"Anna" de Jacques Toulemonde : Maman a tort

Drame | de Jacques Toulemonde Vidal (Fr-Col, 1h36) avec Juana Acosta, Kolia Abiteboul, Bruno Clairefond…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Photo : © Noodles production et janus films


Bipolaire, Anna a peur de perdre son fils Nathan. Alors, elle l'enlève et l'emmène dans son pays d'origine, la Colombie, où elle veut tout recommencer avec son nouveau compagnon…

Comment ne pas éprouver de la sympathie pour Anna ; comment ne pas être effrayé par son inconséquence, son exubérance, sa mise en danger perpétuelle ? Absolue en tout, raisonnable en rien, l'amour qu'elle porte à son enfant ne l'empêche pas de commettre les pires négligences. Juana Acosta s'investit avec une entière sincérité dans le yoyo émotionnel de son personnage. La fragilité touchante qu'elle dégage fait écho aux fragilités propres du film… et le renforce, paradoxalement.

À noter l'esquisse transversale d'une Colombie spectaculairement tranquille ; une vision plutôt rare d'un pays habitué à la représentation de ses soubresauts.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Viggo Mortensen passe derrière la caméra, on en a parlé avec lui pendant le Festival Lumière

ECRANS | Comment se fait-il que ce soit cette histoire en particulier que vous ayez racontée pour votre premier film — car vous avez écrit plusieurs scénarios avant (...)

Vincent Raymond | Mercredi 4 novembre 2020

Viggo Mortensen passe derrière la caméra, on en a parlé avec lui pendant le Festival Lumière

Comment se fait-il que ce soit cette histoire en particulier que vous ayez racontée pour votre premier film — car vous avez écrit plusieurs scénarios avant de réaliser Falling ? Viggo Mortensen : Je suppose que je voulais me souvenir de mes parents — de ma mère, pour commencer —, pour le meilleur et pour le pire comme tout le monde. Même si c’est devenu une histoire père/fils, l’inconscient de leur combat repose sur une différence d’opinion autour de leurs souvenir de leur femme et mère. Elle reste, à mon avis, le centre moral de l’histoire. Et c’est très important pour moi le casting de la mère, Gwen. Hannah Gross était parfaite, géniale : même si elle n’est pas là tout le temps, elle est là. Mais la raison pour laquelle j’ai fait mes débuts comme réalisateur et scénariste avec cette histoire, c’est parce que j’ai trouvé l’argent (sourire). J’avais essayé plusieurs fois, il y a 23-24 ans, avec un autre scénario, au Danemark, j’avais 20-30% du budget, mais pas davantage. Au bout du compte, je pense que c’était mieux que j’attende,

Continuer à lire

La rouée vers l’Ouest : "Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary" de Rémi Chayé

ECRANS | Tolérée dans un convoi de pionniers rigoristes, la famille Cannary fait désordre. Quand le père malchanceux se blesse, sa fille Martha Jane choque en (...)

Vincent Raymond | Mercredi 14 octobre 2020

La rouée vers l’Ouest :

Tolérée dans un convoi de pionniers rigoristes, la famille Cannary fait désordre. Quand le père malchanceux se blesse, sa fille Martha Jane choque en prenant les rênes, puis en s’habillant en garçon. Injustement accusée d’un vol, la pré-ado rebelle quitte cette horrible compagnie et part à l’aventure… Cette évocation romancée et héroïque de la future Calamity Jane, légende du Far West dont elle constitue l’une des rares icônes féministes/féminines, est moins une biographie qu’une chronique de cette époque de toutes les fortunes ou l’occasion d’en revisiter les codes : caravanes, ville-champignon avec saloon, régiment de cavalerie, trappeurs, mine d’or, aiglefins, Indiens… C’est un concentré du mythe fondateur de l’Amérique que Chayé nous offre, avec en sus cet art poétique de la couleur n’appartenant qu’à lui, et dont on avait pu profiter dans Tout en haut du monde. Ses jeux d’aplats et son flat design créent, étonnamment, une grande profondeur à ses images. Plus haute distinction pour un long-métrage au Festival d’Annecy, le Cristal qu’il a décroché est largement mérité.

Continuer à lire

Calamity “Cristal” Jane au Comœdia

ECRANS | C’est une tradition si bien ancrée dans les habitudes qu’elle résiste à tout, même aux imprévus : la projection en avant-première du grand prix du festival du (...)

Vincent Raymond | Vendredi 26 juin 2020

Calamity “Cristal” Jane au Comœdia

C’est une tradition si bien ancrée dans les habitudes qu’elle résiste à tout, même aux imprévus : la projection en avant-première du grand prix du festival du film d’animation d’Annecy, le Cristal du long-métrage. Ledit festival ne se tenant cette année qu’en ligne pour les raisons que nous savons, vous serez incroyablement chanceux en découvrant le film en salle avant même le public savoyard ET le jury. Quant au titre du film, sachez qu’il s’agit de Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary de Rémi Chayé, qui nous avait déjà régalés avec Tout en haut du monde. Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary Au Comœdia le ​dimanche 28 mars à 10h45

Continuer à lire

Filles de joie

ECRANS | Comme chez Brassens, « c’est pas tous les jours qu'elles rigolent/Parole, parole », les trois “filles“ du titre. La joie reste sous cloche (...)

Vincent Raymond | Mercredi 24 juin 2020

Filles de joie

Comme chez Brassens, « c’est pas tous les jours qu'elles rigolent/Parole, parole », les trois “filles“ du titre. La joie reste sous cloche dans ce film à la construction aussi subtile que décalée, rendant bien compte de la situation bancale de chacune au sein du groupe, autant que de leur individualité. Nous ne sommes pas ici dans l’habituel configuration des filières de l’Est ou du Sud et des portraits de filles réduites en esclavage par des réseaux mafieux, puisque ces travailleuses du sexe n’ont pas de souteneur. En apparence, seulement : l’argent qu’elles gagnent si péniblement ne leur profite pas, servant à nourrir la mère azimutée et les gosses de l’une, financer les extras des enfants ingrats de l’autre, alimenter les rêves chimériques d’extraction sociale de la troisième… La prostitution est rarement un choix, et le trio composé par Frédéric Fonteyne & Anne Paulicevich ne s’y adonne pas par plaisir. Ce qu’il révèle surtout d’un point de vue sociologique, c’est que le recours au commerce de son corps, jadis réservé aux plus pauvres des plus pauvres, à ce quart-

Continuer à lire

Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part

ECRANS | En transposant à l’écran l’ouvrage homonyme d’Anna Gavalda, Arnaud Viard s’est attelé à un double défi. D’abord, d’unifier les nouvelles du recueil en une (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part

En transposant à l’écran l’ouvrage homonyme d’Anna Gavalda, Arnaud Viard s’est attelé à un double défi. D’abord, d’unifier les nouvelles du recueil en une seule trame narrative sur le modèle de ce qu’avait accompli Robert Altman à partir de Neuf histoires et un poème de Carver pour bâtir son Short Cuts. Ensuite, de prendre le risque de décevoir les millions (oui oui) de lecteurs — voire adulateurs — de l’autrice qui avaient pu se forger du recueil leurs propres images. On ne contestera pas l’option choisie, évitant le morcellement du film à sketches, ni le choix de la distribution (les comédiennes et comédiens sont globalement bien trouvés, en particulier Rouve et Taglioni, quand la douleur les traverse comme un fantôme puis les habite). Mais quelle plaie de devoir, encore et toujours, subir ces destins de familles parisiennes pseudo normales, c’est-à-dire forcément pourvues d’une gentilhommière en province ou en grande couronne, où l’on se rend pour les anniversaires d’ancêtres et la Noël (et les chamailleries afférentes). Il y a quand même une douce contradic

Continuer à lire

Dans de beaux drapés

ARTS | Le drapé est un délire, le drapé est une folie. Folie technique sur le plan artistique, folie érotique sur le plan du désir (le drapé cache pour mieux suggérer), (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 décembre 2019

Dans de beaux drapés

Le drapé est un délire, le drapé est une folie. Folie technique sur le plan artistique, folie érotique sur le plan du désir (le drapé cache pour mieux suggérer), folie tout court si l'on suit le psychiatre Gaëtan Gatian de Clérambault (1872-1934). Celui qui s'est suicidé en se tirant une balle dans la bouche devant un miroir (!), qui s'intéressait autant aux images et à l'art qu'à l'automatisme mental, s'est beaucoup penché sur la passion féminine érotique, voire délirante, des étoffes, et des soies qui provoquent l'orgasme. Affecté, pendant la Guerre en 1917 au Maroc, il entreprend un projet encyclopédique fou ayant pour but d'établir une typologie du drapé, couvrant toutes les civilisations de l'Antiquité à l'Orient contemporain ! Mais il ne réalisera concrètement qu'un corpus de photographies sur le haïk et le burnous marocains, dont l'exposition du Musée des Beaux-Arts présente un large extrait dans l'une de

Continuer à lire

Oleg

ECRANS | Europe, face B. Celle des travailleurs détachés et de la main-d’œuvre ligotée, d’un sous-prolétariat livré à une servitude grandissante par la “vertu“ d’accords (...)

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Oleg

Europe, face B. Celle des travailleurs détachés et de la main-d’œuvre ligotée, d’un sous-prolétariat livré à une servitude grandissante par la “vertu“ d’accords inter-états mal fagotés ; cela parce que l'Union repose moins sur un projet politique ou humain qu’économique, et que le libre-échange est sa doxa. Une manne pour tous les circuits parallèles, pour qui fausser l’équité théorique des transactions relève de la promenade de santé et constitue une source d’enrichissement inépuisable. On pense énormément au Skolimowski de Travail au noir face à cette histoire d’exploitation et d’isolement : ne parlant qu’un peu d’anglais, privé de papiers, figé par la honte de rentrer bredouille au pays, Oleg est une proie vulnérable que tout renvoie à sa situation de précaire. La séquence la plus cruelle est précisément celle où, à la suite d’un quiproquo (qu’il entretient), une snobinarde le met dans son lit croyant avoir à faire à un comédien, avant de le chasser, révulsée, lorsqu’elle découvre qu’il est “seulement“ boucher au chômage. Tellement révélateur…

Continuer à lire

L'Insensible

ECRANS | Les noms de ses représentants les plus indociles se trouvent souvent à la page des faits divers par volonté du pouvoir — tels Kirill Serebrennikov ou Oleh (...)

Vincent Raymond | Mardi 10 septembre 2019

L'Insensible

Les noms de ses représentants les plus indociles se trouvent souvent à la page des faits divers par volonté du pouvoir — tels Kirill Serebrennikov ou Oleh Stensov — pourtant, le cinéma russe continue de produire des réalisateurs d’importance, à l’image d'Andrey Zvyagintsev ou d’Ivan I. Tverdovsky. Auteur du déjà stupéfiant (et réussi) Zoologie, dont l’héroïne se voyait gratifiée d’un appendice caudal, le cinéaste emprunte à nouveau ici les chemins d’un proto-fantastique ultra réaliste pour saisir les aberrations de son pays. De même convoque-t-il un personnage principal atypique dont une particularité lui vaut d’être traité

Continuer à lire

Sami, une jeunesse en Laponie

ECRANS | Suède, années trente. La jeune Elle-Marja n’en peut plus de l’ostracisme réservé aux membres de son peuple, les Samis. Aspirant à une vie suédoise “normale”, elle (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Sami, une jeunesse en Laponie

Suède, années trente. La jeune Elle-Marja n’en peut plus de l’ostracisme réservé aux membres de son peuple, les Samis. Aspirant à une vie suédoise “normale”, elle rêve de quitter ses rennes et ses montagnes pour faire des études à Uppsala. Mais les vents sont tous contraires… Où l’on découvre que les Lapons furent traités comme une ethnie arriérée par les Suédois ; que leur culture (notamment la pratique du joik, un chant traditionnel) et l’usage de leur langue furent asphyxiés avec une intransigeance n’ayant rien à envier aux écoles de la IIIe République, qui bannissaient en classe les patois régionaux. En suivant au plus près son héroïne, Amanda Kernell nous fait ressentir la gêne qu’elle éprouve face aux moqueries, sévices et humiliations qui sont son quotidien. L’injustice également, qui la prive d’avenir, au nom d’une prétendue “inégalité raciale“ défendue avec une candide condescendance par l’institutrice — cette “évangéliste de l’État“ accomplit, au passage, la besogne d’acculturation par la contrainte que Anders se refusait à effectuer sur les Inuits dans l’excellent

Continuer à lire

Le Petit Bulletin Festival pour ceux qui n'y étaient pas

MUSIQUES | L (Raphaële Lannadère), ovni Pour la première incursion du Petit Bulletin Festival aux frontières de la chanson française, c'est peu de dire que L livra (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 31 octobre 2018

Le Petit Bulletin Festival pour ceux qui n'y étaient pas

L (Raphaële Lannadère), ovni Pour la première incursion du Petit Bulletin Festival aux frontières de la chanson française, c'est peu de dire que L livra une prestation étonnante. Aux "frontières de la chanson française" car avec ses arrangements, élancés, pour deux violoncelles et un percussionniste, la chanteuse livra aussi un ovni musical qui ne mit pas longtemps à décoller entre les murs de la Chapelle de la Trinité. Musiciens tout de noirs vêtus, L d'une grande élégance dans sa robe sombre évoquaient en effet davantage les codes du classique et parfois du cabaret mais brisaient tous les autres, pour des versions bouleversantes, tantôt mélancoliques, tantôt dansantes, dans un mélange d'intensité et de légèreté, de gravité et d'espièglerie parfois, de titres de Chansons son dernier album – tels La Meuse, Laisser Passer, Tempête, La Micheline ou Orlando, au splendide final gospel emprunté au Gentle Angry People de Holly Near, mais aussi Sur mon îl

Continuer à lire

Sans jamais le dire

ECRANS | Ado radieuse, Léna a l’avenir devant elle et pour seuls soucis des chamailleries avec son frère ou ses difficultés en maths. Par chance, son prof — qui fait (...)

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Sans jamais le dire

Ado radieuse, Léna a l’avenir devant elle et pour seuls soucis des chamailleries avec son frère ou ses difficultés en maths. Par chance, son prof — qui fait craquer toutes ses copines — lui donne des cours particuliers à domicile. Un jour, ce dernier abuse d’elle. Traumatisée, Lena se tait… Le cinéma va-t-il permettre de libérer la parole sur le sujet du viol commis par un proche ? Quelques semaines avant la sortie des Chatouilles, dont la rumeur n’est plus à faire, ce film suit une ligne voisine : casser un tabou. Sauf qu’ici, le traitement est ultra réaliste et que la victime est plus âgée. Le prédateur, quant à lui, conserve la même emprise orbitale en demeurant à faible distance : une menace fantôme, comble de l’horreur, perçue comme bienveillante par tous les autres membres de la famille. Avec ce film sobre, il ne s’agit pas de faire le procès, bien commode, d’un entourage aveugle aux abominations commises sur ses enfants par un “tiers de confiance“, ni de le rendre paranoïaque. Mais de lui faire prendre conscience d’une réalité visqueuse tout en i

Continuer à lire

Cold War

ECRANS | Années 1950. Compositeur, Wictor sillonne la Pologne rurale pour glaner des mélodies populaires et trouver des voix. Bouleversé par celle de Zula, il fait (...)

Vincent Raymond | Mardi 16 octobre 2018

Cold War

Années 1950. Compositeur, Wictor sillonne la Pologne rurale pour glaner des mélodies populaires et trouver des voix. Bouleversé par celle de Zula, il fait de cette jeune interprète sa muse et sa compagne. Leur romance connaîtra des hauts des bas, d’un côté puis de l’autre du rideau de fer. Pawlikowski, ou la marque des origines. Est-ce un hasard si Cold War, ayant pour décor la Pologne d’après-guerre et d’avant sa naissance comme son film précédant Ida (2013), présente également la même radicalité formelle, la même rigueur quadrangulaire, le même noir et blanc ? Consciemment ou non, Pawlikowski renvoie ce faisant de ce pays au système intransigeant un visage âpre, et reproduit dans le même temps les procédés du cinéma des origines — en lui donnant toutefois la parole, même s’il l’économise. Son “année zéro“ intime devient un peu celle de la Pologne, voire celle du cinéma. Encore davantage ici, où l’histoire de Wictor et Zula s’inspire (on ne sait à quel degré) de celle de ses parents. Mais la rigueur formelle

Continuer à lire

L : « la chanson est une affaire de sensation »

MUSIQUES | Vous dites avoir toujours chanté, que c'était chez vous un genre de cérémonie familiale ? Pouvez-vous nous parler de votre premier contact avec la (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 2 octobre 2018

L : « la chanson est une affaire de sensation »

Vous dites avoir toujours chanté, que c'était chez vous un genre de cérémonie familiale ? Pouvez-vous nous parler de votre premier contact avec la musique ? L : Ça remonte à loin. Mes parents ne sont pas musiciens à proprement parler mais il y a toujours eu beaucoup de musique à la maison, ils adoraient ça l'un et l'autre. À la maison on écoutait les Beatles, Otis Redding, Barbara, Mozart, c'était très éclectique. Je me suis mise à chanter toute petite, je n'ai pas de souvenir de moi sans chanter. À l'époque, je faisais déjà des spectacles devant tout le monde à longueur de temps. Entre chanter pour sa famille et monter sur scène, il y a un pas, comment vous êtes-vous retrouvée à en faire non seulement une activité sérieuse mais surtout un métier ? À vingt ans je pensais encore que j'allais faire des études et j'ai commencé à faire de plus en plus de musique, à rencontrer des musiciens qui sont devenus des compagnons de route comme Babx que j'ai rencontré quand j'avais 19 ans. Là j'ai su assez vite que je voulais pas faire autre chose. Après, il y a eu dix ans pendant lesquels j'ai commencé à écrire, à faire des petits co

Continuer à lire

Soirée Anti-foot au Ciné-Rillieux

ECRANS | Si vous n’aimez pas la Coupe du monde, allez vous faire foot. C’est en substance ce que vous propose le Ciné-Rillieux en termes plus fleuris — ou gazonnés (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Soirée Anti-foot au Ciné-Rillieux

Si vous n’aimez pas la Coupe du monde, allez vous faire foot. C’est en substance ce que vous propose le Ciné-Rillieux en termes plus fleuris — ou gazonnés —, histoire de vous changer des matches monopolisant le petit écran. Sa suggestion ? Une soirée bière-pizza à 20h en compagnie de la projection de la version restaurée du brûlot de Jean-Jacques Annaud Coup de tête (1976), portrait vitriolé d’une bourgade de province à travers ses notables aussi moralement crasseux dans leurs affaires que dans leur club de foot. Patrick Dewaere y joue les trublions façon libertaire avec une jubilation libératrice pour le public. Le stade ultime du plaisir. Coup de tête Au Ciné-Rillieux le mercredi 27 juin à 20h

Continuer à lire

Stuart A. Staples à la Chapelle de la Trinité

ACTUS | À peine refermé son volet printanier aux Subsistances, voici déjà que s'annonce les 26, 27 et 28 octobre la nouvelle version automnale du Petit Bulletin (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 5 juin 2018

Stuart A. Staples à la Chapelle de la Trinité

À peine refermé son volet printanier aux Subsistances, voici déjà que s'annonce les 26, 27 et 28 octobre la nouvelle version automnale du Petit Bulletin Festival. Toujours sis à la Chapelle de la Trinité, le programme propose trois spectacles uniques, tant qualitativement que quantitativement (autrement dit, vous n'aurez pas la possibilité de les voir ailleurs), au croisement de la pop, de la chanson et du classique. Cela débutera le vendredi 26 octobre avec L (alias Raphaèle Lannadère) dont le premier album, Initiale, armé d'un sens inouï de la poésie, avait charmé la critique en 2011 au point d'en faire un grand espoir de la chanson française. Accompagnée de deux violoncelles et de percussions, elle viendra présenter son troisième long format, Chansons, lui-même uniquement et subtilement habillé d'un quatuor à cordes et d'une harpe. Le samedi 27, c'est une petite légende de l'indie rock que les spécialistes reconnaîtront en la personne de Stuart A. Staples, ci-devant voix vibrante des Tindersticks, formation rock flirtant depuis 25 ans ave

Continuer à lire

Hannah

ECRANS | L’histoire d’Hannah n’a que peu à voir avec celle de 45 ans sorti en 2016 ; et la forme des deux films diffère. Pourtant, les deux semblent (...)

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Hannah

L’histoire d’Hannah n’a que peu à voir avec celle de 45 ans sorti en 2016 ; et la forme des deux films diffère. Pourtant, les deux semblent indissolublement liés par la présence de leur interprète féminine commune, Charlotte Rampling. Comme si la comédienne s’appliquait à réunir, dans sa maturité, une galerie de portraits de femmes éprouvées portant haut leur dignité. Des portraits tels qu'elle avait pu esquisser chez Ozon, où elle offre sans fard la dignité de son délitement et qui lui valent aujourd’hui une razzia de prix : après l’Ours d’argent, elle a ici conquis la Coupe Volpi à Venise. Hannah voit ses repères basculer lorsque son époux est incarcéré pour une histoire dont on comprend peu à peu la sombre nature. Mais cette femme droite tente de faire bonne figure, et de ne rien laisser paraître aux yeux du monde… Peu de dialogue et un

Continuer à lire

Que le diable nous emporte

ECRANS | Le puritanisme de précaution étant le parfum de saison, il est à redouter que ce Brisseau suscite une volée d’anathèmes venant d’apôtres du boycott moral n’ayant, (...)

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Que le diable nous emporte

Le puritanisme de précaution étant le parfum de saison, il est à redouter que ce Brisseau suscite une volée d’anathèmes venant d’apôtres du boycott moral n’ayant, pour certain·e·s jamais vu une traîtresse image de ses longs-métrages. Depuis sa condamnation devant les tribunaux pour harcèlement et agression sexuelle dans le cadre de son activité de cinéaste, ses opus anciens et récents sont tous entachés de suspicion — d’autant que l’homme n’a pas renoncé à filmer des femmes se dévêtant et s’aimant dans de vastes appartements : Que le diable nous emporte en témoigne. Et sa confidentialité, comme sa fragilité économique, en font une bien commode cible expiatoire : lorsque l’affaire Weinstein a enfin éclaté (et qu’il fallut faire choir des têtes), quelques heures suffirent pour que sa rétrospective prévue pour janvier à la Cinémathèque soit reportée sin

Continuer à lire

Anna Karina : sous la Lumière, exactement

ECRANS | Votre première réalisation Vivre ensemble vient d’être restaurée (et resortira au printemps 2018 dans les salles). Comment avez-vous vécu cette renaissance (...)

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Anna Karina : sous la Lumière, exactement

Votre première réalisation Vivre ensemble vient d’être restaurée (et resortira au printemps 2018 dans les salles). Comment avez-vous vécu cette renaissance ? Anna Karina : Mon vieux film, c’est magnifique ! La pellicule avait déjà été restaurée une première fois par la Cinémathèque il y a 20-25 ans. Là, je l’ai revu. Les garçons ont bien travaillé : le son est parfait, l’image identique. J’étais un peu émue… Je n’ai pas pleuré quand même (rires) ou alors de joie, peut-être. Ce film est empreint d’une terrible insouciance, mais aussi d’une terrible gravité… Oui, j’ai voulu faire un portrait de cette époque, qui était comme cela, insouciante. Mon personnage y effectue un transfert avec celui de son amant. Au départ, elle vit sa vie au jour le jour, un peu je-m’en-foutiste… Et puis une fois qu’elle est enceinte, elle devient responsable, alors que lui, qui était professeur et petit-bourgeois, devient comme elle. C’était une sacrée intuition de choisir le journaliste Michel Lancelot pour vous donner la réplique…

Continuer à lire

Le Lyon Street Food festival revient

GUIDE URBAIN | Le Lyon Street Food festival revient les 8, 9 et 10 septembre aux Subsistances après le succès de la première édition. Cette année les invités sont Hong Kong, la (...)

Lisa Dumoulin | Jeudi 6 juillet 2017

Le Lyon Street Food festival revient

Le Lyon Street Food festival revient les 8, 9 et 10 septembre aux Subsistances après le succès de la première édition. Cette année les invités sont Hong Kong, la Colombie dans le cadre de l’année France-Colombie mais aussi Puebla au Mexique, dont la gastronomie est classée au patrimoine de l’Unesco (c’est le seul pays avec la France). Des chefs et cuisiniers de tous horizons viennent donc préparer des plats “de rue”, aux côtés de nos chefs lyonnais tels Les Apothicaires, Mathieu Viannay, Christian Têtedoie, Mamasan, Joseph Viola ou encore le grand Régis Marcon. Nouveauté cette année, le “sugar hangar” dédié aux pâtisseries et mets sucrés, la “cocktail factory” avec des spécialistes de la mixologie (L’Antiquaire, le Black Forest Society, le Groom, la Vermuteria) et aussi un BBQ corner et des food trucks. Mai

Continuer à lire

Jacotte Brazier : l’héritière

GUIDE URBAIN | Elle nous reçoit chez elle, à la Croix-Rousse, rouge aux lèvres, yeux rieurs et sourire jusqu’aux oreilles. Elle nous sert un thé dans sa cuisine où elle ne (...)

Julie Hainaut | Mardi 28 février 2017

Jacotte Brazier : l’héritière

Elle nous reçoit chez elle, à la Croix-Rousse, rouge aux lèvres, yeux rieurs et sourire jusqu’aux oreilles. Elle nous sert un thé dans sa cuisine où elle ne cuisine jamais – ce qu’elle aime avant tout, « c’est goûter » –, nous enjoint de jeter un œil aux photos de chasse de son père Gaston – « il adorait chasser avec son ami Paul Bocuse » – et se désole que la statuette d’Eugénie Brazier que l’écrivain Frédéric Dard lui a offert, vienne tout juste de se casser : « ce n’est pas grave, je la recollerai, elle a le cuir dur, ma grand-mère. » Jacotte, 73 ans, a mille idées à la minute, des bons plans improbables – la bière est bien plus saine et économe qu’un spray coiffant classique pour faire tenir des boucles –, un débit kalachnikov à faire pâlir un acteur de la Comédie française et s’amuse de tout. L’accoucheur, lors de sa naissance le 23 novembre 1943 un mois avant terme avec « une jaunisse du diable », avait prévenu : « si elle vit, elle aura une santé de fer ». Et une énergie d’enfer. L’école de la vie Dans les années 20, sa grand-mère Eugénie Brazier tient deux restaurants : un au co

Continuer à lire

La Mère Brazier débarque aux Docks de Vaise

GUIDE URBAIN | L’installation d’un chef de renom est désormais un argument (ou un "produit d'appel") dans le déploiement de nouveaux projets urbains. C'était l'objectif de (...)

Adrien Simon | Mardi 10 janvier 2017

La Mère Brazier débarque aux Docks de Vaise

L’installation d’un chef de renom est désormais un argument (ou un "produit d'appel") dans le déploiement de nouveaux projets urbains. C'était l'objectif de l'installation à la Confluence de l'étoilé Le Bec (échec...). Le néoquartier de l’Industrie à Vaise a de son côté accueilli, dans sa première phase de développement, le groupe Bocuse (L’Ouest puis Ouest express). On n’y attendait pas forcément une autre star de la cuisine lyonnaise. C’est pourtant à quelques rues de là que le col tricolore Mathieu Viannay vient d’installer son nouveau et ambitieux projet. Il arrive avec sous le bras l’image de marque et le poids historique de la Mère Brazier (il dirige le restaurant de la rue Royale depuis 2008) : la photo de la mythique cheffe lyonnaise s'affiche en grand, en noir et blanc, sur l'un des murs extérieurs. Cette épicerie-comptoir a, de loin, de faux-airs de mini-corner "gourmet" de grand magasin : des rayonnages de boîtes, bocaux et bouteilles rares, un stand de boulangerie, un étal de fromages, un autre de charcuterie. Une bonne pa

Continuer à lire

Costa-Gavras ou la preuve par 9

ECRANS | Comme Roman Polanski, Costa-Gavras est de ces auteurs multiculturels dont le cinéma français peut s’enorgueillir. Et qui a pu accomplir une carrière aussi (...)

Vincent Raymond | Mardi 22 novembre 2016

Costa-Gavras ou la preuve par 9

Comme Roman Polanski, Costa-Gavras est de ces auteurs multiculturels dont le cinéma français peut s’enorgueillir. Et qui a pu accomplir une carrière aussi diverse grâce à l’ouverture d’esprit et l’accueil bienveillant de la profession hexagonale à son égard dans ses jeunes années — c’est, en tout cas, le constat que le cinéaste opère aujourd’hui dans le passionnant entretien réalisé par Edwy Plenel, bonus de L’Intégrale Volume 1 (1965 – 1983) (Arte Cinéma). Un coffret réunissant ses neuf premiers longs-métrages, dont la parution vaut la visite lyonnaise de cet indispensable géant. Gavras, de Costa à Z À la fois conteur et conscience de son époque, Costa-Gavras n’a cessé de secouer des mentalités assoupies par des œuvres lucides sur l’état du monde. Son cinéma, qui ne se réduit pas au champ du seul “cinéma politique”, est davantage celui de plusieurs interrogations : peut-on s’affranchir des carcans et des idéologies barbares — voir la “trilogie Montand” avec Z

Continuer à lire

Tanna

ECRANS | Le vent de la colère souffle dans les tribus de Tanna, sur deux d’entre elles notamment, en guerre depuis des lustres. Pour sceller la paix, les chefs (...)

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Tanna

Le vent de la colère souffle dans les tribus de Tanna, sur deux d’entre elles notamment, en guerre depuis des lustres. Pour sceller la paix, les chefs décident d’unir la nubile Wawa à un guerrier adverse. Mais Dain, épris de Wawa, ne l’entend pas ainsi… Ce premier film issu des Vanuatu a beau avoir été écrit et tourné avec de parfaits débutants ignorant tout du cinéma, il n’a rien d’une curiosité exotique ni d’un document ethnographique déguisé en fiction : malicieux, épique et tragique, il captive de bout en bout. Inspiré d’un fait divers survenu sur l’île voilà une trentaine d’années ayant chamboulé de séculaires coutumes tribales, il rappelle à bien des égards l’éternelle (et universelle) malédiction de Roméo et Juliette. À ceux qui s’étonneront de la rigidité des codes encadrant la vie sur Tanna ou de leur caractère rétrograde, on opposera la représentation de la secte ayant élu domicile sur les côtes de l’île : ces charmants illuminés brindezingues sont censés être des chrétiens. Alors la paille, la poutre, hein…

Continuer à lire

Aux Subsistances, la street cred' sauce Hong Kong

GUIDE URBAIN | Les food trucks lyonnais se radinent ce week-end aux Subsistances, pour un festival de trois jours autour de la "gastronomie nomade". Les habitués (...)

Adrien Simon | Mardi 20 septembre 2016

Aux Subsistances, la street cred' sauce Hong Kong

Les food trucks lyonnais se radinent ce week-end aux Subsistances, pour un festival de trois jours autour de la "gastronomie nomade". Les habitués des marchés lyonnais seront ravis de retrouver le bar à jus l’Estanco, le triporteur de Trop Chou ou encore The Rolling Cantine (photo). Ce dernier transformé pour l’occasion en jonque flottante, afin de coller au thème de cette première édition : Hong Kong. Les camions-cuisines assureront le ravitaillement des visiteurs dans la cour, et l'on retrouvera sous la grande verrière des cuisiniers sédentaires s’essayant eux aussi à la bouffe en barquette : les cuistots très en vue du Café Sillon (le dépotant-déroutant resto du 7e), de La Bijouterie (qui joue déjà avec les dim sums dans le 1er), et des Apothicaires (le nouveau spot à ne pas manquer du 6e) y officieront. Tous promettent de se mettre au diapason hongkongais, avec du côté de Tabata et Ludovic Mey (les Apo

Continuer à lire

Voilà l'été : un jour, une sortie #2

MUSIQUES | 8 / Mercredi 13 juillet : cinéma Juillet-Août Chaque été, au milieu du lot de films de vacances, il en est toujours un qui prend la tangente en (...)

La rédaction | Vendredi 15 juillet 2016

Voilà l'été : un jour, une sortie #2

8 / Mercredi 13 juillet : cinéma Juillet-Août Chaque été, au milieu du lot de films de vacances, il en est toujours un qui prend la tangente en allant au-delà du périmètre étriqué des premiers émois d’adolescent(e)s. L’an dernier, c’était Microbe et Gasoil de Gondry ; Juillet-Août assure peut-être la relève. La saison chaude semble favorable à Diastème. (lire la suite de l'article) 9 / Jeudi 14 Juillet : fête nationale Le Bal « Allez donc le trouver leur pompier dans la fin d'un bal » aurait dit Céline, dont on est à peu près sûr qu'il n'a pas dû beaucoup fréquenter le bal des pompiers. Marre de courir après du pompier pour votre crush de mid-summer ? Marre de danser pour la 7e année consécutive sur du Gérard Blanc ? L'alternative est au Bal du Transbo. Du beau monde dans l'assemblée (ça ne fait aucun doute) et sur scène, avec l'ancien folkeux Gaspard Royant opérant désormais en mode crooner 60's/nort

Continuer à lire

Sérénades : La louve Mouglalis

SCENES | Magnétique, la comédienne Anna Mouglalis, habituée des plateaux de cinéma pour des films plus (Mammuth, Gainsbourg (vie héroïque)) ou moins réussis (J’ai toujours (...)

Nadja Pobel | Mardi 5 avril 2016

Sérénades : La louve Mouglalis

Magnétique, la comédienne Anna Mouglalis, habituée des plateaux de cinéma pour des films plus (Mammuth, Gainsbourg (vie héroïque)) ou moins réussis (J’ai toujours rêvé d’être un gangster, La Jalousie) retrouve le théâtre avec, pour nous spectateurs, une appréhension : va-t-elle vampiriser la scène comme sait le faire son ainée qui lui ressemble tant, Fanny Ardant ? Eh bien, non. Elle sait imposer sa présence avec un mélange de timidité et d’assurance qui sert ce texte d’Arnaud Cathrine, Sérénades (au théâtre de la Renaissance du 6 au 8 avril). Elle incarne une femme désespérée par un mal d’amour (un "despecho" qui, en Colombie, peut justifier un arrêt de travail

Continuer à lire

Heidi

ECRANS | Déjà cuisiné à toutes les sauces visuelles, le roman montagnard de Johanna Spyri fait l’objet d’une nouvelle adaptation au bon lait de l’alpage. Classique (...)

Vincent Raymond | Mercredi 10 février 2016

Heidi

Déjà cuisiné à toutes les sauces visuelles, le roman montagnard de Johanna Spyri fait l’objet d’une nouvelle adaptation au bon lait de l’alpage. Classique et plutôt respectueuse du texte original, elle vise clairement à devenir la nouvelle référence en la matière, remplaçant les versions Technicolor poussiéreuses et/ou non-helvétiques. Passé la surprise de découvrir Bruno Ganz en grand-père bougon, on est vite attendri par les cavalcades pastorales de la gamine, l’absence de mièvrerie et la reconstitution soignée. L’œil se régale donc ; l’oreille moins. On envierait presque les Suisses-Allemands, qui apprécieront ce conte dans leur… euh… mélodieux idiome, et non dans son doublage français grotesque, lequel a de quoi nous rendre chèvre. VR

Continuer à lire

My Skinny Sister

ECRANS | Comment évoquer l’anorexie au cinéma sans tomber dans le tire-larmes ni le documentaire clinique et mortifère ; sans donner l’impression non plus que (...)

Vincent Raymond | Mardi 15 décembre 2015

My Skinny Sister

Comment évoquer l’anorexie au cinéma sans tomber dans le tire-larmes ni le documentaire clinique et mortifère ; sans donner l’impression non plus que l’auteur s’est servi de son scénario pour évacuer un trauma personnel, en maquillant une période douloureuse mais surmontée en fiction ? La réponse qu’apporte Sanna Lenken avec My Skinny Sister est aussi simple que réconfortante : en rejetant la question de l’anorexie au second plan. Parce qu’un film n’est en rien unidimensionnel : son intrigue gagne même en épaisseur dramatique lorsqu’elle s’inscrit dans une perspective plus complexe, emboîtée. En donnant à voir l’évolution de la maladie d’une jeune fille à travers les yeux de sa petite sœur, non seulement la réalisatrice oppose à une frontalité brute et voyeuriste un traitement divergé plus délicat (et plus adapté, lorsqu’il s’agit de filmer des enfants), mais surtout elle "donne vie" à ces deux immenses personnages que sont Katja, la grande sœur et Stella, la petite. Aucune n’est le faire-valoir de l’autre ; chacune dispose d’une vraie densité. Et la ligne sinueuse de leur relation suit un fil subtil, à partir duquel se tisse un récit sobre. Et elle

Continuer à lire

Costa-Gavras, une conscience en action

ECRANS | Si durant les cinquante dernières années, moult intellectuels se sont laissé berner par les miroirs aux alouettes tendus à droite comme à gauche, il en est un (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2015

Costa-Gavras, une conscience en action

Si durant les cinquante dernières années, moult intellectuels se sont laissé berner par les miroirs aux alouettes tendus à droite comme à gauche, il en est un qui a su résister aux aveuglements idéologiques : Costa-Gavras. Usant du cinéma pour dessiller les yeux de ses contemporains, le réalisateur a consacré l’essentiel de son œuvre à mettre au jour les atteintes aux libertés fondamentales et à l’humanité. À cartographier les impasses sociales et politiques sous les régimes dictatoriaux autoritaires (L’Aveu) comme sous les démocraties (Le Couperet) ; en temps de guerre (Section spéciale, le mésestimé Amen.) comme en temps de paix (Mad City). Malgré de rares accidents (Le Capital), son parcours artistique demeure l’un des plus éblouissants du cinéma mondial ; et son style nerveux — non dénué de causticité ni d’élégance — a su rendre visibles puis sublimes des causes honnêtes. Ce que l’on pourra constater mardi 15 avec Z, explosive critique du régime des Colonels, Oscar du montage et du film étranger. Costa

Continuer à lire

Une seconde mère

ECRANS | Val est femme de ménage pour une famille bourgeoise de Sao Paulo, avec qui elle habite vingt-quatre heures sur vingt-quatre ; elle est même devenue (...)

Christophe Chabert | Mardi 23 juin 2015

Une seconde mère

Val est femme de ménage pour une famille bourgeoise de Sao Paulo, avec qui elle habite vingt-quatre heures sur vingt-quatre ; elle est même devenue une deuxième mère pour Fabinho, le fils un peu glandeur qui prépare des études d’architecture. Sauf que Val a aussi une fille, Jessica, qu’elle a abandonnée et dont elle se contente de payer les études à distance, mais qui va débarquer dans sa vie — et dans la maison de ses employeurs — chamboulant les règles strictes imposées à sa mère. Qu’on ne s’y trompe pas, Anna Muylaert n’a pas choisi la voie du drame social pour évoquer ce qui est le thème principal du nouveau cinéma brésilien, au diapason de la réalité du pays : la lutte des classes persistante malgré le boom de son économie. Une seconde mère oscille entre le rire et les larmes, tirant vers une forme de marivaudage où les valets et les maîtres s’observent, se défient, se mélangent parfois, s’écartent souvent. C’est l’idée principale de la mise en scène : le cadre est souvent découpé en deux, posant une frontière entre chaque partie puis les faisant dialoguer par une théâtralité assumée — Val qui commente cachée dans la cuisine les agissements de la famille

Continuer à lire

The Duke of Burgundy

ECRANS | À une époque indéfinissable et dans un monde où les hommes semblent avoir été bannis, une servante vient quotidiennement rendre visite à sa maîtresse dans une (...)

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

The Duke of Burgundy

À une époque indéfinissable et dans un monde où les hommes semblent avoir été bannis, une servante vient quotidiennement rendre visite à sa maîtresse dans une grande bâtisse restée dans son jus des temps victoriens. Le rituel social vire au jeu d’humiliation, mais tout cela n’est qu’un faux-semblant : le vrai rapport qui unit les deux femmes est avant tout érotique et cette mise en scène est celle, longuement préparée, de deux êtres unis par un goût commun pour le sado-masochisme. Quoique, le "commun" est fragile : tandis qu’Evelyn se plaît dans son rôle de dominée, Cynthia désire au contraire que cet amour-là prenne une forme moins extrême et plus conventionnelle. Peter Strickland articule ainsi son récit, comme une spirale discrète où les différences entre chaque scène sont moins flagrantes que leur répétition. Ce n’est pas le cas seulement pour les séquences entre Evelyn et Cynthia, mais aussi pour ses passages très mystérieux où Cynthia donne des conférences sur les papillons devant un parterre exclusivement féminin — ça et là, le cinéaste dispose quelques mannequins de cire, renforçant l’étrangeté de la situation. En cela, il donne sans doute la meilleure représen

Continuer à lire

Cavanna, jusqu’à l’ultime seconde, j’écrirai

ECRANS | Ce film sur (François) Cavanna commence par la toute fin : les funérailles de l’écrivain, début février 2014, où des lecteurs anonymes et des camarades (...)

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Cavanna, jusqu’à l’ultime seconde, j’écrirai

Ce film sur (François) Cavanna commence par la toute fin : les funérailles de l’écrivain, début février 2014, où des lecteurs anonymes et des camarades célèbres viennent lui rendre hommage. Drôle de sensation pour le spectateur : celui d’assister à une répétition générale de ce qui se produira onze mois plus tard avec l’enterrement des dessinateurs de Charlie Hebdo. Cavanna en fut le fondateur avec le Professeur Choron, en prolongement de l’aventure Hara Kiri qui défia les bonnes mœurs et la censure dans les années 60 et 70. Si ce documentaire à deux têtes (le journaliste Denis Robert et sa fille Nina), il a aussi deux faces : d’un côté, un hommage au Cavanna écrivain insatiable, auteur de 50 romans dont quelques best-sellers (Les Ritals, Les Ruskoffs, Bête et méchant) ; de l’autre, l’évocation de cet âge d’or où tout semblait permis car rien n’était autorisé. Denis Robert va à la rencontre d’un Cavanna affaibli et fatigué, tandis que Nina tisse un montage où se télescopent archives, citations et témoignages (Willem, Delfeil de Ton, Siné…) souvent passionnants qui convergent vers un même sentiment de crépuscule.

Continuer à lire

Un Moi(s) de cinéma #6

ECRANS | Au sommaire de ce sixième numéro : • Cannes 2015 : bilan rapide • Loin de la foule déchaînée de Thomas Vinterberg • Vice Versa de Pete Docter • (...)

Christophe Chabert | Mercredi 3 juin 2015

Un Moi(s) de cinéma #6

Au sommaire de ce sixième numéro : • Cannes 2015 : bilan rapide • Loin de la foule déchaînée de Thomas Vinterberg • Vice Versa de Pete Docter • Une seconde mère d'Anna Muylaert

Continuer à lire

Les soirées du 6 au 12 mai

MUSIQUES | 07. 05 Hétéroclite fête son n° 100 Pour une fois, débutons cette sélection par un peu de copinage. Nos amis d'Hétéroclite, «mensuel gay et lesbien mais pas (...)

Benjamin Mialot | Mardi 5 mai 2015

Les soirées du 6 au 12 mai

07. 05 Hétéroclite fête son n° 100 Pour une fois, débutons cette sélection par un peu de copinage. Nos amis d'Hétéroclite, «mensuel gay et lesbien mais pas que» qui depuis bientôt dix ans réussit le pari de décrypter et défendre la culture LGBT tout en s'affranchissant de ses clichés, fête leur centième numéro. En ces temps de désaveu du papier et de la pensée, ce n'est pas un mince exploit. Ils le fêteront dignement au Lavoir Public avec une résurrection de Pressing, le talk-show théâtral itinérant qui précéda le lieu et, surtout, un mix de la plantureuse et érudite Rihanna Foutre, l'égérie du magazine. On y sera.

Continuer à lire

The Voices

ECRANS | Il faut imaginer ce que The Voices aurait pu être si Marjane Satrapi ne s’en était emparé pour lui faire subir une torsion toute personnelle : un de (...)

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2015

The Voices

Il faut imaginer ce que The Voices aurait pu être si Marjane Satrapi ne s’en était emparé pour lui faire subir une torsion toute personnelle : un de ces films d’horreur pour ados comme il s’en produit à la pelle, où l’esprit de sérieux n’est qu’une façade pour masquer le cynisme mercantile. Le film raconte comment un schizophrène tout juste sorti de l’asile, suivi de près par sa psychiatre et tenu en laisse par une puissante camisole chimique, finit par craquer son vernis de ravi de la crèche et retomber dans ses pulsions homicides. D’entrée, Satrapi repeint son univers aux couleurs irréelles d’un arc-en-ciel de bonheur, quand bien même celui-ci napperait un paysage d’usines et de banlieues branlantes ; l’effet Prozac contamine une mise en scène qui choisit l’option humour noir et transforme le minet Ryan Reynolds en une parodie de lui-même, sourire extatique figé perpétuellement sur son visage de puceau imberbe. Lorsqu’il rentre chez lui après une journée à bosser et à tenter de séduire la belle secrétaire de son entreprise — Gemma Arterton, parfaite incarnation du charme canaille de la girl next door british — plutôt que de nourrir son cha

Continuer à lire

Le Dernier loup

ECRANS | Jean-Jacques Annaud est-il devenu une sorte d’ambassadeur français auprès des territoires en plein boom économique, un ministre du cinéma non officiel allant (...)

Christophe Chabert | Mardi 24 février 2015

Le Dernier loup

Jean-Jacques Annaud est-il devenu une sorte d’ambassadeur français auprès des territoires en plein boom économique, un ministre du cinéma non officiel allant refourguer son expérience (les gens de droite disent son "expertise", c’est un bon moyen de les reconnaître) ? Après le Qatar pour Or Noir, c’est la Chine qui coproduit ce Dernier loup où plane l’ombre d’un autre animal jadis magnifié par Annaud : l’ours. Car les mécanismes sont à peu près les mêmes : de beaux paysages — ceux de la steppe mongole — des grands sentiments et une bête d’abord sauvage, puis apprivoisée par un maître aimant, curieux et compréhensif. Il est dommage, alors que la critique a été souvent injuste avec l’auteur de La Guerre du feu et du Nom de la Rose, modèles d’un certain cinéma populaire à grand spectacle, qu'il soit aujourd'hui congelé dans sa créativité, au point de ressortir en moins bien des recettes désormais datées. Par moments, il arrive toutefois à capter quelques visions puissantes, comme ces chevaux pris dans un lac de glace ; mais Le Dernier loup manque d’ampleur, et encore plus de courage. Car au moment où des cinéastes

Continuer à lire

De l’amour et de la pellicule

ECRANS | Dans l’excellent magazine SoFilm, Maroussia Dubreuil se pose chaque mois cette question : «Doit-on tourner avec son ex ?». L’Institut Lumière la (...)

Christophe Chabert | Mardi 15 avril 2014

De l’amour et de la pellicule

Dans l’excellent magazine SoFilm, Maroussia Dubreuil se pose chaque mois cette question : «Doit-on tourner avec son ex ?». L’Institut Lumière la retourne dans sa programmation printanière en "Que se passe-t-il quand un cinéaste filme la femme / l’homme qu’il aime ?". Ce cycle "Je t’aime, je te filme" sera donc l’occasion de passer en revue des couples célèbres, comme celui formé par le regretté Alain Resnais et sa muse Sabine Azéma — Mélo — ou celui, tumultueux, qui unit le temps du tournage interminable des Amants du Pont-Neuf Leos Carax et Juliette Binoche. Restons en France, mais quelques années auparavant, où Jean-Luc Godard magnifia Anna Karina du Petit Soldat à Pierrot le fou, avec au milieu un film qui semble n’exister que pour elle, Vivre sa vie, travail d’iconisation amoureuse à la croisée de la fétichisation cinéphile — Karina filmée comme Falconetti dans La Passion de Jeanne d’Arc — et de la contemplation subjuguée… C’est un rapport du même ordre que l’on trouve dans La Belle et la bête ; Cocteau est tellement fasciné par la Bête-Jean Marais qu’il en oublie complètement d

Continuer à lire

La Jalousie

ECRANS | Depuis ce film somme qu’était Les Amants réguliers, le cinéma de Philippe Garrel est entré dans son crépuscule, ne conduisant qu’à des caricatures sans (...)

Christophe Chabert | Vendredi 29 novembre 2013

La Jalousie

Depuis ce film somme qu’était Les Amants réguliers, le cinéma de Philippe Garrel est entré dans son crépuscule, ne conduisant qu’à des caricatures sans inspiration. La Jalousie, aussi bref qu’interminable, ressemble ainsi à un territoire desséché où les fantômes garreliens, dont son propre fils Louis, le seul avec la petite Olga Milshtein à insuffler un tant soit peu de vie dans l’encéphalogramme plat de la dramaturgie, errent dans des décors vidés de tout, se parlant en aphorismes qu’on a du mal à tenir pour des dialogues. Le noir et blanc n’est qu’un effet de style, le film fuit son titre comme son ombre et sombre dans un psychodrame autarcique et épuisant, que les petites musiques composées par l’incunable Jean-Louis Aubert ne font que renforcer dans sa banalité. Christophe Chabert

Continuer à lire

La grammaire intérieure

MUSIQUES | Hannah Reid n'a pas les cheveux turquoise, a dépassé l'âge de la majorité sexuelle et n'a jamais déclaré que le poireau était son légume préféré. Hanna Reid, en somme, (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 6 novembre 2013

La grammaire intérieure

Hannah Reid n'a pas les cheveux turquoise, a dépassé l'âge de la majorité sexuelle et n'a jamais déclaré que le poireau était son légume préféré. Hanna Reid, en somme, n'a rien à voir avec Miku Hatsune, popstar virtuelle qui, depuis 2007, se fait une place de plus en plus importante dans les rêves humides de la jeunesse connectée. Rien, si ce n'est qu'elle est, à l'instar de la création de la société japonaise Crypton Future Media mais sur un plan charnel, une phénoménale diva électronique. Phénoménale par sa voix, sensuelle et affligée, que cette sculpturale Londonienne déploie avec la même intensité que si elle se produisait sur un navire en train de sombrer – là où Céline Dion braillait comme si on lui avait fourré un bout d'iceberg dans la culotte. Phénoménale aussi, par la bienveillance critique et publique que suscite la pop qu'elle produit sous le nom de London Grammar avec les multi-instrumentistes Dot Major et Dan Rothman, qui l'ont au départ contacté via Facebook autant pour tester ses talents d'interprète que dans l'espoir secret de passer la main dans sa crinière dorée.

Continuer à lire

Collection 2013/2014

ARTS | Anna et Bernhard Blume Les époux Anna et Bernhard Blume ont l'air de bien s'amuser chez eux. Ils se mettent en scène et se photographient dans des (...)

Benjamin Mialot | Lundi 16 septembre 2013

Collection 2013/2014

Anna et Bernhard Blume Les époux Anna et Bernhard Blume ont l'air de bien s'amuser chez eux. Ils se mettent en scène et se photographient dans des perspectives baroques, avec des objets ou de la nourriture qui voltigent, des regards hallucinés, des corps presque contorsionnés... Au-delà de cet aspect comique, les deux photographes interrogent autant qu'ils se réfèrent à l'abstraction géométrique, au Bauhaus et à la grande histoire de la photographie.   Au Centre d'Arts Plastiques de Saint-Fons, jusqu'au 31 octobre   Myriam Mechita Née en 1974, vivant à Berlin, Myriam Mechita surprend par l'hétérogénéité des moyens plastiques qu'elle emploie, autant que par la diversité des formes qu'elle déploie. On verra à l'URDLA de grands dessins inte

Continuer à lire

La Chair de ma chair

ECRANS | À l’heure des débats corporatistes autour des conventions collectives et des sources de financement, on devrait louer les initiatives sauvages de ces (...)

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

La Chair de ma chair

À l’heure des débats corporatistes autour des conventions collectives et des sources de financement, on devrait louer les initiatives sauvages de ces films fièrement tournés en dehors de toute économie "classique". Denis Dercourt, probablement impatient de racheter l’échec de son il est vrai raté Demain dès l’aube, a donc réalisé presque seul (image, son, scénario, mise en scène) La Chair de ma chair, qui revient à son sujet de prédilection : les rapports obsessionnels des parents et des enfants, ici réduits à la névrose d’une mère qui tue des hommes pour récupérer leur sang et nourrir sa fille, atteinte d’un mal mystérieux. La violence du propos et de certaines séquences rendaient sans doute l’affaire impossible à produire par les canaux habituels, vue la frilosité ambiante. Mais cette pauvreté de moyens est traître : les comédiens sont très mauvais, l’image est affreuse — une sorte de cache flou rajouté sur tous les plans en post-production — et la plupart des scènes sont dépourvues de conflits, si bien qu’on est en droit de se demander si le format court n’eût pas été préférable. La glauquerie

Continuer à lire

À Fourvière exactement

SCENES | , D’où vient cette idée d’adapter le téléfilm Anna à la scène ? C’est une commande des Nuits de Fourvière ?Emmanuel Daumas : Au départ c’est Jean-Marc Ghanassia (...)

Nadja Pobel | Jeudi 20 juin 2013

À Fourvière exactement

, D’où vient cette idée d’adapter le téléfilm Anna à la scène ? C’est une commande des Nuits de Fourvière ?Emmanuel Daumas : Au départ c’est Jean-Marc Ghanassia [agent et producteur, NdlR] qui a eu l’idée. Quand il me l’a soumise, je ne connaissais pas le téléfilm, mais j’avais beaucoup écouté l'album de Gainsbourg, que j’aimais et connaissais même par cœur. Ce projet m’a donc tout de suite vraiment excité et je me le suis approprié facilement. Dans le téléfilm, les deux protagonistes ne s’adressent pas la parole, ce qui est très peu théâtral. Comment peuvent-ils tenir tous les deux sur une même scène ?C’est vrai que quand on voit le film, l’idée d'en faire un spectacle musical, une espèce de concert amélioré par ces petites histoires, peut paraître étrange. Le film est déstabilisant. En revanche, quand on lit le scénario, on se rend compte qu'il est très bien construit, que ce petit conte de personnages qui s’aiment et ne se rencontrent pas est efficace. J’ai pensé qu’on aurait beaucoup d’éléments à transformer ou de choses à ajouter mais

Continuer à lire

Old Field

MUSIQUES | Amateurs d'old time music, cette discipline qui plante ses racines dans les collines des Appalaches, collectionneurs de 78 tours, de murder ballads et (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 14 juin 2013

Old Field

Amateurs d'old time music, cette discipline qui plante ses racines dans les collines des Appalaches, collectionneurs de 78 tours, de murder ballads et de cavalcades de banjo, réjouissez-vous : voici venir Frank Fairfield au Sonic. Certes l'intéressé n'est en rien originaire des montagnes de Virginie de l'Ouest ou de quelque élevage de poulets du Kentucky, mais de Los Angeles, là où l'old time est autant à sa place que le crunk à Saint-Dié-des-Vosges. Mais Fairfield n'est pas à une contradiction près : alors qu'à l'entendre, on imagine un hillbilly édenté et calleux, c'est un jeune homme bien mis et gominé qui se présente. Redoutable joueur de banjo, de guitare et de violon, Fairfield fait voyager l'auditeur dans le temps avec une virtuosité et une authenticité qui tuent dans l'oeuf tout procès en singerie. Preuve que quand la musique ne fait pas du jeune avec du vieux, elle fait du vieux avec des jeunes, renversement dont Fairfield est un digne représentant, chevillé à une tradition

Continuer à lire

"Anna" en image le 25 juin au Comœdia

SCENES | Le Comoedia s'associe aux Nuits de Fourvière et à l'INA pour présenter Anna (séance unique), de Pierre Koralnik avec Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Marianne (...)

Nadja Pobel | Mercredi 12 juin 2013

Le Comoedia s'associe aux Nuits de Fourvière et à l'INA pour présenter Anna (séance unique), de Pierre Koralnik avec Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Marianne Faithfull et Serge Gainsbourg, mardi 25 juin à 20h.Anna Karina (sous réserve) et une partie de l'équipe artistique du spectacle du même nom, mis en scène par Emmanuel Daumas avec Cécile De France et Grégoire Monsaingeon aux Nuits de Fourvière, seront présents.Anna est l'histiore d'une jeune provinciale, qui travaille depuis peu dans une agence de publicité parisienne et rêve du prince charmant. De son côté, le directeur de l'agence s'éprend d'une jeune femme dont il ne connait que la photo... qui est celle d'Anna. C'est en 1967 que Pierre Koralnik réalise ce téléfilm. Serge Gainsbourg en compose la bande originale, dont les célèbres Sous le soleil exactement et Roller girl. À cette occasion, Koralnik s’entoure de Jean-Loup Dabadie (dialogues), Marianne Faithfull, Eddy Mitchell et Anna Karina dans le rôle principal. Dans le cadre intime de l’Odéo

Continuer à lire

Mariage à l’anglaise

ECRANS | Dépositaire historique du genre, le studio Working Title signe sans doute ici le crépuscule de la comédie romantique anglaise, en la faisant s’acoquiner (...)

Christophe Chabert | Dimanche 7 avril 2013

Mariage à l’anglaise

Dépositaire historique du genre, le studio Working Title signe sans doute ici le crépuscule de la comédie romantique anglaise, en la faisant s’acoquiner dangereusement avec le trash à l’américaine, ici prétexte à une série de sketchs interminables de vulgarité. L’embarras se fait sentir très vite face à ce catalogue peu ragoûtant de clichés sur la vie d’un couple mal assorti dont l’union semble vouée à l’échec dès le départ. Aussi rance et démago que les pièces de café-théâtre avec les mots «hommes», «femmes», «couple» et «sexe» dans leur titre, Mariage à l’anglaise ne fait que rire de ses personnages, jamais avec eux, chargeant la mule du stéréotype, notamment quand il s’agit de se gausser des prolos et des pauvres, qui bien entendu finiront ensemble, les riches se retrouvant autour de leurs valeurs communes. Au milieu de cette tambouille antipathique, seule la lumineuse Anna Faris affiche une distance bienvenue, loin des rôles de ravissante idiote qui l’ont faite connaître. Christophe Chabert

Continuer à lire

L’Europe au rayon froid

ECRANS | Coincé entre la déferlante des festivals de cinoche de mars et le grand suspens cannois, le panorama du cinéma européen de Meyzieu s’offre une treizième édition (...)

Christophe Chabert | Vendredi 5 avril 2013

L’Europe au rayon froid

Coincé entre la déferlante des festivals de cinoche de mars et le grand suspens cannois, le panorama du cinéma européen de Meyzieu s’offre une treizième édition qui s’annonce prometteuse. Trois films français encadrent la manifestation : le thriller Désordres d’Étienne Faure (avec Sonia Rolland !), la comédie Pop rédemption de Martin Le Gall, sur un groupe de rock satanique composé, entre autres, de Julien Doré et Grégory Gadebois — avec un featuring de l’ami Alexandre Astier - et Cheba Louisa, premier film de Françoise Charpiat avec Isabelle Carré et Rachida Brakni. À cela s’ajoutent le retour (décevant) de Margarethe Von Trotta avec une bio filmée d’Hannah Harendt et un nouveau film pour séniors, genre très en vogue actuellement, Song for Marion de Paul Andrew Williams. Mais c’est de l’Europe du nord que viennent les deux événements du festival. D’abord, le grand retour sur ses terres islandaises de l’inclassable Balthasar Kormakur avec Survivre. Tiré d’une histoire vraie, le film raconte comment un modeste pêcheur islandais a survécu au naufrage de son chalu

Continuer à lire

Margaret

ECRANS | On aurait aimé vous recommander la sortie en DVD de Margaret. Vraiment. D’abord parce que c’est un grand film, d’une ambition peu commune dans le cinéma (...)

Christophe Chabert | Mardi 29 janvier 2013

Margaret

On aurait aimé vous recommander la sortie en DVD de Margaret. Vraiment. D’abord parce que c’est un grand film, d’une ambition peu commune dans le cinéma américain ; ensuite parce que sa sortie salles a été littéralement sabotée, réduite à une exposition "technique" sur une poignée d’écrans en plein été et en VF. Sans parler du fait que cette version-là n’était pas celle voulue par Kenneth Lonergan, et qu’il s’est battu contre ce remontage durant huit longues années, donnant à Margaret le statut peu enviable de film maudit. Or, stupeur, alors que le DVD anglais (disponible depuis de nombreux mois) proposait la version la plus longue et la plus conforme aux souhaits du réalisateur (un montage de 179 minutes), c’est à nouveau celle de 2h23 qui figure sur le DVD français. Avant de revenir sur le film, deux mots sur Kenneth Lonergan. Il vient de la scène, où il a été considéré comme un des grands dramaturges américains contemporains, notamment grâce à une pièce culte, This is our youth (un titre qui aurait aussi pu être celui de Margaret). En 2000, il se lance dans le cinéma avec Tu peux compter sur moi, bien accueilli par la press

Continuer à lire

La Chinoise / Bande à part

ECRANS | Les restaurations continuent à un bon train dans le catalogue Gaumont, et témoignent d’un joyeux éclectisme, puisqu’on y passe des fleurons du cinéma (...)

Christophe Chabert | Lundi 15 octobre 2012

La Chinoise / Bande à part

Les restaurations continuent à un bon train dans le catalogue Gaumont, et témoignent d’un joyeux éclectisme, puisqu’on y passe des fleurons du cinéma populaire (Lautner, Deray, De Broca) à des piliers du cinéma moderne, comme ces deux Godard dont l’un d’entre eux (La Chinoise) était carrément inédit en DVD ! Alors dans sa période la plus spectaculairement créative, enchaînant les chefs-d’œuvre tout en renouvelant, à chaque film, de fond en comble la grammaire cinématographique, Godard y opère de l’un à l’autre un basculement encore plus décisif : celui qui va le faire passer d’anarchiste de droite à maoïste convaincu. Bande à part est ainsi marqué par son goût pour le cinéma pur et l’art pour l’art, avec son intrigue simili-policière surtout prétexte à filmer de beaux jeunes gens (Sami Frey, Claude Brasseur et Anna Karina) qui s’aiment, s’engueulent et se trahissent à Paris la nuit, dans sa banlieue un peu triste le jour. C’est le film où Godard ne joue que sur les rythmes disloqués, tels cette visite de musée au pas de course ou ce long moment où le trio se fige dans le silence dans un café. Bande à part a irrigué l’imaginaire des cinéastes à

Continuer à lire

Just Folk ?

MUSIQUES | À Lyon, on aime les parcours, les traboulages en tout genre qui vous font dégringoler d'une partie de la ville à l'autre pour y dénicher des trésors insoupçonnés (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 5 octobre 2012

Just Folk ?

À Lyon, on aime les parcours, les traboulages en tout genre qui vous font dégringoler d'une partie de la ville à l'autre pour y dénicher des trésors insoupçonnés seulement connus de quelque guide à moustache. Sans doute conscient de cette réalité lyonnaise, le festival Just Rock ? a initié en guise d'ouverture son propre Parcours Folk, où il s'agit ni plus, ni moins que de déambuler d'un coin à l'autre de la ville, de lieux improbables en endroits qui le sont moins, à la découverte de petits trésors folk parfois également insoupçonnés mais pas toujours. La règle pour les artistes n'étant pas forcément, comme l'indique l'intitulé de l'événement de jouer spécifiquement du folk, mais de se produire en version acoustique. Pour certains, les folkeux notamment, l'exercice est naturel, ceux-ci ayant rarement l'électricité. Pour d'autres un peu moins mais c'est aussi ce qui fait le charme de l'exercice. Trio féminin, chant, guitare, contrebasse, poussé au conservatoire, Jüne n'aura pas de problème d'adaptation avec son folk jazz entêtant (entêté?), à voir à l'heure du shopping (14h) place des Célestins. Après quoi l'on pourra passer chez le libraire, en l'occurrence Expé

Continuer à lire

Margaret

ECRANS | Second film de Kenneth Lonergan, auteur de théâtre et scénariste de Gangs of New York, Margaret revient de loin et ça se sent (bloqué depuis 2009 suite à un (...)

Jerôme Dittmar | Vendredi 13 juillet 2012

Margaret

Second film de Kenneth Lonergan, auteur de théâtre et scénariste de Gangs of New York, Margaret revient de loin et ça se sent (bloqué depuis 2009 suite à un procès, le film a traîné en montage). Portrait d'une lycéenne (Anna Paquin) témoin d'un tragique accident de bus qu'elle a en partie provoqué, le film prend une bonne heure à décoller pour trouver son sujet. Durant ce temps, Lonergan tâtonne, avance au rythme de son héroïne, traumatisée mais debout, rongée par une culpabilité dont elle ne sait que faire avant de la canaliser dans une quête de vengeance inattendue. Ce long et épuisant tunnel, où le film s'égare au ralenti, suivant le quotidien de son adolescente, son errance sentimentale et existentielle, son rapport trouble avec un prof et l'histoire de sa mère paumée, sert de tremplin vers une seconde moitié où les choses mordent enfin sur l'intrigue. Se dessine alors un double regard, sur la frénésie procédurière américaine, que le film étend jusqu'à l'arrogance militaire du pays. Et l'adolescence comme d'un moment mouvant et propice à adopter des thèses radicales pour répondre à un état de confusion général. Lonergan s'aventure ici sans c

Continuer à lire