"Elle pas princesse, lui pas héros" : uniques en leur genre

Théâtre | Avec "Elle pas princesse, lui pas héros", le metteur en scène Johanny Bert a conçu un spectacle tout public qui déconstruit habilement les questions de genre – en gros, qu’est-ce qu’être un garçon et qu’est-ce qu’être une fille ? On l’a interviewé avant son passage par une école de La Tronche.

Aurélien Martinez | Mardi 18 février 2020

Photo : Christophe Raynaud de Lage


« Sur l'impulsion du Centre dramatique national de Sartrouville, j'ai demandé à Magali Mougel, autrice que j'aime beaucoup, d'écrire deux monologues – un pour un comédien et un pour une comédienne – sur l'idée de l'identité garçon-fille vue sous l'angle de l'enfance. De là est né Elle pas princesse, lui pas héros. » Depuis 2016, ce spectacle tout public connaît un immense succès en France (déjà quelque 400 représentations) et même au-delà – il a été adapté à New York, où il tourne toujours. À sa tête, le metteur en scène Johanny Bert, que l'on a interviewé après avoir été plus qu'enthousiaste à la découverte de sa création.

« Magali a écrit un texte fort qui pose les clichés que les enfants ont, mais aussi que les adultes peuvent, inconsciemment ou non, véhiculer – un garçon doit être comme ça, une fille doit se comporter comme ça… » Où l'on suit pendant une heure l'histoire de deux gamins qui, a priori, ne respectent pas les codes de leur genre – « Leili était petite, elle aimait les jeux d'aventure et rêvait d'aller chasser des oiseaux dans la forêt ; Nils, quant à lui, était un garçon plutôt fragile qui aimait avoir les cheveux longs et les sentir voler au vent » (extrait de la note d'intention). Ils nous racontent leur monde, avec tendresse, et questionnent ainsi indirectement les spectateurs et spectatrices sur leurs propres normes.

Deux salles, deux ambiances

Voilà pour le fond. Mais ici, la forme compte tout autant, comme elle a été l'un des points de départ lors de l'écriture. « Il y a deux groupes de spectateurs dans deux salles différentes avec deux parties qui durent en gros une demi-heure, et chaque groupe inverse ensuite pour avoir l'autre versant de l'histoire. » Une aventure qui peut (et doit) se jouer partout. « C'est vraiment un spectacle conçu pour des lieux qui ne sont pas des théâtres, comme des écoles par exemple. Il n'y a pas d'éclairage, pas de décor… C'est un comédien, un texte, un groupe de spectateurs et voilà. Pendant les rencontres qui suivent la représentation, les enfants demandent toujours aux comédiens si c'est leur vraie histoire, comme s'ils n'étaient pas allés au théâtre ! »

Pourtant, ils y sont bien allés et en ressortent, comme les adultes qui n'ont pas peur de réfléchir sur l'identité de genre (un thème heureusement de plus en plus présent dans le débat public), avec de la matière à penser donnée dans une forme on ne peut plus ludique. Et c'était le cas le jour où nous l'avons vu, admiratifs du sens du timing des interprètes : vous comprendrez sur place !

Elle pas princesse, lui pas héros
À l'école Coteau (La Tronche) vendredi 21 février à 19h30 ; programmation hors les murs de la Faïencerie


Elle pas princesse, Lui pas héros

De Magali Mougel, conception et ms Johanny Bert, par Maïa Le Fourn et Jonathan Heckel. Des histoires qui s'assemblent comme un puzzle pour mieux déconstruire les stéréotypes sur l'identité fille/garçon
La Faïencerie 74 Grande Rue La Tronche
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Les sept merveilles de la saison prochaine

Saison 2019/2020 | Chaque année en septembre, nous sortons notre panorama de rentrée culturelle nourri en conseils culturels de tous ordres. Mais comme nous n’avons pas envie de vous laisser dépourvu l’été venu, voici un avant-goût centré sur les spectacles à d’ores et déjà réserver dans les salles de l’agglo pour ne pas se trouver bête lorsque la billetterie affichera complet.

La rédaction | Mardi 2 juillet 2019

Les sept merveilles de la saison prochaine

Ash Le chorégraphe Aurélien Bory réalise souvent des portraits dansés de femme. Après Stéphanie Fuster et Kaori Ito, il a travaillé avec l’interprète indienne Shantala Shivalingappa. Le résultat est un solo envoûtant construit avec de nombreuses images évocatrices, notamment grâce à de la cendre au sol ou encore à une immense feuille de papier en fond de scène qui sert de percussions. Et à la présence magnétique de la danseuse, entre tradition et modernité. À l’Hexagone (Meylan) mardi 26 et mercredi 27 novembre L’Homme à tête de chou Créée en 2009 d’après l’album de Serge Gainsbourg repris par Alain Bashung (que l’on entend sur la bande-son mais que l’on n’a jamais vu sur scène, son état de santé à l’époque puis, factuellement, sa mort ne lui ayant pas permis d’être face au public), cette chorégraphie de Jean-Claude Gallotta est une pure merveille chargée en émotions qui n’est pas écrasée par ce double hommage (ce que l’on aurait pu craindre), mais au contraire aérée par la grammaire "gallottienne" ici à

Continuer à lire

Johanny Bert : « Dans "Le Petit bain", la mousse est comme une grande marionnette »

Jeune public | Forme courte (30 minutes) accessible aux enfants dès deux ans, "Le Petit bain" est une véritable merveille visuelle (et l’un des meilleurs spectacles jeune public de l’année) confrontant un danseur et une mousse en quantité. En découle un « ping-pong d’images » sans parole orchestré par le metteur en scène Johanny Bert, qui a répondu à nos questions de grands enfants éblouis.

Aurélien Martinez | Mardi 23 janvier 2018

Johanny Bert : « Dans

Ces dernières années, on a souvent vu vos spectacles sur les scènes de l’agglo (Krafff, Hansel et Gretel, L’Opéra du dragon…), mais c’est la première fois que vous proposez une création pour le très jeune public… Johanny Bert : J’avais depuis longtemps envie de faire un spectacle pour les tout-petits, avec la responsabilité de se dire que ce sont des enfants qui viennent peut-être pour la première fois au théâtre. Quand je crée pour le jeune public, j’ai la sensation d’être à la fois beaucoup plus libre dramaturgiquement que quand je travaille pour un public adulte, et à la fois je trouve ça plus difficile et exigeant. Et j’avais aussi envie de me rapprocher de cette sensation de découverte vécue enfant quand je suis allé au théâtre pour la première fois. Ce Petit bain est présenté comme u

Continuer à lire

"L'Opéra du dragon" : le baiser mortel du dragon par Johanny Bert

Théâtre | Le metteur en scène Johanny Bert monte une pièce du dramaturge allemand Heiner Müller sur un peuple asservi par un despote fin politicien. Un théâtre de marionnettes pour adultes à l’humour féroce et à l’ingéniosité remarquable, porté par une équipe investie qui transmet au public son amour passionné du spectacle vivant.

Aurélien Martinez | Lundi 20 février 2012

Les tyrans ne sont pas immortels nous informe l’histoire, certains d’entre eux s’en étant rendu compte encore tout récemment. Des images paradoxales, où la liesse citoyenne tranche avec la violence de la situation – doit-on se réjouir par exemple du lynchage de ces tyrans déchus ? L’écrivain et dramaturge Heiner Müller, grande figure théâtrale allemande de la deuxième moitié du siècle dernier, s’est aussi emparé du thème de la chute du pouvoir illégitime avec son allégorique Opéra du dragon : une pièce (et non un opéra, même si initialement, c’était un livret) où un peuple se retrouve sous le joug d’un animal politique féroce, qui contraint ses administrés à lui offrir chaque année une jeune vierge en noce ; vierge qui périra entre ses griffes quelques jours plus tard. Mais avec le sourire, forcément, cette dernière se devant d’être consciente de la faveur inestimable qu’il lui est accordée. Jusqu’à qu’un valeureux et insolent chevalier décide de remettre en cause ce pouvoir macabre et a priori inébranlable. Deux en un Le jeune metteur en scène Johanny Bert, au

Continuer à lire

Johanny Bert : dessine-moi un spectacle

Théâtre | Depuis la création en 2000 de sa compagnie Le Théâtre de Romette, Johanny Bert développe un langage théâtral qui lui est propre, avec la forme marionnettique (...)

Aurélien Martinez | Lundi 20 février 2012

 Johanny Bert : dessine-moi un spectacle

Depuis la création en 2000 de sa compagnie Le Théâtre de Romette, Johanny Bert développe un langage théâtral qui lui est propre, avec la forme marionnettique comme outil de travail central. « Au départ, l’idée était de chercher ce que pouvait apporter à l’acteur ou à la dramaturgie un instrument de jeu qui peut être une prothèse, une parole déléguée… J’ai commencé par des créations où le langage était uniquement dans l’image, il n’y avait pas de mots. J’avais besoin de chercher d’abord du côté de l’écriture visuel. Et ensuite, j’ai passé des commandes à des auteurs pour travailler avec eux sur un univers [comme sur Histoires Post-it, découvert à Grenoble en 2010 – NdlR]. Puis, petit à petit, je me suis intéressé au répertoire : il y a eu Brecht, Gombrowicz, Martin Sperr… Et maintenant Müller. » Cette saison, on a déjà pu découvrir deux de ses spectacles à la Rampe d’Échirolles : l’opéra

Continuer à lire

"Krafff" : vertige d’une rencontre

Danse | Quand un danseur se confronte à une marionnette en papier kraft, ça donne "Krafff", « avec trois F, comme le bruit du papier que l’on froisse ». Interview avec le chorégraphe et interprète Yan Raballand, l’un des deux concepteurs de ce spectacle coup de cœur.

Aurélien Martinez | Lundi 9 janvier 2012

Comment est né le spectacle Krafff ? Yan Raballand : Tout est parti d’une rencontre. Le metteur en scène Johanny Bert avait envie de croiser forme marionnettique et danse. Il avait déjà fait une commande d’écriture à divers auteurs, pour les spectacles Histoires Post-it et Parle-moi d’amour, deux créations d’une demi-heure. Il voulait en faire une troisième, avec une nouvelle forme de collaboration. On connaissait le travail de l’un et de l’autre, et du coup, il m’a proposé le projet. Avec comme point de départ un format court, et l’idée de mélanger danse et marionnette. Il avait d’abord pensé à une petite marionnette, puis il a décidé de prendre les deux comédiens d’Histoires Post-it et les deux comédiens de Parle-moi d’amour pour faire une manipulation à quatre. D’où cette grande marionnette… Krafff devient alors la rencontre surprenante entre deux corps très différents… Le spectacle joue sur la limite des deux corps.

Continuer à lire

All you need is love

SCENES | Jamais deux sans trois : après deux passages cette saison à la Rampe (avec l’opéra Hansel et Gretel, et la petite forme Krafff), le jeune metteur en scène (...)

François Cau | Vendredi 6 janvier 2012

All you need is love

Jamais deux sans trois : après deux passages cette saison à la Rampe (avec l’opéra Hansel et Gretel, et la petite forme Krafff), le jeune metteur en scène Johanny Bert reviendra dans l’agglo, cette fois-ci à Seyssinet-Pariset. Ce sera avec L’Opéra du dragon, de Heiner Müller, et toujours avec des marionnettes sur le plateau (la marque de fabrique tout sauf enfantine du Théâtre de Romette). On suivra alors les aventures d’un village où les habitants survivent sous le joug d’un despotique dragon. Mais l’ordre qui paraissait immuable sera chamboulé par le valeureux Lancelot, et son amour à gros cœurs roses. Un spectacle où le détournement sévit à chaque scène et où le rire est habilement convoqué. On vous en reparlera plus en détails et avec enthousiasme le moment venu.

Continuer à lire

Filiation

SCENES | Pour présenter Johanny Bert, metteur en scène au parcours impressionnant (à tout juste trente ans, il vient d’être nommé à la tête du Centre dramatique national (...)

François Cau | Vendredi 18 novembre 2011

Filiation

Pour présenter Johanny Bert, metteur en scène au parcours impressionnant (à tout juste trente ans, il vient d’être nommé à la tête du Centre dramatique national de Montluçon), on use volontiers de la métaphore locale. Car, en dépoussiérant avec ironie les classiques les plus désuets, l’homme fait penser à Laurent Pelly, l’ancien directeur du CDN de Grenoble et à sa façon de moderniser l’opéra tout en en respectant les codes les plus strictes. On retrouvera d’ailleurs Johanny Bert vendredi 25 novembre à la Rampe avec sa toute nouvelle création Hänsel et Gretel, opéra déjà monté par Pelly (à Lyon notamment). Sauf que quand ce dernier jouait à merveille avec la surenchère visuelle, on imagine que le rendu sera ici plus sobre et sombre, avec tout un travail autour de la marionnette – la marque de fabrique du Théâtre de Romette, la compagnie de Johanny Bert, comme on pourra par ailleurs s’en rendre compte dans son très réussi Opéra du dragon, visible en mars à Seyssinet-Pariset. Mais là, on vous en reparlera plus tard. AM

Continuer à lire

Coup de cœur

SCENES | Un véritable bijou que ce Krafff. En tout juste trente minutes, cette rencontre entre le danseur Yan Raballand (prix du public lors de la dernière édition (...)

Aurélien Martinez | Lundi 12 septembre 2011

Coup de cœur

Un véritable bijou que ce Krafff. En tout juste trente minutes, cette rencontre entre le danseur Yan Raballand (prix du public lors de la dernière édition du concours [re]connaissance – les lauréats seront visibles mi octobre à l’Hexagone) et une marionnette en papier créée et manipulée à vue, embarque le spectateur sans aucune autre forme d’artifice. Aux manettes de cette réussite totale : Johanny Bert, metteur en scène qui travaille beaucoup avec des marionnettes, et que l’on retrouvera par trois fois à Grenoble cette saison (mi-janvier à la Rampe avec Krafff donc, mais aussi fin-novembre toujours à la Rampe avec sa dernière création Hansel et Gretel, et fin février au Centre culturel Jean-Jacques Rousseau de Seyssinet-Pariset avec le très réussi Opéra du dragon). À savoir que les deux soirées de représentations de Krafff seront aussi l’occasion de découvrir, en première partie, Aïda Boudrigua, nouvelle artiste en résidence à Échirolles.

Continuer à lire

"Histoires Post-it" : la vie en petit

Théâtre | Les post-it ont surtout une utilité pratique ("réunion à 14h30", "n’oublie pas le pain", "sympa ta robe"…), mais pas que… Oui, car la compagnie Le Théâtre de (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 12 mars 2010

Les post-it ont surtout une utilité pratique ("réunion à 14h30", "n’oublie pas le pain", "sympa ta robe"…), mais pas que… Oui, car la compagnie Le Théâtre de Romette a décidé d’utiliser ces petits bouts de papier colorés comme de véritables marionnettes pour leur Histoires Post-it – on est bien peu de chose quand même !, en leur dessinant simplement une bouche et deux yeux. L’idée, originale, offre des moments très drôles, notamment grâce aux deux manipulatrices-interprètes et à l’écriture relevée très efficace sur certaines scènes (les running gags fonctionnent à merveille). Pourtant, passé l’effet de surprise, l’ensemble patine au cours de l’heure de spectacle, nos duettistes donnant l’impression de ne pas aller assez loin et de sombrer quelque peu dans la facilité. Dommage, même si la création, qui avait fait l’ouverture du dernier Festival de la marionnette de Grenoble en février dernier, reste tout à fait correcte. À voir vendredi 19 mars à La Faïencerie (La Tronche), à 18h30 et 20h30.

Continuer à lire