L'eau à la bouche : "Ondine" de Christian Petzold

Romance | Songe fantastique et romantique en milieu aquatique : Ours d’argent à Berlin pour la fiévreuse Paula Beer.

Vincent Raymond | Mercredi 23 septembre 2020

Photo : © Les Films du Losange


Conférencière spécialisée dans l'urbanisme de Berlin, Ondine est brutalement quittée par son amant. Christoph, un scaphandrier, tombe alors sous son charme et entame avec elle une romance. Mais la belle, encore rongée par sa blessure, doit en finir avec son ex-…

Histoire sentimentale néo-romantique, songe fantastique rêvé par le scaphandrier, cette variation sur le mythe de la nixe — ou sirène — troquant par amour son royaume contre la terre ferme, évoque (en version aquatique) la situation des anges wendersiens des Ailes du désir, condamnés à porter la mémoire de la ville qu'il survolent, dépositaires de l'histoire des hommes mais incapables d'en partager les affects ni les plaisirs mortels. Ondine est aussi de ces êtres de passage si fréquents dans le cinéma de Petzold permettant à leur partenaire d'accomplir une traversée, mais dont la destinée revêt une dimension sacrificielle les rendant d'autant plus tragiques et… désirables, horrible paradoxe ! Pas étonnant que la fiévreuse Paula Beer ait, pour ce rôle de gardienne de Berlin, conquis l'Ours d'argent de la meilleure interprète à la Berlinale. La ville, reconnaissante et amoureuse…

★★★☆☆ Un film de Christian Petzold (All-Fr, 1h30) avec Paula Beer, Franz Rogowski, Maryam Zaree…


Ondine

De Christian Petzold (All, Fr, 1h30) avec Paula Beer, Franz Rogowski, Maryam Zaree Ondine vit à Berlin, elle est historienne et donne des conférences sur la ville. Quand l’homme qu’elle aime la quitte, le mythe ancien la rattrape : Ondine doit tuer celui qui la trahit et retourner sous les eaux…
Cinéma Gérard Philipe 12 avenue Jean Cagne Vénissieux
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Christian Petzold et Paula Beer : « le cinéma, c’est soit le Rhin, soit la Wupper. Ce film, c’est la Wupper. »

Ondine | Hors des courants, Christian Petzold mène sa barque dans le cinéma allemand — ce qui ne l’empêche pas de tourner en France (voir Transit, son film précédent). Alors qu’il bénéficie d’une rétrospective parisienne, il évoque Ondine en compagnie de celle qui l’interprète et a glané pour ce rôle l’Ours d’argent à Berlin l’hiver dernier, Paula Beer. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 23 septembre 2020

Christian Petzold et Paula Beer : « le cinéma, c’est soit le Rhin, soit la Wupper. Ce film, c’est la Wupper. »

Paula, qu’est ce qui était le plus difficile : ingérer tous les textes de l’historienne ou interpréter des scènes sous l’eau ? Paula Beer : À leur manière, les deux étaient difficiles, et demandaient bien sûr une préparation particulière, parce que sous l’eau on ne peut pas parler : il faut se sentir sûre de soi. Et pour les conférences, bien sûr tout le texte demande plus de préparation, mais il faut savoir qu’Ondine ne va pas seulement tenir une conférence : elle raconte son histoire en racontant celle de la ville. On doit comprendre que cette vieille figure de conte, ce personnage, avait accès à l’eau avant que la ville ne soit construite ; Ondine sait donc pratiquement tout sur la ville. Pour cette raison, tourner sous l’eau et tenir de grandes conférences sont deux difficultés que l’on prévoit avant le tournage bien sûr. Mais il y a des scènes dont on pense parfois qu’elles seront faciles et qui s’avèrent plus compliquées. Le monologue est complexe au cinéma ; or ici, il y en a beaucoup… PB : Dans la plupart des films il y a plutôt des dialogues que de longs textes. C’était particulier et e

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Têtes de gondole : "Une valse dans les allées"

Chronique | de Thomas Stuber (All, 2h) avec Sandra Hüller, Franz Rogowski, Peter Kurth…

Vincent Raymond | Lundi 13 août 2018

Têtes de gondole :

Embauché comme manutentionnaire de nuit dans un hyper, le taciturne et tatoué Christian est adopté par Bruno, le chef du rayon “boissons“ qui lui enseigne les petits secrets du métier, la pratique du charriot-élévateur et remarque qu’il flashe sur leur collègue Marion, des “sucreries“… De la vie, des amours et de la mort des invisibles… Ce portrait d’un groupe d’employés d’un “géant“ (au sens de Le Clezio) en raconte autant sur le monstre vorace où se situe l’action — un puits sans fond dont il faut inlassablement charger les rayonnages et les étals, dévorés par des meutes de clients ; où il faut purger vers les poubelles les produits menacés de péremption — que sur les protagonistes chargés de ces besognes. Petite collectivité avec ses territoires organisés, ses prérogatives, ses alliances et ses routines, le monde de l’arrière-boutique apparaît malgré tout comme un royaume apaisé et bienveillant ; une enclave où des individus cabossés viennent se réchauffer ou se raccommoder : pas (ou peu) de pression hiérarchique, pas (ou peu) de contact avec la clientèle, pas (ou peu) de que

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Guerre sans naguère : "Transit"

Dystopie | de Christian Petzold (All-Fr, 1h41) avec Franz Rogowski, Paula Beer, Godehard Giese…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Guerre sans naguère :

L’arrivée des forces d’occupation en France contraint l’Allemand Georg à gagner Marseille, où il compte rallier l’Amérique par la mer. Sur place, il récupère l’identité et le visa pour le Mexique de son compatriote Weidel dont il a trouvé le corps. Mais une femme, Marie, l’intrigue et le retient… Étrange concept que celui de ce film qui replace dans le contexte actuel et des décors contemporains, une situation ancienne, à savoir datant d’il y a quatre-vingt-ans. Comme au théâtre, il s’agit pour le spectateur de souscrire un pacte et d’admettre une double réalité entre ce qu’il voit et ce qui est évoqué au-delà de l’image — Lars von Trier avait procédé de même dans Dogville, réduisant son dispositif à l’extrême. Cette dualité a certes du sens : Georg ne se dissimule-t-il pas sous le “masque“ d’un autre individu ? De même, un état d’égarement se ressent à la vue de ce Marseille en état de siège, où les repères sont abolis, chacun devenant pareil à un étranger. Hélas, Transit reste prisonnier de ce ping-pong ré

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Phoenix

ECRANS | Après "Barbara", Christian Petzold et son actrice Nina Hoss explorent de nouveau l’histoire allemande — ici, le retour des camps — mais sur un mode labyrinthique et hitchcockien. Un très grand film sur l’identité et l’inexprimable. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 27 janvier 2015

Phoenix

Fidèle au précepte d’un Claude Lanzman, Christian Petzold ouvre Phœnix sur ce que l’on ne peut pas montrer : l’horreur des camps de concentration nazis. Il le fait à travers le visage d’une rescapée, Nelly, recouvert par des bandelettes tel Rock Hudson dans Seconds. Défigurée, quasi-mutique, elle est prise en charge par Lene, qui veut lui offrir un nouveau visage et une nouvelle vie, dans une Palestine qui ne s’appelle pas encore l’État d’Israël. Mais, l’opération réussie, Nelly ne se reconnaît pas et se voit comme une autre. On ne saura jamais si cette sensation de dédoublement est une conséquence psychologique du martyre qu’elle a subi — provoquant une cassure irrémédiable entre son moi d’avant et ce qu’il en reste aujourd’hui — ou si, effectivement, elle relève d’une vraie transformation physique. Ce trouble-là, que Petzold entretient magistralement, le film le redouble encore quand Nelly retrouve son mari Johnny, ancien pianiste désormais homme à tout faire dans un cabaret au milieu des ruines berlinoises. Johnn

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Barbara

ECRANS | Proposant un contrechamp intimiste à "La Vie des autres", Christian Petzold retrace le quotidien de l’Allemagne de l’Est à travers le parcours d’une infirmière exilée en Province pour ses idées subversives. Un film au classicisme appuyé, qui repose surtout sur son actrice et son scénario. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 30 avril 2012

Barbara

La bonne idée de Barbara, le nouveau film de Christian Petzold, c’est de ne pas adopter tout de suite le point de vue de son héroïne. Elle apparaît au spectateur à travers le regard des autres, et sa froideur butée, son absence d’émotions apparentes, se heurtent aux rumeurs qui courent sur son compte. Nous sommes dans l’Allemagne de l’Est de 1980, et plus exactement dans un petit hôpital de province, où la surveillance de la Stasi est tout aussi forte qu’ailleurs, mais seulement plus voyante. Pour Barbara, infirmière à Berlin, ce nouveau poste est une forme de bannissement, elle qui de toute évidence n’a plus qu’une idée : passer à l’Ouest, du côté de la liberté. Le médecin chef du service s’intéresse très vite à cette femme belle, méfiante, distante, mais ses tentatives pour briser la glace se soldent par des échecs répétés. Quand Petzold se décide à dévoiler un peu plus le projet de Barbara, c’est aussi pour peindre le harcèlement constant dont elle est victime : aucune intimité, ni face à sa logeuse, ni face à l’agent chargé de la surveiller, ce qui rend d’autant plus délicate la mise en route de son plan d’évasion. Faites le mur ! Si la mise en scè

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Ondine

ECRANS | De Neil Jordan (Irl-ÉU, 1h51) avec Colin Farrell, Alicja Bachleda…

Dorotée Aznar | Vendredi 9 juillet 2010

Ondine

Après les remous de son controversé "A vif", personne n’en voudra à Neil Jordan de se payer un retour aux sources de son Irlande natale, avec ce film humble et rafraîchissant pour qui goûte plus que de raison les “boy meets girl“ sur fond de passion bourrue, de kiff de la pêche et de climat tout pourri. Syracuse (Colin Farrell, toute crinière et accent dublinois dehors) voit son quotidien chamboulé par une mystérieuse jeune fille trouvée dans ses filets de pêche. Quelques faits troublants plus tard, la question se pose plus que jamais : sirène ou pas sirène ? La modestie du projet, l’amour avec lequel Jordan filme son actrice débutante, la peinture lucide de contrées irlandaises encore mâtinées de folklore, autant de raisons d’être magnanime avec "Ondine". Mais une fois la projection terminée et quelques jours passés, avouons qu’il n’en subsiste pas grand-chose… FC

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