Les Marquises : « une musique d'effondrement intérieur »

Post Pop | Dix ans après un album inaugural qui marqua durablement de son inquiétante étrangeté les amateurs de musique pas comme les autres, Les Marquises reviennent avec un quatrième disque, "La Battue", sur lequel le vrai-faux groupe du Lyonnais Jean-Sébastien Nouveau joue la carte de l'intime.

Stéphane Duchêne | Jeudi 4 juin 2020

Photo : © Lise Dua


Après notamment le peintre Henry Darger pour Lost, Lost, Lost (2010), les cinéastes Jean Rouch et Werner Herzog pour Pensée magique (2014), quelle a été l'inspiration de La Battue ?
Jean-Sébastien Nouveau : C'est justement le premier disque qui n'est pas basé sur un grand thème ou une idée directrice. L'idée n'était pas tant esthétique que celle de former un duo de compositeurs et de musiciens avec Martin Duru (NdlR : avec lequel il a fondé Immune et Colo Colo), avec le moins d'intervenants possible et où je chante tous les morceaux. Soit l'inverse de ce qu'on a fait jusqu'à présent où j'invitais systématiquement des chanteurs (Jordan Geiger, Matt Elliott) ou des musiciens (Olivier Mellano, Christian Quermalet). On voulait avancer de manière beaucoup plus intime et comme un bloc. L'esthétique du disque s'est dessinée un peu toute seule au fur et à mesure des morceaux. Habituellement, je compose seul et Martin vient m'aider au moment des arrangements. Là, comme je m'investissais moins dans la composition, que nous partagions aussi l'écriture des textes, je pense que chanter était aussi une manière de m'investir ailleurs.

Sur quoi se porte l'inspiration de ces textes ?
Les textes de Martin sont souvent plus abstraits que les miens. J'écris pour essayer de solder mon passé, mon enfance, mon adolescence, des périodes un peu difficiles. Je fais ça pour tuer l'enfant qui est en moi, être dans le présent et le futur uniquement, ne plus être porté par la mélancolie. Le morceau La Battue évoque un épisode très intime de ma vie.

Les critiques d'albums des Marquises convoquent souvent des thèmes autour de la notion d'apocalypse, de transformation. Cet album ne semble pas faire exception...
Il y a beaucoup de ça dans ce disque, en effet, j'ai du mal à me renouveler totalement (rires). Je suis obsédé non pas par les catastrophes, mais la disparition, la perte. Créer c'est un moyen de rejouer des scénarios en les réactualisant autour des mêmes obsessions. C'est jouer le drame pour le dépasser. Ce sont des tentatives toujours renouvelées. Pour moi, c'est plus une musique d'effondrement intérieur que de drame écologique par exemple, que l'on retrouve davantage dans les clips de The Trap ou celui de Head as a scree réalisé par Nick Uff (NdlR : collaborateur entre autres de Portishead). Évidemment, ces choses se répondent : Older than fear a été écrit le lendemain du Bataclan en pensant à ce qu'une personne pouvait ressentir juste après le drame, quand revient le silence et avec lui l'incompréhension. C'est cette dimension-là de la catastrophe générale qui m'intéresse.

Ce qui revient en effet beaucoup c'est cette impression d'une musique de la sidération.
La question de comment s'en sortir, avec soi-même, avec ses propres sentiments, est omniprésente. Comment on est saisi et terrassé par les choses. J'aime bien que l'on soit emporté par la musique dans l'instant, plongé directement dans le vif du sujet. Il y a rarement d'introductions dans mes morceaux. J'aime attraper les gens, les emmener ailleurs puis les perdre, que les choses deviennent incertaines. Je suis content du tracklisting de cet album car le dernier morceau, instrumental, mélancolique, semble effacer tous les autres et ce que l'auditeur vient de vivre. Il questionne toute la réalité du disque et donne envie d'y revenir.

Faire de la musique c'est combattre la mélancolie

C'est le moment du dépassement de la sidération ?
Je vois ça d'une manière beaucoup plus négative (rires). Comme je le disais : faire de la musique c'est combattre la mélancolie, et ce morceau est une manière de dire qu'on n'y arrive jamais. La mélancolie revient toujours, il faut se battre à nouveau contre soi-même. Le titre du dernier morceau, Once back home, traduit ce moment. Le précédent disque A night full of collapses était pour moi le disque par lequel je comptais en finir avec mon enfance et mon adolescence. Et en fait, non. Ç'a a ressurgi d'une autre manière dans ce disque-là, j'ai trouvé d'autres solutions. C'est un échec un peu conscient porté par la peur de finir un disque et de n'avoir peut-être plus rien à produire.

On retrouve des choses qui tranchent un peu avec les précédents albums, d'abord un certain minimalisme, ensuite des morceaux qui flirtent avec quelque chose d'une techno pop à la New Order sur Head as a scree, peut-être le premier morceau dansant des Marquises, ou même de folk sur White Cliff...
Ces deux morceaux ramènent la musique des Marquises à des choses plus identifiables et c'est nouveau. Jusqu'à présent mon obsession était de faire en sorte qu'on ne puisse pas la cataloguer, d'éviter les clins d'œil à tel ou tel genre ou groupe. Aujourd'hui, j'ai dépassé ça, C'est une liberté de pouvoir me dire que la singularité après laquelle j'ai longtemps couru existe en soi. Maintenant, si je veux faire un morceau à la Tindersticks, je m'en fiche, ce n'est plus une question. Mais ç'a quand même commencé avec l'album précédent. Une chanson comme Feu pâle ressemblait beaucoup à un morceau de Julee Cruise (NdlR : chanteuse fétiche de David Lynch). Comme je n'assumais pas, j'avais fini par la réécrire en français (rires).

Quel bilan fais-tu des dix ans des Marquises ? Vers où peuvent-elles encore nous amener par la suite ?
Les trois premiers disques sont venus assez facilement, en réaction les uns aux autres, avec des idées et des thèmes précis. Sur le quatrième, il n'y avait pas ça et je me sentais au bord de ne pas être inspiré. Je voyais ce disque comme un disque bilan, une synthèse d'un peu tout alors qu'en réalité il ouvre de nouvelles voies. Mais je n'ai aucune idée d'où va aller le cinquième. Je sais juste que j'ai envie d'approches différentes. En ce moment j'aime bien créer des samples. Il y a toujours cette idée de créer un nouveau monde et je crois que ce nouveau monde sera en noir et blanc, ce qui ne veut pas dire grand chose (rires). J'ai une image, chez moi, une gravure récupérée à Emmaüs, avec des montagnes au loin, un village, des gens qui quittent la vallée dans une charette et ça, je ne sais pas pourquoi, ça m'inspire bien.

Les Marquises, La Battue (Les Disques Normal)

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ImmuneFondé en 2001 avec son pote Martin Duru, Immune exhale depuis ses débuts une musique atmosphérique et traînante. Entre pop-rock neurasthénique façon Mark Hollis (Talk Talk) et lo-fi à la Sparklehorse, toute empreint d'une mélancolie à faire chialer les Tindersticks. Leur deuxième album, "Not Until Morning" (2008), est une petite merveille de douceur automnale. Sa version remixée est téléchargeable gratuitement sur http://www.myspace.com/immunemusicfrance Recorded Home Comme son nom l'indique Recorded Home est le laboratoire d'idées de Jean-Sébastien Nouveau. Son classeur à démos et à expériences. L'idée : «enregistrer des démos, tout seul chez moi, avec un son un peu crade, sans me préoccuper de savoir si je chante bien ou pas». Pour les puristes du son lo-fi qui y trouveront quelques pépites. Notamment une reprise singulière des "Marquises" de Jacques Brel et une autre assez splendide de Sparklehorse. Mais aussi un album, "A Sea of Flakes", lui aussi téléchargeable gratuitement sur http://www.myspace.com/recordedhome

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«Du soir montent des feux et des points de silence, qui vont s'élargissant, et la lune s'avance. Et la mer se déchire, infiniment brisée, par des rochers qui prirent des prénoms affolés. Et puis plus loin des chiens, des chants de repentance. Et quelques pas de deux et quelques pas de danse. Et la nuit est soumise et l'alizé se brise, aux Marquises». Laissant le chroniqueur musical tout à ses transfigurations métaphoriques de l'univers musical du disque qu'il a entre les oreilles, c'est encore ce bon vieux Brel qui a le dernier mot, s'agissant de décrire l'impression laissée par le disque d'un groupe qui lui doit son nom. Les Marquises, ce sont ces îles du bout du monde où est allé s'éteindre le grand Belge et dont il fit une chanson. Mais c'est aussi sur une mappemonde, l'archipel le plus éloigné de tout continent. Lost, Lost, Lost, donc. Perdu, mais plutôt trois fois qu'une, isolé du maelström musical mais battu par des vents d'influences, des fumées noires comme dans la série éponyme, qui évoquent autant le post-rock de Labradford que la jazz-pop spectrale de Blonde Redhead. Grâce soit ainsi rendue au chant châtré de Jordan Geiger, leader de Minus Story, ven

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