Love

ECRANS | Le souvenir d’une histoire d’amour racontée par ses étapes sexuelles : Gaspar Noé se met autant à nu que ses comédiens dans ce film unique, fulgurant et bouleversant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 juillet 2015

Photo : DR


Un 1er janvier, Murphy reçoit un message sur son répondeur : la mère d'Electra s'inquiète car elle est sans nouvelle d'elle depuis plusieurs semaines. Qui est Electra ? La femme que Murphy a aimée, avec qui il a vécu une passion ardente puis qu'il a laissée partir. Aujourd'hui, Murphy vit avec une jeune fille dont il a un enfant, mais ce n'est pas la vie qu'il a désirée — elle n'aurait dû être qu'une passade et ce foutu préservatif n'aurait pas dû craquer… Alors, dans un mélange de regrets et d'inquiétude, Murphy va se souvenir de son histoire avec Electra.

Love s'inscrit immédiatement sous le signe de cette nostalgie des amours gâchés, et ce saut dans le temps est pour Gaspar Noé l'occasion de construire un puzzle mental dont toutes les pièces seraient des images renvoyant au sexe – avant, pendant et après. D'où le paradoxe sublime sur lequel s'érige le film : à mesure qu'il s'enfonce dans le cerveau de Murphy, il en ramène des corps, de la chair, du plaisir, de la jouissance. Et tandis que son héros se heurte aux quatre murs de son appartement, couverts de traces d'un passé qui est autant celui du personnage que de l'auteur lui-même (un poster de Salo, la maquette du love hotel d'Enter the void), la plongée dans sa mémoire ouvre toujours plus l'espace, jusqu'à cette rencontre magnifique où les deux futurs amants se séduisent en quittant leur groupe sur les hauteurs d'un parc pour marcher seuls dans des allées verdoyantes.

Noé, seul tout contre tous

«Le temps détruit tout» ; on se souvient de cet aphorisme inscrit en lettres capitales à la fin d'Irréversible, film raconté à l'envers, de l'enfer du présent au paradis perdu du passé. Pour Gaspar Noé, le cinéma est la meilleure arme pour conjurer cette fatalité. Si on avait pu trouver naïve cette déclaration philosophique à l'époque, Love vient en expliquer les soubassements les plus personnels ; car Murphy est de toute évidence l'alter-ego du cinéaste, qui ne cesse de se mettre en jeu, quand il ne se met pas en scène, dans son film. Murphy est étudiant en cinéma, son enfant s'appelle Gaspar, son ex s'appelle Lucille (comme Lucille Hadzihalilovic, cinéaste et un temps compagne de Noé) et il joue lui-même le rôle d'un galeriste goujat, ancien amant d'Electra pour qui Murphy éprouve une jalousie féroce.

Ça ne pourrait être qu'un petit jeu de clins d'œil complices — comme la prestation du producteur Vincent Maraval en flic adepte des soirées échangistes ; c'est en fait bien plus que cela : une façon de se mettre à nu, d'attester que tout ce qui se passe sur l'écran n'est pas seulement vrai — du sexe non simulé, des notations autobiographiques — mais surtout qu'il constitue l'essence du projet mené par Gaspar Noé depuis ses débuts, à savoir filmer des histoires d'amour endeuillé par le passage du temps que la puissance du cinéma va parvenir à ressusciter. Le boucher incestueux de Seul contre tous, le fêtard d'Irréversible vengeant sa femme violée ou le junkie d'Enter the void essayant de recréer par-delà la mort le lien fusionnel qui l'unissait à sa sœur, tous étaient déjà des Murphy, mais plus encore, tous reflétaient la personnalité de Noé : un grand romantique caché derrière une surface de noirceur et de provocation.

Mélo porno contemplatif

Or, Love n'a rien de provocateur. Pourtant, jamais Noé n'a jamais flirté à ce point avec les interdits : la première scène donne le ton, puisqu'on y voit Murphy et Electra se masturber dans un plan fixe en plongée qui dure le temps du coït — ou du moins, de l'orgasme du garçon. Ce qui frappe, ce n'est pas la représentation sexuelle frontale, mais la douceur du regard que Noé porte dessus : c'est une image sereine, apaisée, où l'on prend le temps de contempler les corps et les gestes, et qu'aucun insert de mauvais goût ne fait basculer dans la pornographie. Il en sera ainsi pour chaque rapport sexuel du film, même lorsqu'ils iront explorer des réalités plus dérangeantes — échangisme, triolisme, baise rapide dans une salle de bains lors d'une fête alcoolisée. Chacun raconte l'état d'une relation par la manière dont les corps s'imbriquent ou se repoussent ; pour Noé, faire l'amour, c'est montrer où l'on en est de son amour pour l'autre. Et s'il fallait coller une étiquette à Love, ce serait celle de mélodrame porno contemplatif — des catégories pas si opposées que ça, mais dont la réunion dit à quel point le film est unique en son genre.

Noé pourrait presque se passer des mots — les dialogues ne sont que du small talk quotidien, plus encore que dans ses films précédents, ce qui n'est pas une facilité mais bel et bien un style — tant ses choix visuels disent tout sur le lien qui unit Murphy et Electra. Même la 3D finit par créer du sens : quand Murphy la filme avec sa petite caméra vidéo, la stéréoscopie se fait plus réaliste, moins stylisée. C'est que le regard du personnage n'est pas le même ; l'enthousiasme du jeune homme face à sa muse a laissé la place au spleen de l'adulte qui idéalise et lisse un passé qui ne veut pas passer.

Dans un ultime mouvement particulièrement déchirant, tout va finir par se mêler, et ce spleen-là va envahir l'écran. Quelque chose est brisé dans la vie de Murphy, irrévocablement, et après avoir ruminé ses erreurs, il n'a plus qu'à pleurer des larmes amères. C'est aussi une ultime mise au point de Noé par rapport à lui-même : c'est parce qu'il s'est complait dans le double égoïsme de satisfaire son propre plaisir en niant le désir de l'autre que Murphy a perdu Electra. Courageux aveu de la part d'un cinéaste qu'on a longtemps taxé de misogyne : ici, ce sont les hommes qui se comportent comme des salauds et les femmes qui en souffrent. Et seul le cinéma peut recoller — un temps — les morceaux.

Love
De Gaspar Noé (Fr, 2h14) avec Karl Glusman, Aomi Muyock, Klara Kristin…
Sortie le 15 juillet


Love

De Gaspar Noé (Fr, 2h14) avec Karl Glusman, Aomi Muyock...

De Gaspar Noé (Fr, 2h14) avec Karl Glusman, Aomi Muyock...

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Un 1er janvier au matin, le téléphone sonne. Murphy, 25 ans, se réveille entouré de sa jeune femme et de son enfant de deux ans. Il écoute son répondeur. Sur le message, la mère d'Electra lui demande, très inquiète, s'il n'a pas eu de nouvelle de sa fille disparue depuis longtemps. Elle craint qu'il lui soit arrivé un accident grave.


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Mickaël Mottet dans l'Oeil du Petit Bulletin #48

Indie pop | Mickaël Mottet a sorti son premier album en solo en 2020. Intitulé The Glover's Mistake, cette épreuve de celui que l'on connaît également sous le nom d'Angil est un disque poétique et qui se découvre progressivement, au fil des écoutes. Il nous en parle en vidéo.

Nicolas Bros | Mardi 30 mars 2021

Mickaël Mottet dans l'Oeil du Petit Bulletin #48

Pour découvrir la musique de Mickaël Mottet, rendez-vous sur cette page.

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Angil en solo

Disque local | Il part en solo. Le Stéphanois Mickaël Mottet s'est fait connaître à travers une multitude d'albums et projets sous différents noms : Angil (souvent accompagné de (...)

Nicolas Bros | Mardi 6 octobre 2020

Angil en solo

Il part en solo. Le Stéphanois Mickaël Mottet s'est fait connaître à travers une multitude d'albums et projets sous différents noms : Angil (souvent accompagné de ses Hiddentracks), John Venture ou plus récemment Lion in Bed avec sa compagne Schérazed. 2020 est à marquer d'une pierre blanche dans le parcours de cet artiste à la pop singulière : c'est en effet la première fois qu'il sort une épreuve sous son propre nom. Glover's Mistake (dont le nom est une référence à l'auteur-poète irlandais Nick Laird) est un condensé de la créativité de l'auteur-compositeur, qui consciensieusement a joué de tous les instruments et notamment du piano qui constitue la colonne vertébrale du disque. Toujours dans la langue de Shakespeare, Mickaël Mottet vient scander et/psalmodier ses textes pointus. Un disque exigeant, comme d'habitude avec le travail de ce musicien stéphanois. Mickaël Mottet - Glover's Mistake [We are Unique records !] (sortie le 9 octobre)

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"Lux Æterna" : Demande à la lumière !

ECRANS | ★★★★☆ De Gaspar Noé (Fr., 0h50) avec Béatrice Dalle, Charlotte Gainsbourg, Felix Maritaud… Sortie le 23 septembre 2020

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Sur le plateau du film sur la sorcellerie qu’elle dirige, Béatrice Dalle échange confessions et souvenirs avec Charlotte Gainsbourg jusqu’à ce que le tournage reprenne. Déclenchant chaos et douleurs… En à peine une heure, Noé livre un concentré magique de ce qui fait l’essence d’un tournage (et qui, en définitive, n’est pas si loin du sentiment amoureux) : l’euphorie, la complicité, la duplicité, la trahison, le rire, l’angoisse, la perversité, la manipulation, l’imprévu, le profit, l’incompréhension… Bref, un catalogue de passions humaines comprimées dans un climax et s’achevant littéralement sur une petite mort oculaire, un insoutenable orgasme de poésie écarlate stroboscopique à déconseiller absolument aux épileptiques photosensibles. Clairement placé sous le patronage artistique de devanciers qu’il prénomme au lieu de les nommer (Dreyer, Godard, Fassbinder…), scandé d’images d’Häxan, vrai-faux film schizoïde en split-screen, auto-making-off, règlement de compte avec les caprices des uns, l’orgueil des autres, les parasites de tout poil (sollicitateur

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Assemblage

USA | Depuis le 18 septembre et jusqu'au 5 janvier, la quinzième biennale d'art contemporain de Lyon bat son plein sur les 29 000 m² des Usines Fagor, (...)

Niko Rodamel | Mardi 5 novembre 2019

Assemblage

Depuis le 18 septembre et jusqu'au 5 janvier, la quinzième biennale d'art contemporain de Lyon bat son plein sur les 29 000 m² des Usines Fagor, mais aussi dans près de cent cinquante lieux de la région Auvergne-Rhône-Alpes qui entrent en résonance avec la Métropole lyonnaise. Au 14 de la rue Sainte-Catherine à Saint-Etienne, l'Espace 181 - librairie La Ciguë propose avec Art is love is god de découvrir les « assemblagistes ». Précurseurs méconnus de la beat generation. ce réseau informel de poètes et d'artistes est né à la fin des années quarante sur la côte ouest des USA. A San Francisco puis à Los Angeles, Wally Hedrick, Jess, Bruce Conner, George Herms, Wallace Berman, Edward Kienholz, Jay DeFeo ou encore Charles Brittin formaient ainsi un courant éclectique et protéiforme, livrant une exploration critique de la société américaine à travers des installations mêlant peinture, collage et sculpture à base de matériaux récupérés, mais aussi à travers la poésie, le cinéma. Il faudra attendre 1961 pour que le courant prenne une forme plus officielle, avec l’exposition The art of assemblage au MoMA de New-York. Art is love is god, jusqu'au 30 nov

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Allons à la campagne

Jazz/Sono mondiale | Depuis plus d'une quinzaine d’années, La Grange du Phaux propose à Noirétable une dizaine de concerts par an, entre jazz et musiques du monde. La saison (...)

Niko Rodamel | Mardi 5 novembre 2019

Allons à la campagne

Depuis plus d'une quinzaine d’années, La Grange du Phaux propose à Noirétable une dizaine de concerts par an, entre jazz et musiques du monde. La saison 2019 se termine avec une belle double-soirée, l'occasion notamment de découvrir le groupe Talawine Trio, au sein duquel des instruments rares (oud, doudouk, kaval, pakhawaj, doholla...) livrent une musique orientale métissée. Talawine Trio (+ Uptown Lovers), samedi 16 novembre dès 19h, La Grange Du Phaux à Noirétable

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Ay ! Que calor

Sono mondiale | Depuis son précédent album, l'eau a coulé sous les ponts de la chanteuse capverdienne Mayra Andrade. Lovely difficult est sorti en 2013 et (...)

Niko Rodamel | Mardi 1 octobre 2019

Ay ! Que calor

Depuis son précédent album, l'eau a coulé sous les ponts de la chanteuse capverdienne Mayra Andrade. Lovely difficult est sorti en 2013 et depuis, la belle a pris le temps de voyager, pour finalement poser ses valises à Lisbonne. Toujours aussi radieuse, Mayra revient aujourd’hui sur le devant de la scène avec un son nouveau, à la croisée des musiques afrocontemporaines et celles, plus traditionnelles, présentes sur ses précédents enregistrements. C'est un séjour au Ghana qui lui a littéralement retourné le cerveau lorsqu’elle y découvre l'afrobeat. L’artiste décide alors de s'en approprier l'énergie jubilatoire sur un nouvel EP, Manga, produit par Romain Bilharz. Deux beatmakers surdoués, l’Ivoirien 2B et le Sénégalais Akatché, sont aussi de la partie. Un vrai travail d’équipe entre Abidjan, Dakar, et Paris. Bilharz n’est d’ailleurs pas vraiment un inconnu dans le monde de la musique : il est l’homme qui a mis Stromae dans nos oreilles, mais aussi Kavinsky, Ayo ou C2C, excusez du peu ! Chantés en créole capverdien et en portugais, les treize titres de Manga sonnent comme un avis de canicule, un album qui donne la pêche, forcément hyper ens

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Flèche Love, dans le mille

Pop indé | Amina Cadelli, alias Flèche Love, est une artiste attachante pour plusieurs raisons : ses intentions, sa qualité artistique et sa bienveillante volonté. L'ex-chanteuse du groupe Kadebostany a livré un très premier album solo, Naga Part.1. Elle sera sur la scène du Fil en ce début de mois pour le défendre.

Nicolas Bros | Mardi 2 avril 2019

Flèche Love, dans le mille

Dans une période où le repli sur soi s'avère souvent très tentant, il est singulièrement bénéfique de faire des rencontres telles que celle de l'artiste Flèche Love. Amina Cadelli, de son nom civil, s'est révélée en solo grâce à une collaboration avec Rone, sur le magnifique titre Umusuna. Et ce n'est sans doute pas un hasard si les deux se sont trouvés pour faire émerger un titre aussi prenant. Deux belles âmes ne peuvent que faire des miracles. Après avoir quitté le groupe Kadebostany en 2015, Amina qui savait « depuis toujours » qu'elle ferait de la musique en solo, a attendu trois ans avant de pouvoir faire émerger son premier disque, Naga Part.1, sous son pseudo de Flèche Love. Un album complet et riche mêlant spiritualité, engagement mais également des références culturelles diverses (Camille Claudel, la déesse indienne Kali, Kurt Gödel...). Tout ceci, en faisant bien attention à ne pas tomber dans le « patchwork » insipide. « Il n'y a aucune préméditation dans ma musique, assure-t-elle. Un patchwork c'est une succession de pièces rapportées. Ma musique correspond davantage au bouillonnement que j'ai en moi. On pourrait dir

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Papy funky

Funk | Des légendes vivantes, il n’en reste guère… et Maceo Parker est de celles-là ! Né en 1943 en Caroline du Nord, il est sans doute le saxophoniste le plus (...)

Niko Rodamel | Mercredi 31 octobre 2018

Papy funky

Des légendes vivantes, il n’en reste guère… et Maceo Parker est de celles-là ! Né en 1943 en Caroline du Nord, il est sans doute le saxophoniste le plus funky de la planète, mondialement connu pour la place qu’il a tenu durant vingt-cinq ans au sein du groupe The JB’s, la mythique funk machine du grand James Brown. Admiré pour son étonnante longévité artistique, le musicien fêtait son soixante-quinzième anniversaire le 14 février dernier, jour de la Saint-Valentin, avec un nouvel album en parfait raccord : It’s All About Love ! Parker est accompagné par le WDR Big Band de Cologne (dont le pianiste allemand Michael Abene signe les arrangements), rejoint par la batteuse Cora Coleman et le bassiste Carrol Dashiel. Toujours sur la brèche et littéralement increvable, Maceo ne cesse de parcourir le monde, encore capable d’enquiller près de deux cents concerts par an, d'une durée moyenne de 2h30 chacun ! Respect… Si parfois le saxophoniste remet un peu de jazz dans son funk, le groove demeure le même, imparable, presque viscéral. L’homme est aussi un personnage étonnamment attachant, communiquant avec son public à chacun de ses concerts avec une sincère bienveillance et une to

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Perché

Expo dans un théâtre | Dans cette ruelle en pente pas encore forcément connue de tous les Stéphanois (c’est bien dommage), se tiennent à quelques mètres l’un de l’autre deux théâtres (...)

Niko Rodamel | Mardi 2 octobre 2018

Perché

Dans cette ruelle en pente pas encore forcément connue de tous les Stéphanois (c’est bien dommage), se tiennent à quelques mètres l’un de l’autre deux théâtres qui sont aussi des lieux d’exposition. Le Verso domine le Chok de quelques mètres dans la rue Bernard Palissy, mais les deux s’entendent à merveille. Celui d’en haut (le Verso, vous suivez ?) accueille une double-expo qui promet de vous aérer les neurones. L’artiste MP0804-h (ne cherchez pas, il a pris le nom de son disque dur) propose simultanément l’installation Theory of Everything et la série photographique Lovestream. La première présente un dispositif musical et visuel qui détourne la lumière industrielle des néons pour en tirer les impulsions orageuses d’un ciel artificiel. La seconde rassemble des captures d’écran puisées dans un flux de communications vidéos intercontinentales, figeant le souvenir de relations amoureuses dans une imagerie que les bugs informatiques ont rendu monstrueuse. Intrigués ? Allez voir par vous-même au Verso. Theory of Everything + Lovestream de MP0804-h, du 18 au 29 octobre au Verso

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"Climax" : Redrum on the dance floor

Rouge qui tache | Le réveillon d’un corps de ballet vire inexplicablement en orgie hallucinatoire et sanglante, rythmée par le tempo du DJ. Après Love, Gaspar Noé signe un nouveau film de beat ; un cocktail de survival et de transe écarlate soignant au passage la télé-réalité à la sangria arrangée.

Vincent Raymond | Mardi 4 septembre 2018

Chorégraphe, Selva a réuni une équipe internationale de danseurs pour son nouveau projet qu’elle achève de répéter dans une salle isolée. Après un ultime filage, la troupe s’octroie un réveillon festif sur la piste, s’enivrant de musique et de sangria. Mais après quelques verres, les convives se mettent à vriller sérieusement. Qu’y avait-il donc dans cette satanée sangria ? On achève bien les chevaux, Orange mécanique, La Mort en direct et Chorus Line (à sniffer) sont sur un parquet. Et c’est Gaspar Noé qui mène le bal, imprimant son rythme de contredanse dès une brève ouverture proleptique annonçant la boucherie finale, sur fond de générique (grandiose) à rebours. Comme un shoot de futur pour amplifier par l’excitation de l’attente l’effet obtenu par la désagrégation progressive de la mécanique artistique la plus disciplinée qui soit : une chorégraphie. Sauf que celle-ci se déroulant durant un réveillon — point d’orgue dionysiaque de tous les paganismes — est vouée à la dilacération.

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Ode au cirque

Festival des 7 Collines (Loire) | Si Saint-Étienne peut se targuer d'avoir 7 Collines au même titre que des villes telles que Rome, Yaoundé ou Lisbonne, elle peut également bomber le torse (...)

Nicolas Bros | Mardi 3 juillet 2018

Ode au cirque

Si Saint-Étienne peut se targuer d'avoir 7 Collines au même titre que des villes telles que Rome, Yaoundé ou Lisbonne, elle peut également bomber le torse grâce à un festival au nom rappelant cette curiosité géographique. Référence en la matière circassienne, ce rendez-vous annuel de fin juin-début juillet, est une période dense où les spectacles de compagnies venues du monde entier émeuvent les Stéphanois et les habitants de la métropole. Cette année, le festival propose quelques nouvelles petites douceurs comme la création Circus I Love You. Cette dernière réunit huit acrobates issus de six pays différents et ayant fait leurs preuves dans des compagnies telles que La Meute, Sisters ou encore Sirkus Aikamoinen. Un gage de qualité pour ce spectacle qui devrait mêler figures de style, musique et une bonne dose d'absurdité. Circus I Love You, vendredi 6 & samedi 7 juillet à 20h30, dimanche 8 juillet à 18h au Parc-Musée de la mine, dans le cadre du festival des 7 Collines

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"Love addict" : Sur le divan

Flirt | Séducteur compulsif, Gabriel a perdu son dernier job à cause de son… inextinguible besoin de conquérir les femmes. Pour conserver son nouveau poste, il a (...)

Vincent Raymond | Mercredi 18 avril 2018

Séducteur compulsif, Gabriel a perdu son dernier job à cause de son… inextinguible besoin de conquérir les femmes. Pour conserver son nouveau poste, il a recours aux services d’une psy reconvertie coach, Marie-Zoé. Leur animosité mutuelle ne cache-t-elle pas une vague attirance ? Et si le problème cardinal des films avec Kev Adams, c’était tout simplement Kev Adams ? Dans son genre, Love Addict n’est pas si mal : pour qui s’est infligé Gangsterdam ou Les Aventures d’Aladdin, c’en est presque miraculeux. Car il s’agit d’une variation ne disant pas son nom — se peut-il qu’elle s’ignore ? — et assagie du délirant What’s New Pussycat ? (1965) de Clive Donner. Jadis scénarisée par Woody Allen, cette comédie sur un impénitent collectionneur prend au passage une sale teinte ironique à présent que ce dernier est considéré comme un vieux satyre. Frank Bellocq n’est ni Donner ni Allen, mais il se tire plutôt bien de

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Sexy 70s

Théâtre | La rencontre de Michel Foucault avec un autostoppeur de 20 ans donnera lieu à un livre d’entretiens en 1975. À travers le récit d’un parcours individuel, (...)

Houda El Boudrari | Mardi 3 octobre 2017

Sexy 70s

La rencontre de Michel Foucault avec un autostoppeur de 20 ans donnera lieu à un livre d’entretiens en 1975. À travers le récit d’un parcours individuel, avec en creux le portrait de son célèbre interviewer, c’est aussi le formidable instantané d’une époque libertaire en pleine mutation, bouillonnante de tous les débats d’alors, qui nous invite à considérer combien le monde a changé depuis. Letzlove, Portrait(s) Foucault, jeudi 19 et vendredi 20 octobre à 20h, à La Comédie de Saint-Étienne

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Serge Prud’homme alias Deloupy

Portrait BD | Co-fondateur des Editions Jarjille, Serge Prud’homme (aka Deloupy) est un illustrateur heureux. L’album Love story à l’iranienne sorti aux éditions Delcourt en 2016 (d’après une enquête de Jane Deuxard) a reçu plusieurs prix très encourageants, ouvrant au dessinateur de nouveaux horizons à la lumière d’une reconnaissance amplement méritée. Rencontre, dans son atelier du centre-ville de Saint-Étienne, avec un homme curieux de tout et humainement attachant.

Niko Rodamel | Mardi 5 septembre 2017

Serge Prud’homme alias Deloupy

Gamin, Serge lit et relit mille fois les BD familiales, les classiques Tintin, Astérix et Gaston… « Je ne dessinais ni plus ni mieux qu’un enfant ordinaire. » En revanche, sa rencontre avec Michel Jacquet (qui deviendra plus tard son complice Alep) a sans doute été décisive. Les deux garçons se sont connus vers l’âge de huit ans, dans le voisinage de la maison de campagne familiale, entourés de toute une bande de gosses. Pendant des années, les deux copains vont partager leurs lectures mais ils commencent aussi à échanger sur la BD. Il faudra attendre quelques années avant que l’adolescent, optant pour un Bac A3, prenne conscience que le dessin pourrait bien prendre une place grandissante dans son champ des possibles. Après une année infructueuse aux Beaux-arts de Saint-Étienne puis une année sabbatique aux Pays-Bas, Serge s’inscrit presque sur un coup de tête aux Beaux-arts d’Angoulême, capitale nationale autoproclamée de la bande-dessinée. « J’ai passé là-bas trois années très riches dans l’atelier BD où j’ai pu beaucoup mieux cerner les finalités du métier, grâce à de nombreuses rencontres avec des pros, des auteurs ou des éditeurs. » Serge Prud’homme débute

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Deux soirées du 1001 Bass déplacées

MUSIQUES | La cinquième édition du festival de musiques électroniques 1001 Bass, qui se déroulera du 27 au 29 octobre avec de belles têtes d'affiches (Filastine, Scratch (...)

Nicolas Bros | Vendredi 30 septembre 2016

Deux soirées du 1001 Bass déplacées

La cinquième édition du festival de musiques électroniques 1001 Bass, qui se déroulera du 27 au 29 octobre avec de belles têtes d'affiches (Filastine, Scratch Bandits Crew, UMWELT, The Supermen Lovers, ...), devait voir ses soirées n°2 et 3, se dérouler au Parc des Expositions. Finalement, ces deux événements se dérouleront au Fil avec une fermeture à 6h. L'organisation explique ce changement de lieu pour des « problèmes indépendants de [la] volonté de l'association ». Le line-up reste inchangé. Si toutefois, les possesseurs de billets veulent se faire rembourser, ils le peuvent par le biais de l'application YurPlan ou en envoyant un mail à chloe.1001bass@gmail.com. 1001 Bass Music Festival #5 avec Scratch Bandits Crew, Vandal, Filastine, The Supermen Lovers, UMWELT, ..., du 27 octobre au 30 octobre, au Clapier et au Fil à Saint-Étienne

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"Love & Friendship" : une délicieuse adaptation de Jane Austen

ECRANS | Avec cinq longs-métrages en vingt-cinq ans, Whit Stillman semble du genre à se faire désirer. Logique qu’il ait succombé aux charmes de Lady Susan, cultivant la séduction comme l’un des beaux-arts. En résulte une transposition délicieuse du roman épistolaire de la jeune Jane Austen… Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 31 mai 2016

Le rôle du cinéma et de la télévision dans le regain de popularité rencontré par l’œuvre de Jane Austen est indubitable : la prodigieuse quantité d’adaptations — qui elles-mêmes ne l’étaient pas toutes — déversées sur les écrans depuis une vingtaine d’années a contribué à la postérité contemporaine de l’auteure britannique au-delà du périmètre des lecteurs avertis et des anglophones. La surexposition de Orgueil et Préjugés, Raison et Sentiments ou Emma a cependant eu comme corollaire étrange de restreindre la notoriété de ses écrits à ces quelques titres, abandonnant les autres à une ombre plus épaisse encore. En un sens, c’est heureux que personne ne se soit emparé de Lady Susan avant Whit Stillman : il a eu le bonheur de travailler sur un matériau vierge de tout repère. Et de façonner “son” image de Lady Susan. Une Kate avisée d’un époux aisé Celle-ci épouse les traits merveilleux — comment pourrait-il en être autrement, puisqu’il s’agit d’une coureuse de beau parti, fine manigancière au physique envoûtant — de Kate Beckinsale. Il y a une autoréférence

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L’Avenir

ECRANS | Critique du film L'avenir de Mia Hansen-Løve (Fr, 1h40) avec Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinka…

Vincent Raymond | Mercredi 6 avril 2016

L’Avenir

Triste exemple de régression artistique, ce film bien mal nommé voit Mia Hansen-Løve retomber dans les travers de ses débuts, dont on la croyait guérie depuis le lumineux Le Père de mes enfants (2009). Ce cinéma sorbonnard, construit dans l’imitation admirative des aînés Eustache, Garrel ou Assayas (évidemment), s’ingénie à aligner des saynètes froides censées capturer la vie dans sa crue réalité, des séquences de comédie pathétique (avec la vieille grand-mère qui perd la boule), entrelardant le tout de tunnels verbeux bilingues franco-allemands fourrés à la dialectique. Parfaitement formaté pour les festivals : la Berlinale lui a décerné un Ours d’argent… Très proche du personnage qu’elle interprétait — on aurait du mal à dire “incarner” tant son corps physique paraît de plus en plus s’effacer à l’écran — dans Villa Amalia (2009) de Benoît Jacquot, Isabelle Huppert affiche ici la même indifférence face aux événements ; à peine semble-t-elle concernée comme spectatrice. Postulons qu’il s’agit d’une stratégie de protection, car la réalisatrice sadise son héroïne impassible avec une étonnante obstination, au point de la

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10 Cloverfield Lane

ECRANS | Critique du film 10 Cloverfield Lane de Dan Trachtenberg (É-U, 1h50) avec Mary Elizabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher Jr.…

Vincent Raymond | Mercredi 16 mars 2016

10 Cloverfield Lane

En 2008, Matt Reeves électrochoquait le principe du film catastrophe apocalyptique en hybridant faux found footage et monstres exterminateurs dans Cloverfield, une expérience de cinéma aussi accomplie du point de vue théorique que spectaculaire. Ni suite, ni spin-off classique, 10 Cloverfield Lane s’inscrit dans sa lignée en combinant atmosphère de fin du monde, huis clos sartrien avec potentiel(s) psychopathe(s)… et monstres exterminateurs. Producteur des deux volets, J.J. Abrams pourrait lancer une franchise en s’attaquant ensuite au mélo, à la comédie musicale, au polar : tout peut convenir, du moment que l’on ajoute “Cloverfield” dans le titre et intègre des monstres en codicille ! Si Cloverfield montrait une fiesta virant au massacre, puis au survival, 10 Cloverfield Lane démarre privé de toute insouciance par une rupture pour se précipiter, très vite, dans le confinement subi d’un bunker et sa promiscuité. C’est que les temps ont changé : l’inquiétude et la paranoïa règnent. Plus pressante, la menace n’est plus le seul fait d’entités étrangères ; elle émane aussi de bon gros rednecks se révélant immédiatement

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Un Moi(s) de cinéma #7

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo.

Christophe Chabert | Mardi 30 juin 2015

Un Moi(s) de cinéma #7

Au sommaire de ce Moi(s) de cinéma, les films à voir absolument en ce mois de juillet : • Victoria de Sebastian Schipper • Microbe et Gasoil de Michel Gondry • Love de Gaspar Noé • While we're young de Noah Baumbach • Sorcerer de William Friedkin (reprise)

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Valley of love

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h32) avec Gérard Depardieu, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mardi 16 juin 2015

Valley of love

« Putain, la chaleur ! » dit Gérard (Depardieu) transpirant sous le soleil californien lorsqu’il retrouve son ex-compagne Isabelle (Huppert). Qui sont-ils et que viennent-ils faire là ? La première réponse est la plus complexe : Depardieu et Huppert sont comme des hybrides du couple qu’ils formèrent à l’écran à l’époque de Loulou et des comédiens qu’ils ont été ensuite. Ce mélange-là, entre ce que l’on sait de leur vie (étalée et commentée pour Depardieu, plus discrète pour Huppert) et les rôles que leur fait jouer Guillaume Nicloux, est la meilleure idée de Valley of love, son mystère le plus persistant. Il repose sur l’idée que certaines stars ont un besoin minimal de fiction pour exister à l’écran, charriant leur légende avec eux. Cette fiction a minima répond à la deuxième question et s’avère plus problématique : convoqué post-mortem par un fils gay, exilé aux États-Unis et récemment suicidé, le couple traverse le désert en attendant un signe de cet enfant disparu qui leur promet de revenir. On sent que Nicloux aimerait retourner aux sources atmosphériques et inquiétantes de ses premiers polars (notamment le beau Une affaire privée

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Snow Therapy

ECRANS | De Ruben Östlund (Suède-Dan-Norv-Fr, 1h58) avec Johannes Bah Kuhnke, Lisa Loven Kongsli…

Christophe Chabert | Lundi 26 janvier 2015

Snow Therapy

Quelque part dans les Alpes, une famille suédoise parfaite jusqu’au bout des ongles — papa, maman, les enfants, tous beaux, propres et bien élevés — vont vivre un drôle de psychodrame. Alors qu’ils boivent tranquillement un verre dans un bar de montagne, une avalanche est déclenchée et le mari paniqué, au lieu de secourir son épouse et ses gosses, préfère se carapater avec son portable. Incident anodin, a priori, mais dont les conséquences vont faire voler en éclats l’harmonie familiale : sa femme prend conscience que le chef de famille est en fait un lâche, et entêté par-dessus le marché puisqu’il refuse de reconnaître sa couardise. Ruben Östlund se livre alors à une analyse au scalpel des rapports humains, en enfermant ses personnages dans une multitude de bocaux hermétiques au monde extérieur : celui du décor, appartements tristes aux lignes géométriques coupantes ou pistes de ski enneigées et perdues dans la brume, mais surtout celui de la mise en scène, avec ses cadres inamovibles et mesurés au poil pubien près. Soit un cinéma qui se situe entre l’humour noir de l’Europe du Nord (Östlund est Suédois) et les études sociologiques glaciales et misanthropes de l’Autrich

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Love is strange

ECRANS | D’Ira Sachs (ÉU, 1h38) avec John Lithgow, Alfred Molina, Marisa Tomei…

Christophe Chabert | Mercredi 12 novembre 2014

Love is strange

Ben (John Lithgow) et George (Alfred Molina) décident, après 39 ans de vie commune, de se marier. Mais, une fois leur union connue, George est viré son travail dans une école catholique et ils doivent se résoudre à vendre leur appartement new-yorkais, puis à vivre séparément en attendant de trouver un nouveau logement. Au diapason des airs de Chopin qui lui servent de bande-son, Love is strange distille une petite musique douce pour raconter sans effusion mélodramatique une histoire simple, cruelle et bouleversante : comment un enchaînement de circonstances malheureuses vient rappeler à un couple ordinaire la précarité de son existence. Ira Sachs, sans tomber dans le didactisme ou le militantisme, mais en prêtant une attention constante aux doutes et aux petites humiliations commises ou subies par ses personnages, montre ainsi que George et Ben sont au croisement de plusieurs minorités : gays, mais aussi âgés, sans emploi et sans domicile. Ce qui pèse sur l’un — le licenciement injuste de George — ne pèse pas sur l’autre — Ben devient un fardeau pour la famille qui l’accueille, ne trouvant jamais vraiment sa place — et seul l’amour indéfectible qui les unit leur

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Eden

ECRANS | Présenté comme un film sur l’histoire de la French Touch, Eden de Mia Hansen-Love évoque le mouvement pour mieux le replier sur une trajectoire romanesque, celle d’un garçon qui croyait au paradis de la house garage et qui se retrouve dans l’enfer de la mélancolie. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Eden

Nuits blanches et petits matins. L’extase joyeuse des premières soirées techno-house où le monde semble soudain s’ouvrir pour une jeunesse en proie à un nouvel optimisme, à toutes les expériences et à toutes les rencontres ; et ensuite la descente, le retour chez soi, la gueule de bois, le quotidien de la vie de famille et des disputes amoureuses. Cette courbe-là, Eden la répète à deux échelles : la plus courte, celle des cérémonies du clubbing d’abord sauvages, puis ritualisées via les soirées Respect ; et la plus large, celle de son récit tout entier, où l’utopie de la culture house-garage portée par son héros se fracasse sur la réalité de l’argent, des modes musicales et du temps qui passe. Aux États-Unis, on appelle ça un «period movie», un film qui embrasse une époque et un mouvement, de ses prémices à son crépuscule. Eden, quatrième film de Mia Hansen-Love répond en apparence à ce cahier des charges, puisqu’il s’étend sur une dizaine d’années, à la charnière des années 90 et des années 2000, celles où la France a été une tête chercheuse du mouvement techno, avec en figures de proue les deux membres de Daft Punk, Thomas Bangalter et Guy-Ma

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Only lovers left alive

ECRANS | Retour en grande forme de Jim Jarmusch avec ce film à la force tranquille qui imagine des vampires dandy, rock’n’roll, amoureux et dépressifs, gardiens d’une culture mise en péril par la révolution numérique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Only lovers left alive

Adam et Eve ne sont ni le premier homme, ni la première femme de la création, mais les derniers amants-vampires sur terre ; c’est le premier scoop du nouveau film de Jim Jarmusch, joliment ironique. Eve s’est retiré à Tanger, où elle fréquente rien moins que Christopher Marlowe — qui, en plus d’avoir écrit les pièces de Shakespeare, est lui aussi une créature de la nuit, éternelle quoique mal en point ; Adam vit à Détroit au milieu de sa collection de guitares et de son studio analogique, reclus et phobique face aux «zombies» qui l’entourent — on ne saura pas si le terme qualifie péjorativement le commun des mortels ou si effectivement l’humanité est désormais divisée en deux catégories de morts-vivants. Les liens qui les unissent relèvent autant d’un héritage romantique que d’une réalité qui passe par les moyens de communication contemporains : Eve et son IPhone en Facetime, Adam avec un bricolage mêlant câbles, télé et caméra. C’est en fait surtout la mise en scène de Jarmusch qui les réunit, comme lors de ses travellings en spirale enchaînés et fondus avec le mouvement d’un antique 33 tours. Son scénario aussi va les obliger à se retrouver : alors qu’Adam, tr

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Panorama Ciné 2014

ECRANS | Après une année 2013 orgiaque, 2014 s’annonce à son tour riche en grands auteurs, du maître Miyazaki à une nouvelle aventure excitante de Wes Anderson en passant par les vampires hipsters croqués par Jarmusch et les flics tarés de Quentin Dupieux… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 3 janvier 2014

Panorama Ciné 2014

Le Vent se lève, il faut tenter de vivre… disait le titre intégral du dernier film d’Hayao Miyazaki qui, après 25 ans au service de l’animation japonaise, a décidé de tirer sa révérence avec cette œuvre effectivement testamentaire, dont on vous parle juste à côté. Il sera le premier en cette rentrée à illuminer les écrans, mais 2014 ne sera pas en rade de grands auteurs, au contraire. On ronge bien sûr notre frein en attendant de découvrir la deuxième partie du Nymphomaniac de Lars von Trier (29 janvier), dont le Volume 1 nous a conquis par son insolente liberté de forme et de ton ; le même jour, par un hasard de calendrier, Riad Sattouf, formidable auteur de BD et réalisateur d’une des meilleures comédies françaises de ces dernières années (Les Beaux Gosses), mettra lui aussi Charlotte Gainsbourg à l’honneur dans sa fable caustique Jacky au royaume des filles. Belles et bêtes Au petit jeu des comédiens qui vont truster l’affiche en 2014, on trouve,

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It felt like love

ECRANS | D’Eliza Hittman (ÉU, 1h22) avec Gina Piersanti, Ronen Rubinstein…

Christophe Chabert | Lundi 15 juillet 2013

It felt like love

L’initiation sentimentalo-sexuelle d’une adolescente comme matière à un premier film réalisé par une jeune femme, c’est un programme désormais attendu et qui relie Europe, Asie et Amérique. It felt like love souffre de ce manque d’originalité, même si Eliza Hittman sait de toute évidence mettre en scène les situations traversées par son héroïne Lila sans sombrer dans les clichés les plus éculés. Tentant avec obstination de perdre sa virginité, elle se heurte à un double obstacle : celle de sa meilleure amie, plus précoce et lucide qu’elle, dont elle fait son modèle, et celle du beau gosse sur lequel elle a jeté son dévolu, et qui semble manifestement peu intéressé par cette ado à côté de la plaque. La neurasthénie de Lila, immuable du premier au dernier plan, insuffle une santé morose au film que le naturalisme étouffant d’Hittman contribue à souligner. Empêtré dans son esthétique 5D (du nom de l’appareil photo vidéo Canon devenu le refuge des productions à petit budget), It felt like love peine à s’extraire d’une enfilade de gros plans à la mise au point aléatoire, comme si la cinéaste était inc

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Cannes, à la Vie, à l’amour…

ECRANS | En couronnant ce qui est incontestablement le meilleur film de la compétition, La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, Steven Spielberg et son jury ont posé un beau point final à un 66e festival de Cannes passionnant en son centre, moins stimulant dans ses périphéries. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 28 mai 2013

Cannes, à la Vie, à l’amour…

Y croyait-on vraiment ? Imaginait-on Steven Spielberg se lever de sa chaise durant la cérémonie du palmarès cannois pour annoncer, du haut de sa stature de cinéaste mondialement reconnu et présentement président du jury, la Palme à La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, chef-d’œuvre du naturalisme à la française relatant la passion entre Adèle et Emma à coups de grands blocs de réalité réinventée, des premiers regards à la dernière étreinte en passant par de longs moments d’intimité physique ? C’est pourtant ce qui s’est passé, et on en est encore ému. Car si La Vie d’Adèle n’était pas notre film préféré de la compétition — on dira lequel après — c’était d’évidence le meilleur, le plus incontestablement ample et abouti, le plus furieusement contemporain, que ce soit dans sa matière romanesque, ses personnages ou son dispositif. Kechiche est aujourd’hui l’héritier direct de Pialat, même s’il développe aussi sa propre singularité et même si, avec ce film-là, il dévoile sa part la moins sombre, la plus solaire, comme une antithèse absolue de son précédent et terrible Vénus noire. C’est aussi

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Cannes – Jour 10 : Bouquet final

ECRANS | The Immigrant de James Gray. Only lovers left alive de Jim Jarmusch. La Vénus à la fourrure de Roman Polanski.

Christophe Chabert | Samedi 25 mai 2013

Cannes – Jour 10 : Bouquet final

Au moment où n’importe quel festivalier voit apparaître sur son visage des rides de fatigue qui le font ressembler à Bruce Dern dans Nebraska, il fallait pourtant se ressaisir d’urgence, car Thierry Frémaux, dans un hallucinant tir groupé final, avait placé en fin de compétition de très gros morceaux signés par de très grands cinéastes. C’est d’ailleurs à l’aune de cette attente, pour le coup gigantesque, que The Immigrant de James Gray a déçu. Attention, tout de même… Gray, dont les quatre derniers films ont tous été présentés en compétition, y a systématiquement récolté les mêmes commentaires perplexes ou frustrés, avant que lesdits films, à leur sortie, ne reçoivent un accueil enthousiaste d’une presse ayant revu son jugement à la hausse, et de spectateurs qui ont l’avantage considérable de ne pas s’être empiffré 35 films en dix jours. Mais la déception est soigneusement entretenue par Gray lui-même. En effet, The Immigrant part sur une piste qu’on identifie immédiatement comme coppolienne façon Parrain 2. Plan sur la stat

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Like someone in love

ECRANS | D’Abbas Kiarostami (Fr-Jap, 1h49) avec Rin Takanashi, Tadashi Okuno…

Christophe Chabert | Lundi 8 octobre 2012

Like someone in love

Comme s’il faisait le tour du monde aux frais de son producteur selon le deal un pays=un film, Kiarostami débarque au Japon après avoir visité la Toscane et en tire une œuvre déroutante. Adieu les dispositifs conceptuels et les dialogues chiants comme la mort de Copie conforme ; Like someone in love marque un retour confortable à la figure kiarostamienne par excellence, à savoir la promenade en voiture. D’abord en taxi avec une étudiante call girl, puis dans le 4X4 d’un vieux professeur pas très libidineux, qui doit se dépatouiller avec le petit ami jaloux de ladite call girl. Constitué de grands blocs en temps réel parfois paresseux (l’écoute en continu des dix messages sur la boîte vocale), parfois inspirés (le premier dialogue entre le prof et le boyfriend nerveux), le film se repose entièrement sur sa petite musique narrative et ne cherche jamais à développer de sous-texte ou de théorie. Tant mieux car à ce petit jeu, Kiarostami s’en tire plutôt bien, avec un dialogue élégant et des comédiens toujours justes. Reste la queue-de-poisson finale : le cinéaste a-t-il sciemment coupé la résolution de son film ou montre-t-il ici à quel p

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Ompa Bompa c'est bon ça…

MUSIQUES | Nous avons écouté le dernier CD du groupe OMPA BOMPA, «To Our Dearly Beloved».

Marc Chassaubene | Lundi 30 janvier 2012

Ompa Bompa c'est bon ça…

L’odyssée Ompa Bompa débute en 2001, avec la réunion de sept musiciens ligériens animés par le même désir de proposer une oeuvre originale : Julien Bertrand (trompette et bugle), Ludovic Murat (sax alto et soprano), Vincent Périer (sax ténor et soprano ainsi que clarinette), Franck Boyron (trombone), Emmanuel Déplaude (clavier), Christophe Garaboux (basse) et Olivier Génin (batterie). Depuis, Julien Sarazin (découvert avec No Logic) a repris la basse et le sextet en est, après Clap Mental et Duke, Jungle ?, à sa troisième création. To Our Dearly Beloved aligne pas moins de douze titres composés par Emmanuel Déplaude et un treizième signé Vincent Périer. «Le point de départ de ce nouveau répertoire, explique Emmanuel, a été la lecture du roman de Toni Morrison, Beloved, dont le récit se situe en 1870 dans les états du sud des Etats-Unis. L’écriture de Morrison se fait déjà musique par la façon dont elle tend à se placer au-delà de ce que les mots peuvent exprimer. Cependant, même si sur scène une voix off en cite certains passages, les compositions ne racontent pas le livre, ce sont plutôt des impressions de lecture !» Il nous faut

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