Rap, paradis retrouvé

MUSIQUES | Musique / Cette semaine, entre le passage à la Halle Tony Garnier de NTM et le concert au Transbordeur de Dj Premier et QBert, une page de l’histoire du rap s’invite à Lyon, entre nostalgie et retour aux fondamentaux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 17 octobre 2008

C'était en fin de saison dernière, sur le plateau du Grand journal de Canal +. Kool Shen et JoeyStarr annonçaient officiellement la reformation de NTM. Une annonce savamment orchestrée à coups de placards-pubs dans les journaux, mais qui devenait, ce soir-là, une réalité. Et la suite : gros concerts parisiens ; pas de nouveaux morceaux mais le plaisir de faire péter les tubes d'hier ; grosse tournée dans la foulée. Qui va voir NTM aujourd'hui ? Plusieurs générations d'auditeurs, les fidèles de la première heure, des jeunes ayant grandi avec eux grâce à la pérennité FM de morceaux indémodables et des convertis tardifs au «phénomène». Par quel prodige NTM, qui faisait frémir et divisait il y a vingt ans, passe maintenant pour les Ferré de la Cité ou les Stones du 9-3 ? Le temps fait son petit office de nostalgie sélective et d'amnésie accommodante, certes, mais le long silence du groupe n'y est pas pour rien. Comme dans les westerns : un bon Indien est un Indien mort. Terrassé par le bling-bling du rap business et l'égotrip extrême de ses deux membres, NTM a rejoint le cimetière de la morale. Revenus de ce grand nulle part, Kool Shen et JoeyStarr ne font plus peur au système car celui-ci les a domptés, eux aussi. Une distance fatale s'est créée : le NTM d'aujourd'hui est devenu le NTM d'avant. Mais cette reconnaissance ambiguë est aussi une preuve définitive : le rap est entré dans les mœurs, loin de ceux qui le pastichaient avec lourdeur ou qui le stigmatisaient avec des arguments pétris de préjugés.

Un tour du monde = une révolution
Né dans les rues de Brooklyn, exporté par les ondes à travers toute la planète grâce à quelques passeurs unanimement loués (Sidney et son H.I.P. H.O.P., en France), métamorphosé par les ambitions artistiques de quelques surdoués partout dans le monde, le rap est maintenant un domaine musical tout sauf réservé. Mais cette résurrection de NTM dit aussi que s'il est un genre où le darwinisme est impitoyable, c'est bien celui-ci. Combien de groupes ont disparu dans les limbes ? Sans parler des rappeurs décédés de causes plus ou moins naturelles… Revenir après des carrières solitaires pas forcément grandioses, c'est aussi espérer retrouver un éden perdu du hip-hop, où la musique s'inventait avec la curiosité des pionniers et la rage des exclus, devant des parterres de spectateurs en symbiose avec l'état d'esprit des groupes sur scène. En témoigne l'an dernier, lors de la reformation de La Cliqua pour le festival L'Original, cette déclaration étonnante faite par Daddy Lord C. à un quotidien national : J'en suis venu à préférer écouter du rock plutôt que du rap. Le Velvet Underground ou Renan Luce me plaisent plus que du faux rap où des enfants s'inventent des passés de bandits.

Nouveaux tours de table
Le travail de l'association lyonnaise L'Original, pendant et hors du festival, a toujours été essentiel pour cette mise en perspective historique. Ils ont invité à Lyon Grandmaster flash, De La Soul, Method Man et Redman, et avant de recevoir celui qui est peut-être LE pionnier du rap Afrika Bambaataa en novembre, il propose cette semaine une affiche exceptionnelle réunissant deux Dj's américains incontournables dans l'histoire du hip-hop. Dj Premier a longtemps été l'homme derrière les platines de Gangstarr, mythique formation new-yorkaise ayant sorti quelques albums devenus des classiques. Il a aussi œuvré en solo pour des compilations mixées de haute volée, témoignant d'une oreille musicale aiguisée et d'une ouverture d'esprit (notamment sur la soul et le jazz) typique de cet esprit des «premiers temps» où le rap n'était pas une finalité, mais un espace à inventer à partir des musiques qui le précédaient. Quant à QBert, il s'est illustré comme un turntablist (l'art de créer de la musique nouvelle grâce à deux platines et une table de mixage) de génie, dont les prestations sont d'authentiques shows à voir autant qu'à entendre. Cette réunion de pointures, qui ne peut que raviver des souvenirs (les années 90, déjà lointaines), n'est pas que de la nostalgie : on ne voit pas, à part l'arthrose, ce qui pourrait freiner à l'avenir la fougue de ces mercenaires du vinyle…

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On est encore là, prêts à foutre le souk (mais plus pour longtemps)

Hip-Hop | Dernière virée hexagonale pour le Suprême NTM, incontournable duo du rap français qui a choisi de s'auto-dissoudre à l'issue de cette tournée passant par la Halle Tony Garnier.

Sébastien Broquet | Mardi 15 octobre 2019

On est encore là, prêts à foutre le souk (mais plus pour longtemps)

Cette fois, c'est la dernière. Promis, juré. JoeyStarr et Kool Shen, duo incandescent, plumes aiguisées comme des lames, ne retourneront plus ensemble sur le ring de leurs exploits. Et c'est tant mieux, car le Suprême Nique Ta Mère n'a jamais eu vocation à vieillir. Figure de proue de la déferlante hip-hop du début des années 90, la paire a incarné une époque dorée et un style incisif, déferlant sur tout un pays en lui crachant à la face ce qu'il ne voulait surtout pas entendre et qui pourtant finirait bien par lui tomber dessus. Seule Virginie Despentes en ce temps-là avait la même puissance de flow... Longtemps que la paire originaire de Saint-Denis n'a plus pondu un track marquant, contrairement à l'autrice de Vernon Subutex, mais leur présence féline sur scène et le réservoir de la période Paris sous les bombes suffit largement à combler les nostalgiques — au bout de trente ans de carrière, et après avoir maté le public de Woodstower l'an dernier, il faut bien se rendre

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Woodstower | Suprême NTM va-t-il écraser un Chaton ? Petit Biscuit va-t-il se faire dévorer par Madben ? La réponse à toutes vos questions en lisant cet article sur la formidable vingtième édition de Woodstower.

Sébastien Broquet | Mardi 19 juin 2018

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Vingt ans, c'est pas rien, pour un festival. Et Woodstower fête cet anniversaire en beauté, conviant pour une soirée aussi bonus qu'exceptionnelle le Suprême NTM pour un show dantesque, à l'ancienne, incluent Raggasonic, Busta Flex, Zoxea et Lord Kossity. C'est un brin vintage, mais tellement jouissif ! Et l'on sait que la paire Kool Shen & Joey Starr n'a rien perdu de sa superbe dès lors qu'il faut brûler une scène. Ce sera le jeudi 30 août, et rien que cette soirée devrait suffire à coller sur les rotules tout festivalier qui se respecte un tant soit peu, Disiz la Peste et Cut Killer (vintage, on vous dit...) complétant le line-up. Ensuite, il faudra déambuler le week-end durant pour dénicher celui qui pourra rivaliser avec les plumes de Paris sous les bombes : Petit Biscuit ? Que nenni,

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Disiz la Peste et Cut Killer s'ajoutent à la prog' de Woodstower

Festival | Deux nouveaux noms pour les vingt ans de Woodstower, pour assurer la première partie de NTM.

Sébastien Broquet | Jeudi 8 février 2018

Disiz la Peste et Cut Killer s'ajoutent à la prog' de Woodstower

On savait déjà que le Suprême NTM serait l'attraction des vingt ans du festival Woodstower, le duo francilien étant programmé en concert spécial le 30 août au grand parc de Miribel Jonage. Aujourd'hui, s'ajoutent Disiz la Peste, révélé par le single J'père les plombs en l'an 2000 avant de nourrir une riche carrière jusqu'à Pacifique, sorti l'an dernier. Autre ancien qui se greffe à cette soirée : Cut Killer, l'incontournable DJ hip-hop des années 90 incarnant à lui seul l'évolution de ce mouvement, de l'underground à l'explosion pop, qu'il a accompagné via son émission sur Skyrock après avoir débuté sur Radio Nova.

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Suprême NTM à Woodstower

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Le festival Woodstower fête ses 20 ans et invite pour l'occasion le mythique groupe de hip-hop Suprême NTM pour un concert spécial en ouverture du festival, le 30 août. JoeyStarr et Kool Shen sont les premiers noms annoncés pour cette édition anniversaire, qui s'étendra cette année sur quatre jours, du 30 août au 2 septembre 2018. Pour ceux qui veulent voir cette légende des années 90 retourner le Grand Parc Miribel Jonage, la billetterie ouvre ce lundi 11 décembre à 10h !

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Insomniaque - Semaine du 16 au 22 octobre

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Des tréfonds de son être, François Montmaneix s’engage depuis plus d'une quarantaine d'années dans des espaces sensibles faits de souvenirs, de pensées, de rêveries, pour remodeler l’univers à la lumière d’une évocation poétique. Évocation grâce à laquelle deviennent discernables les bruissements et pulsations de toute chose, aussi éphémères et fragiles soient-ils. Dans son dernier recueil publié au Castor Astral, Laisser verdure, dont le titre reprend les derniers mots prononcés par George Sand sur son lit de mort, ce poète lyonnais, récompensé par le prix Guillaume Apollinaire en 2003 pour Les Rôles invisibles et membre de l’Académie Mallarmé (cercle littéraire où émargèrent des écrivains du calibre de Jean Cocteau et Paul Valéry), nous livre des textes profondément marqués par ce dialogue entre éléments d’un Grand Tout, au sein desquels il interroge «les désordres de cet ordre-là». Dans des vers assez courts, agencés en des fragments d’une prose épurée, l’auteur tente «de réunir les voies et de rassembler les voix»,  comme autant d’échos échappés d'un Vide dans lequel il convient de trouver une place. Mais dans cet apparent

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Christophe Chabert | Vendredi 17 octobre 2008

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Christophe Chabert | Mercredi 15 octobre 2008

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