En avant, Mars !

ECRANS | Même si l’hiver a été insignifiant, prendre un peu d’élan pour basculer dans le printemps ne se refuse pas. Ça tombe bien : moult films à l’affiche de mars ont des fourmis dans les jambes et la tête, parfois, dans les étoiles… Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 1 mars 2016

Photo : Benoît Poelvoorde dans Saint Amour © DR


Bouger, s'exiler, migrer ; et puis retourner là où tout a commencé, pour enclencher autre chose… Le voyage, grande affaire de l'existence — qu'on perçoit souvent comme une gigantesque traversée —, est aussi le propre de l'Homme. Et dans une période où le repli trémulant derrière les frontières est brandi comme une panacée par tous les complices objectifs des obscurantismes rétrogrades, voir fleurir sur les écrans pléthore de films aux semelles de vent à quelque chose de réconfortant. D'autant que le voyage prend, selon les cinéastes, des formes très diverses…

La tentation de l'ailleurs

Le plus proche dans sa sortie (2 mars) va le plus loin dans le délire, mais aussi dans sa complexité ontologique : vrai-faux film anglais tourné en Belgique par le Français Antoine Bardou-Jacquet avec l'Américain Ron Perlman Moonwalkers, s'inspire de cette fameuse rumeur selon laquelle la conquête de la Lune aurait été simulée, la Nasa ayant commandité à Kubrick le tournage d'un faux alunissage. William Karel avait signé un prodigieux documentaire (Opération Lune) sur le mode sérieux, on glisse ici dans la comédie d'espionnage sous psychotropes façon Guy Ritchie. Beaucoup plus plaisant au rayon europudding que A Perfect Day (Un jour comme les autres), de Fernando León de Aranoa (16 mars), avec Mélanie Thierry, Tim Robbins et Benicio del Toro rappelant l'esprit du No Man's Land de Danis Tanović : une situation de conflit absurde, une équipe d'intervention des Nations-Unies, des humanitaires… Un court métrage bien senti aurait pu suffire à montrer la bêtise au front de taureau des administrations, alors pourquoi avoir poussé le vice sur 1h46 ?

Si l'on veut un autre film sur les conséquences de la guerre, alors il faut se ruer sur Louis-Ferdinand Céline (9 mars). Emmanuel Bourdieu s'inspire d'un épisode de la période d'exil au Danemark durant lequel l'écrivain génial mais antisémite, styliste novateur mais collaborationniste fieffé, reçut l'un de ses plus fervents séides, Milton Hindus. Venu pour plaider la cause de l'artiste, cet intellectuel juif américain découvrit à ses dépens un roué manipulateur. Encore un rôle incandescent de monstre pour le noueux Denis Lavant, aussi fascinant que cauteleux dans la peau de l'immonde docteur.

Partir, revenir

Ce sont souvent les racines familiales qui obligent à prendre le billet retour. Dans Marseille (16 mars), Kad Merad quitte le Canada pour aller au chevet de son père. Il n'aurait peut-être pas dû : malgré son évidente sincérité, le comédien-réalisateur n'est pas parvenu à passer au tamis ses (bonnes) intentions ; il livre un film désordonné et chimérique, entre la comédie molle et le drame avorté. Voyage plus accompli pour la migrante irlandaise de Brooklyn de John Crowley (9 mars), qui s'offre une parenthèse dans sa verte patrie d'origine après s'être fixée aux États-Unis… pour constater qu'elle doit définitivement couper les ponts. Comme Une éducation (également écrit par Nick Hornby), ce parcours initiatique de jeune femme offre à une comédienne une belle exposition : Saoirse Ronan. Plus inattendue est la réappropriation de son identité algérienne par le héros Good Luck Algeria de Farid Bentoumi (30 mars). Campé par Sami Bouajila, ce petit patron au bord de la faillite, arrache une qualification pour les JO d'Hiver, poussé par Franck Gastambide (qui troque sa casquette de Kaïra contre un bonnet de coach). L'amour du drapeau, du maillot et de la famille se mêlent dans ce conte vantant le dépassement de soi. L'endurance aussi est mise à l'épreuve dans Saint-Amour (2 mars), un road movie de Kervern & Delépine ayant de la cuisse, qui prend pour prétexte la dive bouteille pour rapprocher un père et un fils éleveurs — deux bouchons dérivant sur un océan de non-dits. Intéressé par ce qu'il fait, Depardieu oublie de se transformer en moujik désinvolte ; quant à Poelvoorde, l'œil chassieux et la mèche grasse, il se montre plus touchant que jamais. Enfin, il y a les voyages immobiles, où l'on tourne en rond, au propre et au figuré. Tels ceux effectués par Kyan Khojandi dans Rosalie Blum (23 mars), adaptation bien loupée par Julien Rappeneau de la BD de Camille Jourdy avec une Noémie Lvovsky surjouant l'effacement chuchoté. On se console (un peu) avec Anémone et Philippe Rebbot, égaux à eux-mêmes…

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« Vivre sa passion en vrai »

Festival / Interview | Né en 2014 à Marseille (où le public est de plus en plus nombreux chaque année), le HeroFestival débarque début juin à Saint-Étienne. Un salon dans lequel on croisera aussi bien des fans de Superman que de Game of Thrones et de Goldorak, et où l'on pourra échanger avec des passionnés, rencontrer des artistes ou encore jouer à tout un tas de jeux, vidéo ou non. Pour en savoir plus sur cet événement intrigant, on a posé quelques questions à la commissaire générale Annabelle Fouques.

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Insomniaque

Panorama 17/18 | Jack de Marseille À Marseille, ils ont le soleil, l'OM, la Bonne Mère, Plus Belle La Vie... mais aussi et surtout une belle scène électro. Parmi les (...)

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Jack de Marseille À Marseille, ils ont le soleil, l'OM, la Bonne Mère, Plus Belle La Vie... mais aussi et surtout une belle scène électro. Parmi les "vétérans" activistes du milieu de la nuit phocéenne, Jack de Marseille fait partie des incontournables. Initiateur des soirées Atomix à la Friche de la Belle de Mai, d'un label (Wicked Music) parmi les plus actifs et distillateur de nombreux sets dans le monde avec des moments marquants (Transmusicales 1992, Love Parade 1999 entre autres)... Jack de Marseille a plus de 25 ans de carrière derrière lui et est toujours dans le coup en affichant un enthousiasme à toute épreuve. À l'image de l'intouchable Laurent Garnier, il possède lui aussi une belle place dans le Panthéon électronique des Djs français. Il démontrera lors de la prochaine soirée 22h02" de Poto Feu Events que les années passent mais que le style et la classe restent. Au Clapier, le 09/09. Møme Vous avez forcément déjà entendu ce "Møme". Ce jeune Niçois, bercé par la French Touch

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SCH rempile pour une date stéphanoise. Après être déjà passé en décembre dernier au FIL, le rappeur marseillais repassera par la salle stéphanoise le vendredi 16 mars 2018. SCH, vendredi 16 mars 2018 à 20h30, le FIL à Saint-Etienne Plus d'infos et billetterie ici.

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Rosalie Blum

ECRANS | Critique du film Rosalie Blum de Julien Rappeneau (Fr, 1h35) avec Noémie Lvovsky, Kyan Khojandi, Alice Isaaz, Anémone…

Vincent Raymond | Mercredi 23 mars 2016

Rosalie Blum

On se réjouissait de voir portée à l’écran une BD parmi les plus originales de cette dernière décennie. Dommage que pour son premier film en tant que réalisateur, le scénariste Julien Rappeneau ait manqué le coche en signant cette adaptation de l’œuvre de Camille Jourdy. A-t-il été trop fidèle à l’original ? Pas assez rigoureux sur la direction d’acteurs ? Seul le décor urbain d’une province insipide (pardon pour la ville de tournage) semble ne pas souffrir de la transposition. Ce n’est pas le cas de certains personnages. Si Kyan Khojandi offre une neutralité bienveillante au sien, Noémie Lvovsky, dans le rôle-titre, surjoue l’effacement chuchoté avec une affection calamiteuse. Révélée dans des emplois pétulants, à l’aise lorsqu’il s’agit de faire passer force ou menace, la réalisatrice-actrice se montre beaucoup moins convaincante dans les minauderies. On se console ici avec des comédiens égaux à eux-mêmes (au point qu’ils doivent être inquiétants dans la vie quotidienne), Anémone et Philippe Rebbot. VR

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Pour ceux qui ont déjà écouté François Chaslin sur France Culture dans l’émission Métropolitains qu’il anima durant 13 ans, il sera tout à fait normal de découvrir que l’architecte et critique ait sorti un livre remarquablement bien documenté sur Le Corbusier. Nous invitant à redécouvrir le plus grand architecte urbaniste du XXe siècle, François Chaslin souligne dès le titre qu’il s’agit d’un portrait qui ne prétend pas révéler des vérités. « C’est un portrait mais aussi une promenade, à certains égards une promenade sentimentale et l’évocation du paysage mental d’un homme d’un autre siècle » explique-t-il. Pour autant, l’ouvrage, constitué de deux parties, nous révèle un personnage à différentes facettes. La première partie intitulée Corbeau envisage les débuts de Charles-Édouard Jeanneret : de sa naissance en Suisse, à La Chaux-de-Fonds, à quelques rues et jours de Blaise Cendrars, jusqu'à ses tentatives avortées de devenir architecte du régime de Vichy. Le Corbusier fasciste ? « plutôt fascisant » répond Chaslin à la lueur de nombreuses sources. La deuxième partie, intitulée Fada, met en lumière l’architecte devenu

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MUSIQUES | Dans l'histoire du rap français, le groupe IAM fait figure de légende. Après la sortie de leurs supposés deux derniers albums (Arts Martiens et... IAM), les cinq Marseillais ont entamé une gigantesque tournée qui les emmènera jusqu'à début 2015. Shurik'n et Imhotep, de passage avec le groupe à Saint-Étienne le 1er février au Zénith, ont pris le temps de répondre à quelques questions. Propos recueillis par Nicolas Bros.

Nicolas Bros | Jeudi 26 décembre 2013

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Votre dernier album ... IAM sorti en novembre 2013 a été enregistré en même temps qu'Arts Martiens. Est-il son jumeau ?Shurik'n : Ces deux disques ont en effet été enregistrés à la même période mais ne sont pourtant pas «jumeaux» car chacun a son caractère propre. Mais il y a derrière ces deux albums le même état d'esprit. Quelles caractéristiques les distinguent justement ?Imhotep : Il y a des textes plus engagés, plus mordants sur ... IAM ainsi qu'une musique plus «uptempo». Au départ, ce n'était absolument pas calculé. Cela vient simplement du fait que lorsque l'on monte un tracklisting pour un album, au-delà de la qualité des titres que l'on apprécie ou pas, il faut trouver une unité et une cohérence. Nous sommes parfois obligés d'éliminer certains morceaux qui nous plaisent énormément. A travers vos textes engagés, vous parlez de l'actualité en France qui n'est malheureusement pas souvent très réjouissante. Quel est votre point de vue sur ce que l'on vit en France depuis plusieurs années ?

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