"Cro Man" : Un sport qui se joue à bronze contre bronze

Animation | de Nick Park (Fr., 1h29) avec les voix (v.o./v.f.) de Eddie Redmayne/Pierre Niney, Maisie Williams/Kaycie Chase, Tom Hiddleston…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Photo : © StudioCanal


La tenue de la Coupe du monde en juin prochain est un prétexte commode pour nous faire manger du ballon rond à toutes les sauces : en salade russe en l'honneur du pays hôte, à la française (en hommage aux vingt ans de la victoire de 1998), et même en pâte à modeler dans Cro Man grâce aux Studios Aardman — jadis mieux inspirés.

A priori, rien ne laisse supposer qu'un film se déroulant à l'âge du bronze se raccroche ainsi à la grand-messe footballistique. Elle en est pourtant l'alpha et l'omega, puisque Nick Park y “dévoile” les origines accidentelles du jeu, en attribuant son invention à des hommes des cavernes pré-mancuniens. Et il montre comment leurs héritiers, menés par Doug, doivent affronter l'équipe de l'âge de Bronze dirigée par le cupide Lord Nooth, afin de conserver leur vallée.

Même si les productions Aardman, référence dans le domaine du stop-motion, restent d'une constante qualité technique, Cro Man se révèle une petite déception, à l'instar de Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout (2012) — avec lequel il partage l'apparition d'une regina ex machina pour muscler son dénouement.

Scénario rudimentaire, rebondissements paresseux et dialogue sans intérêt ne font que confirmer que le studio n'est jamais aussi bon que lorsqu'il s'agit de faire évoluer des personnages muets — Gromit et Shaun le Mouton ne diront justement pas le contraire. Ici, ce sont sans surprise Crochon (sorte de porc domestique à dents de sabre) et le canardosaure qui sont à la fois les plus expressifs et les plus drôles. De toute façon, comme le dit Lineker, à la fin, c'est toujours l'Allemagne qui gagne.


Cro Man

De Nick Park (Angl, 1h29) avec Pierre Niney, Eddie Redmayne...

De Nick Park (Angl, 1h29) avec Pierre Niney, Eddie Redmayne...

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Préhistoire, quand les dinosaures et les mammouths parcouraient encore la terre. L’histoire d'un homme des cavernes courageux, Doug, et de son meilleur ami Hognob, qui s’unissent pour sauver leur tribu d’un puissant ennemi.


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Couriot en mode before

Un été dehors | Chaque été, le parvis du Puits Couriot se transforme en guinguette où s'entremêlent musique, jeux et animations. 2021 proposera son lot d'événements du 1er (...)

Nicolas Bros | Mercredi 30 juin 2021

Couriot en mode before

Chaque été, le parvis du Puits Couriot se transforme en guinguette où s'entremêlent musique, jeux et animations. 2021 proposera son lot d'événements du 1er juillet au 10 septembre avec un programme chargé du mercredi au dimanche. Parmi les propositions, nous en retenons plusieurs parmi lesquelles un jeudi 8 juillet chargé avec un concert de l'orchestre d'enfants des élèves de la Fabrique musicale qui sera suivi par le projet Ketala dans le cadre de la Biennale de la danse et d'un mix de l'indétrônable Fedayi Pacha et son dub nomade. Le mercredi 4 août, c'est l'Imperial Boxing Crew qui va faire bouger la place avec des rythmes chaloupés et une chaleur tropicale de circonstance. Le lendemain, c'est le label ligérien Face B qui prend les commandes des platines pour une soirée sous le signe du hip hop. Ce dernier sera également à l'honneur avec un set de DRK (toujours un grand moment de show) le mercredi 11 août. Côté électro, les amateurs seront servis avec plusieurs rendez-vous à noter comme la soirée Poto Feu du samedi 14 août ou encore les cartes blanches aux assos Syndrôme Odyssée (20 août) et T2O (28 août). Les JO sur grand écran Parallèlement, trois nouv

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Roanne n'est pas à court !

Festival de courts métrages animés | 200 films courts d'animation sélectionnés, 40 pays, six compétitions primées. Un programme intense pour ce joli festival qui fête ses 12 ans. Avec une (...)

Nicolas Bros | Mercredi 9 juin 2021

Roanne n'est pas à court !

200 films courts d'animation sélectionnés, 40 pays, six compétitions primées. Un programme intense pour ce joli festival qui fête ses 12 ans. Avec une forme hybride entre présentiel et numérique, la manifestation pourra ainsi toucher le plus grand nombre. Avec 1 600 œuvres reçues, Ciné-court animé continue sa progression et fait de Roanne une place-forte du court-métrage d'animation. En quelque sorte, le parfait compromis entre le festival de courts-métrages de Clermont d'un côté et le festival du film d'animation d'Annecy de l'autre. Parmi les séances prévues, retenons un focus orienté sur l'animation scandinave « où se croisent grands espaces, humour noir et délires animés » mais également une session best of avec une sélection de films qui devaient être présentés en 2020, à l'instar de Nuit chérie de la Belge Lia Bertels ou encore Ties de la Russe Dina Velikovskaya, première œuvre réalisée avec un stylo 3D... Festival Ciné-court Animé du 22 au 27 juin à Roanne et sur animationfestival.roanne.fr

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"Les Mal-aimés" : Belles bêtes

Animation dès 3 ans | ★★☆☆☆ Animation de Hélène Ducrocq (Fr., 0h36). Sortie le 16 septembre 2020

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Après sa jolie adaptation animée du livre jeunesse Je suis perdu, Hélène Ducrocq signe un programme dédié à ces p’tites bêtes repoussées parce que moins mignonnes que des chatons : loup, chauve-souris, araignée et vers de terre. Taillé pour tout-petits dès 3 ans, cet ensemble de courts métrages usant de couleurs éteintes et variant les techniques est, comme souvent, inégal. On aura une préférence pour le conte du loup inaugural façon papiers découpés et la mini comédie musicale finale réhabilitant les malheureux lombrics. En vers chantés, bien sûr…

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"Les Nouveaux Mutants" : L’âge des (super)possibles

MARVEL | De Josh Boone (É.-U., int.-12 ans, 1h33) avec Blu Hunt, Maisie Williams, Anya Taylor-Joy, Charlie Heaton…

Vincent Raymond | Jeudi 3 septembre 2020

Seule survivante de l’attaque de sa réserve indienne, la jeune Danielle Moonstar se réveille au sein d’une étrange institution où la Dr Reyes retient captifs de jeunes mutants jusqu’à ce qu’ils sachent canaliser leurs nouveaux pouvoirs. Mais de violents phénomènes vont survenir… À celles et ceux qui en douteraient face à l’affiche déviant de codes de la “maison”, le logo d’entrée le confirme : il s’agit bien d’un film Marvel. Mais quelle différence par rapport aux opéras habituels ! Avec sa poignée d’interprètes, son décor quasi unique, l’absence de tenues moulantes bariolées pour les héros, Les Nouveaux Mutants fait preuve d’un minimalisme plus coutumier des productions indé. D’ailleurs, sa noirceur appuyée lorgnant autant du côté Del Toro, Shyamalan que Buffy contre les vampires (explicitement citée) évoque comme une tentation de diversification vers le style Blumhouse, qui renouvelle l’épouvante par la série B de prestige. Une petite chose pyrotechnique par rapport aux X-Men ou aux Aveng

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"Yakari, le film" : Indien vaut mieux que deux tu l’auras

ECRANS | De Xavier Giacometti & Toby Genkel (Fr.-All.-Bel, 1h22)

Vincent Raymond | Mardi 25 août 2020

Parce qu’il a sauvé le mustang sauvage Petit-Tonnerre au péril de sa vie, le petit Sioux Yakari se voit récompensé par son animal-totem, Grand-Aigle : désormais, il aura la faculté de comprendre la langue des animaux. Un don bien utile, car pour l’heure, il est perdu et loin de chez lui… Une thématique inconsciente galopait-elle cette année au festival du film d’animation d’Annecy ? L’Ouest — le vrai —, consacré à travers le magnifique Calamity (à l’automne sur les écrans), sert également de toile de fond à cette nouvelle adaptation de la BD de Derib + Job précédemment transposée par deux fois en série télévisée : en 1982 (de manière aussi calamiteuse que Les Schtroumpfs à la même époque) puis en 2005 sous l’heureuse supervision de Xavier Giacometti. Ce même réalisateur est encore à la manœuvre pour raconter, en investissant aux mieux le grand écran et en usant d’une animation fluide, la “formation“ de Yakari. Il co-signe donc ici une manière de reboot replaçant chacun des protagonistes dans sa fonction ou son histoire — y compris certains, comme Arc-en-ci

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"Mon ninja et moi" : Doudou et dur à la fois

Animation | De Anders Matthesen & Thorbjørn Christoffersen (Dan., 1h21)…

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

Depuis que sa mère s’est remise en ménage, Alex a hérité d’un “demi-frère“ de son âge qui le tyrannise à la maison et au collège. Quand son oncle excentrique lui offre une poupée de ninja magique ramenée de Thaïlande, Alex pense tenir sa revanche. Mais la contrepartie sera rude… La toute neuve société de distribution Alba Films tient sa première authentique pépite avec ce long métrage danois méritant d’être le succès d’animation de l’été 2020. Mon ninja et moi marque en effet une réjouissante révolution dans l’univers plutôt corseté et policé des productions destinées au “jeune public” — vocable flou qui rassemble bambins jusqu’aux ados. À présent que tous les studios d’animation ont globalement atteint une excellence technique comparable à celui développé par Blue Sky, Dreamworks ou Pixar et uniformisé leur style graphique, le récit (et son traitement) est devenu l’ultime refuge de la singularité. Un retour aux fondamentaux pour spectateurs blasés des prouesses visuelles asymptotiques. Auteur et coréalisateur de Mon ninja et moi,

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Mikaël Muller : « Si les salles de cinéma ont fermé, c’est pour mieux rouvrir »

"Nous, les chiens" | Directeur de la programmation chez Les Bookmakers/The Jokers, Mikaël Muller détaille les raisons ayant présidé au positionnement précoce du film "Nous, les chiens" pour la date de réouverture des salles de cinéma. Ils furent (parmi) les premiers…

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Mikaël Muller : « Si les salles de cinéma ont fermé, c’est pour mieux rouvrir »

À la faveur du décret lié à l’état d’urgence sanitaire, de nombreux distributeurs ont basculé leurs films en VOD. Or vous dès le début du confinement chez The Jokers/The Bookmakers, vous avez positionnés la sortie Nous, les chiens à la réouverture des cinémas… Mikaël Muller : On est resté fidèles à notre ligne de conduite. Au moment où l’on a commencé à travailler sur la programmation et la promotion de ce film, on entendait effectivement parler de ce fameux confinement qui allait arriver. Pour des raisons diverses et variées, de nombreux distributeurs ont décidé de retirer leurs films du line-up ; nous, au contraire, on a décidé d’avancer la sortie de Nous, les chiens au 8 avril. Dans notre esprit, il n’était pas imaginable, toutes les salles étant potentiellement encore ouvertes à la date du 8 avril, qu’il n’y ait pas de film d’animation sur cette période. Après, il y a eu confinement et on a voulu le rendre disponible dès la réouverture, pour accompagner les cinémas dans la reconquête des public. Ça nous a paru un enjeu majeur

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"Nous, les chiens" : L’esprit de la meute

Animation | de Sung-yoon Oh & Lee Choonbaek (Cor. du S., 1h42)

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Abandonné par son maître, un brave toutou domestique se voit heureusement adopté par une meute de ses congénères errants. L’instruisant des dangers de sa nouvelle condition, ceux-ci lui font aussi miroiter une liberté jusqu’alors insoupçonnée. Commence un voyage initiatique… Il faut désormais compter avec un nouveau membre (bicéphale) dans le cénacle de l’animation asiatique. N’ayant rien à envier à leurs confères nippons, les Coréens Sung-yoon Oh et Lee Choonbaek signent en effet ici un conte contemporain où l’on retrouve autant l’aspiration à l’essence sauvage et la fatalité épique de London qu’une célébration de la nature hors de l’aliénation des Hommes si chère à Thoreau, Miyazaki ou Takahata. Mais aussi en filigrane — et c’est sans doute ce qui fait son originalité — quelques caractéristiques politico-sociales propres à leur pays. À commencer par l’évocation de la partition entre le Nord et le Sud et l’existence de la Zone démilitarisée “tampon“ entre les deux Corées, frontière immatérielle autant qu’absurde pour des chiens. Et puis la situation de ceux qu’on ne veut pas (plus) voir et sont chassés du paysage p

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"Le Mystère des pingouins" : Oiseaux de bon augure

Anime | Leur ville inexplicablement envahie par des pingouins, un groupe d’enfants profite des vacances pour enquêter. Un songe astrophysique drapé de poésie mythologique, empli de fantaisie. Et de palmipèdes.

Vincent Raymond | Mardi 20 août 2019

Garçonnet éveillé mais réservé, Aoyama prend d’incessantes notes sur son entourage. Lorsque des manchots surgissent et s’évanouissent aussi vite qu’ils sont apparus dans sa ville, il cherche à comprendre en compagnie de quelques amis. Et de l’assistante dentaire dont il est (très) épris… Ne vous arrêtez à l’extrême platitude du titre, évoquant un film à destination exclusive du très jeune public ! C’est d’ailleurs un peu la malédiction de nombreux anime, où personnages humains et animaux se côtoient volontiers quant ils ne s’hybrident pas les uns avec les autres ; où des figures divines protectrices de la Nature s’incarnent volontiers dans des créatures réelles ou imaginaires (Pompoko, Porco Rosso, Mon voisin Totoro, Princesse Mononoke, Le Voyage de Chihiro, Les Enfants Loups, Ame & Yuki…) Un florilège de situations reléguées aux contes pour enfants en occident, quand elles constituent l’essence de contes à résonance morale ou philosophique au Japon — dont Takahata, Miyazaki ou Hosoda. Dans un autre registre, la problématique du titre trompeur se posera bientôt avec le très beau Je veux mange

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On court à Roanne

Festival animation | Le fesival Ciné Court Animé de Roanne fête ses dix ans en mars avec une édition qui balaiera, comme chaque année, tout ce qui se fait de mieux en matière d'animation professionnelle.

Nicolas Bros | Mardi 5 mars 2019

On court à Roanne

Depuis 10 ans le festival Ciné Court Animé, créé par Loïc Portier, fait vibrer Roanne et sa région. En mars, la sous-préfecture ligérienne devient le théâtre de nombreuses projections entièrement dédiées au format court animé. Une exception culturelle roannaise, qui propose la découverte de petites pépites de films issues d'une quarantaine de pays. Du 18 au 24 mars, le public aura droit à plus de 70 heures de courts métrages professionnels, à destination des ados et adultes, diffusés dans trois cinémas (Espace Renoir et Le Grand Palais à Roanne et le cinéma Les Halles à Charlieu). À savoir que le festival est doté de six compétitions primées par le public mais aussi par un jury international composé, cette année, de Mariano Melmann Carrara (Back to the moon), Edwina Liard (productrice nominée aux Oscar en 2018 avec Negative space), Aurélie Chesné (France TV) et Greg Lawson (primé à Annecy en 1998). Côté projections internationales, nous retenons le magnifique One Small Step de Bobby Pontillas, le Colaholic du bédéiste polonais Marcin Podolec ou encore Weekends de Trevor Jimenez. Tandis que le très efficace Hors Piste ou l'as

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"P'tites histoires au Clair de lune" : Éclipse partielle

ECRANS | De Miyoung Baek, Mohammad Nasseri, Babak Nazari (CdS.-Fr.-Irn.-G.-B, 0h39min)

Vincent Raymond | Mercredi 6 février 2019

Destiné aux tout-petits dès 3 ans, ce programme compile quatre films courts très inégaux et/ou un peu usés ayant en commun l’astre des nuits. Bonne idée sur le papier, qui commence pas trop mal avec Où est la lune ?, sorte de berceuse aux allures de comédie musicale condensée — il s’agit en fait d’un fragment de ciné-concert — accompagnant une élégante partie de cache-cache marine et aérienne à la fois. Les choses se finissent plutôt bien avec P’tit Loup, histoire enlevée de saute-moutons, au graphisme simple mais efficace. C’est entre les deux que cela se gâte : le conte iranien Ma lune, notre lune pourrait revendiquer un prix de médiocrité, s’il n’y avait l’épouvantable Il était une fois… la lune et le renard. Le fait que son auteur Babak Nazari ait quasiment tout fait seul à une époque où l’animation assistée par ordinateur était moins… accessible (2005) n’excuse ni la maladresse poussive du récit, ni la laideur caractérisée de l’ensemble digne des pire jeux vidéos du XXe siècle. On croirait qu’un étudiant en graphisme, ivre de mauvais

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"Sauver ou périr" : Feu le pompier

ECRANS | Le parcours d’un pompier parisien de l’adrénaline de l’action à la douleur du renoncement après l’accident. Une histoire de phénix, né à nouveau par le feu qui faillit le consumer, marquant (déjà) la reconstruction d’un cinéaste parti de guingois pour son premier long.

Vincent Raymond | Mercredi 28 novembre 2018

Jeune sapeur-pompier dévoué et heureux en ménage, Franck aspire à diriger des opérations sur des incendies. Hélas, sa première intervention se solde par un grave accident le laissant plusieurs mois à l’hôpital, en lambeaux et défiguré. Un lent combat pour réapprendre à vivre commence… Consacrer un film à un soldat du feu juste après avoir jeté son dévolu sur la brigade du Quai des Orfèvres ayant traqué Guy Georges (dans le très inégal L’Affaire SK1, 2014) risque de laisser penser que Frédéric Tellier donne dans le fétichisme de l’uniforme ou des agents du service public ! Pour autant, ses deux longs métrages n’ont pas grand chose en commun, si ce n’est de s’inspirer d’une histoire vraie et de bénéficier de l’appoint d’un bon co-scénariste, David Oelhoffen (auteur par ailleurs du réussi Frères ennemis). Tellier débute sans prendre de gants par une contextualisation brute et édifiante du “métier de sauver“, dans son urg

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"Les Animaux fantastiques : Les Crimes de Grindelwald" : Bien cuites, les baguettes

Poudre de perlimpinpin | de David Yates (G.-B.-É.-U., 2h14) avec Eddie Redmayne, Katherine Waterston, Dan Fogler…

Vincent Raymond | Mercredi 14 novembre 2018

1927. Le sournois Grindelwald s’évade durant son transfert, affolant toutes les polices magiques du globe. Dumbledore expédie en secret Norbert Dragonneau sur ses traces, à Paris. Mais le collectionneur d’animaux fantastiques étant assigné à territoire britannique, il lui faut donc ruser… Désormais recyclée scénariste et productrice de ce cycle spin-off de Harry Potter, J. K. Rowling ne risque-t-elle pas, à force de tirer sur sa corde, de griller son aura auprès de ses plus fidèles fanatiques ? Oh, l’autrice dispose d’un confortable capital sympathie, et beaucoup de dragées surprises de Bertie Crochue seront avalées avant que ses émules ne commencent à douter de son infaillibilité, à renoncer à leur vénération pour ce gourou au sourire si doux. Prendre un tant soit peu de recul permet pourtant de constater la platitude paresseuse de cet épisode, qui pourrait tenir en deux formules de première année à Poudlard : Dillutio salsa (on rallonge la sauce) et Revelatio caudalix (on balance un vieux cliffhanger à la fin, histoire d’inciter à venir voir le proch

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"Bamse au pays des voleurs" : Mielleux à souhait

Dès 3 ans | de Christian Ryltenius (Sué., 0h59) animation

Vincent Raymond | Mardi 11 décembre 2018

Au pays de l’ours Bamse, qui tire sa force extraordinaire du miel du tonnerre préparé par sa grand-mère, tous les méchants sont devenus gentils. Tous ? Non : car l’odieux Reinard Fox résiste encore et toujours à la bonté. Il va d’ailleurs semer la zizanie et même kidnapper la grand-mère… Le manichéisme poussiéreux que Bamse véhicule apparaît sans doute mignon aux yeux nostalgiques du public suédois, attaché comme le miel à la tartine depuis un demi-siècle aux aventures du plantigrade. Mais est-ce bien raisonnable de condamner les autres tout-petits à ces ourseries lénifiantes et rétrogrades, qui feraient passer la Comtesse de Ségur pour encore plus punk qu’elle n’est ? Le (bon) cinéma jeunesse contemporain a cessé depuis belle lurette d’abêtir ses spectateurs avec ce type d’histoires basiquement moralisatrices et unidimensionnelles. Et ne comptez pas sur la qualité de l’animation pour la rattraper la médiocrité du discours…

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"La Grande aventure de Non-Non" : Si si, il faut y aller !

À partir de 3 ans | de Matthieu Auvray (Fr., 0h41) animation

Vincent Raymond | Jeudi 11 octobre 2018

À Sous-Bois-Les-Bains, le gentil Non-Non est capable de tout pour ses amis : se déguiser en carotte (alors qu’il les déteste), leur faire croire qu’ils voyagent sur la Lune, ou céder son slip pour les sauver d’une inondation… Pas mal pour un ornithorynque plutôt velléitaire. Inspiré des albums de Magali Le Huche — prolifique autrice jeunesse connue notamment pour les aventures de Jean-Michel le caribou des bois — ce programme de courts métrages met en scène une troupe d’animaux dans des situations ressemblant à des pastiches délirants de la littérature jeunesse, mais revus et mélangés : on croirait assister à des inédits déviants de Mimi la Souris, où chacun des protagonistes aurait revêtu pour rire d’autres identités animalières. Et dans l’épisode Crocroc mal luné, Non-Non élabore une stratégie rappelant celle du Cosmoschtroumpf de Peyo pour consoler son ami échouant à accomplir son voyage stratosphérique. Une hybridation aussi bariolée que surréaliste qui rappelle les expérimentation baroques du délirant B-gnet dans

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"Dilili à Paris" : Paris perdu

Animation | de Michel Ocelot (Fr.-Bel.-All., 1h35)

Vincent Raymond | Jeudi 11 octobre 2018

1907. Exhibée comme un animal exotique à l’occasion de l’exposition coloniale, la petite Kanake Dilili profite de ses heures libres pour enquêter dans le Paris de la Belle Époque sur la disparition de gamines derrière lesquelles se cache un gang d’apaches blancs mâles hétéro cis… Depuis Kirikou et la Sorcière (1998) chaque nouvelle œuvre de Michel Ocelot est ardemment attendue. Moins par les enfants que les adultes, certes, lesquels apprécient l’originalité stylistique de ce conteur refusant de se soumettre aux diktats censoriaux comme aux modes. Alors, quelle déception de le découvrir chausser d’énormes sabots pour dénoncer les dérives du machisme et du patriarcat. Lui d’ordinaire si subtil dans son usage de la parabole — voir Kirikou où la sorcière Karaba, qui fait disparaître les hommes après avoir été piquée au bas du dos par une épine empoisonnée, peut ainsi être considérée comme la figure centrale d’un rape and revenge métaphorique — conforme ici l’histoire et l’Histoire à son message, peu importent les incohérences ou les anachronismes.

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"Happiness Road" : Retour vers le futur

Animation | de Sung Hsin-Yin (Taï., 1h51)… Sortie le 01 août

Vincent Raymond | Mercredi 4 juillet 2018

De son enfance taïwanaise, Tchi avait conservé des images diffuses, emportées aux États-Unis où elle a construit une existence bancale. De retour au pays pour les obsèques de sa grand-mère, Tchi renoue avec ses souvenirs, des amis et envisage un autre futur : en profitant du présent. Le cinéma taïwanais en prises de vues réelles connaissait un maître en la personne Ang Lee ; se pourrait-il qu’il se soit trouvé avec Sung Hsin-Yin son équivalent dans le domaine de l’animation ? Grand conte introspectif contemporain empreint d’une douce mélancolie s’apprivoisant progressivement pour se transmuer en nostalgie raisonnée, Happiness Road possède l’immensité d’une saga épique… alors qu’il conte le parcours d’une petite fille normale. Mais de cette normalité, Sung Hsin-Yin exhale tous les insondables mystères ; il embrasse le réel et l’onirique dans un même mouvement graphique d’une subtile élégance — qui n’est pas sans rappeler la grâce du regretté Isao Takahata. Et quand la majorité des romans d’apprentissage s’adresse à des enfants ou des adolescents, celui-ci se destine aux (jeunes) adultes, leu

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"Capitaine Morten et la Reine des araignées" : Voiles et toile

Animation dès 6 ans | de Kaspar Jancis (Est.-Irl.-G.-B.-Bel., 1h15)…

Vincent Raymond | Mercredi 5 septembre 2018

En pension chez la cruelle Annabelle, Morten espère le retour du bateau de son père, La Salamandre, dont le fourbe Stinger veut s’emparer. Las, un apprenti magicien rapetisse Morten et le propulse au royaume des insectes. Petit par la taille, le garçon reste immensément courageux… Héritiers d’une grande tradition du stop motion, les studios estoniens Nukufilm signent avec Capitaine Morten leur grande entrée dans le circuit des longs métrages. Sans renoncer à l’inspiration ni l’esprit caractéristiques de l’animation des anciens pays “frères“ : comme chez maîtres tchèques ou russes, et même si l’histoire emprunte des sentiers fantaisistes, la marionnette conserve une certaine austérité dans sa forme — austérité que l’on retrouve dans certaines aspérités du récit : ici, Annabelle est cruelle et l’araignée (son double miniature) mange en beignets ses victimes. À une époque encourageant les histoires émollientes, il est peu banal de voir un conte osant réactualiser la figure de l’ogre et de la marâtre ! Qu’on se rassure cependant : cela se termine bien pour les gentils, évidemment.

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« Vivre sa passion en vrai »

Festival / Interview | Né en 2014 à Marseille (où le public est de plus en plus nombreux chaque année), le HeroFestival débarque début juin à Saint-Étienne. Un salon dans lequel on croisera aussi bien des fans de Superman que de Game of Thrones et de Goldorak, et où l'on pourra échanger avec des passionnés, rencontrer des artistes ou encore jouer à tout un tas de jeux, vidéo ou non. Pour en savoir plus sur cet événement intrigant, on a posé quelques questions à la commissaire générale Annabelle Fouques.

Nicolas Bros | Mercredi 2 mai 2018

« Vivre sa passion en vrai »

Qu'est-ce que le HeroFestival ? Le HeroFestival est né à Marseille en 2014 et correspond, comme son nom l'indique, au festival des héros ! L'idée de cet événement est née d'une rencontre avec des cosplayers (passionnés qui jouent le rôle de personnages de fictions, souvent animées, en mettant leur costume et en se grimant, ndlr) à la Foire d'Avignon en 2013. Nous nous sommes rendus compte qu'ils étaient réellement des artistes, qui avaient besoin d'une vitrine pour partager leurs créations entre eux et avec le public. L'idée du "héros" est venue car il traverse le temps, les continents et rassemble tous les univers. Depuis, nous avons mis en place trois éditions à Marseille et nous avons été contactés par plusieurs Parcs des expos en France pour accueillir un HeroFestival. Nous avons reçu un très bon accueil à Grenoble et à Saint-Étienne, d'où la concrétisation de deux nouvelles éditions. Le principe du HeroFestival est de créer un lieu qui réunit les passionnés, les professionnels, les créateurs et les néophytes autour du thème des "héros" issus de la littérature, des BD, des comics, des mangas, du cinéma, du jeu vidéo... En résumé, c'est vivre sa passio

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Le palmarès de Ciné-Court Animé connu

Festival | Avec plus de 13 000 spectateurs qui se sont pressés aux portes de l'Espace Renoir et du Grand Palais du 19 au 26 mars 2018, le 9e Ciné-Court Animé (festival (...)

Nicolas Bros | Lundi 26 mars 2018

Le palmarès de Ciné-Court Animé connu

Avec plus de 13 000 spectateurs qui se sont pressés aux portes de l'Espace Renoir et du Grand Palais du 19 au 26 mars 2018, le 9e Ciné-Court Animé (festival international du court métrage d'animation de Roanne) a été une réussite. Voici le palmarès de cette année. Compétition internationale : Grand prix international du jury : Je ne sens plus rien - Noémie Marsily, Carl Roosens – Canada, Belgique Mention spéciale : Morning cowboy - Fernando Pomares - Espagne Prix international du public : Roues libres - Jacinthe Folon - Belgique Prix jury festivals Connexion : Morning cowboy - Fernando Pomares - Espagne Compétition expérimentale Prix expérimental du jury : KL - William Henne, Yann Bonnin – Belgique Mention spéciale du jury : Airport - Michaela Müller - Suisse, Croatie Compétition nationale Prix national du public : Voyagers – L. Finucci, M. Roger, G. Ammeux, A. Dumez, V. Baillon, B. Chaumeny 2ème prix du public : Negative space - Max Porter, Ru Kuwahata

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"Pat et Mat déménagent !" : Carton plein

Animation | de Marek Beneš (Tch., 0h40)

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Le cinéma fait la fortune de ses stars, fussent-elles des marionnettes. Voyez Pat et Mat, qui emménagent ici dans une vaste double résidence : deux programmes de courts métrages leur ont suffi pour se constituer un coquet patrimoine immobilier. Mais s’ils gèrent en investisseurs avisés leurs cachets, ils restent dénués de logique dans l’exercice du quotidien… Au moins, ils ne changent pas et c’est ce qui fait le sel silésien des cinq nouvelles aventures de ces bricolos du dimanche — ou plutôt, comme deux manches —, adeptes d’une des lois des Shadoks :“Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?“ Leur inventivité confine au chef-d’œuvre dans un épisode les mettant en prise (électrique) avec une tondeuse à gazon récalcitrante, qu’ils vont par une absurde escalade transformer en un appareil autonome qui finira par ravager leur jardin… à leur grande satisfaction. Si la mécanique scénaristique reste identique, on est à chaque fois émerveillé par l’insondable bêtise des compères, autant que par la qualité du stop motion et son amélioration continue. Discrète mais eff

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“Festivanimation” en court à Roanne !

Festival | Incontournable dans la liste des festivals de cinéma en France, le festival d'animation de Roanne "Ciné court animé" prend, année après année, de plus en plus de place. La 9e édition propose une sélection de quelque 200 films comprenant nombre de petits trésors cachés.

Aliénor Vinçotte | Mardi 6 mars 2018

“Festivanimation” en court à Roanne !

Après le festival de courts-métrages de Clermont-Ferrand, vient celui de Roanne dédié à l’animation. De la création estudiantine au trailer, en passant par un spot publicitaire, plus de 200 pépites cachées de l’animation internationale, représentant toutes les nationalités et toutes les cultures, seront projetées sur grand écran. Cette année, les productions irlandaises et chinoises (hors-compétition) seront mises à l’honneur. Dotée de neuf prix pour six sections, la compétition sera arbitrée par un jury international composé de quatre membres, parmi lesquels Jakob Shuh, réalisateur entre autre de Revolting Rhymes (gagnant du Bafta 2017 et finaliste pour les Oscars cette année) et Marc Aguesse, membre du comité Animation des Césars depuis 2016. La compétition “Show des très courts” sera, quant à elle, dirigée par le jury étudiant IUT de Roanne. En parallèle de ces projections, de multiples événements seront aussi organisés pendant le festival dans l’ensemble des lieux publics roannais, à l’instar du colloque unive

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"Liberté 13 films-poèmes de Paul Éluard" : Graines d’Éluard

Animation | de 13 réalisateurs (Fr., 0h42) animation avec les voix de Isabelle Carré, Denis Podalydès, Christian Pfohl

Vincent Raymond | Mercredi 7 mars 2018

Ils sont 13 jeunes cinéastes achevant leur formation dans les plus prestigieuses écoles d’animation, et toutes et tous ont planché sur quelques vers de Paul Éluard (1895-1952), livrant leur vision originale de son univers poétique. En tout liberté, bien entendu. S’inscrivant dans la suite des programmes de courts métrages dédiés à Prévert et Apollinaire, ce nouveau florilège de la série En sortant de l’école met en lumière l’œuvre d’un “apparenté surréaliste” dont la notoriété est souvent, hélas, réduite au seul — et incontournable — Liberté… Sa délicatesse, en amour comme en fantaisie, s’avère un combustible merveilleux pour de jeunes illustrateurs dont l’inspiration carbure à l’éclectisme. Et si le tableau final tient du coq-à-l’âne stylistique, des grandes lignes thématiques s’y répondent comme ce sentiment indicible qu’est l’attachement (moins grandiloquent que la passion et plus profond) ou la fascination pour la mer. On notera également quelques stupéfiantes réussites graphiques, tels Poisson de Arthur Sotto (minimaliste, mais d’u

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Mary et la fleur de la sorcière : L’éclosion d’un talent

ANIME | de Hiromasa Yonebayashi (Jap., 1h42) animation…

Vincent Raymond | Mercredi 28 février 2018

Mary et la fleur de la sorcière : L’éclosion d’un talent

À peine a-t-elle emménagé chez sa grand-tante que Mary découvre dans la forêt d’étranges fleurs bleues conférant à qui les utilise des pouvoirs magiques… pour une nuit. Grâce à ceux-ci, Mary accède à Endor, l’école de magie dirigée par l’inquiétante Madame Mumblechook… Transfuge de Ghibli, Hiromasa Yonebayashi a créé le Studio Ponoc pour mener à bien ce projet hors de l’oppressante tutelle du duo Miyazaki/Takahata. Certes, les deux vieux maîtres n’ont plus de commandement hiérarchique sur son travail, ils continuent cependant d’exercer une influence artistique manifeste — comment pourrait-il en être autrement, après un demi-siècle de règne sur la japanimation ? Adapté d’un roman anglais ancêtre d’Harry Potter, Mary et la fleur de la sorcière se prête aisément à une transposition dans l’imaginaire nippon (peuplé de sortilèges, de métamorphoses, d’êtres enchantés vivant en osmose avec une nature protectrice) et sa culture, où la tradition et la transmission familiales occupent une place prépondérante — cela, sans parler de l’ico

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Étrangetés, curiosités et autres exotismes

Panorama ciné février | Février, c’est les vacances. Alors, comme dirait Audiard, « quand le tout-venant a été piraté par les mômes, qu’est-ce qu’on fait ? On se risque sur le bizarre ! » Judicieux conseil.

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Étrangetés, curiosités et autres exotismes

Déjà affligé d’une longueur aussi insolite que variable, le mois de février subit en sus la malédiction du triple zonage des congés d’hiver, le recouvrant presque totalement. Par conséquent, il compte une inflation de films familiaux et/ou jeune public, lesquels se ruent sur les écrans tels des citadins pâles au tire-fesses. Heureusement pour les spectateurs et spectatrices, une frange d’œuvres plus culottées résiste encore et toujours, jouant la contre-programmation. Questions de genre(s) Il faudra attendre pour revoir les plus barré·e·s, Les Garçons Sauvages de Bertrand Mandico (28 février), qui avaient fait une apparition en avant-première lors de Face à Face. Reprenant l’imaginaire de Jules Verne, de Cocteau, de Fassbinder et de Genet, ce conte moderne joue de toutes les ficelles plastiques du cinéma pour narrer le parcours d’une petite bande de "fissapapas" pervers et délinquants, expédiés en pénitence sur une île extraordinaire, habitée par un·e scientifique travaillant sur les changements de sexe. Arty, élégant, un peu agaçant, mais

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Rosa & Dara : leur fabuleux voyage : Science-diction

Jeune public | de Natalia Chernysheva, Katerina Karhankova & Martin Duda (Tch., 0h48) animation…

Vincent Raymond | Mercredi 28 février 2018

Rosa & Dara : leur fabuleux voyage : Science-diction

Quand un film à destination du jeune public tend à rejeter ton lénifiant et fin forcément heureuse, il faut sans tarder en souligner l’existence. C’est le cas de ce programme proposant en ouverture deux courts métrages susceptibles de surprendre, car leur issue rappelle davantage la vie réelle que les contes de fées. L’un montre une chenille et un têtard amis “d’enfance”, ne se reconnaissent plus une fois métamorphosés ; l’autre un groupe d’enfants ayant découvert un os inconnu se heurter à l’incrédulité (et au manque de curiosité) des adultes. Deux historiettes montrant que l’ignorance (ou l’obscurantisme, l’absence d’esprit critique etc.) nous prive de bien des trésors. Morceau central de la séance, Rosa & Dara… met en scène deux fillettes racontant à leurs camarades les incroyables aventures vécues durant les vacances dans la ferme de leurs grands-parents, grâce à une grand-mère inventrice, se saisissant du moindre prétexte pour leur prodiguer un cours de science (pendant que le grand-père lit Le Figaro…). Ce pédagogisme forcené est cependant compensé par une joyeuse fantai

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Pierre Niney : « Apparement, je ne joue que des menteurs… »

"La Promesse de l'Aube" | Pierre Niney enfile un nouveau costume prestigieux : celui d’un auteur ayant au moins autant vécu d’existences dans la vraie vie que dans ses romans, Romain Gary. Rencontre avec un interprète admiratif de son personnage.

Vincent Raymond | Mercredi 20 décembre 2017

Pierre Niney : « Apparement, je ne joue que des menteurs… »

Comment êtes-vous passé du statut de lecteur de Gary — et de connaisseur selon votre metteur en scène — à celui d’interprète de son personnage ? Pierre Niney : Eric Barbier dit que je connais très bien Romain Gary, mais ce n’est pas vrai (sourires) ! Je connaissais La Promesse de l’aube que j’adorais, mais peu Gary. Il m’a parlé de son film, qui est une adaptation d’une adaptation de certains épisodes de la vie de Gary, et notamment de ce lien complètement fou, démesuré, toxique et inspirant avec sa mère. On a pris la liberté de s’écarter d’une réalité factuelle de la vie de Gary. Ce n’est donc pas un biopic, car ce n’était pas l’intention du livre — un autobiographe a rarement l’intention de dire la stricte vérité — ; surtout pas Gary, dans aucun de ses livres. Le fils de Romain Gary, Diego, avait fait la remarque : « ma grand-mère s’appelait Mina et pas Nina » Cette distance-là est importante. Je joue donc un “personnage”, à qui il arrive des choses extraordinaires qui sont réellement arrivées à Gary dans beaucoup de moments

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Carlos Saldanha : « Si l’on trouve l’émotion juste, on oublie que ce sont des animaux à l’écran »

"Ferdinand" | Le sympathique créateur de Rio adapte pour la Fox un classique de la littérature enfantine ayant déjà inspiré les studios Disney… nouveaux patrons de la Fox. Un film familial qui reste dans la famille, en somme…

Vincent Raymond | Mercredi 20 décembre 2017

Carlos Saldanha : « Si l’on trouve l’émotion juste, on oublie que ce sont des animaux à l’écran »

Qu’est-ce qui vous convaincu de signer cette nouvelle adaptation animée de l’histoire de Ferdinand le taureau ? Votre lecture du livre ? Carlos Saldanha : Au Brésil, le livre de 1936 était moins connu qu’aux Etat-Unis. La première fois que j’ai entendu parler de l’histoire de Ferdinand, c’est à travers le court métrage de 1938. Je l’ai vu à la télévision, sur les chaînes pour enfants. Quand je suis arrivé aux Etats-Unis, mes enfants ont lu cette histoire à l’école. Leurs copains de classe l’avaient déjà lue avec leurs parents, lesquels l’avaient lues avec leurs propres parents quand ils étaient petits. Plusieurs générations connaissaient donc cette histoire. Alors, le jour où la Fox m’a dit avoir acquis les droits du livre et m’a demandé si en faire un film d’animation m’intéressait, j’ai été emballé par l’idée — en mesurant le défi immense d’adapter un classique. Comme c’était la première fois que j’adaptais un livre — mes films précédents (L’Âge de glace, Robots, Rio) étaient basés sur des idées originales — j’étais un peu sceptique. J’ai donc voulu rencontrer les

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"La Promesse de l'aube" : La mère de toutes les batailles

ECRANS | de Eric Barbier (Fr., 2h10) avec Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg, Didier Bourdon… (20 décembre)

Vincent Raymond | Mercredi 20 décembre 2017

Mexique, fin des années 1950. S’isolant de la fièvre de la Fête des morts, le diplomate et écrivain Romain Gary, entreprend la quarantaine révolue de raconter dans un livre ce qui l’a conduit à mener toutes ses vies : une promesse faite à la femme de sa vie, sa mère… Le roman de Romain Gary se prête merveilleusement à l’adaptation (donc aux nécessaires trahisons) dans la mesure où l’auteur était le premier à enjoliver des faits trop plats afin de gagner en efficacité romanesque — il pratiquait le “mentir-vrai” d’Aragon à un niveau d’expert. Ce préalable étant connu, on peut considérer qu’une transposition prenant quelques libertés avec le texte-source à des fins narratives ou esthétiques fait preuve de la plus respectueuse des fidélités à l’égard de l’esprit du romancier. Telle cette version signée Éric Barbier, d’une ressemblante dissemblance. Le cinéaste y déploie ses qualités que sont l’ambition et la sincérité, indispensables atouts pour marier l’épique, le picaresque, l’académisme et le cocasse autour de cette drôle de fresque où la mère devient un personnage sous la plume d

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"Ferdinand" : Les adieux à l’arène

ECRANS | de Carlos Saldanha (E.-U., 1h46) avec les voix (v.o.) de John Cena, Kate McKinnon, David Tennant… (20 décembre)

Vincent Raymond | Mercredi 20 décembre 2017

Depuis sa naissance, le taureau Ferdinand sait qu’il est destiné à combattre dans une arène. Mais à la différence de ses congénères, le jeune bovin préfère les fleurs à la violence. Alors il s’enfuit et grandit auprès d’une petite fille. Jusqu’au jour tragique où on le renvoie à son étable d’origine… Imaginé en 1936 par Munro Leaf, adapté par Dick Rickard en format court pour les studios Disney en 1938, ce petit conte a pris du volume entre les mains de l’auteur de Rio qui, sans en changer l’esprit, l’a accommodé à l’air du temps. Il assume en effet d’y présenter la corrida comme un spectacle barbare ; quant au matador, il en prend davantage pour son grade que dans la chanson de Cabrel. Certes, cette version dilatée a recours à quelques facilités, notamment du côté des comparses du héros, tous déjà vus ailleurs sous des formes diverses : la gentille gamine qui l’adopte est d’un modèle standard, la vieille bique qui le coache évoque un mixte de Maître Yoda et d’Abraham Simpson ; enfin le trio de hérissons débrouillards ressemble, épines en sus, a

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Lee Unkrich & Darla K. Anderson : « Montrer Frida Kahlo dans la mort, c’est de la pure imagination »

"Coco" | Piller de Pixar, le réalisateur de "Monstres & Cie", du "Monde de Nemo" ou de "Toy Story 2 & 3" Lee Unkrich est à nouveau à la manœuvre pour "Coco", qu’il évoque avec sa productrice Darla K. Anderson…

Vincent Raymond | Mardi 28 novembre 2017

Lee Unkrich & Darla K. Anderson : « Montrer Frida Kahlo dans la mort, c’est de la pure imagination »

Quel est le point de départ de Coco ? LU : L’inspiration est tout simplement venue du Mexique, dont j’appréciais depuis toujours le Día de muertos — le Jour des morts. Quand j’ai commencé à écrire sur ce sujet, je me suis rendu compte qu’il n’y avait aucune histoire sur cette fête, c’était une idée assez unique. Au fur et à mesure de mes recherches, j’ai découvert combien l’idée du souvenir de sa famille y était important. Il y avait là le potentiel pour une histoire universelle, drôle, dramatique, visuellement très belle et avec un vrai cœur. Ça m’a touché. Avez-vous conçu le Pays des morts comme un miroir à celui des vivants, puisqu’on y boit, mange, dort ? LU : Non, on n’a pas pensé à cette notion de miroir, mais on a fait beaucoup de recherches pour la préparation, ce qui nous a aidés pour concevoir Santa-Cecilia, la ville du monde des vivants où vit Miguel. Évidemment, on ne pouvait pas faire de recherches pour le monde des ancêtres, alors on a fait appel à l’imagination. On aura

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"Ernest et Célestine en hiver" : Ours dort

ECRANS | de Julien Chheng & Jean-Christophe Roger (Fr., 0h45) animation avec les voix de Pauline Brunner, Xavier Fagnon, Raphaëline Goupilleau…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Quatre nouvelles aventures de l’ours musicien et de sa copine-colocataire la souris, glanées avant l’hibernation d’Ernest. L’occasion de rencontrer Bibi l’oie sauvage qu’ils ont élevée, la Souris verte dérobant les objets abandonnés ou Madame Tulipe, voisine du tandem aimant danser… L’ambition de ce programme de courts métrages est plus modeste que long métrage ayant donné vie cinématographique aux personnages de Gabrielle Vincent : on est ici dans le bout-à-bout d’épisodes formatés pour une diffusion télévisuelle. D’où la question : en dépit de leur qualité formelle tout à fait comparable au film de Benjamin Renner, Aubier & Patar, que font-ils sur grand écran sans “plus-value”, sans liant ? On tolère de perdre une partie de l’univers des personnages et de la noirceur ayant fait d’Ernest & Célestine un objet à la poésie complexe ; pas vraiment d’assister à une sorte de projection de DVD grand format.

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"Wallace & Gromit - Cœurs à modeler" : Deux bonnes pâtes

ECRANS | de Nick Park (G.-B., 0h59) animation…

Vincent Raymond | Mercredi 8 novembre 2017

Têtes de gondole de la maison Aardman, Wallace et Gromit reviennent ces derniers mois sur les écrans à la faveur de rééditions aussi agréables à revoir que frustrantes : depuis Le Mystère du Lapin-Garou (2005), les deux comparses semblaient avoir été délaissés au profit d’un personnage plus mignon ou plus lucratif puisqu’il est devenu le héros d’une série autonome, Shaun le mouton. Composé de deux courts métrages, Cœurs à modeler accentue ce double sentiment puisqu’il réunit A Close Shave (1995) — une fantaisie fantastique entre Delicatessen et Terminator, marquant d’ailleurs la “naissance” du jeune ovidé Shaun — et A Matter of Loaf and Death (2008), un inédit où Wallace, reconverti dans la boulange, tombe sous le charme d’une femme fatale aux allure d’ogresse jetant son dévolu sur tous les mitrons. Heureusement que l’enfariné benêt pourra compter sur la clairvoyance muette de Gromit pour le tirer de ce fichu pétrin… Bourrée d’astuces visuelles virtuoses et rythmée par un sens du gag irrésis

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"Le Vent dans les roseaux" : Chouette, des films !

Animation | de Arnaud Demuynck, Nicolas Liguori, Rémi Durin, Anaïs Sorrentino & Madina Iskhakova (Fr.-Bel., 1h02) animation…

Vincent Raymond | Jeudi 12 octobre 2017

Emblème des Films du Nord d’Arnaud Demuynck, la Chouette du Cinéma accueille à nouveau les petits spectateurs dès 6 ans sous son aile (et sa branche) autour d’une sélection de courts métrages d’animation ayant en partage la thématique de la liberté. Cinq historiettes pour vanter l’indépendance d’esprit et l’insoumission aux dogmes réducteurs (tel le fameux postulat sexiste : “les filles sont faites pour être des princesses à protéger et les garçons pour occire des monstres“), pour la plupart situées dans l’univers médiéval. Dans ce joli florilège, on retiendra le très poétique La Licorne de Rémi Durin, adapté de Martine Bourre, conjuguant élégance du trait et délicatesse de la morale (on n’asservit pas qui l’on aime), agrémenté en outre par la voix de Jean-Luc Couchard. De la belle ouvrage.

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"Des trésors plein ma poche" : Trésors (jeunes) publics

ECRANS | de Ana Chubinidze, Natalia Chernysheva, Camille Müller & Vera Myakisheva (Fr., 0h35min) animation

Vincent Raymond | Mercredi 27 septembre 2017

Il était une fois un bonhomme miniature, un dragon mélomane, une araignée tricoteuse, un écureuil amateur de luge, une baleine et une poule voulant voler. Il était une fois six réalisatrices à l’origine de ces histoires. Quand il n’en réalise pas lui même, le studio valentinois Folimage aime à rassembler des courts métrages à destination du tout jeune public dans des programmations à l’éclectisme graphique réjouissant. Les six films ici présentés remplissent leur office, même si comme dans tout trésor qui se respecte, certains joyaux brillent davantage que d’autres. Par exemple, on remarque ici l’aquarelle d’Alena Tomilova sur Le Nuage et la Baleine rappelant évidemment Le Moine et le Poisson de Michael Dudok de Wit ; ou bien La Luge de Olesya Shchukina, qui n’est pas sans évoquer le style anguleux, voire atome, de l’illustration jeunesse de la fin des années 1950.

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"Mr Chat et les Shammies" : Tissu de bêtises

ECRANS | de Edmunds Janson (Let., 0h34) animation…

Vincent Raymond | Mercredi 8 novembre 2017

Il y a des projets audiovisuels qu’on a du mal à cerner. Ce bout-à-bout de courts métrages d’animation en fait partie. Si l’on sait depuis Chapi-Chapo et les Tele-Tubbies que les programmes d’éveil destinés aux tout-petits peuvent revêtir des allures franchement psychotropes, Mr Chat et les Shammies les surpasse en bizarrerie… et surtout en laideur. Ici, un chat se trouve investi du rôle de référent adulte auprès des Shammies (des marionnettes anxiogènes faites de patchwork et de brins de laine). Comme il est filmé en vidéo grossière sur un fond moche puis approximativement incrusté dans leur monde, le félin n’a pas le loisir de suivre son instinct, c’est-à-dire les réduire en charpie à coup de griffes et de crocs, dommage ! Il ne peut empêcherez les Shammies d’enchaîner des bêtises soporifiques à base de baignoire ou de chambre mal rangée. Pire : cette grosse peluche bienveillante de Mr Chat finit toujours par les chouchouter ! Cat-astrophique.

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À la découverte du monde : "Indiana jeunes"

ANIMATION | de Hélène Ducrocq, Ralf Kukula, Lena von Döhren, Grega Mastnak & Kateřina Karhánková (Fr.-All.-Slo.Tch., 0h34) animation…

Vincent Raymond | Vendredi 8 septembre 2017

À la découverte du monde :

On ne se lassera jamais de découvrir les programmes de courts métrages d’animation jeune public ! Thématiques, ils offrent aux spectateurs un brassage vivifiant de styles graphiques, d’inspirations, mais aussi de provenances. S’adressant aux 3 ans et plus, À la découverte du monde est une excellente livraison : à part le bizarre Monsieur Philodendron, incompréhensible et douteux film slovène, les quatre autres productions méritent l’attention. On signalera une adaptation d’un tendre classique de littérature enfantine, Je suis perdu (devenant ici le fauviste Un peu perdu), et surtout Les Fruits des nuages, qui clôt la séance. Une merveille métaphorique dont les héros sont de petits êtres craintifs confrontés à une pénurie alimentaire, jusqu’à ce que l’un d’entre eux ose quitter leur clairière-refuge. Sans parole — à l’instar des autres films —, cette réalisation tchèque enseigne en douceur aux enfants que grandir consiste à dompter sa peur du monde extérieur. Raison de plus pour aller le découvrir au cinéma.

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Lou et l’île aux sirènes : Plage musicale

ANIMATION JAPONAISE | de Masaaki Yuasa (Jap., 1h52) avec les voix de Shôta Shimoda, Kanon Tani, Akira Emoto…

Vincent Raymond | Jeudi 31 août 2017

Lou et l’île aux sirènes : Plage musicale

Ado taciturne vivant dans un village de pêcheurs, Kai aime se réfugier dans sa musique. Se laissant convaincre par deux amis de lycée, il forme avec eux un groupe qui séduit une incroyable fan : Lou, jeune sirène mélomane. Le groupe va tenter de la faire accepter par les villageois… Depuis Takahata et Miyazaki, on sait l’importance du commerce que les Japonais entretiennent avec la Nature, s’incarnant dans de multiples divinités protectrices et volontiers farceuses (voir Pompoko). Nouvel avatar de cette innocence joviale, Lou poursuit l’inscription de ce patrimoine traditionnel dans le monde moderne, luttant contre la voracité humaine pour y préserver leur place — il y aura au moins une morale à en retirer. Si le fond est connu, la forme innove. Au classique duo poétique/grotesque courant dans l’anime nippon, Masaaki Yuasa ajoute des éclats de ce néo-screwball héritier de Tex Avery qu’on rencontre dans Gumball ou Adventure Time pour quelques séquences débridées (ah, le frénétique générique !) ; mais aussi des moments plus abstraits, où le graph

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Cars 3 : Sortie de piste

ECRANS | de Brian Fee (É.-U., 1h49) animation avec les voix (v.f.) de Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Nicolas Duvauchelle… (2 août)

Vincent Raymond | Mercredi 19 juillet 2017

Cars 3 : Sortie de piste

Flash McQueen se fait vieux : la nouvelle génération relègue sa génération aux stands, voire à la casse. Bien décidé à montrer qu’il en a encore sous le capot, l’ancien élève de Doc Hudson tente de remettre les gaz aidé par Cruz Ramirez — une coach qui aurait aimé être pilote… Oublié, le deuxième volet à base d’essence d’espionnage frelatée ; retour ici aux fondamentaux : la course, la gomme brûlée et la fascination puérile pour la vitesse — en se livrant à un peu de psychanalyse de comptoir, on tirerait sûrement des choses rigolotes de cette vénération pour les objets polis, aérodynamiques et écarlates majoritairement masculins. À l’instar d’un Rocky Balboa moyen, McQueen doit accepter son déclin et de transmettre le flambeau. Mais de continuer à en remontrer à une bleusaille arrogante. Cette leçon vaut bien un rodage, sans doute, mais elle n’ajoute rien à la gloire de Pixar, dont on espère avec Coco (en novembre sur les écrans) enfin un digne successeur au merveilleux Vice-Versa.

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"Les Nouvelles Aventures de Ferda la fourmi" : insectes, à la tchèque

Animation | L’exhumation des aventures du sympathique hyménoptère, créé il y a une quarantaine d’années par la cinéaste tchèque Hermina Tyrlova, se poursuit avec un nouveau (...)

Vincent Raymond | Jeudi 16 février 2017

L’exhumation des aventures du sympathique hyménoptère, créé il y a une quarantaine d’années par la cinéaste tchèque Hermina Tyrlova, se poursuit avec un nouveau bout-à-bout de courts métrages. On y suit l’espiègle Ferda au milieu de ses amis les insectes, dans un décor et une esthétique rappelant à la fois Le Manège enchanté et le réalisme synthétique des pays frères. Ces saynètes ont en outre l’étonnante particularité de s’inspirer des cycles de vie des espèces ici anthropomorphisées ; comme si l’auteure avait voulu donner un substrat entomologique sérieux à ces contes pour tout-petits. On appréciera cette initiative éducative, en notant toutefois que le rythme un peu saccadé des images et la musique aux accents bavaro-forains peuvent faire basculer les spectateurs réceptifs à l’hypnose dans un état modifié de conscience.

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"L’Odyssée" : aquatique en toc

ECRANS | de Jérôme Salle (Fr., 2h02) avec Lambert Wilson, Pierre Niney, Audrey Tautou…

Vincent Raymond | Mercredi 12 octobre 2016

Rien de tel qu’un biopic pour hameçonner public et récompenses. Alors imaginez qu’on en consacre un à l’icône Jacques-Yves Cousteau… c’est du dragage dans les grandes profondeurs ; de la pêche à la dynamite – pour reprendre ses gaillardes méthodes de recensement des espèces pélagiques. Sauf que "JYC", comme tout un chacun, n’était pas clair comme de l’eau de roche et Jérôme Salle n’a pas réussi à trancher entre l’hagiographie consensuelle ou l’étude critique des nombreuses vies du bonhomme. Faussement âpre pour ne pas paraître (trop) complaisant, son film est pareil à un grand livre privilégiant les belles images en couleurs, arrachant celles qui seraient trop ternes ou gênantes – ah, l’art pratique de l’ellipse ! Si Jérôme Salle ménage la dorure de la statue du Commandant, il montre cependant la course perpétuelle après l’argent de cet utopo-égoïste plus imbu de sa propre publicité et de ses aventures que du destin de ses proches ou de celui de la planète. Le vieux cabot de mer s’est mué sur le tard en héraut de l’environnement : une conversion devant beaucoup à son fils Philippe (Pierre Niney), et au fait que son aud

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"Ma vie de courgette" : gratin d’amour sauce résilience

ECRANS | Avec ce portrait d’une marmaille cabossée par la vie retrouvant foi en elle-même et en son avenir, Claude Barras se risque sur des sentiers très escarpés qu’il parcourt avec une délicatesse infinie. Un premier long métrage d’animation en stop motion vif et lumineux ; un chef-d’œuvre. VINCENT RAYMOND

Vincent Raymond | Mercredi 5 octobre 2016

Que vous soyez un enfant de 5 ou de 105 ans, accordez sans tarder un peu plus d’une heure de votre vie à cette grande œuvre ; elle vous ouvrira davantage que des perspectives : des mondes nouveaux. Ma vie de courgette est de ces miracles qui redonnent confiance dans le cinéma, qui prouvent sans conteste que tout sujet, y compris le plus sensible, est susceptible d’être présenté à un jeune public, sans qu’il faille abêtir les mots ni affadir le propos. “Tout est affaire de décor” écrivait Aragon en d’autres circonstances, ce film l’illustre en traitant successivement d’abandon, d’alcoolisme et de mort parentales, des maltraitances enfantines, d’énurésie d’éveil à l’amour et à la sexualité… un catalogue de tabous à faire pâlir le moindre professionnel de l’enfance. Des thématiques lourdes, donc, attaquées de front sans ingénuité falote ni brutalité, amenées par le fil éraillé de l’existence des petits héros du film : Courgette et ses amis vivent dans un foyer, où ils tentent de guérir de leurs traumatismes passés. Où on les entoure de l’amour et l’attention dont ils ont été frustrés. Voilà pour le premier décor.

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Hana et Alice mènent l’enquête

ECRANS | L’animation connaît en ce moment un regain bien loin de se limiter à l’Hexagone. En témoigne ce polar nippon à prendre en filature serrée, de même que son réalisateur — le chevronné Shunji Iwai… Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 3 mai 2016

Hana et Alice mènent l’enquête

Inconnues pour la plupart des spectateurs occidentaux, Hana et Alice ont pourtant vu le jour sur les écrans il y a une dizaine d’années au Japon en chair, en os et en uniforme. Créées par Shunji Iwai pour agrémenter des spots à la gloire d’une barre chocolatée portionnable bien connue, ces lycéennes s’en sont (presque) affranchies en devenant en 2004 les héroïnes d’un long métrage éponyme narrant leur complicité ainsi que leurs aventures sentimentales. Le temps a passé, mais Iwai n’en avait pas pour autant fini avec elles. Et c’est par la voie de l’animation qu’il a choisi d’offrir un prolongement en forme de préquelle à leur exploits. À partir de cette pierre dessinée avec grand talent, le cinéaste effectue un nombre impressionnant de ricochets : il se révèle à une plus large audience en France (où curieusement, ses films n’ont jamais beaucoup été relayés) et s’affirme comme un excellent réalisateur de film d’animation, investissant le segment “réaliste”— celui de l’imaginaire étant déjà largement quadrillé par les héritiers de Takahata et Miyazaki, tels que Hosoda ou la foule des auteurs de nekketsu. Précis et sans hentaï Shunji Iwai semble d’ail

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Five

ECRANS | Critique du film Five de et avec Igor Gotesman (Fr, 1h42) avec également Pierre Niney, François Civil, Margot Bancilhon, Idrissa Hanrot…

Vincent Raymond | Mercredi 30 mars 2016

Five

À chaque époque, sa vision de la colocation. Revendiquant L’Auberge espagnole (2002), Five se veut un film de joyeux potes idéalisant une chouette vie autarcique d’enfants gâtés sans contraintes, habitués à voir leurs moindres caprices assouvis par Sam (justement surnommé “Sam régale”) l’amphitryon de la bande — lequel dupe son père pour disposer à l’envi de la fortune familiale, avant d’être démasqué par icelui. D’une morale déjà douteuse, le tableau s’aggrave lorsque le fameux Sam trouve dans le mensonge et surtout le trafic de drogue la solution naturelle à ses problèmes ; et que ses “amis pour la vie” manifestent leur profonde solidarité en se dissociant de lui dès qu’il plonge. On résume : des personnages profiteurs, individualistes, arnaqueurs, délateurs ; une vision caricaturale de la banlieue où les trafiquants sont arabes et barbus, de l’argent facile sans beaucoup se fatiguer, une crudité du dialogue en dent de scie (malgré quelques audaces, le ton demeure timoré) et un manque de fond. Référence de Gotesman, Klapisch avait assorti son film d’un questionnement sur le processus de maturation personnelle ; il n’a pas droit au b

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Les Espiègles

ECRANS | De Janis Cimermanis (Let., 45min) animation

Vincent Raymond | Mercredi 17 février 2016

Les Espiègles

Visible dès 3 ans, cette nouvelle récolte de courts-métrages animés issus des studios lettons AB, signés par l’auteur de SOS Brigade de secours !, est très axée sur les questions de nature – l’espièglerie étant l’arme pacifique dont les animaux se servent pour se prémunir des attaques ou de la désinvolture humaine. Réalisés en stop motion à partir de pâte à modeler et de poupées dont les fibres diverses hurlent leur origine synthétique et les colorants non biologiques, ces petits films bariolés se révèlent toujours aussi plaisants à découvrir.

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The Danish girl

ECRANS | De Tom Hooper (GB, 2h) Avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Ben Whishaw…

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

The Danish girl

Cela va finir par se voir : certains réalisateurs et comédiens n’aspirent qu’à garnir leur cheminée de trophées. Peu leur importe le film, du moment qu’il satisfait à quelques critères d’éligibilité : biopic avec sujet concernant, pathos et performance d’interprète bien apparente. Sa sinistre parenthèse Les Misérables refermée, Tom Hooper renoue donc avec le portrait académique en jetant son dévolu sur Einar Wegener, peintre danois(e) entré(e) dans l’Histoire pour avoir fait l’objet d’une opération de réattribution sexuelle. Mais Hooper, léger comme un bison scandinave, tangue entre clichés niais et ellipses hypocrites – ah, la ridicule propension à occulter les aspects biographiques trop abrupts ! Il ne suffit pas de costumer un acteur aux traits androgynes pour créer un personnage authentique, ni de lui demander d’exécuter des poses délicates et des grimaces pleines de dents comme Jessica Chastain pour figurer le trouble ou l’émoi. L’inspiration et l’originalité du Discours d’un roi semblent, décidément, taries…

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La Montagne magique

ECRANS | À destin extraordinaire, film hors du commun. La trajectoire d'Adam Jacek Winkler, peintre polonais et aventurier contemporain dont le parcours (...)

Vincent Raymond | Mercredi 23 décembre 2015

La Montagne magique

À destin extraordinaire, film hors du commun. La trajectoire d'Adam Jacek Winkler, peintre polonais et aventurier contemporain dont le parcours semble sortir d’un roman de Joseph Conrad ou suivre les traces de Lawrence d’Arabie (version d’Afghanistan), méritait en effet le traitement composé par Anca Damian : une œuvre d’animation hybride, à la fois abstraite (ou, à tout le moins, non strictement figurative) et poétique. La réalisatrice mêle toutes les techniques possibles pour raconter les avatars de cet homme ayant passé sa vie à se réinventer, à suivre ses envies et à courir après des idéaux : atteindre des sommets d’altitude, lutter contre les oppressions communistes, au point de rallier Massoud pour combattre l’Armée rouge ! Le cinéma qui en découle, à géométrie (esthétique) variable, est fidèle au modèle qui l’a inspiré : irréductible et libre. C’est dire si la voix de Miossec est bien trouvée pour l’habiller ! Sortie le 23 décembre

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Avril et le monde truqué

ECRANS | Si vous pensez qu’un film d’animation français alliant intelligence de l’écriture, maîtrise du style graphique et virtuosité de réalisation est impossible dans notre espace-temps, préparez-vous à changer de monde…

Vincent Raymond | Mardi 10 novembre 2015

Avril et le monde truqué

Voir fleurir avril sur les écrans début novembre tient déjà de la gageure, alors que dire d’un 1941 à Paris dépourvu du contexte de l’Occupation ! Avril et le monde truqué appartient à cette catégorie rare de films d’animation bouleversant les repères, renversant les habitudes, changeant les règles données pour fixes. Alors que la majorité d’entre eux sont construits en privilégiant leur essence graphique (et se trouvent, de fait, prisonniers des codes propres à sa narration), celui-ci, parce qu’il procède à l’inverse, transcende le genre. À l’instar du Tombeau des Lucioles de Isao Takahata ou du Géant de Fer de Brad Bird, il conjugue les bénéfices d’une histoire astucieuse qui aurait pu être racontée sous la forme d’un long métrage "traditionnel" et d’un traitement animé de luxe. Cette histoire, une uchronie dystopique, est le premier joyau du film : une expérience scientifique ratée (en apparence) a conduit à la mort de Napoléon III à la veille de la déclaration de la guerre contre la Prusse et scellé le sort de la révolution industrielle, bloquant l’humanité à l’âge du charbon. Dans une atmosphère rétro-futuriste et enfum

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Va y avoir de l’animation…

ECRANS | "​Le Petit Prince", décevante adaptation de Saint-Ex’ qui a consterné l’été (et ravi du public à "Vice-Versa"), ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir : la fin 2015 s’annonce riche en productions animées enthousiasmantes Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mercredi 2 septembre 2015

Va y avoir de l’animation…

Le temps où "film d’animation" avait pour étroit synonyme "dessinanimédeoualdisney" (en un seul mot) est définitivement révolu. Si la concurrence a fait son œuvre et créé de l’émulation là où le studio aux grandes oreilles vivait confortablement de sa rente, il serait illusoire de croire que les seules majors ont permis à l’animation de connaître son boum actuel : l’évolution des techniques, les alternatives soumises par les indépendants (en particulier en Europe et en Asie) ont fait naître chez les spectateurs le désir de voir d’autres images. Depuis, la mondialisation des talents a rempli son office ; une relative uniformisation contamine Hollywood, qui lorgne sur le modèle esthétique et narratif (gagnant) développé par Pixar. La pompe aspirante californienne recrute à tout-va, consacrant les animateurs qui s’assimilent à son modèle. Dernier exemple en date, le Français Pierre Coffin, réalisateur des Minions, tombeur du Mission Impossible de Tom Cruise cet été. Mais la Nature a horreur du vide, et les départs outre-Atlantique favorisent l’émergence de nouvelles générations. Mieux : une démarcation plus nette s’opère entre l

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Shaun le mouton

ECRANS | Les studios Aardman se sont transcendés avec cette adaptation des aventures de Shaun, dont Mark Burton et Richard Starzac respectent les partis pris initiaux — gags burlesques, rythme trépidant et pas une ligne de dialogue — en y ajoutant un esprit anar réjouissant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

Shaun le mouton

La jeunesse, c’est l’âge de l’enthousiasme, des grands projets, de la vie libre et insouciante. Et puis le train-train quotidien s’installe, la routine du travail, des jours qui se ressemblent et des amis que l’on ne regarde plus. En cinq minutes déjà formidables, Shaun le mouton raconte ainsi comment un fermier passe de la joie d’élever son cheptel de moutons à l’application machinale d’un planning abrutissant pour lui, mais aussi pour ses animaux, proches de la dépression. À la faveur d’une publicité entrevue sur le flanc d’un bus, les moutons se prennent à rêver d’évasion, échafaudant un plan pour échapper à la surveillance de leur berger et de son chien Bitzer, lui aussi en plein relâchement. Commence alors une aventure débridée et impossible à décrire tant elle fourmille de trouvailles visuelles. On n’est pas des moutons ! Car Shaun le mouton, adaptation d’une série animée autour d’un personnage apparu dans Rasé de près, une des aventures de Wallace et Gromit, est avant tout un défi de mise en scène : raconter une histoire sans avoir recours aux dialogues, remplacés par des borborygmes et une gamme presque symphoniq

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