"Yesterday" : Hello, Goodbye, Hello

ECRANS | Un musicien sans succès se retrouve seul au monde à connaître le répertoire des Beatles et se l’approprie : sa vie change alors radicalement. Après Steve Jobs, Danny Boyle reste dans l’univers Apple pour cette fable morale, musicale, nostalgique aux inspirations multiples…

Vincent Raymond | Mardi 2 juillet 2019

Jack Malik a du succès à la guitare auprès de ses amis ; un peu juste pour vivre de ses chansons. Une nuit, un accident mystérieux le laisse le visage en vrac et riche d'un trésor : il s'est réveillé dans un monde où les Beatles n'ont jamais existé. Et lui seul connaît leurs chansons…

Quel musicien, n'a jamais rêvé (ou cauchemardé) connaître le sort de Jack Malick ? Puisque les Beatles, aux dires de Lennon en 1966, étaient « plus populaires que Jésus », cela équivaudrait-il à se retrouver en position mosaïque, recevant les Tables de la Loi ? Débordant largement du registre musical, l'influence du groupe a été — et demeure — telle dans la culture contemporaine pop que son effacement pourrait légitiment causer un hiatus civilisationnel. Le postulat de départ est intellectuellement séduisant et surtout réjouissant pour les amateurs des Quatre de Liverpool. Ils savourent non seulement la renaissance du catalogue entier, mais ont droit en bonus à des surprises moins prévisibles et plus authentiquement émouvantes que celles parfumant d'habitude les biopics musicaux.

Face A : Love me doux

Richard “Love Actually“ Curtis étant au générique, une couche sentimentale se superpose au fantastique — comme, du reste, dans About time et ses paradoxes temporels. Et une (sage) critique du bizness et de sa collection de parasites vient recouvrir le tout ; des sangsues pas si terribles que cela puisque le brave Ed Sheeran, second rôle de prestige du film, les recommande à Jack. Ça n'a donc pas changé depuis Phantom of the Paradise ; mais bon on n'espérait pas un brûlot anticapitaliste contre le monde du disque : fantastique ne signifie pas science-fiction.

C'est surtout au niveau musical que Yesterday était attendu au tournant. Doublement : dans sa faculté à reproduire les chansons originales, mais aussi à “habiller” le film dans une tonalité voisine des compositions Lennon/McCartney & al. Rendons hommage à Himesh Patel, qui envoie du bois en reprenant les standards à sa manière, ainsi qu'à Daniel Pemberton pour avoir tiré une B.O. de boucles reverses et de mixes de plusieurs titres emblématiques à la production particulièrement ouvragée (Strawberry Fields Forever, A Day in the Life…). Si l'on s'en tenait là, on parlerait d'un agréable spectacle emplissant la tête de merveilleuses mélodies. Sauf que… ("Face B" à lire sur www.petit-bulletin.fr)

Yesterday de Danny Boyle (G.-B., 1h56) avec Himesh Patel, Lily James, Ed Sheeran…


Yesterday

De Danny Boyle (2019, Angl) avec Himesh Patel, Lily James...

De Danny Boyle (2019, Angl) avec Himesh Patel, Lily James...

voir la fiche du film


Un musicien anglais cherchant à percer et qui, pour des raisons inconnues, est le seul à se souvenir des Beatles.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Baby Driver : Ils en font des caisses

ECRANS | de Edgar Wright (G.-B., 1h53) avec Ansel Elgort, Lily James, Kevin Spacey, Jamie Foxx… (19 juillet)

Vincent Raymond | Mercredi 19 juillet 2017

Baby Driver : Ils en font des caisses

Petit génie du volant, le mutique et mélomane Baby est le pilote préféré de Doc, un criminel envers qui il a une dette et qui le force à conduire sur des braquages. Quand Baby veut se ranger des voitures, Doc ne l’entend pas de cette oreille. Ça va swinguer. Au commencement, il y eut The Driver (1978) de Walter Hill, polar taciturne et nocturne à cylindrées hurlantes, hystérisé par Bruce Dern pétant des durites. Puis vint la relecture purple-electroclash de NWR, Drive (2011), accélération sensible et refroidie par l’épure. Très logiquement surgit à présent la version bubble-gum, soigneusement clipée par un Edgar Wright vibrant davantage pour le rythme musical de son film que par les ronflements de moteurs — tant mieux, on n’est pas dans Fast and Furious non plus. Au-delà du gimmick cool ou de l’artifice scénaristique, la musique entretient un authentique dialogue entre les personnages et l’histoire ; elle sculpte également le découpage autant qu’elle règle, pour la virtuosité du geste, le générique d’ouverture. Wright en use à bon escient, comm

Continuer à lire

T2 Trainspotting 2 : Le retour des héro(ïnomane)s

ECRANS | Vingt ans après avoir entubé son monde, Mark règle ses dettes avec les intérêts. Quant à Danny Boyle, il fait sagement fructifier le capital sympathie de ses défoncés en dealant du shoot visuel et sonore aux quadras nostalgiques de leurs vingt ans. Une honnête rechute.

Vincent Raymond | Mercredi 1 mars 2017

T2 Trainspotting 2 : Le retour des héro(ïnomane)s

Saisi par le remords (entre autres impérieuses raisons), Mark Renton quitte sa planque d’Amsterdam et retourne à Édimbourg où Sick Boy semble prêt à tout lui pardonner, à condition qu’il l’aide à ouvrir un bordel. Mais le pire est à craindre : Begbie s’est évadé de prison… Souvent, la suite tardive d’un succès “générationnel” se révèle honteuse ou paresseuse — on s’abstiendra, par charité, de rappeler les exemples des Inconnus, des Bronzés, de Trois Hommes et un couffin ou de tant d’autres merveilles. Montées pour de mauvaises raisons (aisément d€vinabl€$), elle déçoivent leurs fans transis, qui n’osent pas s’avouer désappointés devant le naufrage de leurs illusions. Sans scintiller ni déchoir, Trainspotting 2 peut se targuer d’être une “bonne” suite. On se ca(l)me ! Boyle donne ce qu’ils attendent à ses clients : il prolonge les péripéties de sa bande presque assagie de junkies en usant d’une intriguette prétexte à une suite de sketches parfois réussis — la méthode a jadis fait ses preuves dans les Don Camillo. Il ne se risque pas à la surenchère trash ou destroy ; le ferait-il

Continuer à lire

Beatlemania

CONNAITRE | Un cran au-dessus des nombreux groupes qui rendent hommage plus ou moins habilement aux Beatles en les singeant parfois, le conférencier Pierre Espourteille partagera, en deux temps, une mine d’informations croustillantes sur le groupe emblématique des sixties. Niko Rodamel

Niko Rodamel | Mardi 3 mai 2016

Beatlemania

Ils détiennent le record mondial de disques vendus (plus de deux milliards à ce jour) et Yesterday celui de la chanson la plus reprise (au moins trois milles versions). Pourtant, presque un demi-siècle après la séparation de l’un des groupes les plus mythiques, les Beatles font encore régulièrement l’actualité. Tout récemment c’est le décès de leur producteur-arrangeur, Georges Martin, qui plongeait de nouveau les fans dans un profond émoi… Plus anecdotique, un Mancunien vient de débourser quatre-vingt-dix-huit milles euros pour s’offrir un vinyle-démo de deux chansons gravé en 1961 par les quatre jeunes musiciens de Liverpool, alors encore inconnus... Savez-vous d’ailleurs que les quatre garçons dans le vent, avant de se fixer sur leur nom définitif, se sont successivement appelés Silver Beetles, Silver Beats et même Long John and the Silver Beatles ? La bible vivante des Beatles Fan parmi les fans, Pierre Espourteille est en quelque sorte la bible vivante des Beatles en France, connaissant sur le bout des doigts les évangiles du rock écrits par les apôtres Ringo, John, Paul et George. Après une carrière dans le marketing musical et l’écriture du livre La

Continuer à lire

iBiopics et colégram

ECRANS | Mélange de coups d’éclats, d’échecs cinglants, d’incessantes résurrections professionnelles et de drames personnels, la vie du fondateur d’Apple était de nature (...)

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

 iBiopics et colégram

Mélange de coups d’éclats, d’échecs cinglants, d’incessantes résurrections professionnelles et de drames personnels, la vie du fondateur d’Apple était de nature à inspirer les esprits romanesques — d’autant plus titillés par son culte maladif du secret et son art consommé d’une communication maîtrisée. Hollywood ne pouvait rester indifférent à cette poule aux œufs, ou plutôt aux pommes d’or. Le petit écran fut le premier à s’intéresser au phénomène, avec Les Pirates de la Silicon Valley (1999) de Martyn Burke, tourné juste après le retour gagnant de Jobs aux manettes de la firme de Cupertino. Racontant sur un mode semi-drolatique l’émergence d’une nouvelle industrie, ce téléfilm se centre sur le portrait croisé des deux frères ennemis Bill Gates (Anthony Michael Hall) et Steve Jobs (Noah Wyle, le Dr Carter de la série Urgences). L’orignal apprécia tellement la performance qu’il invita Wyle à l’imiter à ses côtés, sur la scène de l’Apple Expo 2000. Jobs eut aussi droit à de nombreuses parodies ; la plus fameuse sous les traits de Steve Mobbs, patron de Mapple en 2008 dans l’épisode Les Apprentis Sorciers de la série

Continuer à lire

Pomme Star - Danny Boyle fait le Jobs

ECRANS | Après s’être égaré en racontant les tribulations gore d’un randonneur se sciant le bras pour survivre (“127 heures”), Danny Boyle avait besoin de se rattraper. Il fait le job avec une évocation stylisée du patron d’Apple, première super-pop-star économique du XXIe siècle. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Pomme Star - Danny Boyle fait le Jobs

« Penser “différent” »… Érigé en précepte par Steve Jobs soi-même, le slogan exhortant à la rupture créative et intellectuelle semble avoir guidé le scénariste Aaron Sorkin et le réalisateur Danny Boyle dans cette travail de la biographie (autorisée) du charismatique fondateur d’Apple, un pavé signé par Walter Isaacson détaillant par le menu l’existence de Jobs, listant également les innovations à mettre à son actif. Plutôt que de se lancer dans une illustration chronologique standard, visant l’exhaustivité en suivant le sempiternel et prévisible « sa vie, son œuvre », l’un et l’autre ont emprunté un chemin de traverse. Jobs ayant été, au-delà de toutes les controverses, une manière de stratège imposant sa vision d’une réalité distordue (et finalement, modelant la réalité à ses désirs), Sorkin et Boyle lui ont donc taillé un écrin biographique hors norme. Pour le cinéaste, cela passait par l’abandon de marques de fabrique virant au tic, comme les effets de montage épileptoïdes ou le recours à une bande originale utilitaire, marqueur temporel ou folklorique. Pour l’auteur du script, par la conception d’une sor

Continuer à lire

Il était temps

ECRANS | Richard Curtis, le maître de la comédie romantique anglaise, réussit un parfait film en trompe-l’œil ; derrière l’humour, la romance et le concept du voyage dans le temps, "Il était temps" est une méditation touchante sur la transmission entre les pères et les fils. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 4 novembre 2013

Il était temps

Pendant la première heure d’Il était temps, tout paraît un peu trop clair au spectateur : Tim, post-ado roux et maladroit avec les filles, arrivé de son Sussex tempétueux vers la très branchée city londonienne, se voit offrir un don extraordinaire, celui de voyager dans le temps. Il peut ainsi rectifier ses erreurs en recommençant autant qu’il le veut les moments décisifs de son existence. Richard Curtis, à qui l’on doit Love actually et les scénarios de Notting Hill et Cheval de guerre, fait ainsi se rencontrer le genre dans lequel il excelle, la comédie romantique, et une veine plus conceptuelle, rappelant celle d’Un jour sans fin. Que l’affaire soit très bien écrite, avec des seconds rôles pittoresques et un excellent couple d’acteurs principaux — le peu connu Domnhall Gleeson et la fameuse Rachel MacAdams — relève de l’évidence, et on se demande si l’ami Curtis ne déroule pas un peu trop tranquillement un savoir-faire désormais rodé. Tempus fugit Cette habileté a pourtant quelque chose de pa

Continuer à lire

Trance

ECRANS | De Danny Boyle (Ang, 1h35) avec James MacAvoy, Vincent Cassel, Rosario Dawson…

Christophe Chabert | Mardi 7 mai 2013

Trance

La dégringolade continue pour Danny Boyle depuis qu’il n’a plus son scénariste Alex Garland a ses côtés. Après l’agaçant 127 heures, le voilà qui se fourvoie dans Trance, nanar improbable qui, à force de vouloir manipuler le spectateur, se perd lui-même dans son labyrinthe d’intrigues où un commissaire-priseur (MacAvoy) se fait hypnotiser par une médecin charmante (Rosario Dawson) pour retrouver la mémoire et, partant, le tableau de Goya qu’il a subtilisé au nez et à la barbe des voleurs avec qui il s’était associé (Vincent Cassel joue le chef). À partir de là, c’est du grand n’importe quoi, avec une mise en scène clipée sur fond de techno, des choix de production ringards, des incohérences à la pelle et surtout une avalanche de twists même pas amusants. Il suffit de dire que l’un d’entre eux, crucial pourtant, repose sur le rasage d’une toison pubienne, pour mesurer l’ampleur de la cata. Certes, cela conduit à une magnifique nudité frontale comme on en voit peu par les temps puritains qui courent. N’empêche, Trance reste un ratage phénoménal. Christophe Chabert

Continuer à lire