Villa Gillet

Claude Venard

(Peinture & Dessin)

À travers une sélection de tableaux, la nouvelle exposition de la galerie Estades invite à redécouvrir Claude Venard, dont l'œuvre intense et vibrante est portée par une palette lumineuse et une force expressive à l'inspiration cubiste.

Notre avis : À travers un parcours explorant plusieurs décennies de travail, la galerie Estades offre un accès privilégié à l'œuvre de l'artiste parisien. Des toiles des années 40 et 50, marquées par une densité et une matière compacte, jusqu'aux œuvres tardives des années 90, où la palette s'éclaircit et les formes se simplifient, une transformation progressive du regard s'opère. Si l'ancrage post-cubiste structure constamment l'espace, certains paysages marins ou urbains gagnent en respiration tandis que la matière, enrichie de sables et d'éléments contingents, restitue l'âpreté du réel.

Nicolas Jullien et Jean Jullien

(Sculpture)

Plus d'un an après leurs derniers passages respectifs, les frères Jean et Nicolas Jullien investissent à nouveau l'espace de la galerie Masurel avec une sélection de peintures du premier et de sculptures du second pour porter un regard ironique sur la société et le concept d’exposition en galerie.

Notre avis : Investissant la grande salle de la galerie, les frères Jullien articulent les sculptures en bois de l'un et les tableaux de l'autre de manière à composer une exposition presque autosuffisante. Les œuvres ne se contentent pas de dialoguer, mais rejouent et intègrent les conditions mêmes de l'exposition : présence des visiteurs et visiteuses, réactions, animaux de compagnie, circulations suggérées. Dans cet espace saturé, un léger vertige s'installe : et si, en renversant l'aphorisme d'Oscar Wilde, l'on en venait à penser que « tout être humain est (ici) inutile » ?

Liv Schulman

(Art contemporain et numérique)

Vernissage le 19 mars à partir de 18h. Inspiré par des évènements comme l'arrivée du câble en 1990 et le crash financier de 2001, le travail de Liv Schulman prend la forme de fictions filmées, de séries TV, de lectures-performances et d’écriture romanesque, avec en leur cœur des discours portant sur la place de la subjectivité dans l’espace politique et de la difficulté de lui accorder du crédit.

Notre avis : Sirco ceguro est une fiction entièrement filmée à travers les reflets des surfaces des bâtiments corporatifs, administratifs et financiers du Microcentro de Buenos Aires : l'image, n'apparaissant jamais de manière directe, s'avère toujours médiatisée et filtrée. Dans cet environnement lisse et contrôlé, des figures clownesques surgissent. Sans semer le chaos à la manière de Tati, elles s'insèrent parfaitement dans les logiques du marché, dont elles révèlent l'absurdité de l'intérieur. Par de subtils décalages, elles instillent un trouble diffus qui vient fissurer l'ensemble du dispositif.

Zlatko Glamotchak

(Peinture & Dessin)

Dans son travail, qu'il soit pictural ou sculptural, Zlatko Glamotchak explore ses blessures, de son passé comme de ses angoisses, et affronte ses obsessions pour produire un résultat pouvant heurter notre sensibilité, comme un exorcisme.

Notre avis : Entrer dans l'exposition, c'est pénétrer un espace chargé, presque muet, habité d'un amas de corps fragmentés et de présences silencieuses. L'œuvre de l'artiste monténégrin se confronte aux zones les plus sombres de l'histoire humaine : un temps qui n'est pas révolu, mais qui prolonge ses ombres sur notre présent. Car guerres, déportations, fabrications des différences nourrissent encore ce tragique persistant. Entre corps disloqués et figures de victimes expiatoires, celle de Glamotchak est une humanité livrée à l'arbitraire des pouvoirs.

Struggle

(Art contemporain et numérique)

La galerie Kashagan propose un triptyque regroupant les œuvres de Damir Radović, Ludovic Paquelier et Salim Fassi-Fehri pour une exposition abordant l'exil, racontant des histoires à partir d'images puisées dans des magazines, publicités et films, et interrogeant les dispositifs par lesquels le réel se trouve médiatisé et reformulé.

Notre avis : Autour du thème de la lutte, le directeur Stéphane Maisonnette orchestre une exposition où se confrontent trois esthétiques âpres et militantes. Chez Damir Radović, la toile devient un espace de tension entre la légèreté vibrante de la couleur et des fragments textuels chargés de confessions et de revendications. Les dessins de Ludovic Paquelier se heurtent de plein fouet à une actualité dramatique, qu'ils transposent en images à la fois troublantes et incisives. Aux côtés de ces deux artistes confirmés, l'exposition révèle pour la première fois les grandes toiles de Salim Fassi-Fehri.

Gaelle Loth

(Art contemporain et numérique)

Fait de contrastes, de couleurs vives et de formes inachevées oscillant entre abstraction et figuration, le travail de Gaelle Loth explore plusieurs médiums comme la peinture, le dessin, la céramique, l’installation et la micro-édition pour mettre en forme des récits visuels peuplés d’humanoïdes flous, incarnant des figures qui échappent à toute définition nette.

Notre avis : L'univers de l'artiste lyonnaise se distingue sans doute par sa suavité et sa capacité à suspendre le temps. C'est également le cas dans Derrière la colline, un dialogue silencieux qui dessine les contours d'un hommage émouvant à son âme sœur artistique, Yan Charpentier. L'exposition progresse par fragments : des formes répétées entrent en résonance avec la fragmentation de la vidéo de Charpentier projetée dans la salle souterraine. Restituant des bribes d'une fête sauvage sur les quais de Saône, elle confie des instants de partage au mouvement incessant de la disparition.

Jeu double

(Art contemporain et numérique)

Vernissage le 2 avril à 18h. Dans le cadre d'un échange avec l'espace Interface à Dijon, la BF15 accueillera les artistes Mathilde Besson et Johan Côte Gayffier pour une exposition collective de leurs travaux explorant le tissu, le passage du temps et le cycle de la vie.

Notre avis : Deux lieux associatifs, Interface à Dijon et la BF15 à Lyon, proposent des expositions croisées qui permettront tour à tour de découvrir deux artistes lyonnais (Sabine Leclerq et Guillaume Perez) puis deux artistes dijonnais (Mathilde Besson et Johan Côte Gayffier). Leurs œuvres se confrontent et s'adaptent aux espaces d'expositions pour des accrochages toujours singuliers. On attend beaucoup notamment des créations de Guillaume Pérez, que l'on avait pu découvrir à l'URDLA dernièrement, et pour qui la peinture doit se déployer au-delà de la toile et de la surface.

François Daireaux

(Photographie)

Vernissage le 7 mars à 18h30. Pendant plusieurs années, François Daireaux a arpenté en solitaire plus d’une centaine de villes chinoises très peu visitées par les étrangers et encore très peu documentées par les photographes. Commencé dans le Nord-Est du pays, son périple l'a mené jusqu'à la région du Xinjiang, où il est aujourd’hui devenu impossible de faire image.

Notre avis : Issues des voyages en Chine entre 2004 et 2018, les images réalisées par François Daireaux surgissent dans la rencontre avec l'imprévu. Les photographies s'inscrivent dans un paradigme indiciaire : captant des signes, des détails, elles ouvrent à d'autres récits qui exigent d'être interprétés ou imaginés. Profond humaniste, le photographe intercepte des figures surgissant dans des paysages marqués par la spéculation immobilière et la volonté politique d'effacement de lieux, comme celle qui vise à faire disparaitre les cimetières ouïghours.

Jean Batail, œuvres sur papier

(Peinture & Dessin)

Près d'un an après la dernière exposition lui étant dédiée, la galerie Henri Chartier accueille une nouvelle rétrospective de l'œuvre de Jean Batail, avec une quarantaine de travaux sur papier réalisées à la mine de plomb, et pour la plupart inédites.

Notre avis : Dans le prolongement de l'exposition Jadis et naguère de l'année dernière, ce deuxième rendez-vous avec l'œuvre de Jean Batail permet de dévoiler 36 dessins à la mine de plomb, où l'économie de moyens fait naître une esthétique sombre et feutrée. Les images, froissées, grattées, parfois presque effacées, laissent affleurer des visages d'inconnus, comme retenus dans une matière en tension. Oscillant entre apparition et disparition, les œuvres graphiques de Jean Batail opèrent dans le fantomatique, sans se résoudre à se libérer de la force érosive du temps.

Célia Coëtte

(Art contemporain et numérique)

La fatigue s’est transformée : de moins en moins reliée à l’effort physique, elle désigne dorénavant un épuisement moral, mental ou psychologique et un refus des injonctions de performance. Après avoir mené des recherches sur la notion de fatigue et l'évolution de son sens, Célia Coëtte investit le Centre d’art Madeleine Lambert pour une exposition de ses réalisations sur le sujet.

Notre avis : Célia Coëtte explore une fatigue devenue mentale, diffuse, propre à nos sociétés contemporaines. Entre structures d'effort et de confort affaissées, formes organiques et gestes suspendus, l'exposition compose un paysage où le corps vacille et se délie. Traces, odeurs et matières prolongent cette expérience sensible de l'épuisement. Avec leur présence, les œuvres de Rendez-vous, rue du Repos nous semblent combattre le constat formulé par Byung-Chul Han : « la fatigue de la société de performance est une fatigue en solitaire qui produit un effet individualisant et isolant. »

Jacqueline Salmon

(Photographie)

Pour accueillir l'arrivée du printemps, la Fondation Renaud met à l'honneur Jacqueline Salmon, figure de proue de la photographie contemporaine française. Avec ses clichés, elle ne se contente pas de figer le réel, mais en explore les strates et les mystères.

Notre avis : S'organisant selon une logique de montage, les œuvres de Jacqueline Salmon agencent une véritable constellation d'images. Dans les salles du Fort de Vaise, les ciels photographiés se juxtaposent aux études de John Constable et de Tony Garnier, les cartes de vents deviennent tracés, tandis que les herbiers associent fragments de corps et végétaux. Un travail de rapprochement faisant apparaître des correspondances sensibles entre des formes hétérogènes : le montage opère ici comme une méthode de pensée, organisant les écarts et les intensités entre les images.

Sarah Jérôme

(Peinture & Dessin)

Vernissage le 29 janvier à 18h30. Pour sa rentrée 2026, la fondation Bullukian accueillera l'artiste Sarah Jérôme, qui investira le centre d’art avec l’exposition Le Mur invisible, réunissant un corpus d’œuvres inédites inspirées du roman éponyme de Marlen Haushofer.

Notre avis : Née en 1979 à Rennes, Sarah Jérôme a une double formation dans des structures prestigieuses : diplômée à la fois du Conservatoire national de danse de Paris et de l'École des Beaux-Arts de la même ville. À l'intersection de la danse et des arts plastiques, la jeune femme déploie une œuvre des plus singulières entre dessin, sculpture, peinture, installation et performance... Pour son exposition monographique à Lyon, Le mur invisible, Sarah Jérôme réunira un corpus d'œuvres inédites réalisées lors de sa résidence et inspirées du roman éponyme de Marlen Haushofer.

Aux frontières du réel : La quête ésotérique de l'invisible

(Sciences et Histoire)

Pendant plus de trois mois, la bibliothèque de la Part-Dieu accueillera une exposition retraçant l'histoire des pratiques ésotériques, de l'astrologie au magnétisme en passant par le spiritisme et les arts divinatoires en explorant la transmission et l’exercice de ces pratiques, les figures et histoires lyonnaises qui ont marqué leur développement, ainsi que la place souvent singulière des femmes dans ce domaine.

Notre avis : Dans la ville de Willermoz, Kardec et Nizier Philippe, la constellation d'objets hétérogènes de la Bibliothèque municipale composent une grammaire du destin. L'image, se manifestant par l'entremise de gestes figés, de signes hérités et d'affects transmis, agit ici comme une survivance. Du cosmos miniaturisé aux jeux imprimés, des corps féminins médiateurs aux diagrammes savants, le parcours condense, sans rupture avec la raison, une tentative de négociation avec l'incertain, cherchant à ordonner l'angoisse du temps à venir.

Encore lui ! Jean-Claude Guillaumon

(Art contemporain et numérique)

Avec sa nouvelle exposition, le Musée d'art contemporain de Lyon propose une rétrospective dédiée à l'artiste lyonnais Jean-Claude Guillaumon, qui s'est illustré pendant près de soixante ans à la peinture, puis à l'happening et à l'art environnemental avant de se consacrer à la photographie, le tout avec malice et engagement.

Notre avis : Avec cette rétrospective, le MAC exhume une œuvre qui fait du doute une méthode et du jeu un principe critique. Obstinément rétif aux catégories, Jean-Claude Guillaumon utilise l'image comme un terrain d'essai, non pour s'affirmer, mais pour se dédoubler, se contredire, jusqu'à atteindre le point de dissolution. Entre apparition et effacement, ses expérimentations photographiques interrogent avec ironie la condition même de l'artiste, pris dans le flux ordinaire du monde.

Frédéric Cordier

(Art graphique)

Vernissage le 25 avril à 14h. Formé à Lausanne, le Montréalais Frédéric Cordier viendra exposer ses toiles à l'URDLA fin avril pour les faire découvrir au public lyonnais, entre paysages urbains, industriels, naturels et abstraits.

Notre avis : Né en 1985, Frédéric Cordier a créé de nombreuses estampes à l'URDLA, déployant sur de grands, voire de très grands formats, ses paysages industriels imaginaires, ses usines figées, ses paysages urbains nocturnes éclairés de quelque feux d'artifice... C'est par petits points, par petits traits ou par petites formes géométriques que Cordier compose ses paysages, leur insufflant une fragilité à l'image de nos sociétés industrielles et urbaines contemporaines. On attend avec impatience de découvrir ses nouvelles œuvres à l'URDLA qui lui consacrera une exposition monographique ce printemps.

Zombis, aux origines

(Sciences et Histoire)

Connus sous leur forme développée par le cinéma et la pop-culture, les zombies (ou zombis) tiennent leurs origines de la culture vaudou d'Haïti, où ils sont des criminels non repentis jugés à une fin pire que la mort. Cette exposition vise à retracer l'évolution des zombies jusqu'à aujourd'hui.

Notre avis : Au musée des Confluences, le zombi réacquiert son épaisseur historique. Né dans le contexte de la traite et du marronnage, il dit la dépossession du corps, la servitude imposée, mais aussi la résistance des imaginaires. L'exposition instaure une dialectique entre objets rituels, récits haïtiens et images contemporaines, montrant la circulation de cette figure entre croyance, folklore et pop culture mondialisée. Ce détour par Haïti et ses héritages permet un déplacement de notre regard : ce que l'on croyait n'être qu'un monstre de série B révèle une mémoire politique et spirituelle.

Sacrées Boîtes

(Sciences et Histoire)

Pendant près de cinq mois, le musée de Fourvière accueille une exposition mettant à l'honneur une collection de boîtes vitrées confectionnées par des religieuses comme des témoignages matériels de leur foi, comprenant des mises en scène d'épisodes du Nouveau Testament, de figures de saints ou du quotidien des religieux et religieuses.

Notre avis : Le Musée de Fourvière met à l'honneur un ensemble méconnu : les boîtes vitrées de dévotion, réalisées du XVIIe au XXe siècle, souvent par des moniales. Relevant d'une écriture précise, où chaque élément resserre le sens, ces miniatures refusent toute accumulation décorative afin de déployer récits et visions, entre quotidien cloîtré et élans mystiques, austérité et délices. Nées dans le contexte de la Réforme, ces « boîtes » révèlent une vie intérieure intense, concrétisée dans les minutieuses reproductions du quotidien du monastère ou dans les luxuriantes célébrations des saints.

Muséocoulisses : Un musée, des métiers

(Sciences et Histoire)

À l'occasion de ses 25 ans, le musée Paul-Dini dévoile l’invisible aux yeux des visiteurs et invite à découvrir ce qui se passe chaque jour derrière les portes du musée à travers une exposition présentant les différents métiers et les personnes qui assurent la préservation et la mise en valeur des collections.

Notre avis : De quoi est faite une exposition ? Qui en imagine les contours, en orchestre la préparation et en assure la continuité, même lorsque les portes du musée se referment ? Muséocoulisses répond à ces questions en levant le voile sur le travail minutieux et rigoureux des équipes, révélant un processus aussi discret qu'ininterrompu. Confié à l'ensemble du personnel, le commissariat devient un récit tressé de travail quotidien et d'imagination où le musée s'expose et se raconte. Le parcours devient alors un espace de compréhension et de transmission, où se dissipent les idées reçues.

Au Mali, quand les animaux dansent

(Sciences et Histoire)

À travers différents objets, masques animaux et grandes figures de bois, mais aussi par le biais d’audiovisuels, le Musée des Confluences propose de découvrir la pratique du sogobò, des fêtes organisées par plusieurs ethnies du Mali, aujourd'hui inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco.

Notre avis : L'exposition révèle un corpus récemment offert au musée, constitué par une centaine de masques et marionnettes qui, irréductibles à leur simple présence matérielle et à ce qu'ils représentent, opèrent comme des dispositifs d'activation. Issus des traditions festives du sogo bò, ces figures animales ou hybrides activent un théâtre rituel mêlant satire, mythe et régulation sociale. Collectées par Sonia et Albert Loeb, elles témoignent d'un art profondément relationnel et d'une pensée visuelle indissociable du geste, de la musique et de la parole.