The Foreign resort + Cabaret Fantôme

(Rock & Pop)

Depuis 2009, les Danois de The Foreign resort se consacrent à affiner un son mélangeant l'énergie brute du post-punk avec les nuances plus sombres d'une certaine nostalgie. En vue de la sortie de leur quatrième album, les voici au Trokson accompagnés de Cabaret Fantôme et leur rock sombre.

Notre avis : Nul besoin d'invoquer les figures tutélaires du genre pour tenter de rattacher la musique du trio copenhaguois à une filiation précise. Ce qui séduit d'emblée chez The foreign resort n'est pas une volonté d'exhumer un passé glorieux, mais l'art de tisser une matière sonore rassurante, toutefois traversée d'aspérités râpeuses, où le post-punk s'enlace à un shoegaze porté par des nappes épaisses et amples. Un mix parfait pour une nuit dark, hantée par un passé qui n'a jamais vraiment existé, conjurant la menace du beau temps et de ses rayons presque indésirables en cette amorce de printemps.

Manon Lescaut

(Classique et Lyrique)

De Giacomo Puccini, direction musicale de Sesto Quatrini, mise en scène d'Emma Dante, 2h45, dès 15 ans. Le Chevalier des Grieux et la jeune Manon tombent amoureux au premier regard, et s'enfuient ensemble. Mais Manon abandonne le jeune Chevalier pour le riche Géronte. Lorsque ce dernier comprend qu'elle aime toujours des Grieux, il dénonce les amants et la jeune femme est condamnée à l'exil.

Notre avis : À 34 ans, Giacomo Puccini signe l'un de ses plus beaux opéras avec Manon Lescaut d'après un roman de l'abbé Prevost. Manon veut jouir de la vie et entame une passion déchirante et désespérée avec Des Grieux. Les voix de Chiara Isotton et de Ricardo Massi s'entremêleront aux couleurs envoûtantes d'un orchestre omniprésent, Puccini réussissant ici à synthétiser son héritage de Verdi avec Wagner ou même... Bizet ! La Sicilienne Emma Dante signera la mise en scène, avec son goût prononcé pour une poésie brute et des images scéniques puissantes.

Steve Gunn

(Rock & Pop)

Cinq mois après la sortie de son septième album, Daylight Daylight, Steve Gunn sera à nouveau dans la cale du Sonic pour une nouvelle démonstration de rock folk légèrement expérimental dans lequel il a voulu capturer l’intimité du jeu en solo et le sentiment de possibilité qui jaillit lorsqu’il s’assoit pour écrire.

Notre avis : Depuis son dernier passage en ville en 2024, Steve Gunn ne s'est pas contenté de rester spectateur des tragédies contemporaines, alimentant, au contraire, une œuvre qui ne vise pas un rééquilibrage pondéré, mais bien une forme de dissolution de la violence par la beauté. D'abord en août dernier avec Music for writers, œuvre instrumentale où les fragments sonores et les silences s'agencent en un espace ouvert, puis avec Daylight daylight, disque lumineux aux contours fluides, où sa folk rêveuse s'enrichit de délicates inflexions orchestrales.

Pain Magazine

(Rock & Pop)

Réunissant le groupe lavallois Birds in Row et le duo Maelstrom & Louisahhh, Pain Magazine est la collision entre le post-harcore et la techno indus, une fusion fulgurante et instinctive.

Notre avis : Pain magazine n'est pas une simple rencontre pacifiée entre deux esthétiques : c'est une collision frontale, une conflagration où s'entrechoquent la rudesse douloureuse de Birds in Row et la froideur industrielle de Maelstrom & Louisahhh. Leur musique déploie une énergie capable de ravager l'espace et le temps. Cette brutalité n'est toutefois jamais gratuite mais reflète et sculpte les thématiques qui traversent le projet : l'antagonisme d'un monde extérieur gouverné par la violence et l'avidité, face aux conflits intérieurs qui rongent les corps et les psychés.

Isha et Limsa d'Aulnay

(Rap)

Sorti en décembre dernier, le volume 2 du projet Bitume Caviar d'Isha et Limsa d'Aulnay poursuit une collaboration qui a commencé en 2020. Ici, les deux rappeurs continuent d'échanger les références, entre le blues du voyou repenti et la vie de trentenaire (bientôt quadragénaire).

Notre avis : Loin du buddy movie artificiel, la fusion entre Isha et Limsa d'Aulnay célèbre le triomphe d'un rap d'adultes, technique et désabusé, formant un pont entre la Belgique et la France. Isha, nourri par la rigueur implacable de sa trilogie La vie augmente, apporte cette gravité rocailleuse, tandis que Limsa, fort de sa trilogie Logique, injecte une souplesse technique et un second degré salvateur. Avec le projet Bitume caviar, ils réactivent l'imaginaire d'un duo complémentaire, où la rime multisyllabique sert à décortiquer la névrose du quotidien et le temps qui passe.

Miserere Luminis + Détresse + Stories Bones Tell

(Rock & Pop)

Deux ans après leur dernier passage au Rock'n Eat, , les Québécois de Miserere Luminis sont de retour pour la sortie de leur troisième album. Ils seront accompagnés de Détresse, un an après la sortie de leur dernier album Pessimismes. Les Lyonnais de Stories Bones Tell complètent cette affiche pour une soirée sous le signe du black metal.

Notre avis : Le trio québécois, après les deux premiers chapitres de son œuvre obscure Miserere luminis (2009) et Ordalie (2023), vient de produire Sidera, opus qui s'impose comme une masse sonore d'une précision ciselée. Leur black atmosphérique, d'une intensité incisive, délaisse la brume pour une noirceur de résonance, creusée dans la matière même du son. En cinq pièces d'environ dix minutes chacune, le groupe articule une matière profondément expressionniste, et dont le maximalisme laisse affleurer, en fragments épars, des contours progressifs, heavy, ambient et post-rock.

TH

(Rap)

Entre sonorités sombres, glitchs futuristes et une écriture imagée, TH a créé un nouveau style qu'il appelle la E-Trap et qu'il propose de découvrir sur sa mixtape éponyme ainsi qu'Algorithme, son dernier projet sorti plus tôt cet année.

Notre avis : TH est arrivé à point nommé pour revitaliser une trap à bout de souffle. Dans ses deux derniers projets (E-Trap et Algorithme), la précision de son flow électrise des productions métalliques et rugueuses. Il politise le genre dans un anti-égotrip qui dépeint un quotidien sombre en épurant l'esthétique pour mieux la réinventer sur un ton clinique davantage que nonchalant. Il fascine également par sa capacité à laisser affleurer une réelle sensibilité derrière sa voix imposante.

Primitive man + Kollaps

(Rock & Pop)

Pionniers du doom et du sludge, Primitive man déabrquent au Rock'n Eat pour venir à la rencontre du public lyonnais, un an après la sortie de leur cinquième album Observance. La première partie sera assurée par Kollaps et leur post-indus.

Notre avis : Laisser tourner un disque du trio étatsunien n'évoque en rien les gestes vortiqueuses d'une danse, mais plutôt l'attraction tragique d'un tourbillon marin. Observance, dernier opus d'un des groupes les plus massifs du panorama contemporain, ne déroge pas à la règle : sept pièces étirées, parfois jusqu'à quatorze minutes, qui s'imposent comme de véritables expériences nocturnes. S'en approcher, c'est accepter d'être mis à vif, de traverser la nuit sachant ne jamais pouvoir revenir en arrière. Ici, nul espoir, nulle lumière, aucune catharsis : la musique creuse et engloutit.

Doppler + Dirty Harry

(Rock & Pop)

Après quinze ans de silence discographique, le groupe Doppler est de retour avec un nouvel album, Pourquoi ce disque ?, dont ils célèbreront la sortie sir la scène du Périscope, accompagnés d'un DJ set par Dirty Harry.

Notre avis : On croyait leur trajectoire figée dans une archive, mais certaines forces ne se rangent jamais : elles se tassent, se minéralisent, pour resurgir ensuite sous une nouvelle forme, irréductible. La release party au Périscope, coup d'envoi du nouveau tour, est l'occasion pour le trio culte lyonnais de dévoiler des nouvelles stratégies de tension sonore marquées par la nécessité d'apparaître. Ce qui, pour nous toutes et tous, relève d'une heureuse - et bruyante - fortune.

Max Cooper

(Musique Electronique)

À l'origine chercheur en biologie, Max Cooper créé une musique gravitant autour de l'electronica, de l'ambient et de la techno, qu'il utilise comme toile de fond pour des live AV explorant les points de rencontres entre la science et la musique. Le voici au sucre pour un show de trois heures en lien avec son dernier album,  Feeling is structure, à sortir en mai prochain.

Notre avis : Issu d'un dialogue avec l'échelle monumentale du Royal Albert Hall, le projet autour du nouvel album Feeling Is Structure investit la scène comme un champ de forces, articulant rigueur compositionnelle et vertige perceptif. Si dans les notes d'intentions le musicien affirme que « Nous avons cette capacité remarquable de nous projeter dans le monde à travers les formes », ce nouveau live 3D/AV de trois heures apparait de ce fait comme une invitation à se dissoudre dans une topologie habitable, traversée de modulations sensibles et d'architectures sonores puissantes.

Nicolas de Flüe

(Classique et Lyrique)

Direction musicale de Philippe Forget, par le Chœur d'Oratorio de Lyon, 1h30. Crée pour l'Exposition Nationale de 1939 à Zurich, cette partition retrace en trois actes la vie du saint suisse Nicolas de Flüe et la quête de l’unité de la Confédération Helvétique.

Notre avis : Il y a chez Honegger une gravité qui ne relève ni du pathos ni de la dévotion convenue, mais d'une tension éthique. Nicolas de Flüe, oratorio retraçant la vie de l'ascète et saint patron de la Suisse, en donne la mesure : une fresque où l'élan collectif se heurte à l'exigence du retrait, et la parole chorale, héritière d'une tradition contrapuntique, se resserre jusqu'à frôler le silence. Loin de tout pittoresque, cette « légende dramatique » (selon les mots de son librettiste Denis de Rougemont) grave les contours d'une idée radicale : celle d'une paix conquise par renoncement.

Quatuor Belcea

(Classique et Lyrique)

Composé de Corina Belcea, Suyeon Kang violon, Krzysztof Chorzelski et Antoine Lederlin, le quatuor Belcea montera sur la scène de l'Auditorium de Lyon pour un récital mettant à l'honneur les dissonances viennoises avec des airs d'Anton Webern, Brett Dean et Mozart.

Notre avis : La musique contemporaine est tellement rare dans la programmation de l'Auditorium qu'on se réjouit de la venue du Quatuor à cordes Belcea, spécialiste de la musique du 20e Siècle. On pourra ainsi découvrir les Cinq mouvements pour quatuor à cordes d'Anton Webern datant de 1909. Le compositeur y déploie les possibilités nouvelles de la musique atonale et n'hésite pas à créer les sonorités les plus étranges. Cerise sur le gâteau : notre compositeur australien fétiche, Brett Dean, dévoilera avec le Quatuor Belcea une nouvelle création !

Nuit blanche minimaliste

(Classique et Lyrique)

De Philip Glass à Moondog en passant par Aphex Twin et Brian Eno, le pianiste François Mardirossian proposera un marathon de douze heures dédié à la musique minimaliste, avec des œuvres de compositeurs connus ou non.

Notre avis : La nuit du 7 mai à la chapelle de la Trinité se propose comme un rite minimaliste, une traversée de douze heures orchestrée par François Mardirossian, où le tempus nocturnum cesse d'être simple absence de lumière pour devenir l'espace même de l'écoute. Ce temps étendu, à la fois collectif et singulier, devient le refuge des gestes en spirale de Glass et des miniatures disloquées d'Aphex Twin, du lyrisme contemplatif de Hovhaness et du folklore urbain de Moondog. Pour se conclure avec les frémissements sonores de Lawalrée, dernier geste de sensibilité discrète.

Tricky

(Musique Electronique)

Apparu pour la première fois en tant que MC sur le premier album de Massive Attack, Tricky est reconnu comme un membre fondateur de la scène trip hop de Bristol. Le voici maintenant sur la scène du Radiant-Bellevue, plus de trente ans après ses débuts.

Notre avis : Issu des marges de Bristol, nourri des sound systems, des fractures familiales et des nuits enfumées forgeant une voix chuchotée et tenue au bord de la rupture, Tricky a transfiguré le trip-hop en un art d'ombres et de vertiges. Entre mémoire heurtée et visions obliques, sa musique demeure constamment comme un territoire hanté, donnant lieu à des live redessinant chaque soir ses propres fantômes. Avertissement nécessaire : assister à ce concert, c'est accepter l'inattendu.

Jazzy Bazz

(Rap)

Après avoir fait ses armes au sein de la Cool Connexion et du collectif L'Entourage, Jazzy Bazz a entamé une carrière solo dont le sixième opus, Nirvana, est sorti en mars 2025. En pleine préparation de son prochain projet, intitulé Ivan, le voici sur la scène du Transbordeur.

Notre avis : Valeur sûre du rap francophone, Jazzy Bazz honore la discipline depuis près de vingt ans, d'abord en groupe puis en solo. Il est l'un des garants d'une exigence technique et lyricale jamais prise à défaut. Son dernier opus, Nirvana, disque planant aux airs de balade nocturne, le rapproche de l'univers de Laylow et de son esthétique virtuelle. Son introspection à cœur ouvert s'étoffe à travers des sonorités contradictoires, dessinant le chemin tracé par un artiste évoluant entre l'avant-garde et les racines du genre.

Honda Romance

(Classique et Lyrique)

Mise en scène de Vimala Pons, 1h15, dès 14 ans. Après Le Périmètre de Denver, spectacle en forme de Cluedo grinçant, Vimala Pons revient à Lyon avec sa première pièce de groupe, regroupant dix performeurs et performeuses qui sillonnent le plateau dans un mouvement perpétuel, précis, féroce, fragile et drôle.

Notre avis : Une première image saisissante : une femme, écrasée par un satellite, tente de se relever. Cette femme, c'est la circassienne, metteuse en scène et comédienne Vimala Pons. Après son très remarqué Périmètre de Denver, elle a livré il y a quelques mois le spectacle-performance Honda Romance dans lequel elle secoue son corps, livré au tourbillon des émotions, avant d'être rejointe par neuf chanteuses et chanteurs. Et, comme Joris Lacoste, de diviser le public avec cette proposition radicale.

Patrick Watson + Gildaa

(Rock & Pop)

Connu pour son titre Je te laisserai des mots, le Québécois Patrick Watson monte sur la scène du grand théâtre de Fourvière armé de son piano, afin d'interpréter ses ballades mêlant sons organiques et textures électroniques dans le sillage de son dernier album Uh Oh, sorti en septembre dernier. Gildaa s'occupera de la première partie, avec son mélange de chanson, de latin jazz, de samba et de RnB.

Notre avis : Les compositions du musicien québécois semblent jaillir d'un lieu de mémoire niché quelque part dans l'imaginaire, plus que dans la réalité immédiate du présent. Son timbre, voilé d'une nostalgie réparatrice, s'entrelace aux cordes vibrantes d'une musique où se rencontrent Beatles et Satie, donnant naissance à des idylles sonores minimalistes et orchestrales. Son nouvel opus, Uh oh - à paraître fin septembre - prolonge cette exploration des territoires de la mélancolie atmosphérique. Conçu comme une œuvre collaborative, le disque confirme Patrick Watson dans son rôle d'artisan sonore.