Point haïssable

Benjamin Mialot | Mardi 25 mars 2014

«Molière, Feydeau… C'est vraiment s'enfermer dans des limites restreintes et, à mon avis, un peu périmées». Laissons au metteur en scène exigeant (et passionnant) qu'est Claude Régy la parenté de cette analyse, mais affirmons tout de même que nous sommes, dans une certaine mesure, d'accord avec lui. Notamment lorsqu'il s'étonne que l'on monte toujours les mêmes auteurs classiques, toujours de la même façon.

Ces «limites restreintes», Philippe Car (ex-Cartoun Sardines, maintenant à la tête de l'Agence de Voyages Imaginaires) les dynamite avec talent depuis de nombreuses années. Molière, Shakespeare et aujourd'hui Corneille : les plus grands sont tombés entre ses mains, pour des spectacles inventifs, généreux et surtout très drôles. C'est le cas du Cid, qu'il transpose dans une sorte de fête foraine, en ne lésinant pas sur les moyens - les décors et accessoires sont parfaits - et avec un souci constant de clarifier l'intrigue et d'en extraire les enjeux principaux, via notamment une réflexion sur l'honneur, au centre de la pièce – en gros, Rodrigue doit tuer le père de sa future femme car il a offensé le sien.

Sur le plateau, ça bondit dans tous les sens, ça s'étripe avec passion et ça chante aussi, le tout avec seulement cinq comédiens. Une relecture joyeuse et très cinématographique, à la manière, par exemple, de ce qu'a pu faire un Tarantino avec le western - une référence assumée par la compagnie. Si l'ensemble souffre par moments de quelques longueurs, il emporte l'adhésion au bout du compte, avec panache. N'en déplaise à Claude Régy ?

Aurélien Martinez

El Cid
Au TNG, du mercredi 26 au samedi 29 mars


El Cid!

D'après Corneille, ms Philippe Car, Cie Agence de Voyages Imaginaires, 1h20, dès 10 ans. Version revisitée, façon thriller, de la fameuse histoire d'amour impossible du Cid et de Chimène
TNG-VAISE 23 rue de Bourgogne Lyon 9e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Pas si classique

Théâtre | Encore une mise en scène d’un texte de Molière (Le Bourgeois Gentilhomme cette fois) ? Oui. Mais par Philippe Car de L’Agence de voyages imaginaires, compagnie spécialisée dans le remodelage de textes classiques pour leur donner une nouvelle jeunesse, comme on pourra le constater avec plaisir au Théâtre de la Renaissance.

Aurélien Martinez | Mardi 21 mai 2019

Pas si classique

Depuis 2007, une compagnie de théâtre française se confronte à des textes du répertoire (Corneille, Shakespeare, Molière…) avec un talent certain. Son nom ? L’Agence de voyages imaginaires. Son boss ? Philippe Car, ancien Cartoun Sardines (compagnie mythique fondée dans les années 1980) à la fois metteur en scène et comédien. Sa méthode ? Prendre des œuvres classiques emblématiques, en garder l’idée principale et la trame avant de les remodeler partiellement ou entièrement pour concevoir des spectacles drôles et terriblement efficaces. Un choix que nous a expliqué Philippe Car lui-même. « Ce n’est bien sûr pas la seule façon de les transmettre. Il y a une manière un peu muséographique, avec le texte dans son intégralité et en costumes d’époque. La Comédie-Française est là pour ça : je trouve ça intéressant d’un point de vue d’archives, pour voir comment c’était à l’époque. Par contre, pour vraiment toucher le spectateur d’aujourd’hui de la même manière que l’auteur l’avait voulu à son époque, il faut aller un peu plus loin. » Et donc du côté de la réécriture de ces auteurs du patrimoine : un procédé qui a de quoi faire bondir

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Bolle-Reddat magnifie le Godot de Fréchuret

SCENES | Cinq mois après la version magistrale de Godot par Jean-Pierre Vincent, Lyon reçoit celle du stéphanois Laurent Fréchuret : si le casting est plus inégal, la vivacité et la férocité de l’époustouflant texte de Beckett sont bien là. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 26 janvier 2016

Bolle-Reddat magnifie le Godot de Fréchuret

Pour ceux dont les souvenirs remonteraient aux vieilles années du lycée, il y a urgence à réentendre ce texte. Plus puissant que Fin de partie ou Premier amour qui tournent partout, En attendant Godot est un chef d’œuvre, parfaite alchimie entre une désespérance profonde et un espoir ultime, celui d’être ensemble, toujours, même - et surtout - face à l’inéluctable. Laurent Fréchuret n’a pas souhaité faire le malin face à ce texte-monstre, bien lui en a pris : il suit les très précises indications que Beckett a livré en didascalies et c’est dans ces contraintes qu’il trouve la liberté de rire. Pour cela, le Stéphanois a convoqué un acteur immense, Jean-Claude Bolle-Reddat. Parfait Estragon qui, entre mille autres choses, a été membre de la troupe du TNS époque Martinelli, est passé dans le décapant Prix Martin de Labiche mis en scène par Boëglin, ou a joué au cinéma sous l’œil du surdoué en surchauffe François Ozon (Une nouvelle amie). En une fraction de seconde, Bolle-Reddat est juste et il tiendra cette tension deux heu

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Les moments forts de la saison théâtre 2013/2014

SCENES | Sélection réalisée par Nadja Pobel, Benjamin Mialot et Aurélien Martinez

Benjamin Mialot | Mardi 10 septembre 2013

Les moments forts de la saison théâtre 2013/2014

Regards Née avec une malformation au visage, Séverine Fontaine a dû composer avec pendant toute son enfance. La jeune femme devenue comédienne a décidé de se nourrir de cette expérience pour livrer ce solo présenté comme «un manifeste pour la différence». Dans une scénographie convoquant une série de lampes, elle joue habilement avec le regard du spectateur. Un spectacle sincère et fort.Au Centre Albert Camus, Bron, du 1er au 4 octobre Le Président C’est grinçant et marquant comme… du Thomas Bernhard. Michel Raskine a su adapter cet immense dramaturge autrichien avec le

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Le Jour des corneilles

ECRANS | De Jean-Christophe Dessaint (Fr, 1h36) animation

Christophe Chabert | Jeudi 18 octobre 2012

Le Jour des corneilles

Étrange production que ce Jour des corneilles, qui a trop vouloir embrasser étreint particulièrement mal. Cela démarre sur un conte mythologique avec de vagues échos disneyens — un gamin abandonné recueilli par un homme des bois et élevé tel un enfant sauvage jusqu’à la mort de son mentor — avant que le film ne se pique d’une inscription historique durant la Première Guerre mondiale, sans en développer de point de vue pour autant. Au milieu se promène l’influence, beaucoup trop lourde pour lui, de Miyazaki, avec sa forêt peuplée d’esprits-animaux, vision panthéiste que le film rétrécit à la hauteur d’un discours écolo très contemporain — mais pas moins ringard pour autant. Ce drôle de rafistolage se retrouve dans les partis pris graphiques : le gamin est dessiné avec un trait proche de la BD, comme un lointain cousin de Titoff, mais les autres personnages ont droit à une approche réaliste. L’ensemble n’a ni le charme de l’animation à l’ancienne — là encore, la comparaison avec l’animé japonais n’est pas glorieuse pour Le Jour des corneilles — ni l’efficacité des produits 3D actuels. Quant au casting vocal, il faut tout de même se farcir Lorant Deutsch e

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Les Corneille s’envolent

SCENES | Les Célestins accueillent deux pièces peu jouées de Corneille : "Nicomède", écrite en 1650 et "Suréna", écrite en 1674. Deux pièces mais un seul metteur en scène, Brigitte Jaques-Wajeman, un décor et une troupe uniques pour un grand moment de théâtre. Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Lundi 26 mars 2012

Les Corneille s’envolent

Oui, les pièces de Corneille ont encore beaucoup à nous dire, quand on sait les faire parler. C’est une évidence, à la vision du travail effectué par Brigitte Jaques-Wajeman. Prenons la pièce la plus frappante du diptyque qu’elle met en scène aux Célestins, Nicomède. On y découvre le prince Nicomède donc, héros de guerre, qui revient à la cour de Bithynie contre l’avis de son père pour revoir celle qu’il aime. Derrière une intrigue sentimentale et familiale, c’est une guerre politique qui se joue, mais aussi une guerre de la jeunesse contre la vieillesse, du courage contre la corruption. Dans Nicomède, les vieux ne sont pas sages, ils sont attachés à leur pouvoir, prêts à toutes les compromissions, envieux de la jeunesse et du génie de ceux qui font leur gloire. Brigitte Jaques-Wajeman accentue le caractère comique de l’œuvre en la confiant à une troupe absolument grandiose, dans un décor minimaliste composé d’une immense table où se négocie l’avenir des États et des hommes. Le tout dans un texte en alexandrins qui balance, terriblement efficace. Ne me parlez pas d’amour L’étonnante actualité de Nicomède, sa modernité et son humour corrosif ne

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