Deux fougueux sur un plateau

Pascale Clavel | Jeudi 16 mai 2013

Piano à Lyon reçoit le très médiatique violoniste Renaud Capuçon et l'hypnotique pianiste géorgienne Buniatishvili. Deux magnifiques interprètes pour un programme finement ciselé de sonates pour piano et violon de Franck, Enesco et Bartok, ambassadeurs d'un post-romantisme assez méconnu. Redécouvrir, sous leurs doigts magiques, les couleurs un peu passées de ces musiques élégantes et aux harmonies d'une exceptionnelle richesse revient presque à atteindre un nouveau monde.

Georges Enesco reste peut-être, à notre époque, le compositeur le plus confidentiel des trois. Une citation, recueillie par le critique Bernard Gavoty, pourrait le résumer : «La perfection qui passionne tant de gens ne m'intéresse pas. Ce qui importe, en art, c'est de vibrer soi-même et de faire vibrer les autres». L'œuvre d'Enesco est en effet faite pour chacun et touche jusqu'à la moelle. Sa sonate, pétrie des sonorités d'Europe centrale, offre des impressions d'immensité, impose un tempo toujours en mouvement, révèle des timbres évoquant une musique tzigane plaintive.

Quant à Franck, Renaud Capuçon considère qu'il est, comme il le déclara aux organisateurs du festival Folle Journée de Nantes, rien moins qu'un compositeur extraordinaire «dont nous pouvons être fiers». Forte de la renommée internationale et du jeu plein de vie de Capuçon et du talent fou, voire insolent, de Khatia Buniatishvili, la soirée promet moiteur et chocs esthétiques.

Pascale Clavel

Renaud Capuçon/Khatia Buniatishvili
A la salle Molière, vendredi 24 mai


Renaud Capuçon et Khatia Buniatischvili

Violon et piano
Salle Molière 20 quai Bondy Lyon 5e
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Beethoven par Renaud Capuçon, héroïque

Classique | L'Orchestre de Lyon et le violoniste Renaud Capuçon jouent cette semaine l'une des symphonies les plus populaires de Beethoven, la Troisième dite Héroïque. Un héroïsme proprement musical pour une œuvre ouvrant de nouveaux chemins de composition et de sensations.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 décembre 2018

Beethoven par Renaud Capuçon, héroïque

Rarement l'écart entre le contenu de sens visé par une œuvre et son rendu perceptif n'aura été aussi grand que dans la Sinfonia eroica de Beethoven. Très impressionné par l'esprit révolutionnaire du jeune Bonaparte, le compositeur allemand voulut lui dédier sa 3e Symphonie, avant de se raviser lorsque Bonaparte devient empereur. « Ce n'est donc rien qu'un homme ordinaire ! Maintenant il va fouler aux pieds tous les droits humains, il n'obéira plus qu'à son ambition ; il voudra s'élever au-dessus de tous les autres, il deviendra un tyran » se serait exclamé, dans un éclat visionnaire, Beethoven. Mais bien malin serait celui qui pourrait relier l'ode à la Révolution française à la matière musicale de la Symphonie héroïque, composée entre 1802 et 1804... Si ce n'est que cette matière est en elle-même révolutionnaire, annonçant notamment le romantisme à travers le spectre particulièrement large et varié des émotions proposées (de la marche funèbre du deuxième mouvement à l'emportement échevelé du quatrième).

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Khatia Buniatishvili : l’impétueuse !

Classique | La pianiste franco-géorgienne Khatia Buniatishvili est de retour à Piano à Lyon. Qui ne l’a jamais vue en concert doit s’y précipiter parce que les moments de musique que nous offre la diva du piano sont inouïs.

Pascale Clavel | Lundi 30 avril 2018

Khatia Buniatishvili : l’impétueuse !

Khatia Buniatishvili met chaque fois sa vie en jeu : elle danse langoureusement, elle mène un combat torride, elle est en rage et passe d’une violence folle à une tendresse excessive. Toute la palette d’émotions y passe, le public en sort rincé, émerveillé, déboussolé. Stupéfiante ! Elle l’est par son look qui réveille les ambiances grisâtres des salles de concert, par son jeu musclé, gracieux, déroutant, provocant. Khatia Buniatishvili est tout à la fois une rock star dans la plus pure tradition, la Beyoncé du piano, la pianiste la plus glamour de tous les temps, une star planétaire du clavier, une pianiste sexy qui dérange, elle a ses ultra fans et ses ultra détracteurs. Ses interprétations sont volcaniques, charnelles et le monde musical reçoit un choc tant esthétique qu’émotionnel dès qu’elle effleure son piano. Khatia Buniatishvili bouscule tout, mais pas dans le but de tout bousculer, elle a été élevée ainsi, sans tricher, ni avec la vie, ni avec le piano. Cela dérange les puritains du clavier parce qu’elle joue avec une grande technicité, mais aussi avec une liberté folle, elle dépoussière les oreilles et émoustille tous les organes de ceux qui

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MUSIQUES | Ils ne sont plus très nombreux, les chefs de la trempe de Sir Neville Marriner : Sir Colin Davis vient de disparaître, Seiji Ozawa et Daniel Barenboim, (...)

Pascale Clavel | Vendredi 24 mai 2013

Leçon de direction

Ils ne sont plus très nombreux, les chefs de la trempe de Sir Neville Marriner : Sir Colin Davis vient de disparaître, Seiji Ozawa et Daniel Barenboim, bien que septuagénaires, font figures de jeunots... Avec sa direction devenue "bonhomme" au fil des prestations, Marriner, qui s'est fabriqué une réputation internationale avec l'Academy of St Martin-in-the-Fields, magnifique orchestre de chambre qu'il a créé en 1958, donne à entendre une musique pleine d’humanisme et où rien n’est plus à démontrer. C'est toutefois avec l’Orchestre National de Lyon qu'il interprètra cette semaine la Symphonie n°35 en ré majeur « Haffner»  et le Concerto pour violon n°3 en sol majeur de Mozart. Des oeuvres qu'il maîtrise plus que quiconque, lui qui les a jouées aux quatre coins du monde sans jamais tomber dans le piège de la simplicité prétendue de certains opus du compositeur. On se souvient d'ailleurs que c'est Marriner en personne qui dirigea les musiciens enregistrant la bande-son du Amadeus de Milos Forman, pour un résultat simplement merveilleux. Pour l'occasion,

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Jeunes, beaux et pianistes

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Pascale Clavel | Jeudi 14 juin 2012

Jeunes, beaux et pianistes

Le 21 juin, c’est la fête mais on peut y regarder à deux fois, c’est le jour où la musique classique se met entre parenthèse. Pour des raisons obscures et puis parce qu’il en va ainsi depuis l’origine, cette musique là n’est guère représentée le jour J. Heureusement, Piano à Lyon résiste et son directeur artistique Jérôme Chabannes propose pour la Fête de la musique un bien beau moment généreux et gratuit, dans la cour de l’Hôtel de Ville. Deux concerts savamment ficelés où de jeunes pianistes, élèves de Michel Dalberto et de Roger Muraro au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, offrent un programme tonique et vivifiant. Le 21 juin donc, à 13 heures, un premier concert : le jeune Valentin Cotton s’y colle et, sous ses doigts, la très célèbre sonate «Les Adieux» de Beethoven, un monument de la musique romantique, un opus complexe et exaltant, un monolithe compact et d’une grande finesse. Cotton interprète également la Sonate Opus 1 d’Alban Berg ainsi que Kreisleria

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Aux Basques de Ravel

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Pascale Clavel | Jeudi 5 janvier 2012

Aux Basques de Ravel

Katia et Marielle Labèque, les sœurs pianistes hors cadre, hors des sentiers battus, hors des chemins tracés, seront Salle Molière pour Piano à Lyon les 12 et 13 janvier. Deux soirées exceptionnelles au contenu assez atypique. «Nous avons déjà éprouvé ce programme dans différentes salles en Europe. Debussy, Albéniz, Ravel, c’est un répertoire qui a toujours eu un écho favorable.» Elles vont donner le Boléro de Ravel dans sa version originale pour deux pianos mais l’ont agrémenté de percussions basques ; le culot, c’est un peu leur marque de fabrique. Cette adaptation étonnante provient simplement du fruit de leur rencontre avec un merveilleux trio de percussionnistes traditionnel basque, le Trio Kalakan. Le public ne le sait pas assez, Ravel était basque et son rapport au pays était réellement vécu et se sent dans toute sa musique. Katia Labèque confie : «Avec les musiciens basques, on se rend compte que le Boléro est une musique très tribale. Il s’agit en fait d’une musique répétitive avant l’heure des grands comme Steve Reich, Terry Riley.» Les soeurs Labèque n’ont jamais été prisonnières des carcans parfois très serrés de l’univers classiqu

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MUSIQUES | Classique & lyrique — Le cru 2012, toutes maisons confondues, reste savoureux, surprenant, audacieux et remarquablement de notre temps. De l’Auditorium à l’Opéra, en passant par le CNSMD tout en faisant un crochet par GRAME, tout est à découvrir avec gourmandise. Pascale Clavel

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Vous avez dit classique ?

L’Auditorium a décidé de miser gros sur l’idée du festival et trois grands rendez-vous nous attendent. Le Festival French Kiss, qui rassemble les musiques françaises de tous les temps, tous répertoires mêlés. La première mouture ayant eu un certain succès, la seconde se déploie de janvier à février et offre un éventail d’œuvres et d’interprètes très étonnant. Les enfants ne sont pas en reste, pour eux, la maison a concocté un Festival "Le Loup". Durant une semaine, les petits pourront avoir peur, la bête revient, sort du bois pour se retrouver au beau milieu du plateau de l’Auditorium. Et puis, en fin de saison, le public va pouvoir danser à perdre haleine avec un Festival Valse assez réjouissant. Du côté de l’Opéra : un festival dont Serge Dorny a creusé le sillon de longue date. Des œuvres méconnues de Puccini se confrontent à de petits opéras allemands de la même époque. L’idée est de mettre en lien des pièces à l’esthétique presque opposée mais qui parlent d’une seule et même voix d’un début de XXe siècle fascinant et innovant. Une machinerie énorme, trois metteurs en scène, un seul chef d’orchestre, Lothar Koenigs, qui pendant trois semaines, portera tout à bout de baguette

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Pascale Clavel | Jeudi 6 octobre 2011

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Classique / Pour sa septième édition, Piano à Lyon a choisi de faire une belle place aux jeunes talents. Parmi eux, la jeune et remarquable pianiste géorgienne Khatia Buniatishvili ouvre la saison. Sa notoriété va déjà croissante. C’est à dire qu’à 23 ans, elle brille comme ses aînés et irradie comme personne. Ceux qui ont pu l’entendre parlent à voix basse d’un miracle musical, comme en secret, comme s’ils étaient trop éblouis. Sa maitrise technique, sa grande virtuosité, son élégance naturelle sont à couper le souffle. Quant à son lien avec le piano, il paraît d’une simplicité étonnante : «Pour moi, jouer est un plaisir physique, comme danser.» Elle vient à Lyon pour une soirée unique, et Jérôme Chabannes, le directeur artistique de l’événement, peut se féliciter d’avoir su programmer cette perle rare. Remarquée par la grande Martha Argerich, Khatia Buniatishvili a fait des débuts fulgurants avec l’orchestre de Philadelphie. Révélation du Festival de Verbier avec le périlleux Troisième Concerto de Rachmaninov, elle va interpréter Salle Molière la Sonate en si mineur et la Méphisto-Valse de Liszt, trois Scherzos de Chopin ainsi que trois mouvements de Petrouchka de Stravinsky.

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Petite balade dans trois lieux où la musique classique bouillonne, où l’innovation est un credo, où l’exigence artistique semble totale. Passez par iciLe Festival de Musique Baroque ouvre sa 29e édition. Son directeur artistique, Eric Desnoues, peut se frotter les mains par avance. Il a su faire venir les baroqueux les plus audacieux, ceux qui savent prendre encore des risques, ceux qui osent faire quelques infidélités à la partition, ceux qui offrent généreusement des interprétations réjouissantes voire inattendues. Dès l’ouverture, grand frisson assuré avec l’Ode à Sainte Cécile de Purcell sous la baguette d’un Jean Tubéry qui impose toujours une lecture pleine de spiritualité et d’élégance aux œuvres qu’il touche. S’égrènent au fil de la saison des chefs-d’œuvres servis par des interprètes très inspirés. Un Messie de Haendel, une Fairy Queen de Purcell, une Passion selon Saint Jean de Bach. À côté de ces mastodontes, s’imposent de drôles de petits moments décalés et savoureux. Et par làDe la sérénité, de la fierté aussi pour Jérôme Chabannes, directeur artistique de Piano à Lyon. Une septième saison qui s’annonce exceptionnelle, un programme à rendre jalo

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Fauve indomptable, pianiste hors paire, femme caractérielle, Martha Argerich est de retour. Piano à Lyon lui ouvre ses portes les 26 et 28 novembre, salle Molière, pour deux concerts exceptionnels. À chacune de ses apparitions, le public est en transe, comme en extase devant une merveilleuse icône. En deux programmes sous forme de patchwork, elle abordera tous les styles avec la même puissance dramatique. De Mozart à Bartok en passant Schumann, Martha Argerich offre une musique d’une grande élégance.

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Pascale Clavel | Jeudi 16 octobre 2008

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Piano à Lyon, nouvelle saison. L’événement est attendu, le public se bouscule, les abonnés ne connaissent pas la crise et Jérôme Chabanne jubile. Il a bien raison, lui qui mène une lutte acharnée pour que Piano à Lyon soit un rendez-vous international de grande qualité. En neuf concerts, c’est le gratin des pianistes qui se déplace et l’ouverture de saison va faire pâlir le monde musical tout entier : l’inclassable et mythique pianiste Martha Argerich sera à la salle Molière les 22 et 23 octobre. Elle sera accompagnée d’Akiko Ebi dans un programme étonnant, de Mozart à Ravel en passant par une très belle transcription pour deux pianos de Casse-Noisette de Tchaïkovsky.

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