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Frànçois & the Atlas Mountains, guerriers de l'Ombre

MUSIQUES | Entre luminosité aveuglante et zones d’ombre, transe magique et mélancolie, évidence et mystère, Frànçois & the Atlas Mountains ont bouclé avec "Piano Ombre" une admirable trilogie discographique qui n’a cessé de les pousser un peu plus haut vers les sommets. Pour la première fois depuis la sortie de cet album inépuisable, les voilà enfin à Lyon. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 7 octobre 2014

François Marry a un visage de statue antique, le port altier d'un chef de guerre et un regard transparent qui semble scanner le monde qui l'entoure, mais dont les intentions seraient indéchiffrables. «En vérité, la vérité» sur François, on n'est pas près de la connaître. Ainsi, lorsqu'on lui demande de commenter le parcours d'un groupe, le sien, qui a mis (pris ou subi) le temps (près de dix ans) avant de parvenir à l'unanimité critique qui entoure le tout chaud sixième album Piano Ombre), François lâche, laconique et impassible tel un centurion drapé dans une toge de pudeur et de défiance, et comme un clin d'œil au titre de sa dernière œuvre, un «qui va piano va sano» dont il faudra se contenter.

Publié comme son prédécesseur E Volo Love (2011), déjà passablement acclamé, sur le prestigieux label anglais Domino Records, Piano Ombre a valu au groupe à sa sortie, le 17 mars dernier, les Unes simultanées de Magic, Tsugi et des Inrocks – un triplé rare. Et comme bouclé une trilogie entamée avec Plaine inondable (2009), premier album du groupe à être notablement remarqué : «Piano Ombre produit pour moi, dit François Marry, comme un effet de symétrie avec Plaine Inondable dans les thèmes abordés, les intentions. Au milieu, il y a E Volo Love, plus pop, plus rutilant et ensoleillé et, autour, deux albums plus sombres. Ce sont des zones vers lesquelles je suis naturellement attiré et comme j'ai avec moi un groupe vraiment balèze, capable d'explorer ces zones sensibles, on y va le plus possible».

Musique de transe

Ses frères d'armes, ses âmes sœurs, François n'a qu'eux à la bouche, soulignant un esprit de sacrifice digne de moines-soldats mais aussi, paradoxalement ou comme un juste retour des choses, la latitude inédite qu'il leur a laissé lors de l'enregistrement de Piano Ombre. «Plus le temps passe, plus leur rôle est important. Sur cet album ils m'ont littéralement porté. Ils sont ma famille, les gens avec lesquels je passe le plus de temps ; même si lorsqu'on n'est plus en tournée, on s'accorde le luxe de s'éloigner les uns des autres. La dimension sociale est une composante importante de la musique. Je ne pourrai jamais emmener en tournée un musicien avec lequel je ne me sentirais pas capable de construire une amitié».

C'est cette symbiose, cet état fusionnel entre des musiciens de très haut niveau, ayant chacun son projet plus ou moins solo en marge des Atlas Mountains – Petit Fantôme, Archipel, Jaune Jaune – qui conduit naturellement la formation à s'abandonner de plus en plus, sur scène mais aussi sur disque, à une musique de transe, poussant dans ses retranchements l'afro-pop déjà largement convoquée précédemment. «On essaie, dit François, d'aller vers le ressenti le plus physique possible. De se plonger, via nos compétences de musiciens, dans les mêmes états que quelqu'un qui irait se dépouiller en faisant du sport».

Et forcément, cela déteint sur une écriture qui cherche à se débarrasser le plus possible de l'intellect, à faire jaillir le rythme tel un diable de sa boîte et à laisser couler de concert paroles – entremêlant indifféremment français et anglais, pourvu que ça sonne – et musique. Exemple, sur la chanson-titre Piano Ombre, pourtant l'une des plus calmes de l'album, née d'une quasi-divagation nocturne : «Je conduisais de nuit, on traversait la France pour rentrer à Bordeaux, il devait être trois heures du matin, tout le monde dormait dans le van, et j'avais ce rythme dans la tête. Alors je me répétais des phrases, en faisant marcher le filtre de ma mémoire pour faire le tri des paroles qui pouvaient coller à ce rythme. Pour que ce qui se passe dans la gorge, dans les lèvres, soit très limpide».

Zone de confort

Mais dans cette approche, débarrassée de toute tentative de compréhension musicale, il y a aussi celle sans cesse réitérée de revivre un moment primordial, de retrouver le goût et les sensations des madeleines de Proust que constituent les premières écoutes, les premières expériences, les premiers chocs musicaux, auditifs, et plus que cela, sensuels : les chansons entendues dans la voiture des parents, le mystère dégagé par un piano – tiens donc – qu'on approche à tâtons, enfant, intrigué par cette masse inerte contenant tous les possibles.  «Entendre résonner les cordes, frapper les touches et arriver à retracer quelques mélodies dessus, c'est du domaine de la béatitude. Ces moments ont une sorte de force liée au sentiment de première fois, quand on accède à une zone sensitive nouvelle, très profonde et du coup incompréhensible car ce n'est pas quelque chose de palpable. C'est très déroutant».

Se dérouter, c'est bien ce dont il s'agit avec Frànçois & The Atlas Mountains, dévier de La Vie Dure pour revenir à l'essence de la vie même et profiter de ce qu'elle a à offrir de plus simple. Point de catharsis ici, point de remède aux tourments. Juste «une manière de magnifier les moments de vie, de les rendre plus pertinents, de créer une zone de confort, en dehors du jugement, au-delà de l'analyse. Un langage aussi où on sent qu'on a affaire à une matière vivante et très honnête, très juste, très vraie». Une vérité qui se lit dans le «regard écru» de celui qui la porte.


Frànçois & The Atlas Mountains [+ Isaac Delusion + Joseph & The Merricks]
Au Transbordeur, dans le cadre du festival Just Rock?, jeudi 9 octobre


François & The Atlas Mountain + Isaac delusion + Joseph & the Merricks


Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Avec le mois d'octobre s'ouvre la saison rock avec le festival Just Rock?, qui s'ouvre lui-même sur un parcours folk à travers sa ville d'accueil – Lyon, pour ceux qui l'ignoreraient encore – et plus précisément la Croix Rousse. Le schéma est à la fois quasi-immuable et intrinsèquement nomade puisque, comme son nom l'indique, il y s'agit de déambuler avec délice tout au long d'un samedi après-midi, en l'occurence le 4 octobre, à la rencontre d'artistes généralement débranchés – aussi branchés puissent-ils être par ailleurs. Rendez-vous cette année place Joannes Ambre dès 15 h – ça laisse le temps pour une matinée bien grasse – avec le bien-aimé Cyrz, dont c'est un peu le retour, comme évoqué dans ces pages la semaine dernière. A 16 h, direction le vidéo-club Atmosphere pour faire comme l'oiseau William Bird, avant d'aller à 17h à la bibliothèque faire les yeux doux à Julia Kat, plus radoucie que quand elle officie avec Little Garçon ou Black Luna. Puis à Anne Sila, jazzeuse mixte qui lorgne vers la chanson et la pop, à 18h (place Bellevue). Enfin, dernière étape du périple à 19 h, a

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