Let's folk !

Stéphane Duchêne | Vendredi 25 janvier 2013

Où qu'il puise ses origines éparpillées, le folk aura toujours été une affaire de transmission. C'est bien là l'esprit de la double rencontre organisée à la Maison du Livre, de l'Image et du Son de Villeurbanne. D'abord, autour de l'ouvrage Folk et Renouveau (Le Mot et le Reste), publié en 2011 par Bruno Meillier et l'immense Philippe Robert : une plongée dans pas moins de neuf décennies d'americana, d'Harry Smith à Bon Iver, en passant par les incontournables Dylan, Donovan, Young, Jansch et consorts pour comprendre non seulement d'où elle vient mais également où elle va.

À ce titre, il sera aussi utile d'aller à la rencontre de Yann Tambour, alias Stranded Horse, petit gars du Cotentin bercé au rock anglais et toqué de kora, instrument traditionnel mandingue dont la pratique est traditionnellement réservée à la caste des griots mais dont il fait son miel en même temps qu'une drôle de tambouille, entre folk, musique africaine et pop anglo-saxonne. Sur le sublime Humbling Tides, il reprenait par exemple What Difference Does it Make ? des Smiths dans une version en tout point bouleversante. Aujourd'hui c'est à Joy Division qu'il s'attaque – inattendu mais Ian Curtis aurait adoré – avec une reprise carillonante mais qui ne perd rien de son intensité originelle de Transmission. «Radio, live transmission» disent les paroles. L'essence du folk.

Stéphane Duchêne

Stranded Horse
A la Maison de l'Image et du Son (Villeurbanne), mercredi 30 janvier

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New Order : Les cendres du tempo

MUSIQUES | Né sur les cendres d'un groupe à l'esthétique post-punk radicale et singulière, Joy Division, et dans le sillage du suicide de son fascinant chanteur, Ian Curtis, New Order est sans doute, comme aucun groupe avant ou après lui, un exemple de résilience artistique sans précédent et de révolution quasi permanente. Ou comment une formation orpheline d'un leader au charisme et à l'inspiration incandescente a su se réinventer aux frontière du rock et de la musique électronique pour devenir, toutes esthétiques, l'un des groupes les plus influents de sa génération. Et encore aujourd'hui l'une des plus belles machines à danser du paysage live contemporain. Le mythique groupe de Manchester sera l'une des têtes d'affiche des Nuits de Fourvière, le 28 juin prochain.

Stéphane Duchêne | Vendredi 21 juin 2019

New Order : Les cendres du tempo

Au tournant des décennies 70 et 80, Manchester abrite l'un des groupes les plus fascinants qu'il ait été donné de voir. Une créature post-punk atypique baptisée Joy Division, portée par le charisme fantomatique et la voix d'Outre-tombe du crooner zombie Ian Curtis, jeune homme marié bien sous tout rapport, timide maladif mais aussi écorché vif et sauvage et de surcroît lourdement épileptique, amoureux de littérature et fanatique de Jim Morrison et Iggy Pop. Curtis concentre à lui seul toute la poésie fossile et l'inquiétante étrangeté d'un groupe que complète un trio d'irréductibles trublions : le guitariste Bernard « Barney » Sumner, son ami d'enfance le sémillant bassiste au style inimitable Peter « Hooky » Hook et un métronome humain à la batterie, le dénommé Stephen Morris, qui a vendu le mobilier de sa chambre comme bois de chauffage pour s'acheter une batterie. « Généralement Ian était plus réservé et plus calme, raconte Peter Hook, mais il pouvait devenir complètement dingue » (1) A Manchester, il est « le type au blouson avec marqué « Hate » dans le dos »

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Hook division

Post Punk | Durablement brouillés depuis 2007 – après maintes bouderies historiques – le New Order officiel et son bassiste historique et tout aussi officiel s'écharpe (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 30 avril 2019

Hook division

Durablement brouillés depuis 2007 – après maintes bouderies historiques – le New Order officiel et son bassiste historique et tout aussi officiel s'écharpe depuis pour déterminer qui aura la garde du patrimoine musical de ce monument mancunien et de son prédécesseur Joy Division. Aucun compromis n'ayant été établi, le sécessionniste Hooky a entrepris depuis 2010, année de fondation de Peter Hook & The Light, de décliner en live – et en parallèle de ses anciens collègues – le catalogue des deux piliers de Factory Records. Le concept : une tournée, un album, joué dans son intégralité. Cette fois, à l'Épicerie Moderne en ce 3 mai, Hook et sa "lumière" s'attaquent à Substance, doublette de best-of de New Order ET Joy Division. Comme un pied de nez, il précédera d'un peu moins de deux mois la venue en terre lyonnaise de ses meilleurs ennemis ( le 28 juin à Fourvière), leur grillant ainsi la politesse. Laquelle politesse n'a de toute manière jamais été le fort de ce jovial grincheux.

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Juste après la fin du monde : " Ma vie avec John F. Donovan"

ECRANS | De Xavier Dolan (Can, 2h03) avec Kit Harington, Jacob Tremblay, Susan Sarandon…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Juste après la fin du monde :

Jeune acteur dans le vent, Rupert Turner raconte à une journaliste pète-sec dans quelles circonstances il entretint enfant une correspondance épistolaire avec John F. Donovan, un autre comédien à l’existence torturée, et comment cet échange influa sur leurs destinées… Un petit saut de l’autre côté de la frontière et voici donc enfin (pour lui) Xavier Dolan aux manettes d’un film étasunien. Mais, outre la langue et donc les interprètes la pratiquant, point de métamorphose dans son cosmos : la structure nucléaire basique de son cinéma reste inchangée (une relation fusion/répulsion entre un fils et sa mère renforcée par l’absence du père, le sentiment teinté de culpabilité de se découvrir habité par des pulsions différentes de la “norme hétéro“, de la musique pop forte plaquée sur des ralentis, des éclats de voix…). Certes, le maniérisme formel est (un peu) mis en sourdine au profit de l’histoire — elle mérite toute l’attention de l’auteur, puisqu’il s’agit d’un enchâssement de récits —, mais il demeure quelques facilités consternantes empesant inut

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Johnny Guitar, un ex Smiths à l'Épicerie Moderne

Pop | Après une seconde vie de mercenaire, l'ex-compositeur et guitariste mythique des Smiths, Johnny Marr, enfonce avec son premier album personnel le clou d'une carrière solo très tardive entamée en 2013. Et prouve qu'il n'est jamais trop tard pour (re)trouver sa voie. Et sa voix.

Stéphane Duchêne | Mardi 20 novembre 2018

Johnny Guitar, un ex Smiths à l'Épicerie Moderne

Longtemps homme de l'ombre, Johnny Marr aura mis plus de trente ans, depuis la séparation des Smiths dont il était le guitariste carillonnant et l'ingénieux du son, pour investir le devant de la scène. L'ex-alter ego/Némésis de Morrissey a ainsi multiplié les collaborations, où ses talents de caméléon musical lui permettaient de briller dans le brouillard, que ce soit aux côtés de The The, des Pretenders, de Modest Mouse, de Bryan Ferry, des Pet Shop Boys, au sein d'Electronic, formation née de son association avec le chanteur de New Order et autre monument mancunien, Bernard Sumner, des dispensables Cribs ou de ses Healers, et n'a commencé à assumer de se produire en solo qu'en 2013 avec The Messenger immédiatement suivi de Playland (2014). Mais ces deux premiers

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Prémices de Smith : "England Is Mine"

Biopic new wave | de Mark Gill (G-B, 1h34) avec Jack Lowden, Jessica Brown Findlay, Jodie Comer…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Prémices de Smith :

Binoclard passant le plus clair de son temps dans sa chambre à écrire tout le mal qu’il pense de la scène rock locale ou à mimer ses artistes vénérés, Steven Patrick Morrissey attend l’heure propice. Celle où il lâchera son boulot d’employé de bureau pour montrer ce qu’il a dans les tripes… Des tripes de végétarien, cela va sans dire pour qui connaît le prosélytisme du leader des Smiths en la matière. Mais, et c’est le moindre des mérites de ce film, il n’a rien de ces biopics ordinaires rivés sur la légende dorée de la célébrité dont ils retracent le parcours, et qui insistent sur ses particularismes ou ses épiphanies avec une discrétion de marteau-piqueur. Ici, c’est à peine si un plan sur une assiette de légumes atteste du régime non carniste du futur chanteur. Autrement dit, si son “identité végane” est prise en compte, elle n’est pas considérée comme déterminante dans sa construction artistique. Corollaire : les exégètes de Morrissey n’apprendront rien qu’ils ne sachent déjà sur leur idole ; quant à ceux qui ne le connaissent pas, ils suivront l’itinéraire d’une jeunesse britan

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Xavier Dolan : « Je ne pouvais pas imaginer de personnages plus prometteurs »

3 questions à | Ce film marque-t-il, selon vous, un moment crucial dans votre carrière ? Xavier Dolan : Oui. Ce n’est pas un “entre-film” ; je ne l’ai pas fait envers (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 septembre 2016

Xavier Dolan : « Je ne pouvais pas imaginer de personnages plus prometteurs »

Ce film marque-t-il, selon vous, un moment crucial dans votre carrière ? Xavier Dolan : Oui. Ce n’est pas un “entre-film” ; je ne l’ai pas fait envers ou en en attendant un autre. Les choses se prolongeaient sur la préparation de The Death and Live of John F. Donovan et moi, j’avais besoin de tourner, de raconter une histoire. Quels rapports aviez-vous avec cette pièce de Lagarce et de manière plus générale, avec son théâtre ? X. D. : Un rapport un peu ignare. Je n’ai pas lu toute son œuvre et je n’ai jamais vu ses pièces jouées sur scène. Anne Dorval un jour m’a parlé d’une pièce que je devais absolument lire, qui lui avait été donnée de jouer, absolument inoubliable, « faite sur mesure pour moi » selon ses mots. J’ai commencé à lire la pièce et je n’ai pas été convaincu de ressentir le choc qu’elle m’avait promis. Je l’ai rangée dans la bibliothèque. Après Lawrence Anyways,

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Gaspard Ulliel : « La parole sert de fuite, tout est dans le non-dit »

Juste la fin du monde | Acteur discret et intérieur, Gaspard Ulliel incarne Louis, le pivot de Juste la fin du monde. Xavier Dolan et lui reviennent sur la genèse de ce film, ainsi que leur rapport à l’écriture de l’auteur, Jean-Luc Lagarce…

Vincent Raymond | Dimanche 18 septembre 2016

Gaspard Ulliel : « La parole sert de fuite, tout est dans le non-dit »

Ce film marque-t-il, selon vous, un moment crucial dans votre carrière ? Xavier Dolan : Oui. Ce n’est pas un “entre-film” ; je ne l’ai pas fait envers ou en en attendant un autre. Les choses se prolongeaient sur la préparation de The Death and Live of John F. Donovan et moi, j’avais besoin de tourner, de raconter une histoire. Si on m’avait appelé pour me dire « on peut faire Donovan tout suite », j’aurais dit « trop tard, c’est celui-ci que je fais. » Quels rapports aviez-vous avec cette pièce de Lagarce et de manière plus générale, avec son théâtre ? X. D. : Un rapport un peu ignare. Je n’ai pas lu toute son œuvre et je n’ai jamais vu ses pièces jouées sur scène. Anne Dorval un jour m’a parlé d’une pièce que je devais absolument lire, qui lui avait été donnée de jouer, absolument inoubliable, « faite sur mesure pour moi » selon ses mots. J’ai ramené chez moi son grand cahier — son texte de théâtre, en fait — avec ses annotations en marge, les déplacements... J’ai commencé à lire la pièce et je n’ai pas été co

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Biennale de la danse 2016 : Ce qu'il faut voir

Biennale de la Danse | La 17e Biennale de la Danse garde la tête haute et le tour de bras généreux, malgré un budget au rabais, embrassant une fois encore tous les styles de danse contemporaine actuels. Parmi les trente-sept spectacles proposés, en voici huit à ne pas manquer.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 6 septembre 2016

Biennale de la danse 2016 : Ce qu'il faut voir

Israel Galvan, Flacomen Le « danseur des solitudes » comme l'appelle le critique et historien d'art Georges Didi-Huberman fait son retour sur les scènes lyonnaises, avec un solo datant de 2014, accompagné de musiciens free jazz et flamenco. On sait, et on n'arrête pas d'admirer, la capacité du chorégraphe-danseur à tordre en tous sens les codes du flamenco et à en extraire la pulpe fondamentalement tragique. Galvan hisse ce tragique à la condition de tout individu, montrant, avec humour ou pas, ces forces qui nous traversent et se heurtent à l'intérieur de soi. Ces forces antagonistes qui sont aussi au cœur dialectique de tout geste, de tout mouvement dansé. À la Maison de la Danse du 14 au 16 septembre Yuval Pick, Are Friends Electric ? À l'instar de Galvan, le Lyonnais

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10 concerts à voir en juin

MUSIQUES | En attendant d'entrer pleinement dans la saison des festivals, voici dix concerts à ne pas louper dans la ville.

Stéphane Duchêne | Lundi 13 juin 2016

10 concerts à voir en juin

Billie On l'avait laissé sur un Baiser, on la retrouve sur un French Kiss. Le Baiser, c'était son premier album d'étrange chanson française d'obédience krautrockeuse et conteuse. Le French Kiss, c'est ce moment de retrouvailles traditionnellement organisé par le Club Transbo pour fêter la sortie (ou la release comme on dit en étranger) d'un album ou d'un EP d'un ami du coin. Là c'est un EP, Nuits Aquatiques produit par Erotic Market en mode plus r'n'b et plus coulant, quoique. Comme il se doit l'affaire se joue gratuitement sur réservation avec pléthore d'invités surprises. Au Club Transbo le mercredi 15 juin Neil Young & Promise of the Real Au rythme où ça va, gageons que Neil Young est parti pour enterrer tous ses pairs. Le fait qu'il est l'un des derniers de sa génération à sortir des albums dignes de ce nom — pas toujours, l'avant-dernier n'étant pas une réussite — et porteurs d'une capacité de régénération plutôt hors du commun. DHEA ? Non, enthousiasme, car Neil pr

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Rentrée musique 2016 : anciens et modernes

MUSIQUES | Entre Polna, Neil Young, les Insus et même le retour du plus si jeune Jon Spencer (porté pâle au printemps), les aînés seront là en force en 2016. Mais la jeune garde veille et ne s'en laissera pas compter.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée musique 2016 : anciens et modernes

Jon Spencer aime tellement nos panoramas de rentrée – il en a déjà fait la Une – qu'il parvient même à y figurer deux fois par an. On l'annonçait en septembre dernier, voilà qu'on le réannonce pour le 6 mars à l'Épicerie Moderne. Avec bonheur, puisque si nous le faisons, c'est que le trio du New-yorkais avait dû annuler à la dernière minute cet automne pour raisons de santé. Tout va mieux, donc tout va bien, et cela indique peut-être que cette année 2016 sera légèrement moins pénible que la précédente – raccrochons-nous aux branches, tant qu'il y a encore des arbres. Or des branches, même vieilles, il se trouve qu'il en repousse, en témoigne une tripotée de reformations plus ou moins récentes de groupes plus ou moins relous à l'oreille (Louise Attaque au Transbo le 29 mars, Elmer Food Beat au CCO le 6 avril) dont la palme revient bien sûr aux Insus, soit Téléphone sans fille (n'y allez pas, c'est complet) – rayon nostalgie de jeunesse, on préférera de loin se consacrer à Nada Surf, qui ne s'est jamais déformé, le 26 avril à l'Epicerie. Ah, tiens on allait oublier Polnareff

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Neil Young à Tony Garnier

MUSIQUES | La dernière fois que le Loner a joué à la Halle Tony Garnier, en 2008, il avait fait montre d'une vista qui ridiculisa par avance la prestation du (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 18 décembre 2015

Neil Young à Tony Garnier

La dernière fois que le Loner a joué à la Halle Tony Garnier, en 2008, il avait fait montre d'une vista qui ridiculisa par avance la prestation du cacochyme Bob Dylan deux ans plus tard en ce même lieu. Au beau milieu d'un morceau, Young s'était même étalé de tout son long en trébuchant. N'importe qui se serait brisé le fémur, lui continua comme si de rien n'était sans oublier une note. Il a depuis conçu des albums dispensables (et aussi un étrange lecteur mp3 en forme de Toblerone). Mais Young le reste Forever. On ne manquera pour rien au monde son retour à l'occasion du Rebel Content Tour, le 15 juin. Lui Rebel, nous contents. Mise en vente des places dès cette semaine.

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Morrissey : libre, seul et insoumis

MUSIQUES | On le trouve génial ou insupportable, inspiré ou emphatique, classieux ou ridicule. Quand il sort un nouvel album, même médiocre, on crie au chef-d’œuvre. Quand il publie son autobiographie, c'est directement dans la Pléiade britannique et quand il passe dans les environs, on se précipite pour tenter de saisir ces fascinants paradoxes. Ce mélange d'insoumission, d'asociabilité et de narcissisme, auteur de chansons parmi les plus renversantes de ces trente dernières années, c'est Morrissey. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 28 octobre 2014

Morrissey : libre, seul et insoumis

Indécrottable et immuable, Morrissey est à l'image de deux des plus célèbres pochettes des Smiths : il est l'Orphée Narcisse incarné par Jean Marais chez Cocteau (This Charming Man) et L'Insoumis auquel Alain Delon prête ses traits dans le film éponyme d'Alain Cavalier (The Queen is Dead). Alors quand il publie en 2013 son autobio, vaste et brillant exercice masturbatoire rédigé dans une langue (de pute, la plupart du temps) absolument sublime, point de titre alambiqué en forme de clin d'oeil discographique comme il est d'usage pour les bio rock ; seul le mot Autobiography vient s'aligner sous le nom de son auteur, comme pour mieux le souligner. Un nom suffisamment lourd de sens pour se suffire à lui-même. Mieux (ou pire comment savoir ?) Morrissey a obtenu qu'Autobiography soit publié chez Penguin Classics, équivalent briton de la Pléiade où seuls les plus grands (et généralement les plus morts) ont droit de cité.   Devant la polémique naissante, l'éditeur répondait alors en se mordant la joue q

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Bob Dylan ou la quête du Greil

CONNAITRE | A la poursuite de la chimérique Vérité dylanienne depuis près de 50 ans, et déjà auteur de plusieurs ouvrage sur la question, le critique rock et théoricien pop Greil Marcus compile près de 40 ans d'articles sur l'homme qui a révolutionné le rock. Drôle, souvent acide, d'une érudition sans borne, "Bob Dylan by Greil Marcus" constitue l'énième chapitre patchwork de la quête d'un Graal sans doute plus belle que sa résolution. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Lundi 28 octobre 2013

Bob Dylan ou la quête du Greil

En 1963, Greil Marcus, 18 ans, assiste à un concert folk dans le New Jersey. Joan Baez y convoque sur scène un jeune chanteur à l’allure étrange que Marcus, scotché, croise ensuite par hasard à l’arrière de la scène : «J’ai aperçu ce type, dont je n’avais pas bien saisi le nom, alors je suis allé vers lui. Il était en train d’essayer d’allumer une cigarette, il y avait du vent, ses mains tremblaient ; il ne prêtait attention à rien d’autre que l’allumette. Ma stupéfaction était telle, que ma bouche s’est ouverte : “Vous avez été formidable”, ai-je dit. “J’ai été nul à chier”, a-t-il rétorqué sans même lever la tête».   L’échange résume 50 ans de ce qui se tisse alors entre celui qui vient instantanément d'entrer en religion et l'oeuvre de son idole, décortiquée avec la patience du légiste, la perversité du fétichiste et la justesse morale d'un Salomon. Mais un autre fait illustre le rapport compliqué entre l’exégète exigeant et le missionnaire démissionnaire : Bob Dylan by Greil Marcus

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Old Folk(s)

MUSIQUES | D'un côté, à Fourvière, le revival de l'âge d'or hippie avec le trio Crosby, Stills & Nash, de l'autre, à Vienne, le rock épileptique de Neil Young et sa fidèle machine de guerre Crazy Horse. Le tout à un jour d'intervalle. Etrange coïncidence quand on sait à quel point ces quatre frères de sang folk rock sont à jamais liés. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 4 juillet 2013

Old Folk(s)

Ensemble ou séparément, David Crosby et Stephen Stills les Amerloques, Graham Nash l'Anglais et Neil Young le Canadien ont écrit quelques unes des plus belles pages de l'histoire du rock. C'est avec Stephen Stills, rencontré au Canada et retrouvé à Los Angeles au hasard d'un embouteillage, que les choses démarrent réellement pour Neil Young. En 1966 les deux fondent, avec Richie Furay, Richard Dewey et Bruce Palmer, Buffalo Springfield, dont résonnent à jamais les notes de For What It's Worth (éternel hymne hippie) et Mr Soul. Si Stills tire les ficelles, déjà le talent de Young est immense. Surtout, on le constatera plus tard, il est bien plus doué que Stills pour ne pas le gâcher. Lorsque le groupe se sépare après dix-huits mois, trois albums et quelques clashs, Stills rejoint deux types qui ont déjà goûté à la gloire : David Crosby avec les Byrds et Graham Nash de l'autre côté de l'Atlantiqu

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Villagers

MUSIQUES | {Awayland} (Domino/Pias)

Stéphane Duchêne | Lundi 21 janvier 2013

Villagers

Il est une devise de notre maître-écrivain lyonno-québécois Alain Turgeon, qu'on confesse volontiers citer un peu trop souvent – sans toutefois envisager une seconde de s'en excuser – un adage que l'on peut faire sien pour caresser ses désillusions : « attendez-vous au meilleur, vous serez mieux déçus ». On y pense lorsqu'on entend pour la première fois le single Nothing Arrived, extrait de {Awayland}, le deuxième album de Villagers.   Sur ce titre qui oscille entre le romantisme benêt mais arrache-coeur d'un Tom Petty – le type sait tricoter une mélodie ascensionnelle qui vous retient à jamais par le col –, la grandiloquence éthylique d'un Mike Scott (The Waterboys), et les cavalcad

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Sufjan Stevens

MUSIQUES | Silver & Gold – Songs for Christmas (Vol. 6-10) (Asthmatic Kitty/Differ-ant)

Stéphane Duchêne | Lundi 24 décembre 2012

Sufjan Stevens

Point n'est besoin de préciser que depuis des décennies, l'album de Noël est devenue une tarte à la crème. Ou plutôt puisque c'est le thème, une bûche, bien crémeuse, dont l'opportunisme commercial le dispute à la digestibilité musicale. Tous les plus grands (Elvis, Sinatra, Beach Boys, on en passe...) se sont collés à l'exercice – et d'ailleurs les plus petits aussi, ce qui prouve bien à quel point on a raison.   On se souvient par exemple d'un exercice dylanien, Christmas in the Heart (2009), à faire fuir la magie de Noël à dos de rennes boiteux, poignardant pour le coup de manière assez littérale Noël en plein cœur – « in the heart » –, ce qui le rendait aussi rigoureusement indispensable que tout grincheux à la table du réveillon.     Mais force est de reconnaître qu'au fil des ans l'exercice obligatoire consi

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Motorama

MUSIQUES | Calendar (Talitres)

Stéphane Duchêne | Lundi 12 novembre 2012

Motorama

On a tous reçu un jour dans notre boîte aux lettres le prospectus d'un marabout africain comme il en existe des milliers, des prospectus en tout cas (on en connaît même qui en font collection). Lequel voyant-médium-génie-marabout promet de faire revenir l'être aimé en trois jours, de redresser les pénis tordus (un accident est si vite arrivé, et allez donc trouver un redresseur de pénis un dimanche) ou même de régler un problème informatique, bref de réduire un certain nombre de problèmes de la vie courante auxquels chacun finit un jour par être confronté. Il en existe même, ne nous demandez pas pourquoi, qui font « redémmaré les motos russes », en Français dans le texte, ce qui n'est pas la moins fascinante des facultés, vous en conviendrez. Bien sûr, encore faut-il disposer d'une moto russe et que celle-ci soit en panne. La probabilité en est il est vrai assez faible, encore que le fait de remplir la première condition (posséder une moto russe), accroît considérablement la seconde (qu'elle soit en panne). Vous avez déjà vu rouler une moto russe, vous ? CQFD.   Le fait est que le

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Nuits sonores – Dimanche 20 - Report

MUSIQUES | Sept lieux, six sessions de 9h de live, trois concerts spéciaux. Il fallait bien ça pour fêter les dix ans de Nuits sonores, fleuron européen de la musique électronique (et plus si affinités). Compte-rendu du jour 5.

Benjamin Mialot | Lundi 21 mai 2012

Nuits sonores – Dimanche 20 - Report

L'envie n'y était plus. Dans le même état d'inadéquation au monde et de fatigue émotionnelle qu'un explorateur de retour d'un continent jusqu'alors inconnu, on ne se voyait pas embarquer pour une nouvelle destination. Il y avait encore tant à découvrir de la première. Surtout, on ne voyait pas comment New Order, malgré toute la symbolique entourant sa venue, allait pouvoir soutenir la comparaison avec le parangon d'hédonisme que fut la nuit précédente. C'est le concert de Mudhoney qui a commencé à nous ouvrir les yeux. Un vrai beau concert de rock'n'roll, économe en artifices et généreux en décibels, donné dans le club du Transbordeur devant un petit comité d'enthousiastes du Seattle sound. Tout ce qu'on attendait, en somme, des guignolos with an attitude que ce sont révélés être les cautions électriques des NSDays. De New Order, «simple» légataire de Joy Division devenu dès sa troisième année d'existence (soit en 1983) l'une des formations les plus influentes de la planète, on n'attendait en revanche pas grand-chose. En tout cas ri

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The Thick White Duke

MUSIQUES | Après "Cascadeur" l'an dernier, Rover est sans doute la révélation pop française de cette année. Un ovni romantique et bowie, dandy et bestial qui devrait envoûter par sa seule présence, les spectateurs du festival Changez d'Air. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 27 avril 2012

The Thick White Duke

Pour évoquer les «géants de la pop», on peut utiliser comme seul critère le gabarit et avoir de très beaux résultats musicaux : que l'on songe à Brian Wilson des Beach Boys (qui n'aurait jamais pu tenir sur un surf), Antony (qui derrière sa voix de vieille blues woman a la taille d'un buffle) et aujourd'hui Win Butler d'Arcade Fire (fameux joueur de basket) ou Sébastien Tellier (le Christ version Pépitos). Bien entendu cela exclut nombre de crevettes comme Brian Jones, Bob Dylan, David Bowie, Neil Hannon mais fort heureusement, l'important, comme le disait si justement un jour Amanda Lear, ce n'est pas la taille, c'est le goût. Alors oui c'est vrai, ce qui frappe en premier chez Rover, Timothée Régnier de son vrai nom, c'est cette masse pareille à celle d'un trou noir sur pattes, combattant lettré ou écrivain romantique de combat qui aurait fait le tour du Monde et en porte le poids sur ses larges épaules voûtées. En ce qui concerne Rover : de la Suisse aux États-Unis, en passant par le Liban, d'où il fut expulsé en 2006 pour atterrir en Bretagne. Le tour du monde des disques aussi : de Bowie aux Beach Boys, de Dylan aux Beatles. Le Big Four. 

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L'histoire sans fin

MUSIQUES | Ça a commencé le 7 juin 1988 à Concord, Californie et personne n'imaginait que ça durerait encore 22 ans plus tard. Quoi donc ? Le Never Ending Tour. Bob (...)

Dorotée Aznar | Lundi 14 juin 2010

L'histoire sans fin

Ça a commencé le 7 juin 1988 à Concord, Californie et personne n'imaginait que ça durerait encore 22 ans plus tard. Quoi donc ? Le Never Ending Tour. Bob Dylan a beau en récuser l'appellation, il n'en demeure pas moins que cette tournée éternelle (100 dates par an depuis lors) est un peu l'Odyssée de cet Ulysse folk. Avec un cahier des charges à la fois simplissime et très compliqué : changer de set list tous les soirs et ne jamais jouer un morceau deux fois de la même manière. Pour cela, Dylan s'est entouré de musiciens de confiance, dont le plus ancien à ses côtés s'appelle... Tony Garnier.

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Country for Old Bob

MUSIQUES | Musique / Au crépuscule de sa carrière et au turbin de son Never Ending Tour depuis 22 printemps, Bob Dylan est revenu depuis quelques années à ses premières amours : la country et le blues, dignes grands-parents d'une des plus grandes œuvres musicales du XXe siècle. Stéphane Duchêne

Dorotée Aznar | Lundi 14 juin 2010

Country for Old Bob

Dans La République Invisible, l'un des indispensables ouvrages d'exégèse de Bob Dylan, Greil Marcus écrivait : «Bob Dylan ne donnait pas tant l'impression de se tenir à un tournant décisif de l'espace-temps culturel que d'être ce tournant décisif». Un résumé parfait de l'influence de Bob Dylan sur son époque : dans les années 60, Dylan n'était pas seulement le pilote, il était la route. Non qu'il l'ait souhaité : lui qui se voulait simple conteur comme son idole Woody Guthrie, bluesman comme Muddy Waters, poète comme Allen Ginsberg, ne s'était jamais réellement rêvé porte-parole d'une génération ou prophète folk. Mais en art comme en religion, parfois le peuple choisit pour vous, vous hisse sur un autel ou vous colle sur une croix. Quoi qu'il en soit, Dylan a révolutionné la musique de son temps, mis l'Ancien Testament folk sur la carte de la branchitude, puis électrifié ce folk pour écrire quelques-unes des plus beaux évangiles rock de l'Histoire, cette fameuse trahison de Newport que les fans des débuts ont tenue pour un péché originel. Le Zim' a vécu mille vies. Il a été l'égal des Beatles, qu'il initia à la drogue et à l'abstraction ; il a c

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BOB DYLAN Christmas in the Heart Columbia

MUSIQUES | En chantant Noël, Bob Dylan nous offre la possibilité d’avoir tout vu et tout entendu. Et le bon moyen de lâcher une bonne fois pour toute devant les (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 17 décembre 2009

BOB DYLAN
Christmas in the Heart
Columbia

En chantant Noël, Bob Dylan nous offre la possibilité d’avoir tout vu et tout entendu. Et le bon moyen de lâcher une bonne fois pour toute devant les enfants, et sans nous mouiller, que le Père Noël c’est de la foutaise. On est d’ailleurs beaucoup plus proche ici de «Le Grinch chante Noël» que de Tino Rossi ou des roucoulades à la cannelle d’un Elvis. En fait, c’est comme si, de sa voix la plus rauque (visiblement, quelqu’un a abusé de marrons trop chauds), le vieux Bob s’était mis en tête de «saloper» d’un glaçage de fiel et de dérision, les habituelles sucreries et autres bondieuseries (il faut l’entendre grincer «Amen» !) inhérentes à l’arrivée du Petit Jésus et à la descente d’un gros bonhomme dans le conduit de la cheminée (son "Here Comes Santa Claus" paraît échappé de chez Tim Burton). Marquant une distance amusée avec les bons sentiments d’usage, il parvient même à nous faire ressentir l’angoisse que peut être pour beaucoup la période des fêtes : comme son interprétation de "Little Drummer Boy", retrouver sa famille à Noël peut donner l’impression de monter au front. Bien sûr, au finale, c’est le miracle de Noël, Bob apparaît tel qu’en lui-même : comme les vieux grigous des

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Deux visages de Neil Young

MUSIQUES | Cinéma / Deux films majeurs ont immortalisé les concerts de Neil Young : Year of the horse de Jim Jarmusch en 1997 et Heart of gold de Jonathan Demme dix (...)

Christophe Chabert | Vendredi 13 juin 2008

Deux visages de Neil Young

Cinéma / Deux films majeurs ont immortalisé les concerts de Neil Young : Year of the horse de Jim Jarmusch en 1997 et Heart of gold de Jonathan Demme dix ans plus tard. Pourtant, difficile de juxtaposer ces deux documentaires tant, à une décennie d’écart, ils dessinent deux visages complètement différents du musicien. Cela est sans doute lié à la personnalité des cinéastes qui le filment… Mais même Young, entre sa tournée marathon qui l’emmène à travers l’Europe et les États-Unis au mitan des années 90 et ce beau concert intimiste à Nashville donné quelque temps après la sortie de Prairie wind, est passé du stade de chien encore fou à celui de vieux sage. Year of the horse montre un Neil Young rock, entouré de son groupe (Crazy Horse), saisi en une multitude de fragments captés sur tous les supports d’images disponibles (Super 8, 16 mm, vidéo…), laissant la parole à ses collaborateurs… Jarmusch, fidèle à lui-même — mais aussi à Young, qui lui avait composé la musique de Dead Man, fondamentale pour la réussite du film — a écrit son documentaire comme un travelling latéral, une promenade avec Neil Young sur les routes et dans les salles, toujours en mouvement et dans l’action.

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I'm not there

ECRANS | I'm not there : le titre d'une chanson de Dylan, mais aussi le premier rébus d'un film à clé particulièrement bien verrouillé... I'm not her, I'm not he, I'm (...)

| Mercredi 5 décembre 2007

I'm not there

I'm not there : le titre d'une chanson de Dylan, mais aussi le premier rébus d'un film à clé particulièrement bien verrouillé... I'm not her, I'm not he, I'm other : ici, Dylan n'est ni un homme, ni une femme, les deux peut-être, un autre sûrement, jamais appelé par son nom, démultiplié en une myriade de personnages et d'acteurs différents incarnant ses «nombreuses vies». Todd Haynes prend soin de maquiller ces vies-là, en bousculant les formats et les genres : noir et blanc chic ou crado, couleurs chatoyantes ou volontairement ternes, western hors du temps, road movie, drame intimiste... Le tout mélangé selon un sens du montage musical et jamais chronologique. Dans son précédent film, Loin du paradis, Todd Haynes se nourrissait aussi au sein d'une référence esthétique, en l'occurrence les mélodrames de Douglas Sirk. Mais il n'en oubliait pas pour autant de raconter une histoire forte avec des personnages qui vivaient leur vie au-delà de ce mimétisme cinématographique. Dans I'm not there, il ne reste plus que le corpus référentiel, la collection d'images sonores copiées puis extrapolées ; un matériau tellement complexe et fétichiste qu

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La Métamorphose

ECRANS | Attention document ! The Other Side of The Mirror... décrit, l'espace de trois éditions du Newport Festival (1963-1965), grand messe folk de l'époque, (...)

Marlène Thomas | Mercredi 5 décembre 2007

La Métamorphose

Attention document ! The Other Side of The Mirror... décrit, l'espace de trois éditions du Newport Festival (1963-1965), grand messe folk de l'époque, l'ascension d'un Bob Dylan passant successivement du statut de jeune espoir (1963) à celui d'idole (1964) puis de Judas renié par ses ouailles (1965) à l'occasion du célébrissime tournant de sa carrière : son fameux passage à l'électricité. Le tout livré brut, sans voix-off ni analyse, entre moments pénibles montés à la va-comme-je-te-pousse (coulisses, duos avec Joan Baez et sa voix de cafetière) et instants de grâce : comme quand, en 1965, sur Love Minus Zero, les feuillages des arbres éventés derrière lui se confondent avec la tignasse rimbaldienne de celui qui a, comme le dit un speaker, «le doigt sur le pouls de sa génération». Bob Dylan - Love minus zero-no limit (live 1965) par Bamb

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Tous fans de Dylan

MUSIQUES | B.O. / Dylan repris par la crème des musiciens internationaux : une bande originale qui prolonge le concept du film... CC

Christophe Chabert | Mercredi 5 décembre 2007

Tous fans de Dylan

Dans I'm not there, pas plus qu'on ne le voit à l'image ou qu'on ne prononce son nom, on n'entend chanter Bob Dylan. Du coup, le concept de sa bande originale pharaonique (un double CD, deux heures quarante de musique !) semblait tout trouvé : réunir tout ce que la planète compte de rockers talentueux pour s'approprier les chansons de Dylan et en livrer des reprises fidèles ou très personnelles. Dans la voix de DylanPour cela, Haynes a monté, comme il l'avait déjà fait pour Velvet Goldmine, un super-groupe qui a méchamment la classe : Lee Ranaldo (de Sonic Youth), Tom Verlaine (de Television), John Medeski (de Medeski, Martin & Wood)... Réincarnés en The Band, ils prennent visiblement plaisir à préparer le terrain à quelques voix d'exception. Eddie Veder (ex-Pearl Jam), Stephen Malkmus (ex-Pavement) et Karen O se prêtent à l'expérience : c'est la partie «comme Dylan» du disque, pas forcément la plus surprenante. TransformistesBeaucoup plus amusante est la manière dont certains plient Dylan à leur univers musical : Cat Power fait la jonction entre le blues et la soul de Memphis dans sa relecture de Stuck inside a mobile ; Antony and the Johnsons envoient effe

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Dylan is Dylan(s)

ECRANS | Cinéma & Musique / L'Institut Lumière propose pendant un week-end la totalité des images de et avec Bob Dylan, un ensemble hétéroclite qui est le meilleur mode d'emploi pour entrer dans «I'm not there», faux biopic de Todd Haynes consacré au chanteur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 5 décembre 2007

Dylan is Dylan(s)

Les rapports entre Dylan et le cinéma ne sont pas faciles à résumer. Fasciné puis déçu, le chanteur est passé devant puis derrière la caméra, s'est retrouvé à jouer son propre rôle ou des personnages taillés sur mesure dans de grands et de petits films, s'est laissé filmer au naturel avec gourmandise avant de réclamer, avec fermeté, de récupérer son droit à l'image. De tout ça, pourtant, il ne reste qu'une poignée d'œuvres, documentaires à chaud ou rétrospectifs, fictions tronquées ou mineures, toutes présentées pendant ce week-end à l'Institut Lumière. Or, c'est bien les images de Dylan, et non son image de musicien mythique et polyvalent, qui a inspiré Todd Haynes dans I'm not there, un film qui n'est dans le fond qu'une recréation assez fétichiste de ces «documents», avec ce qu'il faut de rêverie autour pour en faire une fiction. Kaléidoscope inégalAinsi, dans le film, quand Richard Gere devient un des multiples alias de Dylan, il incarne un cow-boy vieillissant et écolo, synthèse théorique entre son personnage dans ce drôle de machin qu'est Masked and Anonymous et celui du troubadour fantôme hantant guitare au poing l'Ouest décadent de Pat Garrett and Billy the kid.

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Like a Rolling Stone

CONNAITRE | Greil Marcus / Points Seuil

| Mercredi 18 juillet 2007

Like a Rolling Stone

Paru en 2005 à l'occasion des quarante ans de l'enregistrement de Like a Rolling Stone, le premier tube post folk de Bob Dylan, l'essai consacré par Greil Marcus à l'une des chansons les plus mythiques des années 60 est désormais accessible en poche. Près de 300 pages consacrées à cet enregistrement de six minutes, réalisé dans le studio A de la maison de disques Columbia, dont la portée dépasse largement le cadre musical. Car si celle-ci constitue un moment charnière dans la carrière de Dylan (passage au pop-rock, pour le dire vite), elle est aussi une clef pour comprendre l'état social et idéologique des États-Unis au cours d'une décennie mouvementée notamment marquée par les émeutes de Watts et les prémices de la guerre du Vietnam. Une chanson qui comptera d'ailleurs beaucoup dans le «malentendu» autour de Dylan, qui endossait ici une étiquette d'artiste contestataire qui allait (à tort ?) lui coller à la peau durant toute sa carrière. Greil Marcus, déjà auteur de livres références sur la culture populaire américaine (Mystery train ou Lipstick Traces, dans lequel il se penchait sur les Sex Pistols et leur chanteur emblématique, John Lydon), donne ici une analyse détaillée de Lik

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Control

ECRANS | D'Anton Corbijn (Ang, 1h59) avec Sam Riley, Samantha Morton...

Christophe Chabert | Mercredi 3 octobre 2007

Control

S'attaquer à la légende d'un artiste est un exercice périlleux. Surtout lorsque celui-ci est aussi vénéré et fantasmé que Ian Curtis, chanteur et parolier de Joy Division, disparu à l'âge de 23 ans. Chaque fan s'attendra à ce que le film ne s'adresse à lui et à personne d'autre, que chaque plan mettant en scène son idole soit une glorification ajoutant sa pierre à l'édifice. Anton Corbijn, photographe et clippeur ayant côtoyé Curtis, a su à ce titre couvrir ses arrières, tout en optant pour des partis pris visuels et narratifs tranchants. Il adapte le livre de Deborah Curtis (veuve du chanteur et productrice du film avec Tony Wilson, ancien responsable de Factory Records), et s'est adjoint les services des musiciens originels pour une partie de la bande-son. Mais son optique est de s'intéresser à l'homme plus qu'à ses créations (même s'il sacrifie, en une occasion malheureuse, à une explication de texte expéditive). Corbijn transpose ses obsessions esthétiques (un noir et blanc organique, des jeux déstabilisants sur la profondeur de champs, qui isolent ici le sujet jusqu'à le marginaliser totalement) à une trame diffuse, refusant toute épate. Sam Riley, interprèt

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