François Mardirossian

(Classique et Lyrique)

Pour ce concert en solo, le pianiste monte sur scène pour une série de quatre concerts invitant à contempler toutes les nuances de douceur, par les grands classiques, les berceuses et les répertoires plutôt contemporains.

Notre avis : Pianiste hors pair, François Mardirossian ravit depuis des années les habitués du festival Superspectives et de l'Opéra Underground. Ses concerts s'apparentent à des expériences d'intenses découvertes, alliant rigueur et poésie, surprise et méditation. La soirée du jeudi 11 juillet sera en trois temps, avec un récital entièrement consacré au génie de Keith Jarrett avant de laisser la place à l'univers d'Emahoy Tsegué-Maryam Guèbrou, pianiste éthiopienne pour se compléter d'un hommage à Éric Morin aka Sebastian Gandera, gymnopédiste raffiné à l'univers contemplatif.

Michèle Bernard et Frédéric Bobin

(Chanson)

À la croisée des chemins de la chanson et du rock, le duo Michèle Bernard - Frédéric Bobin traverse le temps et mélange les styles, entre poésie et prose, sur des airs de valse ou de ballades folks. Avec originalité et talent, ils réarrangent et s’amusent à alterner leurs chansons, s’appropriant avec élégance celles de l’autre.

Notre avis : Né en 2018 sur la scène d'A thou bout d'chant, le spectacle Balades Croisées a choisi la patience du temps long. Après avoir parcouru l'Hexagone, Michèle Bernard, figure tutélaire de la chanson française, et Frédéric Bobin, conteur à la sensibilité folk ciselée, ravivent ce cheminement commun, où l'accordéon et la guitare se répondent sans hiérarchie et les voix se mêlent dans un duo singulier. Deux soirées d'une précieuse intensité, caressées par l'ombre bienveillante d'Anne Sylvestre et portées par une certaine idée de la chanson comme lieu d'hospitalité.

Club

(Musique Electronique)

Triple set pour cette nouvelle soirée club au Sucre, avec à l'affiche le duo écossais Slam, actif depuis plus de trente ans, le DJ et producteur franco-iranien Sina XX un an après son dernier passage sur le rooftop, ainsi que Salem Unsigned, fondateur de Black Lab Events. 

Notre avis : Depuis plus de trente ans, le duo glaswégien, cofondateur de Soma Records, inscrit la techno dans un devenir presque vorticiste. Dans ce tourbillon d'impulsions, et sans s'abandonner à la dispersion, Orde Meikle et Stuart McMillan travaillent constamment la tenue. Qu'elle se fasse dense et martiale (Dark channel) ou dilatée et contemplative (Reverse proceed), leur musique organise le chaos sans l'abolir, proposant un espace collectif où la danse devient concentration, rituel, manière de rester debout quand tout s'assombrit.

Mahler, Symphonie n° 7

(Classique et Lyrique)

Direction musicale de Nikolaj Szeps-Znaider, par l'Orchestre national de Lyon, 1h30. Également appelée Chant de la nuit, la Symphonie n° 7 de Mahler est considérée comme l'une de ses plus rares, avec deux musiques nocturnes symétriquement disposées en deuxième et quatrième position des cinq mouvements. Lors de cette soirée, l’Orchestre national de Lyon et Nikolaj Szeps-Znaider éclaireront d’une lumière nouvelle ces scènes d’amour et de féerie.

Notre avis : Les symphonies de Mahler sont toujours des œuvres-mondes échevelées, proposant des facettes musicales des plus hétérogènes (contrastes, changements de tonalités.)... La septième est un véritable tourbillon spiralé de contradictions, passant d'une atmosphère sombre aux rondes festives, du jour à la nuit, de la danse à l'immobilité, de l'amour à la féerie... Composée entre 1904 et 1905, nommée aussi « Le chant de la nuit », cette œuvre constitue pour beaucoup l'un des points d'orgue de la modernité musicale.

Militarie Gun + Spite House

(Classique et Lyrique)

Entre voix vulnérable, basse distordue et batterie fulgurante, le nouvel album de Militarie Gun,  God save the gun, est un témoignage rock et humain sur le pire de soi-même. Trois mois après sa sortie, le groupe montera sur la scène de la Marquise, accompagné des Montréalais de Spite House et leur post-hardcore viscéral.

Notre avis : Avec God save the gun, Ian Shelton nous livre un document empli de pathos, une confession émotionnelle où l'autodestruction, omniprésente, ne triomphe pourtant pas, laissant affleurer un espoir irréductible. Hésitant entre rage et vulnérabilité, les textes s'incarnent dans un large panorama sonore qui transforme les fondations hardcore en formes plus ouvertes, mélodiques et immédiatement accrocheuses. Ici, la catharsis ne passe plus par la seule violence frontale, mais par un élargissement assumé du spectre musical, flirtant avec une sensibilité pop sans jamais renier l'urgence ni l'intensité.

Combust + Speedway + Big Mouth

(Rock & Pop)

Lyon Hardcore revient à Warmaudio pour une ultime date et propose un lineup composé des Lyonnais de Big Mouth, des New-yorkais de Combust et des Suédois de Speedway pour une soirée riche en hardcore et en mosh pit.

Notre avis : Interprète prométhéen de la nouvelle scène hardcore de New York, Combust se situe quelque part entre Killing game et Madball, où le son se mue en cris lancinants et l'alternance tempo rapide/breakdown incarne la dynamique vitale entre intensification et relâchement. Avec le récent Belly of the Beast, le groupe nous confie la bande-son d'une survie citadine, traversée par l'ire ruminée en silence et que l'on hurle finalement dans le creux de chaque vers.

Naïssam Jalal

(Jazz)

Avec son trio, Naïssam Jalal réunit le pianiste brésilien Leonardo Montana et le contrebassiste franco-arménien Claude Tchamitchian dans une quête de l’Invisible à la croisée des musiques mystiques extra-occidentales, traditionnelles et du jazz modal.

Notre avis : Dans un monde saturé et anxieux, la quête de l'invisible dessinée par la flûtiste et vocaliste française, en connivence avec Claude Tchamitchian à la contrebasse et Leonardo Montana au piano, incarne un geste de désactivation de toute instance prescriptive. Ce qu'elle poursuit, c'est une ascèse de l'oreille, une attention fine à la résonance, au souffle, à une spiritualité conçue non comme exclusive, mais comme profonde expérience intérieure partageable, vibration esquissant une utopique et salutaire communauté du souffle.

Bass drum of death

(Rock & Pop)

Quatre mois après la sortie de leur sixième album, sobrement intitulé Six, le projet de John Barrett propose, après deux albums aux sonorités pop, les voici de retour à leur son signature, un mélange entre garage et punk crasseux.

Notre avis : Originaire d'Oxford, Mississippi, le projet de John Barrett propose depuis une décennie et demie un son énervé et réjouissant, en perpétuel équilibre entre garage, punk et rude contribution corporelle. Après deux albums flirtant avec les territoires pop, leur sixième opus, sobrement intitulé Six, marque une évidente reconfiguration axée sur leurs archétypes sonores : la réactivation lo-fi d'un passé rugueux qui ne cesse de hanter le présent.

club x Astropolis

(Musique Electronique)

Créé en 1995 à Brest, le festival Astropolis pose ses valises au Sucre pour fêter ses 30 ans et à cet occasion les DJs Legowelt et Cuften seront conviés pour un live inédit, accompagnés de Madben et Swooh en B2B.

Notre avis : Né des rave parties de la fin des années 80, le festival Astropolis incarne à la fois un rescapé, un drôle d'aïeul et surtout une figure tutélaire, qui n'a jamais transigé à son esprit avant-gardiste. Pour célébrer cet héritage, le Néerlandais Legowelt, porteur de l'esprit rave et DIY des années 90 mariera son ésotérisme avec l'univers cinématographique du producteur français Cuften. La soirée prendra un tournant futuriste avec Madben, qui mêle textures modernes, acid et techno de Détroit. Swooh apportera une touche bretonne, avec ses rythmiques industrielles épurées.

Lorna shore

(Rock & Pop)

Cinq mois après la sortie de leur dernier album, I Feel The Everblack Festering Within Me, les cinq membres de Lorna Shore débarquent en Europe pour une tournée qui passera par la halle Tony Garnier. La première partie sera assurée par les groupes Whitechapel, Shadow of Intent et Humanity's Last Breath.

Notre avis : À travers des gestes de densification sonique, Lorna shore offre des œuvres massives et obscures conjoignant puissance et pathos. S'enracinant dans le creux de cette démarche, le récent I feel the everblack festering within me est traversé par une force tellurique qui, sans s'abandonner à un geste destructif, sculpte le chaos en réagençant le vécu et l'existant. Un acte déchirant et saisissant.

Baby Neelou + Lucci

(Rap)

Originaire du Pays Basque, Baby Neelou puise son inspiration dans la scène de Los Angeles, où il a vécu, pour créer un mélange de DMV Flow et de Plug music, teinté de trap et d'influences nineties. Le voici sur la scène de la Machinerie, accompagné de Lucci, découvert en 2024 avec ses titres Ten et Sale routine.

Notre avis : Le spectre de Young Thug période 2015 plane sur Baby Neelou qui oscille avec une insolence vaporeuse entre le français et l'anglais. Toujours sur la ligne de crête entre modernité, efficacité et sortie de route, l'artiste s'est montré prolifique en 2025. Ses deux projets (Off Season baby et La Couleur de la toile) aux airs de démonstrations brutes et impures ont affirmé sa science musicale. L'expérimentation des textures sonores se mêle à la technicité d'une force tranquille.

Louise

(Classique et Lyrique)

De Gustave Charpentier, direction musicale de Giulio Cilona, mise en scène de Christof Loy, 3h. En 1900, dans le cadre de l’exposition universelle, Gustave Charpentier offre au nouveau siècle Louise, une œuvre qui sera jouée avec un succès constant sur toutes les scènes françaises dès lors. Aujourd'hui très rarement donné, cet opéra réunit l’héritage de Wagner autant que de Massenet, retraçant la quête de liberté d’une ouvrière prisonnière de son milieu social et de sa famille possessive.

Notre avis : Créé en 1900, ce roman musical emblématique du naturalisme français conjugue prose chantée, leitmotive et vastes scènes collectives pour suivre l'itinéraire brisé d'une jeune ouvrière en quête d'émancipation. La mise en scène de Christof Loy, dévoilée lors du dernier Festival d'Aix-en-Provence, en révèle la face sombre : l'élan vers Paris devient dérive intérieure, marquée par l'emprise familiale et le fantasme. La scénographie épurée de Étienne Pluss dissout le pittoresque au profit d'un espace mental unique, tandis que la direction de Giulio Cilona promet d'en épouser la complexité.

Adam Green

(Rock & Pop)

Des quatre concerts français que comptera sa prochaine tournée, Adam Green fera un détour par Lyon, au Marché Gare, pour venir à la rencontre du public lyonnais avec sa pop folk indie.

Notre avis : Chez Adam Green, la chanson devient le lieu d'un geste qui se déprend du monde pour mieux en dévoiler la texture vacillante. Anti-folk, pop minimale, americana ou résonances indo-orientales n'évoquent plus des genres mais des seuils, des passages où l'ironie légère ouvre sur une insouciance profonde, refus discret de toute visibilité marchande et manière singulière de s'absenter au temps pour mieux en éprouver la persistance.

Faetooth + Coltaine

(Rock & Pop)

Originaire de Los Angeles, le trio Faetooth explore des paysages sonores où se croisent doom metal, sludge et shoegaze, créant un « fairy doom » envoûtant, comme en témoigne leur dernier album Labyrinthine sorti en septembre dernier. Pour ce concert, iels seront accompagnés de Coltaine et leur musique, à mi-chemin entre mélancolie post-rock et intensité blackgaze.

Notre avis : Avec son deuxième album Labyrinthine, le trio californien s'avance dans l'opacité brumeuse d'un metal à la fois morose et féerique, où le vertige intime côtoie la violence mélodique. Le temps vacille, se replie et se redéploie, suspendant la linéarité du vécu pour esquisser une autre façon d'habiter la vie, délaissant toute vanité et invitant le doute au cœur même d'une introspection nimbée de mystère.

Scott H. Biram

(Rock & Pop)

Entre blues, country, bluegrass, rock'n roll, mais aussi punk et heavy metal, Scott H. Biram se permet tout ce qui lui chante sur scène, ce qui peut faire taire la salle, tout comme la transformer en mosh pit géant.

Notre avis : Le one-man-band texan revisite sans cesse les fondations du blues et de la country, flirtant avec un folk poussiéreux traversé par des réminiscences punk. Réaffirmant une manière d'habiter ces idiomes comme un conteur solitaire dans une atmosphère d'urgence contenue, Biram avance d'un pas boiteux mais sûr, façonnant, disque après disque, une œuvre génuine, dépouillée, qui porte ses aspérités comme une signature.

Adés the planet

(Rap)

Trois mois après la sortie de son premier album, intitulé Bâtarde sensible, Adès the planet sera sur la scène du Marché Gare avec sa musique hybride et cathartique aux inspirations allant de Dr. Dre à FKA Twigs.

Notre avis : Avec son premier album, Bâtarde Sensible, Adés the planet a amplifié sa proposition. Son rap caméléon puise sa puissance dans la cohérence de sa diversité stylistique. Son flow tour à tour tranchant et envoûtant est la clé de voûte d'un univers fait de placements secs et rigoureux, de chuchotements vénéneux et de prises de risque vocales mais aussi musicales. Libre, la rappeuse élargit son périmètre sans délaisser ses fondamentaux, avec des virages imprévisibles à l'instar du très rock Hollywood.

Herman Dune + Claire Days

(Rock & Pop)

Après 25 ans de carrière et quinze albums, Herman Dune est de retour avec un nouvel album, Odysseùs, sorti en juin dernier. Le voici sur la scène de l'Épicerie Moderne, accompagné de Claire Days et sa folk-rock en première partie.

Notre avis : Un dimanche de fin d'hiver, dans ce temps fragile où le jour hésite à finir, les voix de Claire days et Herman Dune se reflètent déposant leurs chansons dans le tremblement crépusculaire. Là où l'artiste lyonnaise laisse affleurer l'impermanence duveteuse qui trouble les contours d'un songwriting raffiné, le projet du musicien parisien répond avec sa mythologie de l'ordinaire, incarnée dans un lo-fi oscillant entre mélancolie et sérénité. Une soirée indéniablement placée sous le signe de la grâce.

Glassworks

(Classique et Lyrique)

La chapelle de la Trinité accueille une représentation des musiques de l'album Glassworks de Philip Glass, son onzième travail avec le Philip Glass Ensemble sorti en 1981. Ce soir-là, François Mardirossian au piano et Alexis Paul à l'orgue de Barbarie revisiteront cette œuvre, accompagnés de Lionel Palun à la vidéo.

Notre avis : Dans le majestueuse discographie du compositeur états-unien, Glassworks représente à la fois un tournant majeur et un geste de démocratisation de sa musique. Sans modifier son langage, Philip Glass en ajuste les conditions d'accès, ouvrant la modernité musicale à un public non spécialiste, à l'instar de Jarrett avec The Köln concert ou Reich avec Music for 18 musicians. Afin de célébrer cette œuvre phare du vingtième siècle, La Trinité propose une soirée immersive, entre vidéo et son, piano et orgue de barbarie.

Carpenter Brut + Danger

(Musique Electronique)

À la croisée des musiques électroniques, du rock et des sonorités inspirées des années 1980, Carpenter Brut forge une synthwave à l'esthétique soignée et cinématographique. Pour ce concert au Transbordeur, il sera accompagné du compositeur masqué Danger, à l'univers imprégné par les films cultes et l'esthétique des jeux vidéo.

Notre avis : Le producteur Frank Hueso a mélangé sa synthwave avec de l'electro industrielle et du metal, si bien qu'on le retrouve autant sur les scènes des plus grands festivals de metal qu'à ceux de musiques électroniques. Synthés agressifs, ambiance d'horror-movie, distorsion et structures de morceaux très "rock" : Carpenter Brut impose un univers à part entière, complet et cohérent que son album très attendu, Leather Temple continue d'étoffer en mettant l'accent sur une techno plus indus. Franck Rivoire, connu sous le nom de Danger, assure la première partie.

Biga*Ranx

(Reggae)

Neuf mois après la sortie de son septième album Rainshine, le Tourangeau Biga*Ranx s'invitera sur la scène du Transbordeur avec un univers plus éloigné des sonorités jamaïcaines qui ont fait sa renommée, s'axant plutôt vers le vapor-dub et le cloud rap.

Notre avis : Il n'imite plus la vélocité jamaïcaine depuis des années déjà, le Tourangeau a opéré une mue vers ce qu'il nomme le "vapor-dub". À la croisée des chemins entre le dub digital et l'esthétique lo-fi du cloud rap, il a bâti une texture sonore unique, cotonneuse et mélodique. Porté par son nouvel album Rainshine sorti en juin, ce concert est une immersion dans une "liquidité" musicale où les basses lourdes du soundsystem se dissolvent dans des nappes synthétiques nostalgiques où l'artiste, parfois sous l'alias Telly*, déconstruit les codes du roots pour en proposer une version résolument moderne.

Schubert, quintette

(Classique et Lyrique)

Par les musiciens de l'ONL, 1h10. Pour cette soirée célébrant les ensembles à quatre et cinq joueurs, l'Auditorium de Lyon accueillera les musiciens de l'ONL qui interprèteront le Quatuor à cordes n° 12 et le Quintette à cordes en do majeur de Franz Schubert.

Notre avis : Les musiciens de l'ONL s'aventurent dans la musique de chambre de Schubert avec deux œuvres contrastées du compositeur romantique : le Quatuor à cordes n°12 composé à 23 ans, tout en frémissements et alternance d'élans et de retenues, mêlant aussi fougue et colère, et le Quintette pour cordes en do majeur qui a été, lui, composé à l'été 1828, deux mois avant la mort de Schubert. Le second violoncelle apporte une tonalité grave et dialogue avec les quatre autres instruments, pour, une œuvre dense et sous tension, l'une des plus belles de la musique de chambre dit-on.

The dead South

(Rock & Pop)

Fondé en 2012 à Regina au Canada, le quatuor The dead South s'illustre dans le genre méconnu du bluegrass, apparu dans les années 1940 dans les Appalaches. Avec pour ambition de créer une musique qui rassemble les personnes, les voici en pleine tournée européenne, qui s'arrêtera le temps d'un soir au Transbordeur.

Notre avis : À travers une instrumentation stricte et un héritage roots relu par l'entremise d'une sensibilité post-indie, The dead South s'impose depuis une décennie comme l'un des groupes phares du renouveau bluegrass. Combinant précision rythmique, voix serrées et goût pour les récits sombres, le quatuor canadien sait manipuler habilement le passé pour afficher conjointement sa matrice ainsi que sa réinvention contemporaine.

Black foxxes

(Rock & Pop)

Inspirés par les expériences en pleine nature de leur leader Mark Holley, les quatre membres de Black foxxes créent une musique sincère et vulnérable, comme une catharsis venant d'un besoin intérieur.

Notre avis : Romantique sans être autodestructeur, mélancolique sans être plaintif, ainsi pourrait-on définir le geste artistique que Mark Holley poursuit depuis un peu plus de dix ans. Après un renouvellement total de la section rythmique et un hiatus de cinq ans, Black foxxes livre avec The haar une œuvre d'une rare sensibilité dolente et hypnotique, crépusculaire réarticulation spectrale et âpre des sonorités rock et post-rock des années 90.

Manon Lescaut

(Classique et Lyrique)

De Giacomo Puccini, direction musicale de Sesto Quatrini, mise en scène d'Emma Dante, 2h45, dès 15 ans. Le Chevalier des Grieux et la jeune Manon tombent amoureux au premier regard, et s'enfuient ensemble. Mais Manon abandonne le jeune Chevalier pour le riche Géronte. Lorsque ce dernier comprend qu'elle aime toujours des Grieux, il dénonce les amants et la jeune femme est condamnée à l'exil.

Notre avis : À 34 ans, Giacomo Puccini signe l'un de ses plus beaux opéras avec Manon Lescaut d'après un roman de l'abbé Prevost. Manon veut jouir de la vie et entame une passion déchirante et désespérée avec Des Grieux. Les voix de Chiara Isotton et de Ricardo Massi s'entremêleront aux couleurs envoûtantes d'un orchestre omniprésent, Puccini réussissant ici à synthétiser son héritage de Verdi avec Wagner ou même... Bizet ! La Sicilienne Emma Dante signera la mise en scène, avec son goût prononcé pour une poésie brute et des images scéniques puissantes.

Isha et Limsa d'Aulnay

(Rap)

Sorti en décembre dernier, le volume 2 du projet Bitume Caviar d'Isha et Limsa d'Aulnay poursuit une collaboration qui a commencé en 2020. Ici, les deux rappeurs continuent d'échanger les références, entre le blues du voyou repenti et la vie de trentenaire (bientôt quadragénaire).

Notre avis : Loin du buddy movie artificiel, la fusion entre Isha et Limsa d'Aulnay célèbre le triomphe d'un rap d'adultes, technique et désabusé, formant un pont entre la Belgique et la France. Isha, nourri par la rigueur implacable de sa trilogie La vie augmente, apporte cette gravité rocailleuse, tandis que Limsa, fort de sa trilogie Logique, injecte une souplesse technique et un second degré salvateur. Avec le projet Bitume caviar, ils réactivent l'imaginaire d'un duo complémentaire, où la rime multisyllabique sert à décortiquer la névrose du quotidien et le temps qui passe.

TH

(Rap)

Entre sonorités sombres, glitchs futuristes et une écriture imagée, TH a créé un nouveau style qu'il appelle la E-Trap et qu'il propose de découvrir sur sa mixtape éponyme ainsi qu'Algorithme, son dernier projet sorti plus tôt cet année.

Notre avis : TH est arrivé à point nommé pour revitaliser une trap à bout de souffle. Dans ses deux derniers projets (E-Trap et Algorithme), la précision de son flow électrise des productions métalliques et rugueuses. Il politise le genre dans un anti-égotrip qui dépeint un quotidien sombre en épurant l'esthétique pour mieux la réinventer sur un ton clinique davantage que nonchalant. Il fascine également par sa capacité à laisser affleurer une réelle sensibilité derrière sa voix imposante.

Doppler + Dirty Harry

(Rock & Pop)

Après quinze ans de silence discographique, le groupe Doppler est de retour avec un nouvel album, Pourquoi ce disque ?, dont ils célèbreront la sortie sir la scène du Périscope, accompagnés d'un DJ set par Dirty Harry.

Notre avis : On croyait leur trajectoire figée dans une archive, mais certaines forces ne se rangent jamais : elles se tassent, se minéralisent, pour resurgir ensuite sous une nouvelle forme, irréductible. La release party au Périscope, coup d'envoi du nouveau tour, est l'occasion pour le trio culte lyonnais de dévoiler des nouvelles stratégies de tension sonore marquées par la nécessité d'apparaître. Ce qui, pour nous toutes et tous, relève d'une heureuse - et bruyante - fortune.

Quatuor Belcea

(Classique et Lyrique)

Composé de Corina Belcea, Suyeon Kang violon, Krzysztof Chorzelski et Antoine Lederlin, le quatuor Belcea montera sur la scène de l'Auditorium de Lyon pour un récital mettant à l'honneur les dissonances viennoises avec des airs d'Anton Webern, Brett Dean et Mozart.

Notre avis : La musique contemporaine est tellement rare dans la programmation de l'Auditorium qu'on se réjouit de la venue du Quatuor à cordes Belcea, spécialiste de la musique du 20e Siècle. On pourra ainsi découvrir les Cinq mouvements pour quatuor à cordes d'Anton Webern datant de 1909. Le compositeur y déploie les possibilités nouvelles de la musique atonale et n'hésite pas à créer les sonorités les plus étranges. Cerise sur le gâteau : notre compositeur australien fétiche, Brett Dean, dévoilera avec le Quatuor Belcea une nouvelle création !

Nuit blanche minimaliste

(Classique et Lyrique)

De Philip Glass à Moondog en passant par Aphex Twin et Brian Eno, le pianiste François Mardirossian proposera un marathon de douze heures dédié à la musique minimaliste, avec des œuvres de compositeurs connus ou non.

Notre avis : La nuit du 7 mai à la chapelle de la Trinité se propose comme un rite minimaliste, une traversée de douze heures orchestrée par François Mardirossian, où le tempus nocturnum cesse d'être simple absence de lumière pour devenir l'espace même de l'écoute. Ce temps étendu, à la fois collectif et singulier, devient le refuge des gestes en spirale de Glass et des miniatures disloquées d'Aphex Twin, du lyrisme contemplatif de Hovhaness et du folklore urbain de Moondog. Pour se conclure avec les frémissements sonores de Lawalrée, dernier geste de sensibilité discrète.

Tricky

(Musique Electronique)

Apparu pour la première fois en tant que MC sur le premier album de Massive Attack, Tricky est reconnu comme un membre fondateur de la scène trip hop de Bristol. Le voici maintenant sur la scène du Radiant-Bellevue, plus de trente ans après ses débuts.

Notre avis : Issu des marges de Bristol, nourri des sound systems, des fractures familiales et des nuits enfumées forgeant une voix chuchotée et tenue au bord de la rupture, Tricky a transfiguré le trip-hop en un art d'ombres et de vertiges. Entre mémoire heurtée et visions obliques, sa musique demeure constamment comme un territoire hanté, donnant lieu à des live redessinant chaque soir ses propres fantômes. Avertissement nécessaire : assister à ce concert, c'est accepter l'inattendu.

Jazzy Bazz

(Rap)

Après avoir fait ses armes au sein de la Cool Connexion et du collectif L'Entourage, Jazzy Bazz a entamé une carrière solo dont le sixième opus, Nirvana, est sorti en mars 2025. En pleine préparation de son prochain projet, intitulé Ivan, le voici sur la scène du Transbordeur.

Notre avis : Valeur sûre du rap francophone, Jazzy Bazz honore la discipline depuis près de vingt ans, d'abord en groupe puis en solo. Il est l'un des garants d'une exigence technique et lyricale jamais prise à défaut. Son dernier opus, Nirvana, disque planant aux airs de balade nocturne, le rapproche de l'univers de Laylow et de son esthétique virtuelle. Son introspection à cœur ouvert s'étoffe à travers des sonorités contradictoires, dessinant le chemin tracé par un artiste évoluant entre l'avant-garde et les racines du genre.

Honda Romance

(Classique et Lyrique)

Mise en scène de Vimala Pons, 1h15, dès 14 ans. Après Le Périmètre de Denver, spectacle en forme de Cluedo grinçant, Vimala Pons revient à Lyon avec sa première pièce de groupe, regroupant dix performeurs et performeuses qui sillonnent le plateau dans un mouvement perpétuel, précis, féroce, fragile et drôle.

Notre avis : Une première image saisissante : une femme, écrasée par un satellite, tente de se relever. Cette femme, c'est la circassienne, metteuse en scène et comédienne Vimala Pons. Après son très remarqué Périmètre de Denver, elle a livré il y a quelques mois le spectacle-performance Honda Romance dans lequel elle secoue son corps, livré au tourbillon des émotions, avant d'être rejointe par neuf chanteuses et chanteurs. Et, comme Joris Lacoste, de diviser le public avec cette proposition radicale.