Love story

Dorotée Aznar | Lundi 10 septembre 2012

Photo : Sophie Colleu – rictus


En 2010, il avait transposé Hamlet dans une morgue. Cette fois, le metteur en scène David Bobee s'attaque à Roméo & Juliette. Toujours la même volonté chez lui de transposer Shakespeare ici et maintenant. Pour ce faire, il ne considère pas le texte comme un objet sacré mais comme un matériau mouvant, qui prend sa forme par une écriture au plateau. Comme un miroir inversé d'Hamlet, Bobee a imaginé Roméo & Juliette dans une scénographie métallique, cuivrée, dorée, baignée de lumière. On peut faire confiance à sa capacité à travailler sur l'image et à faire se rencontrer sur un même plateau des acteurs, des danseurs et des acrobates.


Roméo & Juliette
Aux Subsistances
Du jeudi 13 au samedi 22 septembre

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Le grand cirque des amants

SCENES | Au train où va le texte (2h30 sans instant pour souffler, contre 3h20 dans la récente version d'Olivier Py par exemple) dans cette adaptation du (...)

Nadja Pobel | Mardi 17 janvier 2017

Le grand cirque des amants

Au train où va le texte (2h30 sans instant pour souffler, contre 3h20 dans la récente version d'Olivier Py par exemple) dans cette adaptation du classique des classiques par ailleurs peu monté, il n'y a pas vraiment de place pour faire émerger l’émotion ; notamment dans un dernier acte longuet et fatalement sans surprise, tant il constitue la partie la plus connue de cette histoire éternelle. Le rythme échevelé ne peut contrer l'impression de langueur qui règne sur la mort des amants. Tout au long des actes précédents, Juliette Rizoud semble plus à son aise pour insuffler à son travail une vitalité d'autant plus prégnante qu'elle ne l'enferme dans aucune temporalité. Ses héros ne sont pas coincés dans l'époque élisabéthaine ni dans une contemporanéité trop affirmée – ce pourrait être intéressant d'en faire des personnages très actuels. Non, la jeune metteuse en scène, qui poursuit ici son cycle entamé avec Le Songe d'une Nuit d'été et la troupe de la Bande à Mandrin constituée avec ses camarades ac

Continuer à lire

Le cinéma frappe trois fois

SCENES | Les opéras diffusés dans le réseau Pathé rencontrent un franc succès ; et voilà que débarque au cinéma la Comédie française. Ce jeudi 13 octobre à 20h30 dans les salles de (...)

Nadja Pobel | Jeudi 6 octobre 2016

Le cinéma frappe trois fois

Les opéras diffusés dans le réseau Pathé rencontrent un franc succès ; et voilà que débarque au cinéma la Comédie française. Ce jeudi 13 octobre à 20h30 dans les salles de Vaise, Carré de Soie et Bellecour, c'est Roméo et Juliette, travail d'Éric Ruf, metteur en scène et administrateur du Français, qui sera à l'affiche. Soit l'occasion de voir la magnifique partition du comédien Jérémy Lopez, passé par le Conservatoire de Lyon et l'ENSATT notamment, évoluant dans cette intrigue déplacée en Sicile. Belle programmation. Reste à savoir si le théâtre, art du vivant, passe l'épreuve de l'écran en dépit du confort HD et du son 5.1. Coût de l'opération : 24€ en tarif plein, 15€ pour les étudiants. La série se poursuivra dans la saison avec Le Misanthrope version Hervieu-Léger (le 9 février) puis Cyrano par Podalydès (le 4 juillet).

Continuer à lire

Le salaire du sapeur

SCENES | J-5 de la première. David Bobée nous ouvre les portes de sa future création. D'emblée Paris séduit par sa scénographie, qui transforme en un tour de (...)

Nadja Pobel | Mardi 9 juin 2015

Le salaire du sapeur

J-5 de la première. David Bobée nous ouvre les portes de sa future création. D'emblée Paris séduit par sa scénographie, qui transforme en un tour de passe-passe vidéo l'espace de jeu tantôt en studio tantôt en rue. Intérieur/extérieur. Un personnage se balade entre les deux. Son métier ? Éboueur. Ou plutôt, comme il le dit, «chauffeur » de camion poubelle – ses gars, eux, sont des «ripeurs», du nom de la société qui les emploie. Le reste du temps, dans le secret d'un 17 m² d'où il contemple les lueurs de la capitale, il s'invente une autre vie à grands renforts de fringues de marques. Car Parfait, c'est son nom – et celui d'un personnage du roman Mélo de Frédéric Ciriez, dont Bobée adapte ici une partie – est sapeur, ces dandys congolais pour qui l'élégance est affaire de couleurs éclatantes. Á l'heure des répétitions, ce ne sont pas ces scènes-là que l'on verra, mais la Ville Lumière. Peu reluisante, elle défile à toute allure, tandis que de l'autoradio s'échappent des bribes d'un quotidien en pilote automatique, des petites révoltes de Léa Salamé aux logorrhées de Jean-Marie Le Pen. Dans cet espèce de

Continuer à lire

Livraisons spéciales

CONNAITRE | Au moment de la sortie en salles du documentaire Steak (R)évolution, dont il est l'un des principaux protagonistes, le boucher Yves-Marie Le Bourdonnec (...)

Benjamin Mialot | Mardi 2 juin 2015

Livraisons spéciales

Au moment de la sortie en salles du documentaire Steak (R)évolution, dont il est l'un des principaux protagonistes, le boucher Yves-Marie Le Bourdonnec nous confiait son désarroi face à l'incapacité de la filière de la viande française à intégrer les enjeux sanitaires et environnementaux actuels dans ses modes de production. Une critique entendue du côté des Subsistances, où se tiendra dimanche 7 juin "Meat me", une opportune journée de réflexion (et de dégustation !) autour de notre rapport à la chair animale animée par nos camarades de Rue89Lyon. Elle donnera au passage le coup d'envoi du traditionnel temps fort estival des Sub', Livraisons d'été, qui courra cette année jusqu'au 27 juin. Entre une partie de pétanque autour d'un éphémère "Bar des sports", un concert du phénoménal beatboxer de rue Dub FX (le 18) et une carte blanche aux jeunes danseurs du CNSMD (25 et 26), on pourra notamment y découvrir le dernier spectacle d'un autre collectif aux dents longues (Les Chiens de Navarre, on vous en reparle le moment venu, soit du 10 au 13) et la tou

Continuer à lire

L'Auditorium ravive les amours mortelles de Roméo & Juliette

MUSIQUES | Roméo aime Juliette. Juliette aime Roméo. Guerre familiale, fratricide fatal, mariage secret, quiproquo létal, mort des amants. L’Orchestre National de Lyon (...)

Benjamin Mialot | Mardi 19 mai 2015

L'Auditorium ravive les amours mortelles de Roméo & Juliette

Roméo aime Juliette. Juliette aime Roméo. Guerre familiale, fratricide fatal, mariage secret, quiproquo létal, mort des amants. L’Orchestre National de Lyon vous invite par deux fois à entendre la tragédie shakespearienne selon Prokofiev, Tchaïkovski et Berlioz. Sans paroles, mais avec de grandes émotions. Raconter cette histoire d’amour et de mort sans dialogue ni mise en scène est le point commun des partitions au programme de ces concerts. Et c’est loin d’être un handicap pour l’auditeur. Car écouter ces grandes pages orchestrales garantit de recevoir un uppercut sonore en plein cœur. L’Ouverture-fantaisie que les amants de Vérone ont inspiré à Tchaïkovski est un trésor romantique tout en contrastes : cordes soyeuses, chorals de l’harmonie, explosions des tutti, tendresse introspective. Le compositeur, qui s’y connaissait en amours contrariées, visiblement inspiré par cette pièce, avait même envisagé d’y consacrer un opéra. Prokofiev, lui, a composé son chef d’œuvre Roméo et Juliette pour le ballet. Une partition parmi les plus dansées au monde qui regorge de mélodies implacables et de tension dramatique. Il y déploie s

Continuer à lire

Des amants détonnants

SCENES | Les contraintes ont du bon. Bien sûr, la production de l’Opéra de Lyon offre à Jean Lacornerie plus de moyens qu’il n’en a probablement jamais eus, à tout (...)

Nadja Pobel | Mardi 3 mars 2015

Des amants détonnants

Les contraintes ont du bon. Bien sûr, la production de l’Opéra de Lyon offre à Jean Lacornerie plus de moyens qu’il n’en a probablement jamais eus, à tout le moins des moyens que le théâtre de la Croix-Rousse seul ne pouvait déployer. Reste qu'une fois cette question financière évacuée, force est de constater que le canevas serré de cette pièce a obligé le metteur en scène à être concis, précis et inventif. Par le passé, depuis son arrivée dans ce théâtre en 2010, Lacornerie avait signé de très enthousiasmantes versions de Mesdames de la halle et, sur un ton plus désinvolte, de la comédie musicale Bells are ringing en novembre 2013. Mais Jean Lacornerie s’était aussi accordé des parenthèses qui, bien que se voulant légères, n’étaient guère un amusement pour le spectateur, comme l’inachevé Broadway melody ou très récemment des

Continuer à lire

Pierre Cartonnet : le physique du contre-emploi

SCENES | Mâchoire carrée (limite cubique), musculature de modèle anatomique, pupilles qui paraissent insoumises aux facteurs de dilatation : Pierre Cartonnet dégage la (...)

Benjamin Mialot | Mardi 11 novembre 2014

Pierre Cartonnet : le physique du contre-emploi

Mâchoire carrée (limite cubique), musculature de modèle anatomique, pupilles qui paraissent insoumises aux facteurs de dilatation : Pierre Cartonnet dégage la même sévérité juvénile que les vicieuses petites frappes de Dog Pound. Reste qu'il ne survivrait sans doute pas plus de quelques jours dans un établissement pénitentiaire tel que celui dépeint par le film de Kim Chapiron. Car sous les signes extérieurs de virilité bat le cœur d'un grand sensible. Un cliché ? Certes, mais un cliché flou, le gaillard se mouvant à toute vitesse et dans nombre de directions à la fois. Délit de belle gueule Il fallait le voir, au sortir du tremplin du dernier festival de l'Espace Gerson, admiratif du talent de concurrents qu'il venait pourtant de mettre à l'amende – avec une variation joliment lunaire sur le sketch de l'humoriste foireux – et accueillant les compliments comme on reçoit des remontrances. Sans doute un vieux réflexe : «J'ai eu une adolescence difficile. J'étais en échec scolaire dès la fin du collège et je cherchais une échappatoire. Je pratiquais déjà le cirque en loisir. J'ai appris qu'il existait des formations professionnalisant

Continuer à lire

«Une démesure géniale !»

SCENES | Pour interpréter Lucrèce Borgia, fille du cardinal espagnol et futur pape Rodrigo Borgia, vous avez fait appel à Béatrice Dalle. Ce choix a-t-il tout de (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 26 juin 2014

«Une démesure géniale !»

Pour interpréter Lucrèce Borgia, fille du cardinal espagnol et futur pape Rodrigo Borgia, vous avez fait appel à Béatrice Dalle. Ce choix a-t-il tout de suite été une évidence ?David Bobée : Pour monter Lucrèce Borgia, il me fallait une actrice qui ait le charisme, la séduction et la capacité à fasciner nécessaires au rôle ; et en même temps une part de dangerosité, de monstruosité... J’ai choisi la plus belle et la plus dangereuse. Béatrice, avec ses choix de carrière, de vie et sa personnalité entière, s’est tout de suite imposée. Elle s’essayera là au théâtre pour la première fois...Je choisis de travailler avec des personnes pour ce qu’elles sont, parce que je les aime et que j’ai envie d’offrir au public le regard que je porte sur elles. Je me moque de savoir si elles savent faire ci, si elles ont déjà fait ça... Il n’y a pas de différences pour moi entre donner le rôle de Lucrèce Borgia à Béatrice, qui est actrice de cinéma – donc actrice tout court– et travailler avec des personnes qui viennent de cultures différentes ou de disciplines différentes comme le cirque, la danse, la musique...

Continuer à lire

Une Biennale de la danse 2012 très ouverte

SCENES | En septembre, sur une période plus resserrée, la 15e Biennale de la danse proposera un panel large de «toutes» les danses : du hip-hop de la Cie Käfig ou de (...)

Christophe Chabert | Mardi 10 avril 2012

Une Biennale de la danse 2012 très ouverte

En septembre, sur une période plus resserrée, la 15e Biennale de la danse proposera un panel large de «toutes» les danses : du hip-hop de la Cie Käfig ou de Mortal Combat au néoclassicisme de Jiri Kylian (reprise de One of a kind par le Ballet de l'Opéra), en passant par le buto japonais (Ushio Amagatsu de la célèbre Cie Sankai Juku créera une nouvelle pièce à l'Opéra), les danses balinaises de la Troupe des artistes de Sebatu s'inspirant d'Antonin Artaud, les chorégraphies très plasticiennes de Rachid Ouramdane, la danse engagée et survitaminée de la sud-africaine Robyn Orlin, le flamenco puissant et radical du génial Israel Galvan, un spectacle du Ballet Preljocaj s'inspirant d'un écrit de Laurent Mauvignier, un solo concocté par le sulfureux Jan Fabre ou l'imagerie baroque de Philippe Decouflé... Comme à l'accoutumée et pour

Continuer à lire

Py à demi

SCENES | Il ne fait pas toujours dans la dentelle. Olivier Py s’amuse avec un rien et joue les fantoches avec le texte shakespearien qu’il revisite à sa sauce : (...)

Nadja Pobel | Lundi 9 janvier 2012

Py à demi

Il ne fait pas toujours dans la dentelle. Olivier Py s’amuse avec un rien et joue les fantoches avec le texte shakespearien qu’il revisite à sa sauce : gay. Avec lui, la sexualité n’est pas un sujet que l’on contourne mais que l’on aborde frontalement : «traduire ˝fils de pute˝ par ˝faquin˝ m’a toujours embêté» dit-il. Alors il s’en donne à cœur joie dans la scène 4 de l’acte II lorsque Roméo est poussé dans ses derniers retranchements par son ami Mercutio. Les jeux de mots comme «se faire secouer la poire» qui donne «skakes pear» font rire l’assemblée. Ou pas. Les deux hommes miment sur scène un jeu sexuel explicite accueilli par des «oh» et des «ah» d’embarras dans la salle qui ne pointe pourtant pas le vrai problème de Py. De sexualité et de blagues salaces, il a toujours été question dans le texte de Shakespeare. Mais cette soi-disant provocation d’Olivier Py masque surtout son manque d’idées, à l’image d’un décor bien pauvre et uniquement fonctionnel (quelques caisses et escaliers roulants sans cesse manipulés). Les acteurs ne font que courir, pour entrer et sortir du plateau au sprint, donnant plus l’impressi

Continuer à lire

Puissance deux

SCENES | Cirque / Parallèlement à Cannibales, les complices David Bobée et Renan Chéneau présentent Warm, performance circassienne où deux équilibristes tentent de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 12 juin 2008

Puissance deux

Cirque / Parallèlement à Cannibales, les complices David Bobée et Renan Chéneau présentent Warm, performance circassienne où deux équilibristes tentent de poursuivre leurs figures en résistant à une chaleur insupportable, tandis qu’une comédienne susurre à leurs oreilles bouillies un texte lui-aussi très «hot» ! La torpeur qui s’intensifie progressivement émane d’un système de projecteurs, appelés «pars», produisant une lumière virant vers le blanc. Alexandre Fray et Frédéric Arsenault devront tenir sous les «sunlights» le plus longtemps possible, persévérer dans leurs désirs d’équilibres alors que tout les invite à l’abandon… Ces deux jeunes acrobates ont par ailleurs créé en 2005 leur propre compagnie (Un loup pour l’homme) et présentent dans le cadre des Intranquilles leur premier opus, Appris par corps. Une pièce enlevée et brut qui s’inspire des Météores de Michel Tournier, roman que l’académicien décrit lui-même comme l’essai «d’illustrer le grand thème du couple humain, et d’appliquer aux êtres et aux choses une grille de déchiffrement particulièrement instructive et pénétrante, celle du couple de jumeaux vrais». Dont acte : sur une scène circulaire blanche et vide, Alex

Continuer à lire

On s’fait une bouffe ?

SCENES | Nés dans les années 1970, adolescents dans les années 1980 quand «Dorothée passe d’Antenne 2 à TF1» et avec «l’apparition des cracottes chez Heudebert», adultes (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 12 juin 2008

On s’fait une bouffe ?

Nés dans les années 1970, adolescents dans les années 1980 quand «Dorothée passe d’Antenne 2 à TF1» et avec «l’apparition des cracottes chez Heudebert», adultes dans les années 2000, ils constatent «que rester vautré, recroquevillé chez soi, avec la dernière livraison de Jack Bauer, saison 4, n’est finalement pas ce qui peut nous arriver de plus mal…»… Voilà où nous en sommes, voilà où ils en sont, eux, couple trentenaire petit-bourgeois habitant un appartement immaculé et quasiment décalqué d’un catalogue d’Ikéa. C’est dans cet intérieur qu’on les découvre, «Elle» et «Lui», et dans l’intimité de leurs discussions décousues à propos de sexe, de bonheur, de science, de politique, de tout, de rien, de pas grand chose, de ce qui reste… Dernier volet d’une trilogie qui peut se découvrir séparément, Cannibales a été écrite par Ronan Chéneau directement sur le plateau avec la complicité du metteur en scène David Bobée et de ses comédiens : «Mon travail d’écriture se fait au cœur même de la machine théâtrale, avec le travail, de la lumière et du son, le jeu, la mise en scène, pour être contaminé par eux, toujours proche du vivant, du présent. En période de création, j’écris et réécris san

Continuer à lire