La saison 2015/2016 de la Maison de la danse

ACTUS | De New York à Séoul, du conte philosophique à la relecture de ghetto movie, de la rumba au baroque : à la rentrée, la volonté de Dominique Hervieu de présenter la danse sous ses formes les plus variées ne faiblira pas. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Lundi 27 avril 2015

Heureux soient ceux qui ont manqué l'arrivée de Maguy Marin à Ramdam, elle sera à l'honneur du prochain "Archipel" de la Maison de la danse. Succédant à Découflé, elle reprendra son chef-d'œuvre May B et Bit, sa création pour la Biennale 2014 (fin février début mars), ainsi que Singspiele, dernier spectacle co-écrit avec David Mambouch qu'elle présente justement à Ramdam cette semaine (mi-mars, au TNP).

La saison 2015/2016 de la Maison de la danse sera marquée par trois autres temps forts.

D'abord, un mois (novembre) de festivités autour de New York. Jean Lacornerie et les Percussions Claviers de Lyon y reprendront leur remarquable version de la comédie musicale téléphonique Bells Are Ringing, tandis que le CNDC Angers dansera, notamment, un Event (un patchwork de fragments de chorégraphies) du maître post-moderniste Merce Cunningham. Surtout, on y retrouvera Bill T. Jones le temps d'un pur exercice formel autour du Quatuor de Ravel et de La Jeune fille et la mort de Schubert, et le très en vue Kyle Abraham pour une pièce foncièrement urbaine et raccord avec l'actualité raciale américaine car inspirée par le film Boyz'N The Hood.

Ensuite un focus sur la Corée, fin janvier, à l'occasion du 130e anniversaire des relations diplomatiques entre Paris et Séoul, célébré par l'ornithophile Luc Petton (Light Bird, imaginé pour des grues de Mandchourie), par le Pockemon Crew, qui se frottera à ses correspondants de Morning of Owl, et Eun-Me Ahn, la "Pina Bausch de Séoul", pour l'explicite (et participatif) Dancing Grandmothers.

Et enfin le désormais traditionnel (et néamoins avant-gardiste) festival Sens Dessus Dessous (en mars), où se presseront entre autres les fantasques Bruxellois de Peeping Tom (pour Vader, où quand le burlesque s'invite dans une maison de retraite), le collectif lyonnais Ès (qui reprendra son absurde L'hippopotomonstrosesquippedaliophobie, créé récemment aux Subsistances) et le jeune érudit Noé Soulier, vu à la Biennale pour une singulière performance explicative autour de l'œuvre Forsythe, dont la création le verra inventer un vocabulaire chorégraphique à partir de gestes pratiques du quotidien.

Le reste du (beau) monde

Le reste de la saison ne manquera bien sûr pas d'intérêt. Ouverte en septembre par Abou Lagraa avec une relecture au ralenti du Cantique des cantiques et close par la nouvelle création du provocateur Israélien Hofesh Shechter (Barbarians, début juin), elle verra notamment défiler en octobre Alain Platel (Coup fatal, étonnant concert dansé fusionnant rumba et baroque proposé à Avignon en 2014), en janvier Jose Montalvo (Asa Nisi Masa, ensemble de contes confrontant un bestiaire virtuel à des danseurs de chair et de sang) ou encore, fin mars, les breakdancers portés sur l'abstraction de la Compagnie S'poart...

…et bien sûr des ballets et compagnies venus des quatre coins du monde, de l'Espagne (le Ballet Flamenco de Andalucía, début décembre, récompensé à la biennale de Séville l'an passé) à la Suisse (le Grand Ballet du Théâtre de Genève, mi-décembre pour un Casse-noisettes plus gothique que la moyenne) en passant par la Russie (le Yacobson Ballet, qui présentera en janvier une Giselle dans les règles de l'art classique), le Brésil (l'increvable Grupo Corpo fin septembre, la São Paulo Dance Company en janvier) ou Taiwan (le très spirituel Cloud Gate Dance Theater of Taiwan fin avril).

Enfin, côté cirque, outre les jongleries spatialisées de Petit Travers (en octobre, et d'ici un mois et demi à la Croix-Rousse) et les clowneries des icônes du slapstick Jos Houben et Marcello Magni (début juin), on ne manquera pas le retour en janvier des voltigeurs en surnombre de XY, sensations de la dernière Biennale.

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Lyon : les Ateliers de la Danse seront adossés au groupe scolaire Kennedy

Danse | L'opposition a grincé après l'annonce de l'abandon du projet d'Ateliers de le Danse dans l'ancien Musée Guimet. Ateliers qui seront relocalisés dans le 8e, sur le site du groupe scolaire Kennedy, tout proche de la Maison de la Danse. Une décision qui impacte par ricochet l'avenir du Musée Guimet mais aussi de l'ancienne ENSBA.

Sébastien Broquet | Mardi 20 octobre 2020

Lyon : les Ateliers de la Danse seront adossés au groupe scolaire Kennedy

L'annonce a bousculé et montré que les Verts et leurs alliés n'hésiteraient pas à aller à l'encontre des habitudes prises sous le règne Collomb et que les caciques de la culture lyonnaise devraient remettre leur trône en jeu : ainsi Dominique Hervieu, directrice de la Maison de la Danse, maîtresse de cérémonie de la Biennale de la Danse, l'incontournable pivot de tout ce qui touche à l'art chorégraphique dans la cité — et ce, avec un talent indéniable. Mais la voici challengée, de nouveau : son projet de Maison de la Danse à Confluence avait déjà été retoqué — non pas par les politiques locaux emmenés alors par Georges Képénékian et Gérard Collomb, qui défendaient le projet, puisque c'est le Ministère de la Culture qui avait refusé de suivre financièrement comme nous l'avait expliqué en juin dernier Georges Képénékian pendant la campagne élector

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5 spectacles de danse à ne pas rater cette saison

Danse | Cinq rendez-vous chorégraphiques à ne pas rater ces prochains mois… De la rétrospective concoctée en images de et par Jérôme Bel au spectacle limite de Sciarroni, en passant par les fantasmagories de Peeping Tom.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 28 septembre 2020

5 spectacles de danse à ne pas rater cette saison

Triptyque Kylián Élégance, virtuosité, néoclassocisme : ces trois mots clefs pourraient définir l’œuvre gigantesque du chorégraphe tchèque Jiří Kylián. Pas moins de dix-sept de ses pièces sont inscrites au répertoire du Ballet de l’Opéra. Trois d’entre elles constitueront le programme du Ballet en novembre : Bella Figura et ses images théâtrales explorant la représentation scénique, l’aérienne Wings og Wax autour du mythe d’Icare, et Gods and Dogs où huit danseurs oscillent entre des pôles contraires, entre folie et normalité, maladie et santé, humanité et animalité… Jiří Kylián À l’Opéra du jeudi 12 au dimanche 15 novembre Jérôme Bel, en images et en texte « Rétrospective met en scène mes principales obsessions comme le corps, la culture, le langage, le pouvoir, la vulnérabilité et l’émancipation » dit de sa dernière pièce l’enfant terrible de la danse française Jérôme Bel. Une pièce qui est en l'occu

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La danse sur pointillés en cette rentrée

Danse | Avec des conditions de création et de diffusion toujours compliquées, la saison danse commence "sur pointillés", tout à la fois avec discrétion, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 11 septembre 2020

La danse sur pointillés en cette rentrée

Avec des conditions de création et de diffusion toujours compliquées, la saison danse commence "sur pointillés", tout à la fois avec discrétion, curiosité et avec des petits formats de spectacles... À l'Opéra, la nouvelle directrice du Ballet, Julie Guibert, a invité trente chorégraphes à créer trente solos pour chacun des danseurs de la compagnie. Sept premières pièces sont présentées en septembre, signées Yuval Pick, Jan Martens, Kylie Walters, Abril Diaz... À la Maison de la Danse, Dominique Hervieu, quant à elle, lance L'Automne de la Danse avec neuf rendez-vous gratuits étalés sur deux mois. On pourra y découvrir des sorties de résidence de la compagnie-trio Collectif Es avec une création autour de la musique et de l'esprit punk, de l'idée de groupe et de ses liens à l'identité individuelle. Ou du chorégraphe Fouad Boussouf (c

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Cinq finalistes pour la direction du Théâtre de la Croix-Rousse

Mercato | Cinq dossiers ont été retenus parmi les 25 candidatures à la succession de Jean Lacornerie à la tête du Théâtre de la Croix-Rousse.

Sébastien Broquet | Mercredi 29 juillet 2020

Cinq finalistes pour la direction du Théâtre de la Croix-Rousse

Jean Lacornerie, par choix personnel, quittant ses fonctions à la tête du Théâtre de la Croix-Rousse le 31 décembre prochain, les tutelles se sont lancées en quête de son — ou sa — successeur. Les représentants et représentantes de la Région, de la Drac et de la Ville se sont ainsi réunis le jeudi 23 juillet pour étudier les 25 dossiers de candidatures déposés. Les finalistes retenus ont jusqu'au 7 septembre pour affiner leur projet, qui sera ensuite auditionné par le jury le 21 septembre. Cinq candidats et candidates ont été retenus, que voici : - Un premier duo, avec le musicien et metteur en scène Camille Rocailleux, issu du Conservatoire national supérieur de musique de Lyon, qui a fondé et co-signé les spectacles de la compagnie de danse ARCOSM de 2001 à 2016. Il a collaboré avec Jérôme Savary ou la chanteuse Camille et fondé la compagnie EVER en 2013, mêlant spectacle vivant et technologie. Il fait équipe avec A. Favr

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Jean Lacornerie quitte le Théâtre de la Croix-Rousse

Mercato | Le directeur du Théatre de la Croix-Rousse, Jean Lacornerie, quittera ses fonctions à l'issue de la convention qui prend fin le 31 décembre 2020. À (...)

Nadja Pobel | Vendredi 17 janvier 2020

Jean Lacornerie quitte le Théâtre de la Croix-Rousse

Le directeur du Théatre de la Croix-Rousse, Jean Lacornerie, quittera ses fonctions à l'issue de la convention qui prend fin le 31 décembre 2020. À 56 ans, il choisit « pour des raisons personnelles » de tourner cette page-là, à un moment où ce théâtre se porte très bien. Très heureux de cette aventure il continue, après sa création récente The Pajama Game, de bâtir la saison 2020-2021 qu'il dévoilera au printemps prochain. Sa collaboratrice Anne Meillon, directrice déléguée, fera elle valoir son droit à la retraite en juillet prochain.

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Un pas en avant, un pas en arrière

Danse | La deuxième partie de la saison danse s'annonce tout à la fois sous le signe de la découverte et des reprises. Et aussi du retour à Lyon de grands chorégraphes comme Sidi Larbi Cherkaoui, Akram Kahn, Eun-Me Ahn...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 janvier 2020

Un pas en avant, un pas en arrière

Maintenant bien ancrés dans le paysage culturel lyonnais, deux festivals de danse ouvrent l'année avec des chorégraphes méconnus ou cheminant hors des sentiers battus. À partir du 23 janvier, le Moi de la Danse aux Subsistances nous invitera à découvrir un solo de Youness Aboulakoul (danseur pour Christian Rizzo, Olivier Dubois...) autour de la violence, le travail de la compagnie Dikie autour de l'oppression et du soulèvement, et une pièce du chorégraphe lyonnais Alexandre Roccoli. Un peu plus tard (à partir du 9 mars à la Maison de la Danse), la huitième édition de Sens Dessus Dessous rassemblera pêle-mêle la compagnie espagnole La Veronal qui navigue entre danse, théâtre, cinéma et arts plastiques ; Rianto, un jeune artiste javanais ; la dernière création du collectif (La) Horde ; le travail entre écriture et danse de Pierre Pontvianne avec David Mambouch... On retrouvera d'ailleurs le chorégraphe stéphanois Pierre Pontvianne avec le Ballet de l'Opéra qui, du 28 au 30 avril au Toboggan, s'offre un bain de jouvence en invitant trois chorégra

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"The Pajama Game" : la grève en chantant

Comédie Musicale | Jean Lacornerie et Gérard Lecointe signent avec The Pajama Games une impeccable comédie musicale sur fond de lutte des classes.

Nadja Pobel | Mardi 17 décembre 2019

Dire que The Pajama Game est le spectacle idéal de la fin d'année serait un peu court et surtout très réducteur. La comédie musicale que signent Jean Lacornerie et Gérard Lecointe - avec le chorégraphe Raphaël Cottin - est simplement une excellente production. Le metteur en scène (directeur du théâtre de la Croix-Rousse) et le directeur musical (directeur du Théâtre de la Renaissance), à l’œuvre sur scène comme percussionniste, ont eu l'excellente idée, après leur collaboration notamment pour Bells are Ringing, de dégotter cette création de George Abbott et Richard Bissell de 1954, récemment jouée par Harry Connick Jr. et portée à l'écran par Stanley Donen en 1957. Les ouvrières d'une usine de fabrication de pyjamas sont en grève pour obtenir une augmentation de salaire et lorsque la cheffe du syndicat tombe amoureuse du nouveau directeur exécutif, ce dernier fait face au big boss (devenu ici une voix dans un haut-parleur), fouille dans l

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Ballet : un Pock et deux Cunni

Danse | En l'espace de quinze jours, le Ballet nous emmène du hip-hop vitaminé des Pockemon Crew à la classe moderniste du grand Merce Cunningham. Vertiges de la danse !

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 octobre 2019

Ballet : un Pock et deux Cunni

Les danseurs du Ballet de l'Opéra de Lyon doivent avoir la tête qui tourne. En exécutant des pirouettes évidemment. Mais aussi en passant, en seulement quelques jours, d'un univers chorégraphique à un autre. Ces jours-ci, du hip-hop pêchu et joyeux des Pockemon Crew à l'univers hyper-complexe du pape de la modernité chorégraphique, Merce Cunningham (1919-2009). Pour fêter les vingt ans de la compagnie, les Pockemon présentent à l'opéra Millésime, une nouvelle création qui entremêle la fougue généreuse des quinze membres du Crew à la technique plus classique de six danseurs du Ballet. Ensuite, le Ballet restera dans le domaine large des danses urbaines (si l'on veut !), avec Exchange de Merce Cunningham, pièce de 1978 dont les costumes et les décors (signés par l'artiste américain Jasper Johns) se veulent l'évocation directe d'un environnement urbain aux « tons pollués ». Récurrence-renaissance Comme souvent chez Cunningham,

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Les dix rendez-vous qui vont vous faire valser

Danse | Festivals installés comme Sens Dessus Dessous ou le Moi de la Danse, chorégraphes stars tels Christian Rizzo ou Merce Cunningham, découvertes potentielles : voici les dix dates que les amateurs de danse se doivent de cocher de suite sur leur agenda.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 septembre 2019

Les dix rendez-vous qui vont vous faire valser

Spirituelle La grande chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker tisse toujours des liens singulièrement étroits entre la musique et ses chorégraphies : qu'il s'agisse de musique classique (Beethoven, Mahler...) ou plus contemporaine (Joan Baez, Steve Reich...). Créée en 2005 avec Salva Sanchis, sa pièce A Love Supreme explore l'album éponyme de John Coltrane, album mythique du Free Jazz. Chaque danseur est associé à un instrument du quatuor de Coltrane, et l'écriture précise de De Keersmaeker s'octroie ici une part de liberté et d'improvisation (à l'instar du jazz). Douze ans après, en 2017, la pièce est recréée avec quatre nouveaux interprètes et leurs nouvelles sensibilités. A Love Supreme À la Maison de la Danse du 1er au 3 octobre Technique Les pièces de Merce Cunningham sont d'une difficulté technique rare, et le Ballet de l'Opéra en compte déjà plusieurs à son répertoire. Cet automne, le Ballet présentera deux pièces du maître new-yorkais, créées à vingt ans d'intervalle : Exchange (1978) et Scenario

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Maxime Mansion : dur comme du rock

Théâtre | Malgré un texte trop prévisible, Inoxydables s'avère être la meilleure des quatre propositions dans cette saison du TNP émanant du Cercle de formation et de transmission inventé en 2017. Du rock métal, une histoire d'amour et la guerre en 1h15.

Nadja Pobel | Mardi 2 avril 2019

Maxime Mansion : dur comme du rock

C'est d'abord un concert. Celui du groupe Klone. Du métal au TNP, bouchon d'oreille inclus : première bonne surprise de ce travail de Maxime Mansion, initiateur du festival En acte(s) qui tout au long de sa mise en scène ne va rien escamoter du récit de Julie Ménard. Mia, déjà bien imbibée, va tomber amoureuse du bassiste Sil dans le bruit et la moiteur de ce live dont, au-delà du son, la frénésie réconfortante nous parvient. Il s'agit de corps et d'attraction, de désir et d'impulsion mais aussi de mots plats, idiots, de rires bêtes parfaitement restitués et justes. Ils sont le socle de cette aventure qui se déploie ensuite dans un hangar pour les répétitions et qui va prendre le large. Car le bruit inquiétant des avions a prévenu : la guerre rôde. Il faut fuir. Au creux de moi Là encore, Maxime Mansion va au plus efficace. Des traversées sur terre ou dans la mer, de la jungle, des passeurs, des camions, de la montagne ou de la fatigue, il rend compte avec un éclairage minimal et ciblé sur ses deux personnages toujours pris dans les feux comme des rats. Trois fois, ils reviennent sur leur terre me

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Salut la compagnie ! : "Maguy Marin : l'urgence d'agir"

Documentaire | De David Mambouch (Fr, 1h48) avec Maguy Marin…

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Salut la compagnie ! :

Prenant l’emblématique pièce May B. comme fil rouge, David Mambouch retrace le parcours de Maguy Marin en sa compagnie et celle des membres… de sa compagnie. Un regard intime et familial embrassant près d’un demi-siècle d’une aventure chorégraphique particulière… Cela fait près de quarante ans que David Mambouch suit au plus près le travail de la chorégraphe Maguy Marin, dans les coulisses et en bord, voire sur scène. Et pour cause : il est son fils. C’est donc de l’intérieur qu’il peut témoigner de la progressive construction d’une œuvre, dans sa cohérence et son intégrité morale (en résonance avec des enjeux sociaux et des problématiques historiques, économiques ou humanistes), mais aussi de ses nécessaires évolutions artistiques — comme l’introduction de la parole, le glissement vers la “non-danse“, rendant plus intelligible encore le propos ou le message politique sous-tendant chacune de ses créations. Portrait collectif d’une femme de troupe indissociable de ses compagnons de route, mettant en avant un goût viscéral pour la transmi

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Un moi dénoyauté

Moi de la Danse | Le jeune collectif lyonnais ÈS ouvre cette semaine le festival Moi de la Danse aux Subsistances, avec une création prometteuse.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 22 janvier 2019

Un moi dénoyauté

Depuis quatre ans, le festival Moi de la Danse explore la notion d’identité à travers le corps et le mouvement. Le sujet dansant s’y révèle être souvent une singularité plurielle : divisé en lui-même, multiple en ses ressources physiques et expressives, et toujours en rapport dialectique avec les autres… Le Collectif ÈS, né en 2011, s’empare de cette question à partir d’une approche originale : chacun des trois danseurs qui le composent creuse son sillon personnel, ses impulsions propres, et c’est à travers ce processus même que des liens se créent, se découvrent, se tissent avec les autres. 1ère mondiale est ainsi composée de trois soli d’Émilie Szikora, Sidonie Duret et Jérémy Martinez. Despacito Cette création au titre ironique se donne aussi pour but de revisiter les fondamentaux de la danse à partir de trois pistes de travail inattendues : le solo de John Travolta dans Saturday Night Fever, la célèbre pièce Messe pour le temps présent

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Les modernes et les contemporains

Panorama Danse | Deux festivals et quelques grandes figures de la danse contemporaine (Cunningham, Trisha Brown, Jiří Kylián, Hofesh Shechter) donneront le tempo d'un premier semestre chorégraphique alléchant.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 8 janvier 2019

Les modernes et les contemporains

Deux festivals... Depuis quatre ans, deux festivals de danse structurent les débuts d'année chorégraphique à Lyon. Le Moi de la Danse aux Subsistances (du 23 janvier au 10 février) invite plusieurs artistes à explorer et à rouvrir la notion d'identité à travers leurs spectacles. Pour cette quatrième édition, nous aurons la joie de retrouver Mark Tompkins avec son solo intimiste auto-fictionnel sur des tubes disco et pop, Stayin Alive ; Jan Fabre chorégraphiant le dialogue imaginaire d'un fils et de son père dans Attends, attends, attends... (pour mon père) ; et le fabuleux (fabuleux pour ses recherches de mouvements des plus singuliers et décalés, expérimentateur en diable) chorégraphe suisse Thomas Hauert qui fêtera les vingt ans de sa compagnie ZOO avec How to proceed, une pièce pour huit danseurs. À la Maison de la Danse, le festival Sens Dessus Dessous (du 4 mars au 9 avril) sondera les nouvelles tendances chorégraphiques (le gr

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Ciné-Mystère

ECRANS | Vous connaissez, bien entendu, le principe de la séance mystère ; à part le titre du film projeté, rien n’est caché au public : ni le jour (dimanche 18 (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Ciné-Mystère

Vous connaissez, bien entendu, le principe de la séance mystère ; à part le titre du film projeté, rien n’est caché au public : ni le jour (dimanche 18 novembre), ni l’heure (18h), ni le lieu (l’Aquarium Ciné-Café). On peut même vous dire que le choix de ce mois a été confié à un voisin croix-roussien, Jean Lacornerie, qui a eu carte blanche en amont de sa nouvelle création, L’Opéra de quat’sous. Vous en savez beaucoup, en fait… Ciné-Mystère À l’Aquarium Ciné-Café ​le dimanche 18 novembre à 18h

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Coup de balai

Danse | Une danseuse de Ballet (de l'Opéra de Lyon) qui passe le balai (à l'Opéra), et c'est toute une métaphore ironique que met en scène la chorégraphe Maguy Marin dans (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 16 octobre 2018

Coup de balai

Une danseuse de Ballet (de l'Opéra de Lyon) qui passe le balai (à l'Opéra), et c'est toute une métaphore ironique que met en scène la chorégraphe Maguy Marin dans Cendrillon. Ici, les rêveries de princesse et de prince, sur fond musical de Prokofiev, reviennent littéralement aux cendres de l'enfance : et c'est très logiquement que Maguy Marin revisite Cendrillon en installant sa chorégraphie dans un décor de magasin de jouets un peu poussiéreux, peuplé de "soldats de bois" (le prince par exemple), de poupées, de pantins, tous aussi maladroits qu'un enfant sans formation se lançant dans un pas de deux. Cette pièce créée en 1985 (et fruit d'une commande de l'Opéra de Lyon), bourrée de grotesque grinçant et d'une critique à peine voilée de la société de consommation, est paradoxalement devenue un tube de la danse contemporaine ! Et ne cesse, de saison en saison, d'être reprise au programme du Ballet de l'Opéra... au grand dam sans doute de ses danseurs étriqués et étouffés dans de pesants costumes. Pour celles et ceux qui ne l'aura

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Pockemon Crew à la Bourse du Travail

Danse | La compagnie de danse hip-hop Pockemon Crew, née sur le parvis de l'Opéra de Lyon, devenue success story internationale, fait son retour en ville, (...)

Sébastien Broquet | Lundi 24 septembre 2018

Pockemon Crew à la Bourse du Travail

La compagnie de danse hip-hop Pockemon Crew, née sur le parvis de l'Opéra de Lyon, devenue success story internationale, fait son retour en ville, cette fois pour deux dates à la Bourse du Travail, les vendredi 28 et samedi 29 septembre : plusieurs générations de danseurs se retrouvent pour un show technique et parfois humoristique, avec des invités pour un spectacle inédit.

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"Ligne de Crête" : la colère étouffante de Maguy Marin

Biennale de la Danse | Bam ! Maguy Marin nous donne une grosse claque au TNP. Mais pour nous réveiller ou pour nous assommer ?

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 13 septembre 2018

Imaginez un remake contemporain des Temps modernes de Chaplin tourné par Michael Haneke, et vous obtiendrez, peu ou prou, la nouvelle création de Maguy Marin présentée à la Biennale de la Danse. Soit (comme chez Haneke) un véritable piège à spectateur où, sous les coups de butoir du son très amplifié d'une photocopieuse, six interprètes cheminent mécaniquement sur un plateau représentant un open space. Chacun vient, en entrées et sorties de scène répétitives, déposer dans son propre bureau quelques objets. Des objets d'abord raccords avec la situation (des stylos, un encas pour la pause déjeuner, une lampe...), puis des objets de plus en plus incongrus (vêtements, paire de skis, puzzle, perruques...). Et cela continue ainsi, pendant une heure, jusqu'à saturation et au syndrome de Diogène (maladie de l'entassement), sans interruption ni changement, si ce n'est quelques bugs furtifs des danseurs sur leurs trajets, ou quelques spasmes préfigurant un burn out. Leçon d

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Les créations de la saison fait maison par les directeurs

Théâtre | Focus sur les créations ou reprises concoctées par les directeurs et directrices des théâtres de la métropole, de Claudia Stavisky à Louise Vignaud.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

Les créations de la saison fait maison par les directeurs

Si Joris Mathieu passe son tour après des années foisonnantes (reprise de son très dark Frères sorcières et tournée d'Artefact et Hikikomori, souvent à l'étranger), c'est Christian Schiaretti qui sera le directeur de structure le plus prolifique. Initialement en poste jusqu'au 31 décembre 2019, il sera finira en fait son contrat fin de saion 2019-20 et coordonnera bien le centenaire du TNP en 2020. Dans les prochains mois, il sera omniprésent : outre la reprise de La Leçon (mai) et la création de La Voix humaine avec la magnétique Sylvia Bergé-de-la-Comédie-Française (octobre), il s'attelle à deux mastodontes : Victor ou les enfants au pouvoir de Roger Vitrac (mars), fable cruelle dont Antonin Artaud fut le premier "montreur" et L'Échange de Paul Claudel (décembre). Au vu de l'explication de texte qu'en a faite Schiaretti lui-même lors des Langagières (festival réitéré en mai), il est sûr que sa lecture en sera acérée, infiniment réfléchie tant la diction et les césures qu'il en a alors proposées étaient soupesées « Il faut respecter le vers clau

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Le Maxine's monte le son et se lance dans les concerts

Rock | Deux ans après son inauguration en septembre 2016, le Maxine's sis au 22 rue Pouteau (en lieu et place de feu le Phoebus) dans le 1er arrondissement (...)

Stéphane Duchêne | Samedi 1 septembre 2018

Le Maxine's monte le son et se lance dans les concerts

Deux ans après son inauguration en septembre 2016, le Maxine's sis au 22 rue Pouteau (en lieu et place de feu le Phoebus) dans le 1er arrondissement entame cette année une nouvelle activité déjà fort prisée par les bars des Pentes et consacrée le 1er septembre : la programmation de concerts. Se contentant jusqu'ici de "soirées" en tous genres (pastis pong, apéro beauf, chi-fu-mi parties, on en passe), le Maxine's dit 2.0 se mue désormais en salle de concerts et accueillera régulièrement de fières déflagrations rock. Après que les Lyonnais punks de Beaten Brats essuient les plâtres et sabrent la binouse ce samedi 1er septembre donc, c'est le groupe Off the Yard, maison lui aussi mais plus orienté folk (un folk certes résolument abrasif), qui poursuivra ensuite (samedi 8 septembre) une programmation promise à alterner, sous le sceau de l'underground et le plus souvent du punk, régionaux de l'étape (Deep Merries, Alexy Golonka) et

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Peeping Tom et Maguy Marin ouvrent la Biennale

Biennale de la Danse | La Biennale de la Danse débute, mardi prochain, avec deux chocs chorégraphiques : Maguy Marin et Peeping Tom.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 3 septembre 2018

Peeping Tom et Maguy Marin ouvrent la Biennale

« La danse, et par conséquent le théâtre, n'ont pas encore commencé à exister » écrivait en 1948 Antonin Artaud dans le Théâtre de la cruauté. Cette phrase pourrait nous servir de grigri avant de se lancer dans une nouvelle Biennale de la Danse, avec l'espoir, à chaque édition, d'y être bouleversé, chamboulé dans ses repères artistiques, désorienté... Le cru 2018 s'annonce sous les meilleurs auspices, et, surtout, commence fortissimo avec une nouvelle création de Maguy Marin (Ligne de crête), et la venue à Lyon du collectif bruxellois Peeping Tom pour transmettre au Ballet de l'Opéra l'une de ses pièces phares, 32 rue Vanderbranken (rebaptisée 31 rue Vanderbranken pour l'occasion). On connaissait les affinités de Peeping Tom avec le cinéma en général, et celui de David Lynch en particulier, mais cette pièce-ci est inspirée de Kurosawa et de La Ballade de Narayama, où une vieille dame est contrainte de s'isoler dans une montagne. L'exploration de l'intime (par dix-neuf interp

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Une Biennale tonique avec Maguy Marin et Peeping Tom

Biennale de la Danse | La programmation de la prochaine Biennale de la Danse a été dévoilée cette semaine, et réunit, a priori, tous les ingrédients d'une édition réussie : risquée, créative, pluridisciplinaire.

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 10 juin 2018

Une Biennale tonique avec Maguy Marin et Peeping Tom

À deux exceptions japonaises près, la Biennale de la Danse 2018 est une Biennale européenne. Elle s'annonce donc moins exotique qu'à l'accoutumée, mais plus exigeante artistiquement, et plus aventureuse dans ses formes d'expression... L'un des fils rouges de cette édition est celui des liens entre la danse et les images, images issues des nouvelles technologies notamment. Ce fil rouge ira, par exemple, de l'utilisation par Merce Cunningham (1919-2009) du logiciel informatique DanceForms (mouvements et enchaînements générés par ordinateur) pour sa pièce Biped, à des créations s'étayant sur la réalité virtuelle par le chorégraphe suisse Gilles Jobin ou par le poète circassien Yoann Bourgeois (artiste très présent dans cette Biennale avec trois spectacles). 27 créations et premières Parmi les 42 spectacles programmés en salles, on compte 27 créations et premières françaises qui constituent le cœur de cette Biennale et, bien souvent, celui de nos attentes... Maguy Marin cré

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La force politique de la danse de Maguy Marin

Sens Dessus Dessous | Immense danseuse et chorégraphe multi-primée, cette enfant d’exilés du franquisme n'a de cesse de mettre son art au service de la résistance à la violence du monde. Via sa dernière création Deux mille dix sept et la transmission d'une de ses œuvres phare à de jeunes artistes, May B, Maguy Marin est très présente dans les prochaines semaines. Et c'est une chance.

Nadja Pobel | Mardi 20 février 2018

La force politique de la danse de Maguy Marin

Qu'est-ce qui vous pousse à vous remettre au travail et faire une nouvelle création comme Deux mille dix sept, dont la première a eu lieu en octobre à Vandœuvre-les-Nancy ? Maguy Marin : L'état social est assez catastrophique, de plus en plus de gens tentent de survivre, prennent des bateaux pour vivre. Cette situation n'arrête pas de cogner. Et quand je me suis remise au travail, je me suis dit qu'il fallait essayer de se donner du courage. Mon principal objectif est de renvoyer cette violence puisque on a l'impression qu'on est comme abasourdi, assez impuissants devant ce qui se passe, il n'y a pas de mobilisation suffisante. Des gens se battent bien sûr par groupes, associations, il y a parfois des manifs mais au fond on devrait tous se lever et agir. La danse, c'est votre façon de vous lever ? Oui mais c'est bien insuffisant. C'est mon territoire de travail disons ; c'est l'axe que je suis donc c'est à partir de là que j'essaye d'agir. Vous avez beaucoup lu pour créer ce spectacle, le travail a été long, depuis décembre 2016. Vous avez

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Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 3 octobre 2017

Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches

06.10.17 LE PETIT SALON ELEKT'RHÔNE Neuvième édition déjà du festival Elekt'Rhône, qui se scinde en deux partys : un day en plein air au Parc Blandan (de 15h à 21h30) le samedi 7 conviant Bashed Groove et Art Feast, et une nuit au Petit Salon le vendredi soir avec l'une des valeurs sûres de la house de Détroit, Rick Wade, pas le plus connu mais pas le moins pertinent de sa ville, et le toujours très raffiné Fort Romeau. Deep. 06.10.17 BELLONA CLUB CABANNE & LOWRIS La paire Cabanne (Telegraph, Minibar) et Lowris (Æternum Music) s'aventure au Bellona sous son alias commun K.O.D. : toujours une joie d'accueillir les résidents de la péniche la plus courue de Paname ces dernières années, la fameuse Concrete, pour un back2back au long cours comme tous deux en ont le secret, parfumé de techno minimale et hypnotique. Mental.

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Les mères de Peeping Tom

Danse | « Moeder ne parle pas d’une mère, mais de plusieurs mères. On parle de la maternité, de l’absence, du manque. La pièce fouille dans la mémoire et (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 12 septembre 2017

Les mères de Peeping Tom

« Moeder ne parle pas d’une mère, mais de plusieurs mères. On parle de la maternité, de l’absence, du manque. La pièce fouille dans la mémoire et dans le subconscient pour mettre à jour ce que la mère porte comme désirs, peurs, souffrances ou violence » explique Gabriela Carrizo, dont ce sera la troisième visite à Lyon avec sa compagnie Peeping Tom, qu'elle a fondée à Bruxelles en 2000 avec son complice Franck Chartier, dans la foulée de Caravana, une première pièce commune créée l'année précédente. Dans le dossier de présentation de cette œuvre créée en 2016 et présentée à la Maison de la Danse, elle explique : « je voulais un décor qui puisse représenter plusieurs espaces, à l’image de la multiplicité des mères. L’action se déroule dans un musée, mais qui peut aussi être vu comme un lieu d’exposition privé, où seraient exposés des tableaux et des photos de famille. » Elle est née en 1970 en Argentine et, après une formation en danse contemporaine, a émigré en

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Les immanquables de la saison danse

Sélection | Cinq spectacles pour lesquels la réservation se fait sans hésitation.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 5 septembre 2017

Les immanquables de la saison danse

Le lynchien : Moeder de Peeping Tom Après Vader ("le père"), la surprenante compagnie flamande Peeping Tom présente Moeder, deuxième volet de la trilogie Père-mère-enfant. Cette nouvelle pièce, toujours très inspirée par l'esthétique cinématographique et le vacillement entre rêve et réalité de David Lynch, nous entraînera dans des lieux aussi différents qu’un service de maternité, un salon funéraire, un musée ou un studio d’enregistrement ! À la Maison de la Danse les 13 et 14 septembre L'associé : East Shadow de Jiří Kylián Le grand chorégraphe tchèque, Jiří Kylián (artiste associé au Ballet de l'Opéra) présente aux Subsistances un duo récent, créé en hommage aux victimes japonaises du tremblement de terre de 2011. Autour d'une table, à l'aube de la vieillesse, deux interprètes tentent de parer au désastre (intime et extime) sur des airs de Schubert et un texte lu de Samuel Beckett (Neither)... Aux Subsistances ​du 27 au 29 septembre Le populaire :

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Nous sommes des rigolos

Ramdam | En 2006, Ha ! Ha ! se découvrait comme un nouvel et très dérangeant ovni dans le parcours déjà si atypique de Maguy Marin. Devant des pupitres de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 février 2017

Nous sommes des rigolos

En 2006, Ha ! Ha ! se découvrait comme un nouvel et très dérangeant ovni dans le parcours déjà si atypique de Maguy Marin. Devant des pupitres de musiciens, sept danseurs assis et vêtus de costumes idoines entonnaient des partitions ininterrompues de blagues pourries, de mots d'humour stéréotypé, entrecoupés de grands éclats de rire... À proximité, dans l'obscurité et la plus grande indifférence, des mannequins de spectateurs à l'échelle 1 s'effondraient à intervalles réguliers. Dix ans plus tard, la chorégraphe reprend cette pièce en se concentrant sur le dispositif des danseurs et en le plaçant face au public, tel un oratorio représentant une soirée entre amis, un repas trop arrosé, un lâchage dans l'intimité de l'entre-nous... Et par là, Maguy Marin fait entendre dans les mots, comme dans la prosodie et le souffle des voix, dans les corps convulsés et secoués de rires, ce que Michel Foucault a appelé : « l'ordre du discours ». Soit tout cet impensé (cette pensée « toute faite

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Le soliloque vire au polar

Théâtre de la Croix-Rousse | Pour sa deuxième création de la saison, Jean Lacornerie change radicalement de genre et confie à Elizabeth Macocco le soin délicat d'incarner une vieille femme vigoureuse. Réjouissante petite forme.

Nadja Pobel | Mardi 14 février 2017

Le soliloque vire au polar

On l'avait laissé en novembre avec un Opéra de quat'sous pimpant et peuplé de marionnettes, revoici Jean Lacornerie dans un autre endroit du théâtre qu'il dirige depuis 2010, le studio, très peu usité ces dernières années. Entre deux murs, il y fait déambuler Faila, 93 ans, en proie à un agresseur qu'elle est parvenue à berner en l'enfermant dans une pièce de son appartement. Il va geindre, baragouiner sans que jamais ne nous parviennent directement ses mots. Écrit par l'auteur argentin contemporain Federico Jeanmaire, ce texte qui n'avait rien de théâtral se révèle être une formidable matière à jeu, tant ce soliloque vire au polar. Qui est derrière cette porte en train de s'acharner sur la poignée ? Quel âge a-t-il ? Quels sont ses liens avec la victime ? Peu à peu, se dévoile une histoire qui reflète tout autant la réalité de la lutte des classes sociales (il est pauvre, elle est bourgeoise) que la psychologie d'une femme rapidement devenue orpheline après que sa mère, entichée d'un pilo

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Michel Granger : « Pour Oxygène, Jarre a été gonflé de prendre un dessin écolo »

L'homme derrière les pochettes | Le peintre et illustrateur Michel Granger est indissociable de l’univers de Jean Michel Jarre : il a en effet signé les plus fameuses pochettes du compositeur depuis l’album fondateur Oxygène (1976). Histoire d’une rencontre et d’une amitié…

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Michel Granger : « Pour Oxygène, Jarre a été gonflé de prendre un dessin écolo »

C’est votre aquarelle Oxygène qui a donné son nom à l’album de Jarre. Elle préexistait donc à sa musique ? Michel Granger : Oui, elle avait été publiée dans le journal Pilote en 1972. Je l’ai ensuite présentée à la galerie Marquet, rue Bonaparte à Paris, où j’exposais en compagnie d’un groupe de dessinateurs : André François, Topor, Folon… C’est là que son épouse de l’époque, Charlotte Rampling, a acheté l’original pour lui offrir. Peu après, la dame de la galerie m’a dit que quelqu’un voulait me voir : c’était Jean Michel. Le 15 septembre 1976 à 17 heures — mon calepin est formel (sourire) — nous nous sommes rencontrés pour un projet de couverture de disque. J’ai dû refaire le fond de cette aquarelle qui était en 21x29, 7 pour l’adapter au format carré de la pochette… et depuis 40 ans, Jean Michel l’utilise. Auriez-vous spontanément associé votre travail à son univers ? Je n’aurais jamais fait un truc comme ça pour un album de musique — je n’y aurais même pas pensé ! Jean Michel a été gonflé, quand même ! Une tête de mort, à l’époque… C’était les débuts de l’écologie ;

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Grandes fugues : un trio pour un quatuor

Opéra de Lyon | Superbe affiche pour le Ballet de l'Opéra de Lyon qui interprète les trois Grandes Fugues de Maguy Marin, d'Anne Teresa de Keersmaeker et de Lucinda Childs. Cette dernière étant venue tout spécialement à Lyon pour y créer sa pièce.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 novembre 2016

Grandes fugues : un trio pour un quatuor

Maguy Marin, Anne Teresa de Keersmaeker, et maintenant Lucinda Childs... que de succès féminins pour Ludwig Beethoven et sa Grande Fugue, l'une de ses dernières pièces musicales, composée entre 1824 et 1825 ! Les trois grandes dames de la danse ont, chacune dans leurs univers dissemblables, été fascinées par ce quatuor à cordes, controversé à l'époque de sa création et aujourd'hui considéré comme le sommet de l’œuvre de Beethoven. Il y entremêle la puissance d'expression dramatique qu'on lui connaît à une forme de composition des plus complexes : une savante combinaison de sonate, de fugue et de variation, ainsi qu'une structure contrapuntique. Inventant sa danse au plus proche des partitions musicales qu'elle entreprend de travailler, on imagine alors la jubilation d'Anne Teresa de Keersmaeker devant un t

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L'Opéra de quat'sous : misère en lumières

SCENES | Avec des musiciens intégrés au jeu, un décor non-naturaliste, des marionnettes à taille humaine, Jean Lacornerie signe un Opéra de quat'sous très homogène, plein d'allégresse et de liberté.

Nadja Pobel | Mardi 8 novembre 2016

L'Opéra de quat'sous : misère en lumières

Postulat de départ : remonter aux origines de cette œuvre écrite en six mois à peine par Kurt Weill et Bertolt Brecht en 1928. Ainsi, une traduction a été commandée à René Fix pour s'éloigner de tous les remaniements que le dramaturge berlinois a rajouté au fil des décennies et les chansons sont interprétées en allemand. Les mots sont crus et raccords avec l'énergie noire que développent les chefs de pègre : le criminel Macheath et son rival Peachum. Polly, la fille de ce dernier tombée dans les bras du premier s'en trouve même surnommée la « pute à gangster » et quand il s'agit de qualifier cette période trouble, elle est « pourrie. » Tout ce qui aurait pu entraver le rythme ou la compréhension a été gommé. Et loin d'appauvrir la pièce, cette propension à aller vite la sert. À commencer par la rapidité de jeu de Vincent Heden qui virevolte sur les tables de l'écurie (qui ressemble plus, et fort à propos, à un atelier d'usine) et entre les piles de cartons. C'est lui qui donne le la. Et ses a

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La saison danse 2016-2017 en un clin d'oeil

La Saison de la Danse | Même si les jeunes chorégraphes ont encore du mal à se faire une place à l'ombre de leurs aînés, la saison danse 2016-2017 s'annonce ouverte, riche et diverse. La fraîcheur des idées n'y sera pas forcément fonction de l'âge du capitaine...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 6 septembre 2016

La saison danse 2016-2017 en un clin d'oeil

Directrice de la Maison de la Danse et de la Biennale de la Danse, Dominique Hervieu répète à l'envi et avec courage en ces temps de budgets culturels en berne, sa volonté d'accompagner et de stimuler la création chorégraphique. Un nouveau lieu est en cours d'élaboration et de réfection dans l'enceinte de l'ancien Musée Guimet... Reste qu'en jetant un regard rapide sur sa programmation et sur celles de ses confrères, on ne peut s'empêcher d'avoir un sentiment de déjà vu, voire de réchauffé. C'est par exemple "l'archipel" de la Maison de la Danse consacré à Angelin Preljocaj, qui depuis plusieurs années se consacre davantage à l'esthétisme clinquant qu'à l'innovation. C'est la compagnie japonaise Sankai Juku qui viendra fêter ses quarante d'ans d'existence à la Maison de la Danse, alors qu'elle n'est plus que l'ombre de l'ombre d'elle-même, et plombe ce genre fascinant qu'est le

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Théâtre made in Lyon : Tour d'horizon des créations maison

De Stavisky à Lacornerie | Inchangés depuis des lustres pour la plupart, les directeurs des grandes scènes de Lyon creusent scrupuleusement leur sillon, en montant des textes attendus.

Nadja Pobel | Mardi 6 septembre 2016

Théâtre made in Lyon : Tour d'horizon des créations maison

Incroyable ! Christian Schiaretti aura l'honneur d'imaginer le centenaire du TNP en 2020 : en poste depuis 2002, il a été reconduit à la tête de l'établissement jusqu'à fin 2019 ; son contrat arrivait à échéance en décembre. En cette rentrée, il revient, après un Bettencourt Boulevard bancal, à l'auteur qu'il a le mieux transposé à la scène depuis son arrivée : Aimé Césaire. Il reprend Une saison au Congo (du 2 au 10 décembre), créé en 2013 puis signera La Tragédie du roi Christophe (du 19 janvier au 12 février). Dans la première, il avait su organiser clairement la conquête de l'indépendance de ce pays et la chute de son héros pacifiste Lumumba grâce à une alchimie entre sa troupe habituelle du TNP et des comédiens du collectif burkinab

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Hofesh Shechter pour un final en beauté

Maison de la Danse | La Maison de la Danse termine sa saison en beauté et tout en exubérance avec la dernière pièce d'Hofesh Shechter, Barbarians, pour huit danseurs (du 7 au 11 (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 1 juin 2016

Hofesh Shechter pour un final en beauté

La Maison de la Danse termine sa saison en beauté et tout en exubérance avec la dernière pièce d'Hofesh Shechter, Barbarians, pour huit danseurs (du 7 au 11 juin). Comme à son habitude, le chorégraphe y signe à la fois une musique furieuse et percussive, et une danse toujours en insurrection contre toutes sortes de pouvoirs, explosive et hyper impressionnante visuellement. Avec, ô surprise, un petit détour aussi vers la musique baroque et les Concerts Royaux de François Couperin.

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Un Lion d'or pour Maguy Marin

SCENES | La Biennale de Venise (structure qui regroupe tout à la fois les biennales d'art contemporain, d'architecture, de cinéma, de danse, de musique) a (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 29 avril 2016

Un Lion d'or pour Maguy Marin

La Biennale de Venise (structure qui regroupe tout à la fois les biennales d'art contemporain, d'architecture, de cinéma, de danse, de musique) a décerné un Lion d'or à la chorégraphe lyonnaise Maguy Marin pour « ses recherches sur le corps et l'espace » révélant « la complexité de l'homme contemporain. » À ses côtés, a été aussi récompensé le compositeur de musique italien Salvatore Sciarrino. Deux très très grands artistes !

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Peeping Tom : la danse des âmes fêlées

SCENES | Vader de l'étonnante compagnie Peeping Tom ouvre la nouvelle édition du Festival Sens Dessus Dessous, consacré aux formes chorégraphiques singulières et aux chorégraphes émergents.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 mars 2016

Peeping Tom : la danse des âmes fêlées

Quand l'âme humaine est malade ou fêlée, pour en faire le diagnostic comme pour tenter de la soigner, il est bon de la laisser s'exprimer à travers tous ses modes d'expression possibles, semble nous dire la compagnie franco-belge Peeping Tom. Concomitamment, ou successivement : par l'image (théâtrale, cinématographique ou encore surréaliste), par la parole dramatique, le chant et la musique, le mouvement et la danse. Vader (premier volet d'une trilogie sur la famille : Père-Mère-Enfants) nous plonge dans la grande salle des pas perdus d'une maison de retraite. Un espace à priori peu glamour que Peeping Tom met en scène comme une sorte de purgatoire, de limbes Lynchiennes, entre la vie et la mort, la fête et le désespoir. Un fils y traîne littéralement, en début de spectacle, son vieux père qui deviendra dans ces lieux une figure de "patriarche" : tour à tour mythique, moqué, divin, ridicule... Entre rêve et réalité Est-il un être d'exception ou un être délirant ? « La pièce joue sur ce fossé grandissant entre la perception et la réalité dans le corps en déclin et le cerveau sénile. Le temps semble rale

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Maguy Marin : la vie, une farandole

SCENES | Dans sa dernière pièce Bit, la chorégraphe Maguy Marin tisse une frêle farandole sur le fumier de l'histoire et parmi un univers sonore techno. Une ronde de nuit, aussi brève et poignante que la vie d'un groupe et celle d'un individu.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 2 mars 2016

Maguy Marin : la vie, une farandole

Sur une scène plongée dans la pénombre, il pleut des drones assourdissants, des bourdons martèlent leurs masses électroniques en fusion sur le tambour de nos tympans. Un véritable enfer techno au beau milieu duquel, incongrus, six danseurs entament une farandole au milieu de (ou sur) six plans inclinés. Un pas sur le côté, deux pas en avant, main dans la main, les danseurs filent ensemble leur petite joie de vivre collective alors qu'autour d'eux, les rasoirs d'acier de la musique découpent l’espace et le temps en lamelles acérées. Il y a "bit" et "bit" semble vouloir dire Maguy Marin à travers ce contraste, rythme et rythme. Si important pour la chorégraphe, ce n'est pas le tempo ou la cadence répétitive du mouvement, mais le cœur rythmique de chaque individu, comme de chaque collectif. La musique qui bat entre nous Maguy Marin entremêle les cadences infernales de la techno avec les rythmes d'une farandole, petite frise humaine se découpant sur le plateau, s'égayant en gestes presque enfantins, montant et descendant les pentes de la vie et du monde... « La seule question qui vaille au fond, déclare la chorégraphe, c'est : comment pro

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À Dijon, c'est Théâtre en Mai

SCENES | À l’honneur chez nous (Maison de la Danse, Ramdam), Maguy Marin sera aussi la marraine de la manifestation Théâtre en Mai qui se tiendra à (...)

Nadja Pobel | Mercredi 24 février 2016

À Dijon, c'est Théâtre en Mai

À l’honneur chez nous (Maison de la Danse, Ramdam), Maguy Marin sera aussi la marraine de la manifestation Théâtre en Mai qui se tiendra à Dijon du 20 au 29 mai et permettra de découvrir de nouveaux talents comme Mathieu Cruciani, Maëlle Poésy et Julie Duclos. La chorégraphe partagera son expérience avec cette jeune garde prometteuse.

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Maguy Marin : L'archéologue du présent

SCENES | Lignes tendues de nappes de guitare en continu, souffle lourd faisant onduler sur scène une cinquantaine de miroirs qui reflètent l'image du public, entrées (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 2 février 2016

Maguy Marin : L'archéologue du présent

Lignes tendues de nappes de guitare en continu, souffle lourd faisant onduler sur scène une cinquantaine de miroirs qui reflètent l'image du public, entrées et sorties incessantes de neuf interprètes venus un bref instant exécuter un geste de la vie quotidienne... Marcher, se vêtir, s'embrasser, fumer une clope, s'engueuler avec sa moitié, manger une pomme, déplacer une plante d'appartement, jeter un détritus... En archéologue des temps présents, la chorégraphe Maguy Marin fouille le sol de nos vies triviales pour en extraire le suc à la fois banal, poignant et répétitif. Elle enveloppe le tout d'une tension d'une intensité folle, dans une mise en scène millimétrée au timing cut époustouflant. « Dans cette pièce, déclarait-elle au moment de la création, il est question tout simplement de savoir comment un corps affecte ou est affecté par d'autres corps. Et de décliner les variations possibles à partir du corps et de ses capacités, communes à tous ». Créée en 2004, Umwelt signifie en allemand "monde environnant" et le titre de la pièce est emprunté aux écrits de l'éthologue Jacob von Uexküll. Ici, il est donc bien question d

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Rentrée danse 2016 : on the beat

SCENES | Après un bel automne, la saison danse accélère encore le rythme en 2016 et s'ouvre avec le nouveau festival des Subsistances, Le Moi de la Danse, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée danse 2016 : on the beat

Après un bel automne, la saison danse accélère encore le rythme en 2016 et s'ouvre avec le nouveau festival des Subsistances, Le Moi de la Danse, du 14 janvier au 7 février. L'événement questionnera la notion d'identité à travers les œuvres de jeunes chorégraphes : le Lyonnais Alexandre Roccoli, le Portugais Marco Da Silva Ferreira, les inclassables Cecilia Bengolea & François Chaignaud... Maguy Marin viendra aussi y donner une conférence avant de reprendre à Lyon plusieurs de ses pièces : son chef-d'oeuvre May B autour de l'univers de Beckett (du 29 février au 2 mars à la Maison de la Danse), Umwelt (du 3 au 6 février à Ramdam), l'intrigant Singspiele (au TNP du 16 au 24 mars) et sa dernière grande création Bit (au Toboggan les 4 et 5 mars). Du côté des festivals "habituels", on retrouvera Sens Dessus Dessous à la Maison de la Danse du 15 au 19 mars avec une multitude de chorégraphes émergents et une compagnie phare (les Franco-Belges de Peeping Tom qui, avec Vader, nous plongent dans l'ambiance mi-réelle mi-onirique d'une maison de retraite) ; Chaos Danse, consacré à la je

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"Pan-Pot", c’est de la balle !

SCENES | Une pianiste, trois jongleurs et des balles blanches en grand nombre : une équation de départ on ne peut plus simple et un brin éculée pour un spectacle (...)

Aurélien Martinez | Mardi 13 octobre 2015

Une pianiste, trois jongleurs et des balles blanches en grand nombre : une équation de départ on ne peut plus simple et un brin éculée pour un spectacle contemporain. Sauf que Le Petit Travers (collectif lyonnais d’auteurs, jongleurs, danseurs, musiciens et comédiens venus d’horizons divers) transcende ce postulat initial, y adjoignant de la poésie et du burlesque, pour un résultat inattendu et surprenant où le plaisir des sens est roi et l’imaginaire fait office de foi. Dans une scénographie épurée savamment étudiée (très belle création lumière), Nicolas Mathis, Julien Clément et Denis Fargeton, tout de noir vêtus, donnent à ce point vie à leurs balles qu'elles deviennent les véritables interprètes du spectacle : elles dansent les unes avec les autres, glissant contre un corps, s’entrechoquant ici et là, bondissant sauvagement, chutant soudainement, s’évaporant en un clin d’œil. Une chorégraphie de l’aléatoire en somme, même si l’ensemble apparaît solidement maîtrisé. Et c’est bien ce qui séduit dans ce Pan-pot ou modérément chantant créé en 2009 : cette constructi

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Saison danse 2015/2016 : morceaux choisis

SCENES | Roland Petit, Merce Cunningham, Saburo Teshigawara, Maguy Marin, Alain Platel... La nouvelle saison danse s'annonce riche en têtes d'affiche. elle réserve aussi bien des projets singuliers et enthousiasmants, comme celui, collectif et ambitieux, de Florence Girardon sur "La Passion selon Saint-Matthieu" de Bach...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 septembre 2015

Saison danse 2015/2016 : morceaux choisis

Landscape / Coup Fatal Le Japonais Saburo Teshigawara danse autant avec la musique qu'avec la lumière, développant une gestuelle singulière, tour à tour poétique ou tranchante et précise comme une lame. Il revient cette saison à Lyon avec une pièce récente, Landscape (2014), un duo sous forme de quasi-improvisation avec la danseuse Rihoko Sato, sur des musiques de Bach (Variations Goldberg) et de John Cage (In a Landscape) interpré- tées sur scène au piano par le touche-à-tout Francesco Tristano – il s'est notamment produit aux côtés du pionnier techno Carl Craig et de l'Orchestre des Siècles à la Villette. Les 22 et 23 septembre à la Maison de la danse Qu'il nous déçoive ou qu'il nous enthousiasme, Alain Platel présente depuis plusieurs décennies des pièces sombres, souvent aux bords de la folie. Coup fatal, crée en 2014 pour le Festival d'Avignon, est un étonnant volte-face du chorégraphe belge qui, sur des musiques baroques se mêlant à des rythmes africains (jouées live par un orchestre d'une quinzaine de musiciens) et avec le concours d'énergiques danseurs congola

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«Montrer qu'il reste de l'espoir» - Interview d'Abou Lagraa

SCENES | À la Maison de la danse, Abou Lagraa s’inspire pour sa nouvelle création du fragment le moins religieux du plus pieux des livres, et le fait entrer en vibration avec le temps contemporain. Un sacré défi.

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2015

«Montrer qu'il reste de l'espoir» - Interview d'Abou Lagraa

Vous ouvrez votre résidence et la saison de la Maison de la Danse avec Le Cantique des Cantiques, une création sous le signe du double — plus dans le sens de "conjugaison"» que de "dualité"… Abou Lagraa : C’est vrai. D’autant que je suis en co-création avec Mikaël Serre. C’est d’ailleurs la première fois que je travaille avec un metteur en scène : je ne pouvais pas ne pas travailler avec des comédiens et un metteur en scène autour d’un si beau poème, vieux de 2300 ans. On est dans une union parfaite sur scène : une danse de sensualité, de fluidité — très esthétique parce que j’aime cela — et des comédiens, tous ensemble autour d’un fabuleux texte métaphorique. Car si l’on regarde derrière Le Cantique…, il est question de liberté, de féminité, de l’homme qui a peur de la femme, de l’amour, du couple… Nous avons poussé un peu plus loin en parlant de l’amour en général, pour construire quelque chose d’accessible, de non élitiste. Ce texte est une parade amoureuse et rythmée, qui porte en lui des mouvements. Était-il évident de déduire des phrases chorégraphiques de ses phrases poétiques ?

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Les reprises de 2015/2016

SCENES | Si vous les avez raté, un rattrapage s’impose. D'abord Bigre! (Croix-Rousse, 29 septembre au 3 octobre), hilarante comédie sans (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Les reprises de 2015/2016

Si vous les avez raté, un rattrapage s’impose. D'abord Bigre! (Croix-Rousse, 29 septembre au 3 octobre), hilarante comédie sans paroles sur l’ultra moderne solitude. Au même endroit Jean Lacornerie reprend ce qui est (avec Roméo et Juliette) sa comédie musicale la plus aboutie, Mesdames de la Halle (11 au 28 décembre). De son côté, au milieu d’une saison presque entièrement dédiée au langage, le TNP fait place aux délicats balbutiements de En courant, dormez par Olivier Maurin (6 au 15 avril), alors que la Renaissance reprend la foutraque Visite de la vieille dame (23 au 2

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Les soirées du 1er au 7 juillet

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : la dernière Haste au Transbordeur, Inigo Kennedy à la Plateforme et Surgeon au Kao. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 1 juillet 2015

Les soirées du 1er au 7 juillet

03.07 Haste – This Is the End Après cinq ans d'activisme transmanche, le collectif techno Haste tire sa révérence. Mais pas n'importe comment : avec le sentiment du devoir accompli. «Il y a cinq ans, nous étions presque seuls. Aujourd'hui une vingtaine de promoteurs agitent la ville. En cela, Haste n'a plus lieu d'être» résume-t-il ainsi en préambule de son ultime soirée au Transbordeur – en extérieur, Summer Session oblige. Pour cette occasion très spéciale, il recevra de fidèles camarades de jeu franciliens (HXB de SNTWN et Oxyd de 75021), auxquels succédera PEEV, son co-fondateur. D'ici là, on dit merci.

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Festival des 7 Collines – Du 1er au 10 juillet à Saint-Étienne (42)

SCENES | Chaque été, pendant dix jours, la gravité à la surface de Saint-Étienne est équivalente à celle de la Lune. Par quel miracle ? Celui dont le Festival des 7 Collines, où prospère le cirque de demain, détient le secret depuis maintenant 21. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Festival des 7 Collines – Du 1er au 10 juillet à Saint-Étienne (42)

On se fait la remarque chaque année : 7 Collines, pour un festival se faisant fort d'accueillir des artistes qui tutoient les sommets – au sens propre, attachement au nouveau cirque oblige, mais aussi au figuré, les plus grandes compagnies du genre s'y donnant rendez-vous chaque année – c'est franchement "petit bras". 7 Montagnes, 7 Cimes ou 7 Pitons, voilà qui ferait honneur aux jongleurs flegmatiques du Gandini Juggling – associés à des danseurs du Ballet royal de Londres pour une nouvelle création qui promet de sublimer leur sens de la synchronisation. Voilà qui serait raccord avec les délicates intentions de leurs confrères villeurbannais du collectif Petit Travers – qui présenteront une courte pièce en clair-obscur. Voilà qui serait à la hauteur de la fantaisie et de la vitalité des touche-à-tout des 7 Doigts de la main – de retour de leur Canada d'origine avec Cuisines et confessions, un spectacle qui devrait en mettre plein les yeux et autant dans les narines. Mais bon, on dit ça, on ne dit rien. Du moment que cela ne vous empêche pas de faire aussi connaissance avec la jeu

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La saison 2015/2016 du Théâtre de la Croix-Rousse

ACTUS | Ludique et politique est le visuel de la nouvelle plaquette (une croix faite de craies fragilisées) du Théâtre de la Croix-Rousse. Ludique et politique (et du coup franchement excitante) sera sa saison 2015/2016. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Dimanche 31 mai 2015

La saison 2015/2016 du Théâtre de la Croix-Rousse

Des Fourberies de Scapin décapées au karcher par Laurent Brethome, le crépusculaire Mon traître d'Emmanuel Meirieu, David Bobée et son Lucrèce Borgia à (trop) grand spectacle... L'entame de la saison 2014/2015 du Théâtre de la Croix-Rousse fut l'une des plus fulgurantes qu'on ait connue depuis l'arrivée à sa direction de Jean Lacornerie. La rentrée 2015/2016 est bien partie pour soutenir la comparaison, ne serait-ce que parce qu'elle s'ouvrira sur la reprise du Bigre de Pierre Guillois, comédie muette «à voir et à revoir» (du 29 septembre au 3 octobre) selon la formule consacrée car aussi hilarante qu'ingénieuse. Suivront : une prometteuse transposition des conseils pour accéder à un trône et le conserver de Machiavel dans l'univers férocement contemporain du stage de formation par Laurent Guttmann (Le Prince, du 6 au 16 octobre) ; le retour, sous bannière Nimis Groupe, d'une partie des singuliers Belges du Raoul collectif (Le Signal du promeneur) avec Ceux que j'ai rencontrés ne

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Babel heureuse

SCENES | Á l'initiative de la Maison de la Danse, Babel 8.3 invite des habitants des 8e et 3e arrondissements à se familiariser avec les univers d'une dizaine de chorégraphes. Coup de projecteur sur un projet innovant qui cultive à la fois proximité et excellence. Valentine Martin

Valentine Martin | Mardi 26 mai 2015

Babel heureuse

Dans la mythologie biblique, la tour de Babel était une construction des hommes dont le sommet devait atteindre les cieux. Un projet jugé trop vaniteux par Dieu, qui décida alors de les punir en attribuant à chacun d'entre eux des langages différents. Ainsi les hommes se brouillèrent, avant de se disperser dans le monde. Aujourd'hui, la Maison de la danse tente une réunification, sous la forme d'un grand spectacle orchestré par sa directrice Dominique Hervieu, Babel 8.3, qui a vu 17 groupes d'habitants des 8e et 3e arrondissements apprendre un nouveau langage commun : celui du corps. Cet événement est né d'un désir : celui de mener un travail de proximité avec les habitants de quartiers dit sensibles. Des gens qui, pour certains, n'ont jamais mis les pieds dans cette institution du geste et sont en grande partie des amateurs. En tout, ce sont près de 250 volontaires qui se sont lancés dans cette aventure de longue haleine – débutée en septembre 2014, elle débouche cette semaine sur trois représentations – qui entend concilier haut niveau technique et respect de la diversité des cultures et individualités de chacun.

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XY repousse les limites de la haute voltige

SCENES | 22, rev'là les... vingt-deux acrobates de la compagnie XY et leur dernière création, "Il n'est pas encore minuit...". L'un des triomphes de la dernière Biennale de la danse, littéralement vertigineux et moins désinvolte qu'il n'y paraît. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 19 mai 2015

XY repousse les limites de la haute voltige

«Citius, Altius, Fortius.» «Plus haut, plus fort, plus vite.» C'est la devise des Jeux Olympiques, telle que la formula Pierre de Coubertin en 1894. Ce pourrait être celle de XY, compagnie lilloise versée dans l'art à hauts risques du porté acrobatique dont elle n'a de cesse de repousser les limites formelles et spatiales depuis sa fondation en 2005. Sa nouvelle création la voit franchir un nouveau palier : présentée en avant-première à la prestigieuse Biennale de la danse, où elle fut unanimement acclamée, Il n'est pas encore minuit... met en scène pas moins de vingt-deux costauds et voltigeurs. Cette force numérique est d'abord, évidemment, un facteur de multiplication. Multiplication des hauteurs – en fait de "pyramides humaines", il faudrait ici parler de "points culminants humains". Multiplication des distances – en particulier lors d'une suite de propulsions par "planches sauteuses" digne d'un jeu de plates-formes. Mais aussi multiplication des possibilités d'interaction, le spectacle s'équilibrant entre ascensions synchronisées et cabrioles faussement désordonnées, délicates mises en péril en petit comité et crises de hardies

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Victor Bosch revient à la comédie musicale

ACTUS | Le directeur du Radiant-Bellevue convie Jean Lacornerie au générique de son futur spectacle "Forever Young". Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 4 mai 2015

Victor Bosch revient à la comédie musicale

Déjà producteur de Kirikou et Karaba, du Petit Prince et, surtout, de la success story Notre-Dame de Paris, Victor Bosch reprend du service dans l'univers des comédies musicales. Du 15 octobre au 30 janvier, il présentera sur la scène parisienne de Bobino Forever Young, non sans l'avoir rôdé début octobre au Radiant-Bellevue, à Caluire, qu'il dirige depuis 2012. Forever Young a été créée à Hambourg il y a trois ans et a déjà rencontré un vif succès en Allemagne et en Espagne. La version française qu'il présentera n'aura toutefois, dit-il, "rien à voir avec ce qui a été fait". Ainsi, s'il est question dans les déclinaisons étrangères de six retraités qui, en 2060, se souviennent de leur jeunesse et des tubes qui l'ont rythmée (Bee Gees, Madonna, Daft Punk...), avec ce que cela suppose de gags gériatriques et de démarches branlantes, ici, les comédiens interprèteront des trentenaires projetés dans le futur. Pour mener à bien ce spectacle, Victor Bosch a fait appel à Jean Lacornerie. Le directeur et metteur en scène du Théâtre de la Croix-Rousse, qui a toujours allié théâtre et musique (et s'est récemment

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Maguy Marin refait du Ramdam

SCENES | La compagnie Maguy Marin, le lieu expérimental Ramdam : deux aventures artistiques qui n'en finissent pas de se réinventer et qui, aujourd'hui, s'allient l'une et l'autre pour un nouveau projet atypique nommé "Ramdam, un centre d'art". La reprise du chef-d’œuvre de Maguy Marin "May B" en sera le premier temps fort. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 avril 2015

Maguy Marin refait du Ramdam

La pièce de Samuel Beckett Fin de Partie s'ouvre paradoxalement sur ces mots : «Fini, c'est fini, ça va finir, ça va peut-être finir.» La fin, chez l'écrivain irlandais, s'avère être toujours incertaine, improbable ou inatteignable, ouverte en tout cas à d'autres horizons, d'autres fins (au sens de buts) possibles. Ces mots émanent parfois des visages crayeux des danseurs de May B. Ils sont articulés entre deux murmures, entre deux gloussements, entre deux déplacements boiteux, poussifs, cabossés... Créée en 1981, la pièce de Maguy Marin embrasse en une heure et demi l'univers de Beckett. Elle est aussi un condensé de la condition humaine, à travers dix individus largués dans le vide, la poussière et une désespérance teintée d'humour. Dix membres d'un groupe incertain qui tour à tour se referme sur lui-même, tangue, se disloque, puis se rabiboche «tant mal que pis encore.» Depuis plus de trente ans, les gestes infimes, intimes et heurtés de ces dix personnages en quête d'eux-mêmes et d'autrui, bouleversent les spectateurs du monde entier, de tournée en tournée. Imagination morte, imaginez Symboliqueme

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