Bérengère Cournut : « J'ai ressenti un besoin d'exploration, à la fois personnel et littéraire »

Article / Bérengère Cournut est l’une des plus intenses et belles romancières de notre temps, que la Fête du livre vous propose de découvrir à l’occasion de sa venue à Saint-Etienne pour sa nouvelle parution : "De pierre et d’os", qui vient de remporter le prix Fnac 2019. Un ouvrage de survie et d’espaces, de liberté et de chocs qui emmène le lecteur aux confins de l'Arctique. Une auteur à suivre de près et qui se rendra pour la première fois à Saint-Étienne.

Après avoir plongé le lecteur dans la vie de la tribu amérindienne Hopi, cette fois-ci vous l'emmenez dans le peuple Inuit. Pour quelle raison avoir fait ce choix ?

Bizarrement, j'ai découvert ces deux cultures simultanément, en 2011. Jusque-là, j'écrivais des fictions ou des proses poétiques ancrées dans mon seul imaginaire. Le paysage y occupait toujours une grande place, mais souvent nimbé d'un certain onirisme. Là, en découvrant à la fois les grandes étendues désertiques de l'Ouest-américain et les cultures des peuples autochtones d'Amérique du Nord, toutes profondément liées à leurs territoires respectifs, j'ai ressenti un besoin d'exploration, à la fois personnel et littéraire. Le choix du peuple hopi, dont j'ai parcouru le territoire, et celui du peuple inuit, que je n'ai en revanche jamais approché, s'explique sans doute par le contraste entre une hostilité certaine des deux environnements et des conditions de vie difficiles, contrebalancées par une spiritualité foisonnante, à mille lieues de nos repères occidentaux.

Il paraît que cette nouvelle aventure est partie de la découverte de petites sculptures inuit en os ?

Absolument ! J'ai découvert en 2011, dans un livre d'art consacré aux arts autochtones, des photos de petites sculptures inuit, dont la simplicité et la force évocatoire m'ont fascinée. Tout est parti de là : je voulais en savoir plus sur les gens capables d'une telle épure et d'une telle puissance dans leur représentation du monde animal et spirituel qui est le leur.

Même si ma démarche est strictement littéraire, je me suis livrée à un travail de documentation de plusieurs années, en écumant les rayons des librairies et des bibliothèques.

Vous écrivez avec une grande richesse de situations, de décors... C'est quasi documentaire. Comment travaillez-vous cela ?

Eh bien, justement, même si ma démarche est strictement littéraire, je me suis livrée à un travail de documentation de plusieurs années, en écumant les rayons des librairies et des bibliothèques. Arts, ethnologie, sciences de la terre, récits d'exploration... j'ai tâché de lire tout ce qui pouvait me faire sentir ce territoire lointain. Et au final, ce qui m'a été le plus précieux, ce sont les récits faits par les Inuit eux-mêmes. Leurs chants, leurs récits de vie, les romans et les manifestes qu'ils ont écrits.

Vous avez bénéficié d'une résidence d'écriture de dix mois au sein des bibliothèques du Muséum national d'histoire naturelle pour écrire. Qu'est-ce que cela vous a apporté ?

C'était le sésame pour la caverne d'Ali Baba ! Grâce à cette résidence, j'ai pu me plonger dans le fonds polaire Jean Malaurie, qui contient environ 30 000 ouvrages (autant vous dire que je n'ai pu en consulter qu'une infime partie...) Plus décisives ont été les archives de Paul-Émile Victor. Là, j'ai pu voir des photos, des objets, des visages. Même si je tiens à dire que le roman s'inspire de plusieurs traditions inuit (l'Arctique est vaste, il existe plusieurs groupes dont les coutumes diffèrent), la rencontre avec Ammassalik, le village où PEV a fait plusieurs longs séjours, a été marquante, et m'a permis d'affiner pas mal d'aspects techniques, notamment en ce qui concerne la chasse au phoque.

Que représente pour vous une venue à la Fête du Livre de Saint-Étienne ?

La découverte de cette ville, où je ne suis jamais venue ! C'est toujours excitant de découvrir un nouvel endroit. Et ma première pensée, lorsque j'ai reçu l'invitation, a été : « Ah ! je vais enfin voir à quoi ressemble la ville où est né Bernard Lavilliers ! » On écoutait ses chansons dans la voiture familiale, lorsque j'étais enfant...

Bérengère COURNUT, De pierre et d'os, Éditions du Tripode
- Rencontre "Personnages hors dimension" avec Elie ROBERT-NICOUD, Rebecca BENHAMOU, Yannick GRANNEC, Bérengère COURNUT et Diane BRASSEUR, samedi 19 octobre à 14h30, salle Aristide Briand, Hôtel de Ville de Saint-Étienne
- Mots en design par Éléonore Gold-Dalg, samedi 19 octobre à 18h sous le Magic Mirrors, place Jean Jaurès

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