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Charles Di Falco : Bombes platines

Positive Education#6

Cité du design

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

portrait / En tout juste 10 ans, le festival Positive Education est devenu l’un des incontournables rendez-vous de la scène européenne des musiques électroniques. Nous rencontrons celui qui est aux manettes de cet incroyable vaisseau depuis son origine, Charles Di Falco, DJ de longue date et programmateur exigeant : un Stéphanois passionné comme on les aime.

Nous retrouvons notre homme en milieu d'après-midi à la Brasserie du Méliès, attablé devant un jus d'orange, très affairé entre deux rendez-vous. Grosse journée en plein rush final, dernière ligne droite avant le décollage de la 6ème édition... Né en décembre 1982 à Saint-Étienne, Charles Di Falco est tombé très tôt dans la marmite à musiques, biberonné au son des sonos mobiles de son père. Son grand frère collectionne les disques funk et hip-hop, tandis que sa mère écoute en boucle les Rolling Stones et France Gall.

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« En 1989 mes parents ont ouvert leur première discothèque dans la plaine du Forez, La Fiesta, qui deviendra Le Factory en 1995. Ma chambre était quasiment dans le club ! J’avais à la maison une platine vinyle Citronic, je m’entraînais laborieusement à caler des disques sur la radio. »

Comme l’affirmait Corneille, « Aux âmes bien nées la valeur n'attend point le nombre des années » : Charles commence à mixer en club dès l'adolescence, assurant des warm-up à Dijon. « J’étais vraiment happé par la musique, j’écoutais beaucoup de dance, de house et de new beat, puis beaucoup de trance, de techno et de hardcore, jusqu'à des choses très expérimentales. » Charles use plusieurs collèges puis plante le lycée à 16 ans. Il choisit alors de quitter la cité stéphanoise pour développer sa carrière de DJ à Lyon.

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Capitale des Gaules

« Je suis assez vite devenu DJ résidant au Space, qui était à l’époque l’un des meilleurs clubs français. Comme je n’étais pas encore majeur, j’ai dû quelque peu tricher sur mon âge ! C’est là que j’ai commencé à faire de belles rencontres, comme Laurent Garnier et bien d’autres. » Le jeune homme évoluera durant un peu plus de huit ans dans la capitale des Gaules, avant de trimballer ses disques entre Toulouse et Montpellier, puis de squatter une année à Barcelone. « Je suis finalement rentré à Saint-Étienne en 2009, d’où je ne suis plus reparti depuis. »

Charles aura toujours travaillé dans la musique ou dans l’événementiel, se frottant à tous les postes annexes au Djing : barman, physionomiste, gardien de parking, vestiaire, avec quelques jobs en communication. Après plusieurs projets comme E-fuse, StephaNoize, les Enfants de la Crème ou Danse Noire, Charles organise avec une bande de potes les apéros mix Peanuts Attack.

« C’était le moment où j’ai commencé à en avoir un peu marre des projets qui ne se voient pas à long terme. J’ai alors mis toute mon énergie dans un nouveau défi, celui de la dernière chance. J’ai commencé à y travailler fin 2010. Je crois avoir mis presque une année à chercher le nom de l'association, à fouiller toutes mes archives depuis 1995, jusqu’à retomber sur cette formulation en arrière-plan d’un flyer que j’avais fait pour la Villa Rouge à Montpellier. Positive Education est d’abord un titre du duo écossais Slam, sorti en 1993 chez Soma, premier label des Daft Punk. »

Embûches et bonnes surprises

L'association éponyme qui porte le festival Positive Education souffle cette année ses 10 bougies. Depuis son tout premier événement en février 2012 au Triomphe, l’histoire du festival fut semée d'embûches mais aussi jalonnée de bonnes surprises, avec notamment un public toujours plus important.

« En 2014 au Fil, nous avons accueilli Jeff Mills pour les 2 ans de l’association. Personne ne semblait alors le connaître, la soirée s’est pour autant jouée à guichet fermé. S’en est suivie une soirée avec Paula Temple dans le bâtiment 249 de la Cité du design, là où est aujourd’hui installée La Fabuleuse Cantine : nous attendions 250 personnes, plus de 700 sont venues ! L’année suivante, nous avons accueilli 1000 spectateurs au Musée de la Mine, personne n’était prêt, les gens passaient par le toit, on a eu vraiment très très peur et ça nous chamboule encore quand on y pense ! A partir de là nous nous sommes dits qu’un truc était en train de se passer. »

 En mars 2015, au cours d’une soirée où Saint-Étienne s’agitait de toute part avec simultanément des soirées au F2, au Hall C et à L’Assommoir, Charles et sa bande se prennent à rêver d’un grand festival qui aurait toute sa place à Sainté, à l’image d'autre villes post-industrielles comme Détroit, Berlin ou Manchester. « On peut dire qu’à Saint-Étienne on ne manque pas de friches. Et on la chance d’être au centre du pays avec un aéroport international à une heure de route. »

Coup de boost

L’équipe préparera l’édition 0 du festival en deux mois, avec à la clé un succès plutôt encourageant. « Nous avions fait venir Helena Hauff pour 300 euros alors qu’elle mixe aujourd’hui dans les plus grands événements de la planète ! Et d’autres artistes émergents présents chez nous cette année-là ont largement décollé depuis. L’édition pilote nous a vraiment boosté car ensuite tout est allé très vite. » Lors de l’édition numéro 1 en 2016, Resident Advisor place Positive Education au 5ème rang du classement mondial des festivals electro, une nouvelle hallucinante pour l'équipe stéphanoise qui œuvre avec de petits moyens.

« Il faut dire que les premières années, nous nous sommes quand même sentis très seuls car personne ne comprenait ce que l’on faisait, surtout au niveau local. Je pense d’ailleurs que ce sont surtout les médias nationaux et internationaux qui ont construit notre aura et nous ont permis de faire la bascule vers une renommée qui dépasse largement les frontières de l’hexagone. De toute façon, même aujourd’hui ce genre de projet n’est jamais gagné d’avance, on prend sans cesse des risques, surtout lorsque l’on défend la volonté d’être des défricheurs. Bien que nous ayons été sold out un mois avant l’ouverture du festival l’an passé avec 12 500 personnes à faire danser, je surveille les ventes chaque jour, car la conjoncture actuelle reste assez tendue. »

Dur labeur

L'équipe de Positive Education comprend un noyau dur de quatre personnes, que complètent des chargés de missions. Pendant le rush du festival, près d'une centaine de personnes supplémentaires travaillent d'arrache-pied (régisseurs, techniciens, roadies, responsables accueil ou bar, agents de sécurité...), épaulés par environ 300 bénévoles. Le budget du festival avoisine les 800 000 euros cette année. Malgré le soutien de l'EPASE, les subventions octroyées par la ville (70 000 euros), la Métropole (15 000 euros), le département (15 000 euros) et la Région (20 000 euros si tout va bien), Charles avoue devoir se démener chaque année pour que les préparatifs se déroulent bien.

« Jusqu’à la dernière minute, il faut se battre afin d'avoir des espaces suffisants pour les loges, pour faire désencombrer une cour, démonter un échafaudage, réparer des fenêtres cassées ou encore reboucher une tranchée qui condamne l'une des issues de secours ! »

Avec des retombées économiques sur la ville estimées à plus de 2 millions d'euros, le festival semble pourtant ne pas encore faire tout à fait l'unanimité au sein de la municipalité. Charles est, fort heureusement, tout le contraire du gars qui baisse les bras au premier couac. Show must go on... Les oreilles toujours en alerte, les membres de l'association consomment énormément de musique au fil de l’année.

« Nous défendons une programmation pointue et avant-gardiste. Cela représente énormément d'écoute sur SoundCloud et Bandcamp. Nous recevons bien sûr beaucoup de propositions, mais nous préférons aller nous-mêmes à la pêche. On achète encore pas mal de disques car on aime ça. Et puis quand c'est possible, nous nous déplaçons sur les grands festivals européens, surtout en Allemagne, en Angleterre, en Belgique et aux Pays-Bas. J'ai aussi très envie d'aller découvrir l'Unsound à Cracovie et le Dekmantel à Amsterdam. »

Nous gardons à l'esprit que la musique électronique est plus que jamais plurielle, festive et militante.

La programmation se compose de têtes d'affiche, d'artistes fidèles qui reviennent au festival, d'artistes émergents et de découvertes, sans oublier bien sûr la scène locale, avec des Stéphanois, des Lyonnais ou des Clermontois qui assurent les premières parties. « Si nous défendons des lignes esthétiques bien définies entre house, techno, transe expérimentale, deep techno ou jungle, nous gardons à l'esprit que la musique électronique est plus que jamais plurielle, festive et militante. »

Avis de déménagement

L'édition 2022 qui débutera le 8 novembre s'annonce phénoménale, avec l'apparition d'une quatrième scène : après un concert inaugural gratuit place Jean-Jaurès en lien avec le festival des arts numériques Pléiades, puis une soirée avant-première gratuite à la Cité du design, une soixantaine de formations se succéderont sur trois longues nuits, jusqu’à 6, 7 et 10h du matin.

« Après cinq années magiques passées au cœur du Quartier Manufacture qui l'a vu grandir, le festival devra dès l'année prochaine laisser la place au chantier du grand projet Cité du design 2025. Nous nous apprêtons donc à déménager vers une friche encore plus brute et quasiment trois fois plus vaste. Ce sera le début du deuxième chapitre de notre histoire. »

S'il devait finir ses jours sur une île déserte et laisser derrière lui sa riche collection de 22 000 vinyles, Charles emporterait avec lui quelques livres d’astronomies, de philosophie ou de cuisine, ainsi qu'un iPod chargé à bloc avec des mix et des tracks de Konduku, A Strange Wedding, Maara, Speeki Webu, Woody92, Gigi fm, Jane Fitz, Sybil, Timnah Sommerfeldt et autres raretés plus ou moins référencées.


Les coups de cœur 2022 de Charles Di Falco

Le 9 novembre :

Sky H1 & Mika Oki, The Drift Institute

Le 10 novembre :

Aya, D. Tiffany & DJ Fart In The Club, GLITTER55 & De Grandi (sortie d'album sur Ninja Tune),

Le 11 novembre :

Caïn Muchi, Job Jobse, Mama Snake, Unspent (des Stéphanois sur le label de Laurent Garnier), The Bug feat. Flowdan, Priori (le Canadien qui monte)

Le 12 novembre :

Iceboy Violet, Bambi (ça va tout péter), DBR (grosse exclu, seule et première date française de l'Australien), Higher Intelligence Agency, Kendal & Pablo Bozzi presents Infravision (qui joueront aussi au stade Geoffroy Guichard le 12 à 13h30), Marco Shuttle & Erika, Palms Trax (LA tête d'affiche house)

 

 

 

 

 

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