Avril en vrille : fragile et solide comme un Roque

Danse | Après Data, le chorégraphe Manuel Roque poursuit sa quête de fondements du sujet. Son solo Bang bang allie la puissance du dépassement physique de soi à l'ouverture de failles où se dévoile la fragilité humaine.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 mars 2017

Photo : © DR


Huit spectacles pendant quatre jours, tel est le programme du festival Avril en vrille aux Subsistances. Parmi eux, deux de danse : Après-coups, projet un-femme n°2 de Séverine Chavrier, et la nouvelle création de Manuel Roque, Bang bang, sur laquelle nous avons choisi de nous concentrer... Il y a plus d'un an, aux Subsistances déjà, le chorégraphe canadien nous avait impressionné avec son solo Data sur le Requiem de Gabriel Fauré. Son corps hyper expressif et souple parvenait à figurer, en quelques mouvements, toute une série de personnalités, d'icônes religieuses ou historiques, voire de comportements animaux... Somme inconsciente des figures et des gestes dont chaque sujet, au fond, est constitué !

L'artiste a eu une formation tissée de fils multiples et bariolés : des études de théâtre puis de cirque à Montréal, un passage par la compagnie circassienne Eloïze, et, enfin, une transition vers la danse, notamment des collaborations avec la chorégraphe Marie Chouinard...

Au cœur du corps

« Étude dans l'air du temps sur le dépassement de soi, Bang bang est un objet scénique pour soliste kamikaze qui tourne autour de la notion de résistance. » annonce lui-même Manuel Roque. Après la démultiplication des identités dans Data, Bang bang interroge à nouveau la métamorphose de la subjectivité et ses fondements, mais cette fois-ci à travers l'épuisement, l'épreuve physique (de plaisir comme de douleur), le dépassement de soi...

En s'outrepassant lui-même, le chorégraphe-danseur tente de parvenir, sans narration mais à travers seulement un partage de sensations avec le spectateur, à un hypothétique fondement du corps et de la psyché. « Bang bang est un rituel contemporain personnel (donc universel), qui laisse la parole au corps dans ce qu'il a de plus combatif et désespéré. De plus libre aussi. Et s'efforce d'en partager l'indicible essence par la voie des secrets. »

Manuel Roque, Bang bang
Aux Subsistances dans le cadre du festival Avril en vrille du 31 mars au 2 avril


Bang Bang

De Manuel Roque
Les Subsistances 8 bis quai Saint-Vincent Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Moi de la danse : Émoi, émois et... moi ?

SCENES | Nouveau festival dédié à la danse contemporaine, le Moi de la danse aux Subsistances poursuit sa quête d'identité(s) et promet, après Manuel Roque, une seconde belle découverte avec le chorégraphe portugais Marco Da Silva Ferreira. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 19 janvier 2016

Moi de la danse : Émoi, émois et... moi ?

Le Moi de la danse se focalise sur la singularité : du geste chorégraphié, de l'interprète, du chorégraphe. Avec le canadien Manuel Roque, les trois étaient réunis dans son impressionnant solo Data. Sur le Requiem de Gabriel Fauré, l'ancien circassien au corps en caoutchouc, rappelait que nous sommes tous la somme d'une série de figures mythologiques, religieuses, animales, anthropologiques... Une somme d'états du corps enracinée dans un passé à la mémoire anatomique que Manuel Roque dépliait, peu à peu, à travers une danse hyper expressive et poignante. On y a perçu les cris d'un enfant comme celui d'un Munch, la violence du toréador ou celle du danseur de flamenco, les métamorphoses d'un Actéon ou la souffrance d'un crucifié... Le "Je" ou le "Moi" du chorégraphe s'avère être une singularité traversant le millefeuilles archéologique du corps, ravivant sur scène les gestes des morts (Requiem) et les liturgies hiératiques du sacré. En résidence actuellement aux Subsistances, Manuel Roque y présentera une étape de travail de sa nouvelle création le mercredi 27 janvier (entrée gratuite).

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