Des papilles ouvertes sur le monde

Refugee Food Festival | Pour la troisième fois, des restos lyonnais invitent des chefs réfugiés à partager leur cuisine.

Adrien Simon | Mardi 11 juin 2019

Photo : © Anne Bouillot


C'était en février et vous êtes certainement passés à côté, malgré la retransmission télé, le tapis rouge, les enveloppes et De Caunes : le monde de la gastronomie se dotait d'un nouveau classement mondial, encore un, les World Restaurant Awards, créé par Joe Warwick et le Lyonnais Andrea Petrini, tous deux échappés de l'organisation du plus fameux des classements, le 50 Best. Ces Awards, dont le jury était composé de grands noms de la cuisine mondiale (René Redzepi, David Chang ou Alex Atala, par exemple), sut à la fois récompenser de petits nouveaux très cools (comme Wolfgat et ses vingt couverts sur une plage d'Afrique du Sud) et ménager ceux qui font encore la pluie et le beau temps dans l'univers gastronomique (Ducasse ou Passard). Et applaudir des initiatives rappelant que les restaurateurs ont aussi d'autres ambitions que de nourrir Instagram et monter dans les classements internationaux. Par exemple, Food for Soul, l'association du chef étoilé italien Massimo Bottura qui cuisine des invendus pour les offrir à des gens dans le besoin dans des lieux rénovés par des artistes. Ou enfin, le Refugee Food Festival qui a reçu le prix de l'événement 2019.

Oui Cheffe

Le RFF, les Lyonnais connaissent, puisque voici venir la troisième édition qui se tiendra, comme chaque année, autour du 20 juin : journée internationale des réfugiés. Plus précisément du 13 au 23. Pour résumer : à l'origine il y a le couple Marine Mandrila et Louis Martin qui s'étant lancés dans un tour du monde culinaire en étaient revenus avec un documentaire (Very Food Trip), un bouquin (idem) et un "engagement citoyen". En 2016 ils s'associent avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, pour lancer le Refugee Food Festival, qui est depuis à l'origine de nombre d'initiatives sympathiques. Comme le podcast Oui Cheffe, qui invite une cuisinière exilée à décrire son parcours et ses recettes. Ou encore, cette inspirante rencontre entre réfugiés et collégiens autour d'un repas dans les cantines scolaires du Calvados.

Casser les préjugés

L'événement annuel est lui toujours mondial, mais on ne vous proposera pas d'aller à Copenhague ou Cape Town, plus simplement sur les pentes de la Croix-Rousse (aux Mauvaises Herbes), sur le toit de l'Opéra (les Muses), à Gerland (au Bistrot du Potager), à Bellecour (l'Institut Bocuse), à Perrache (aux Petites Cantines) et pourquoi pas à Roanne (au Central des Troisgros), c'est-à-dire dans des restaurants qui accueilleront pour l'occasion et pour cuisiner, un ou une chef réfugié en France. L'idée du RFF c'est de faire découvrir d'autres traditions culinaires bien sûr, de casser les préjugés évidemment, mais aussi d'aider les cuistots invités à monter ou pérenniser leur activité professionnelle.

Dans les assiettes on retrouvera les plats afghans de Sadia Hessabi qui a l'honneur cette année d'être invitée chez les Troisgros, les préparations de l'étudiant albanais, doué et déjà primé Armand Hasanpapaj ou la cuisine sahraouie d'une habituée du festival, Aicha Mahamet Seid. Parmi les nouveautés : une soirée de clôture (le 23 juin) dans la halle de l'incubateur de start-ups H7, où l'on mangera peut être une l'asam laksa (une soupe de nouille malaisienne) de Shahirul Bin Ahmad Hanafiah et où l'on notera la présence de l'équipe de la Petite Syrienne, que nous avions rencontrée l'année dernière alors qu'elle inaugurait son foodtruck.

Refugee Food Festival
À Lyon et Roanne du 13 au 23 juin

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Ça métisse dans les cuisines !

Refugee Food Festival | « Certaines régions sont en train de se déconstruire parce qu'elles sont submergées par les flux de demandeurs d'asile », déclare un ancien maire devenu ministre. OMG : la gastronomie lyonnaise va finir démantelée, éparpillée ? À moins que des initiatives comme le Refugee Food Festival offrent un nouveau sens au titre, un poil périmé, de capitale mondiale de la bonne bouffe...

Adrien Simon | Lundi 11 juin 2018

Ça métisse dans les cuisines !

Après une première édition française en 2016, une seconde européenne l’année dernière, les parisiens de Food Sweet Food, Marine Mandrila et Louis Martin, auteurs d’un remarqué Very Food Trip (Planète+ pour la série, La Martinière pour l’ouvrage), internationalisent cette année leur Refugee Food Festival. En ce mois de juin – le 20 étant la journée mondiale des réfugiés – des restaurants de New York, Athènes, Bologne, San Francisco ou Cape Town bouleversent leurs menus et accueillent des cuistots en exil. Certes, Brooklyn c’est un peu loin pour aller manger afghan [on invente : le programme n’est pas encore disponible au moment où nous bouclons], mais heureusement, Lyon accueille aussi l’événement. S'engager Ceci grâce à Claire Fournier et Clara de La Fonchais qui portent le projet bénévolement – c’est ainsi que fonctionne le RFF – et la collaboration de restaurateurs qui invitent, l’espace d’un ou deux soirs, des chefs étrangers ayant récemment obtenu l’asile en France. Ainsi,

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Pourquoi Pas : from Syria, with love

Foodtruck | Ruba et Mhiar, poussés hors de Syrie par la répression du régime de Bachar el-Assad, se sont installés à Lyon, où il ont rencontré Bilal, lui-même réfugié Syrien. Tous les trois, ils ont conçu un projet autour de la cuisine de leur pays d’origine : un foodtruck qui devrait démarrer cette semaine, à l’occasion du Refugee Food Festival.

Adrien Simon | Lundi 11 juin 2018

Pourquoi Pas : from Syria, with love

À son arrivée à Lyon, Ruba Khatib ne parlait pas français. L’OFFI (Office Français de l'Immigration et de l'Intégration) proposant des formations, elle a d’abord subi une évaluation pour estimer ses besoins : « je me suis servi du vocabulaire commun avec l’anglais et j’ai ainsi répondu à la majeure partie des questions. Du coup, on m’a dit que je n’avais pas besoin de suivre de cours, il ne me restait plus qu’à apprendre par moi-même. » Maintenant elle parle, vite et bien. L’anecdote est révélatrice de sa volonté, et de sa capacité à se débrouiller à partir des liens d’amitiés qu’elle a noué ici à Lyon, qualités qui lui furent bien utiles pour mener à bien son projet de restaurant mobile : Pourquoi Pas. Quand nous l’avons rencontrée, elle sortait d’un événement – le food market lors de Nuits Sonores – et en préparait un autre – Les Grandes Tablées. La levée de fond via KissKissBankBank venait d’aboutir – 14 000€ récoltés – le camion semblait prêt à démarrer. Éloge de la fuite Ruba a quitté la Syrie début 2012. La révolution, née dans la continuité des soulèvements tunisiens et égyptiens et féroce

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Les Mauvaises Herbes : la cuisine végétale régale

Restaurant | Ici, tenez-vous bien, on ne trouve ni viande, ni lait, ni fromage, ni oeufs. Et pas non plus de gluten, ni de saccharose. Par quoi est-ce remplacé ? Par beaucoup de travail et d'inventivité.

Adrien Simon | Mardi 13 mars 2018

Les Mauvaises Herbes : la cuisine végétale régale

Concernant la cuisine vegan, on ne peut plus guère parler de mode passagère. Actuellement tout semble concourir (des conditions d'élevage et d'abattage des animaux, à l'augmentation de la mortalité due à la malbouffe, en passant par le réchauffement climatique lié aux pets de vaches) à la promotion du régime végétalien. Les grands cuisiniers français, un peu poussés au cul par leurs homologues étrangers (notamment nord-européens) en ont pris conscience : Robuchon a décrété que « la cuisine végétarienne [serait] celle des dix prochaines années » (pour promouvoir son nouveau restaurant à Bombay), l'épreuve principale du dernier Bocuse d'Or tournait exclusivement autour des légumes, des chefs étoilés, au début du mois dans Libé, criaient leur amour (un poil contraint) de la cuisine "végétale". La « cuisine végétale créative », comme preuve que l'on peut « manger sainement, tout en mangeant gourmand », voilà justement ce que Virginie Militon, François Allemand et Thibault Gama veulent promouvoir dans leur tout nouveau resto, décoré par leurs soins en suivant les tendances du

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