chaque film. Sans vouloir faire de la nostalgie rance, on a un peu perdu cette manière de regarder les films, de communiquer des plaisirs de spectateur au plus près de ses émotions, tout en conservant une mémoire du passé pour manier des perspectives historiques. Une petite leçon, donc, qui va s’accompagner le week-end prochain d’une grande : la confrontation avec les films présentés par Tavernier au public de l’Institut Lumière. Des spectateurs gâtésChoix surprenant, d’ailleurs, car on n’y retrouve pas les piliers du livre que sont John Ford, Henry Hathaway ou André de Toth, ni les amis récents que sont Joe Dante, Tarantino et Alexander Payne. Tavernier a même profité de l’occasion pour rajouter un chapitre inédit et bienvenu avec l’hommage rendu au récemme

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Amis américains

CONNAITRE | La réédition d’Amis américains est un événement à plus d’un titre. Non seulement il reprend, dans une version luxe (en grand format avec près d’un millier (...)

Christophe Chabert | Jeudi 27 novembre 2008

Amis américains

La réédition d’Amis américains est un événement à plus d’un titre. Non seulement il reprend, dans une version luxe (en grand format avec près d’un millier d’illustrations) les textes et entretiens avec les cinéastes, célébrés ou peu connus, de la première édition (de Ford à Altman en passant par les vrais «amis» de Tavernier que sont De Toth, Daves ou Boetticher, et les «blaklistés» du MacCarthysme) ; mais il y ajoute une passionnante préface où l’intervieweur est interviewé (par Thierry Frémaux) et trois nouvelles interviews inattendues avec Alexander Payne, Joe Dante et Quentin Tarantino. Stimulantes par leur érudition gourmande, elles permettent de jeter un éclairage sur des personnalités dont les cinémas se rejoignent par un même souci de s’inscrire dans une histoire des images, classique ou iconoclaste. Un livre indispensable ! Amis Américains (Actes Sud/Institut Lumière).

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Intégrale Tavernier à l’Institut Lumière

ECRANS | Bertrand Tavernier est un cas à part dans l’histoire récente du cinéma français : de tous les cinéastes apparus dans les années 70, il est un des seuls à n’avoir (...)

Christophe Chabert | Jeudi 27 novembre 2008

Intégrale Tavernier à l’Institut Lumière

Bertrand Tavernier est un cas à part dans l’histoire récente du cinéma français : de tous les cinéastes apparus dans les années 70, il est un des seuls à n’avoir jamais cessé de tourner pour le cinéma (à la différence des cinéastes à éclipses que sont Séria, Thomas, Boisset, Jessua ou même Garrel !). Son œuvre semble aujourd’hui estimée à sa juste valeur, ses meilleurs films étant aussi ses plus populaires (Le Juge et l’assassin, Coup de torchon, Un dimanche à la campagne, Autour de minuit, La Vie et rien d’autre, L627, L’Appât et Capitaine Conan). Dans cette rétrospective, le plus rare reste l’activité documentaire de Tavernier. Son chef-d’œuvre sur la guerre d’Algérie notamment (La Guerre sans nom), mais aussi les films qu’il a réalisés sur la banlieue (De l’autre côté du périph’) ou la double-peine (Histoires de vies brisées). Intégrale Tavernier jusqu’au 25 janvierWeek-end hommage les 13 et 14 décembre.

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Gentleman Bertrand

ECRANS | Rencontre avec Bertrand Tavernier, cinéaste-cinéphile revendiqué, à l’occasion de la rétrospective de l’Institut Lumière et de la réédition de son livre «Amis américains». Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 27 novembre 2008

Gentleman Bertrand

Petit Bulletin : La nouvelle version d’Amis américains, avec trois interviews nouvelles, surprend par ce choix de trois cinéastes-cinéphiles, ce qui n’était pas le cas des cinéastes que vous aviez interviewés pour la première édition.Bertrand Tavernier : C’était pour aborder la raison d’être du livre, à savoir un livre écrit par un cinéaste qui est aussi cinéphile. J’ai pu écrire sur un certain nombre de réalisateurs et de scénaristes qui, à l’époque où je parlais avec eux, n’étaient pas vraiment reconnus. Budd Boetticher, c’est la première interview, Herbert Biberman, c’est la seule interview… Il y avait deux manières de prolonger ce livre : ou on continuait vers les nouveaux metteurs en scène et il n’y avait pas de frontière. J’aurais pu ajouter des interviews de gens que j’ai rencontrés comme Clint Eastwood, les frères Coen, Scorsese... Mais avec Thierry Frémaux, il nous a paru plus intéressant de prendre un autre angle, de trouver des gens proches de moi qui, dans leur propre pays, affichaient le même genre d’idées et qui parfois écrivaient. Joe Dante inonde les gens de mails et a beaucoup écrit dans Video Watchdog, Tarantino a fait connaître toutes ses opinio

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