Une rentrée cinéma en apesanteur

ECRANS | De septembre à décembre, le programme de la rentrée cinéma est riche en événements. Grands cinéastes au sommet de leur art, nouveaux noms à suivre, lauréats cannois, blockbusters attendus et peut-être inattendus. Morceaux de choix à suivre… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Une rentrée sans palme d'or cannoise n'est pas vraiment une rentrée. Et même si, comme il y a trois ans, elle est signée Michael Haneke, il ne faudra pas rater Amour (24 octobre), tant le film est un accomplissement encore plus sidérant que Le Ruban blanc dans la carrière du cinéaste autrichien. Avec sa rigueur habituelle, mais sans le regard surplombant qui a parfois asphyxié son cinéma, Haneke raconte le crépuscule d'un couple dont la femme (Emmanuelle Riva) est condamnée à la déchéance physique et qui demande à son mari (Trintignant) de l'accompagner vers la mort. C'est très dur, mais aussi très beau et puissamment universel, grâce entre autres à la prestation inoubliable des deux comédiens, au-delà de tout éloge. L'autre événement post-cannois est aux antipodes de ce monument de maîtrise et d'intelligence ; pourtant, Les Bêtes du sud sauvage (12 décembre), premier film de l'Américain Benh Zeitlin, procure des émotions et des sensations tout aussi intenses. Osant le grand pont entre un cinéma ethnographique quasi-documentaire et son exact contraire, la fable fantastique à base de monstres mythologiques, Zeitlin fusionne l'ensemble à travers le regard d'une petite fille de huit ans vivant dans la misère joyeuse d'une communauté à la dérive, luttant contre l'industrialisation qui menace de les ensevelir. La force lyrique et quasi cosmique des images et l'ambition du propos obligent à le reconnaître : voilà quelque chose de profondément neuf sur les écrans de cinéma. Du jamais vu : c'est ce que les premières rumeurs disent à propos de Gravity d'Alfonso Cuaron (28 novembre), film de science fiction en 3D et en apesanteur avec deux acteurs (Sandra Bullock et George Clooney) en perdition dans l'espace. Avec Les Fils de l'homme, Cuaron avait pris dix ans d'avance sur le cinéma contemporain. Il paraît qu'avec Gravity, il en a pris dix de plus ! Question : où s'arrêtera-t-il ?

Après Cannes, c'est encore Cannes

Le palmarès cannois, or Palme d'or, avait déçu. Les films récompensés débarquent à la queue-leu-leu dans les salles ce trimestre et on pourra vérifier calmement leurs vertus respectives. Reality (3 octobre) de Matteo Garrone n'avait pas la carrure d'un grand prix, mais cette comédie douce-amère possède quelques très grands moments de mise en scène, d'écriture et de jeu, qui font oublier un dernier acte un peu laborieux. C'est l'inverse pour Au-delà des collines (21 novembre) du Roumain Cristian Mungiu, dont le dogmatisme de la mise en scène est assez contre-productif en regard de son sujet (une critique sourde et subtile du fanatisme religieux et de son autarcie). L'efficace La Chasse de Thomas Vinterberg (14 novembre) laisse un goût amer après visionnage, tant ce qui en fait la réussite est aussi ce qui rend son discours douteux ; son scénario brillant fait tout pour nous imposer sa thèse, annoncée dès le départ, manipulant les personnages pour mieux les accuser en fin de compte. Enfin, présenté en clôture du festival, le film posthume de Claude Miller Thérèse Desqueyroux (21 novembre) est un de ses meilleurs, son classicisme élégant ne faisant que renforcer la violence cruelle de son propos, labourant un des thèmes fétiches du cinéaste, l'enfermement psychologique.

France-USA : aller-retour

Deux cinéastes français en goguette aux Etats-Unis livreront deux OVNIS réjouissants en cette rentrée : Quentin Dupieux poursuit sa quête de l'absurde avec Wrong (5 septembre), récit à la fois délirant et très logique d'un homme cherchant son chien kidnappé par un gourou new age, tandis que son jardinier s'échine à comprendre pourquoi un palmier s'est transformé en sapin. Et Michel Gondry s'offre une récré avant de humer L'Écume des jours : un film tourné quasi entièrement dans un bus avec de jeunes acteurs amateurs de Brooklyn, The We and the I (12 septembre). Cette comédie énergique simple et touchante montre que Gondry peut tout faire, qui plus est avec presque rien. L'équipe de Tout ce qui brille (Géraldine Nakache, Hervé Mimran, Leïla Bekhti et Manu Payet) a aussi fait le voyage vers les States pour sa nouvelle comédie Nous York (7 novembre), tandis qu'Yvan Attal, lui, se paie le remake d'un petit film indé américain, Humpday, pour sa troisième réalisation, rebaptisée en presque français Do not disturb (3 octobre).

Une certaine engeance du blockbuster

Une saison cinéma n'en serait pas vraiment une sans son lot de blockbusters américains. On notera un net manque d'imagination cette année (si tant est que les années précédentes en avaient, de l'imagination) : tandis que James Bond retrouve une troisième fois les traits de Daniel Craig (Skyfall, le 26 octobe), son cousin éloigné aux initiales similaires s'invente un double (Jeremy Renner) pour palier la défection de Matt Damon dans Jason Bourne : l'héritage (19 septembre). Quant à Frodon, c'est son oncle Bilbo qui prend la relève dans Le Hobbit, la nouvelle trilogie de Peter Jackson (premier volet sur les écrans le 12 décembre). Mais tant que ça reste en famille…

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"Les Amours d’Anaïs" : Love, etc.

ECRANS | Thésarde légère et court vêtue, Anaïs est plus ou moins en couple avec Raoul. Mais voici qu’elle croise Daniel, un quinqua séduit par sa fraîcheur. Anaïs n’est pas (...)

Vincent Raymond | Mardi 7 septembre 2021

Thésarde légère et court vêtue, Anaïs est plus ou moins en couple avec Raoul. Mais voici qu’elle croise Daniel, un quinqua séduit par sa fraîcheur. Anaïs n’est pas indifférente à ses charmes, jusqu’à ce qu’elle découvre la compagne de Daniel, Émilie, une autrice qui va la fasciner… Avec ce premier long métrage, Charline Bourgeois-Tacquet signe une comédie sentimentale primesautière — mais inégale, le revers de la médaille — cousue main pour l’interprète de son court Pauline asservie, Anaïs Demoustier. Celle-ci endosse avec naturel et piquant ce rôle homonyme de tête folle irrésolue, charmeuse et agaçante, hésitant entre deux hommes, une femme, sa thèse, et se promène de Paris à la Méditerranée ou la Bretagne (malgré ses soucis pécuniaires d’étudiante trentenaire…) Très Nouvelle Vague revue Podalydès dans la forme et l’esprit, Les Amours d’Anaïs revisite certains motifs du cinéma-chambre-de-bonne (devenu appartement deux-pièces, on sait vivre) et de l’adultère germanopratin avec une forme d’insolence foutraque, légèrement gâchée par le recours à quelques grosses fic

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Enquête amoureuse

Adaptation | Une histoire d’amour homosexuelle, intense, sensuelle mais violente, dans la province des années 80. Une histoire racontée avec pudeur, nostalgie et (...)

Cerise Rochet | Mardi 7 septembre 2021

Enquête amoureuse

Une histoire d’amour homosexuelle, intense, sensuelle mais violente, dans la province des années 80. Une histoire racontée avec pudeur, nostalgie et mélancolie. Une histoire gardée secrète durant près de 30 ans, avant de devenir le roman le plus autobiographique de l’écrivain à succès Philippe Besson. Une histoire aujourd’hui adaptée à la scène par Angélique Clairand et Eric Massé, avec audace, justesse et brio. Un spectacle tout en émotions contenues, prêtes à nous exploser à la figure, à tout moment. Arrête avec tes mensonges, le 22 octobre à la Comédie de Saint-Etienne

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Cache-cache

Théâtre | Monsieur Orgon veut marier sa fille Silvia à Dorante, le fils de l’un de ses amis. Mais, peu emballée à l’idée d’épouser un garçon à l’aveuglette, Silvia (...)

Cerise Rochet | Mercredi 4 mars 2020

Cache-cache

Monsieur Orgon veut marier sa fille Silvia à Dorante, le fils de l’un de ses amis. Mais, peu emballée à l’idée d’épouser un garçon à l’aveuglette, Silvia ruse, en échangeant sa place avec sa servante Lisette, alors que lui arrive pour la courtiser… Ou comment savoir à qui on a affaire, sans se faire repérer. Problème : Silvia ignore que son bellâtre a eu la même idée, en prenant la place de son valet Arlequin. Ainsi, ne connaissant rien des desseins de leurs prétendants, chacun s’étonne bien vite d’être attiré par ceux qu’ils croient être des domestiques. Au détour d’une intrigue qui reprend les rouages de la comédie classique, mêlant quiproquos, manipulation, péripéties, comique des mots et de situation, Le Jeu de l’Amour et du hasard est en réalité une histoire de déterminisme social, de "reconnaissance immédiate" entre personnes du même rang. Lisette et Arlequin, au final, ce pourrait être une lutte des classes qui n’aboutirait pas, XVIIIe siècle oblige. Mais aboutirait-elle, pour une Lisette et un Arlequin du XXIe ? Le Jeu de l’amour et du hasard, du 1er au 3 avril au théâtre du Parc à Andrézieux

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Si c’était de l’amour : InDensité

ECRANS | De Patric Chiha (Fr., 1h22)…

Vincent Raymond | Lundi 22 juin 2020

Si c’était de l’amour : InDensité

Au commencement était une pièce chorégraphique, Crowd. Et puis Patric Chiha a posé ses caméras pour suivre le travail de la troupe de Gisèle VIenne, des répétitions aux coulisses, entremêlant instants de vie et bouts de live… Les premières images surprennent autant qu’elles mettent en condition : elles montrent un homme asperger un par un, comme s’il s’agissait de banales récoltes, des couples s’apprêtant à prendre part à une soirée à musique poup-poum. Plus étrange, cette séquence qui semble singulièrement ralentie, défile à sa vitesse normale : ce sont les protagonistes qui freinent leurs mouvements, synchrones dans leurs gestes retenus. L’effet — réussi — restitue sans ses désagréments collatéraux la pulsion stroboscopique de partager la transe d’une rave, sujet de Crowd. Sensoriel, hypnotique, sensuel également, Si c’était de l’Amour n’est pas la “simple“ captation d’un spectacle dont il ne partage pas le nom, mais une interrogation à l’image de son titre, que les échanges qu’il intègre éclairent délicieusement, sans élucider la question en suspens. Ces irruptions dans le processus créatif montrent des danseurs

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Le Folamour !

Soirées | Ce devait être Bon Entendeur au Fil pour la soirée du 25 septembre dans le cadre de Sainté Accueille Ses Étudiants, ce sera finalement Folamour ! Qu'à cela ne (...)

Nicolas Bros | Jeudi 19 septembre 2019

Le Folamour !

Ce devait être Bon Entendeur au Fil pour la soirée du 25 septembre dans le cadre de Sainté Accueille Ses Étudiants, ce sera finalement Folamour ! Qu'à cela ne tienne... Les étudiants stéphanois sont gâtés dans les deux perspectives. Dans une veine house, groove et tropicale, Folamour est un Dj qui ne cesse de monter. Sous ses Dj set, le chaloupé n'est pas rare et le smile apparaît tout naturellement sur les visages. C'est assurément une bonne pioche pour assurer une soirée d'accueil aux étudiants en bonne et due forme. Folamour, mercredi 25 septembre dès 19h30 au Fil, dans le cadre de Saint-Étienne Accueille Ses Étudiants / Entrée libre

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"Les Météorites" : Des étoiles dans les yeux

ECRANS | De Romain Laguna (Fr., 1h25) avec Zéa Duprez, Billal Agab, Oumaima Lyamouri…

Vincent Raymond | Jeudi 2 mai 2019

Nina, 16 ans, a lâché le lycée et bosse pour l’été dans un parc d’attraction. Seule à voir une météorite zébrer le ciel, elle y lit un signe du destin et se sent invincible. Alors Nina ose, agit selon son cœur et ses envies, quitte à essuyer de cosmiques déconvenues. Elle grandit… Bonne nouvelle : une génération de comédiennes est en train d’éclore et en plus, on leur écrit des rôles à la hauteur de leur talent naissant, donnant au passage de la jeunesse d’aujourd’hui une image plutôt féminine et volontaire. Après la révélation Noée Abita dans Ava de Léa Mysius (2017), voici Zéa Duprez en Nina — la prévalence des prénoms mono ou di-syllabiques riches en voyelles étant fortuite. Mais le volontarisme de Nina n’exclut pas une dose d’ingénuité lorsqu’il s’agit d’affaires de cœur : on n’est pas sérieux quand on a 16 ans, on croit en l’éternité de l’amour et l’on déchante avec d’autant plus de cruauté. Romain Laguna fixe des instantanés d’un été à part, ainsi que les mille et unes facettes d’une héroïne tantôt farouche et rugueuse quand elle roule des épaules

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"C'est ça l'amour" : Papa poule, papa coule

ECRANS | De Claire Burger (Fr., 1h38) avec Bouli Lanners, Justine Lacroix, Sarah Henochsberg…

Vincent Raymond | Mercredi 27 mars 2019

Sa femme l’ayant quittée, Mario est tout tourneboulé. S’accrochant à l’espoir de la voir revenir, il tente avec sa maladresse bienveillante de préserver ses filles du cataclysme qui les ronge tous. Mais rien n’est facile dans cette famille de guingois : même l’amour en a pris un coup. Ce portrait-mosaïque d’une famille bohème — très loin d’être bourgeoise — dynamitée par la défection maternelle fait penser à un jeu de billard américain, quand la blanche vient de casser le paquet et que les boules s’échappent en tout sens : Claire Burger s’attache en effet à la trajectoire de chacun personnages de la famille atomisée, dans l’apprentissage de ses nouveaux repères, si bancals soient-ils. Car Mario n’occupe pas seul les premiers plans (à la différence du père joué par Romain Duris dans Nos batailles, confronté à une situation similaire) : le film ménage de la place aux filles, dans leur émancipation de l’âge d’enfant, leur confrontation aux chamboulements multiples secouant par ailleurs l’adolescence (premières amours, les désir d’indépendance).

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Vincent Lindon : « On fait ce métier pour s’oublier »

Dernier Amour | Passionné comme toujours et comme toujours passionnant, Vincent Lindon évoque sa nouvelle collaboration avec l’un de ses metteurs en scène fétiche. De l’approche d’un rôle historique et de la philosophie de l’interprétation des personnages…

Vincent Raymond | Jeudi 21 mars 2019

Vincent Lindon : « On fait ce métier pour s’oublier »

Comment avez-vous convaincu Benoît Jacquot, avec qui vous avez une longue complicité, de vous confier ce rôle de Casanova ? Vincent Lindon : Au départ, je venais le chercher pour déjeuner, il était dans son bureau et il parlait de son prochain film avec ses producteurs. Il m’a annoncé : « Je vais faire Casanova » Et j’ai aussitôt répondu : « Non, c’est moi qui vais faire Casanova. — Non, il a 26 ans, c’est l’histoire d’un jeune Casanova avec une dame plus âgée. — Ben, c’est plus ça. Il y a bien un moment où il est vieux ? — Tu plaisantes ? — Non, non, je suis très sérieux. — Fais attention, Vincent : si je te prends au mot, tu vas être bien embêté — Pas du tout : prends-moi au mot ! — Il y a bien un épisode avec la Charpillon… » Et ils ont bifurqué sur cette histoire. Qu’est-ce qui vous a séduit à ce point dans ce personnage ? Casanova, quand même ! Il n’y a pas beaucoup de personnages de cette dimension. J’ai fait Rodin, le professeur Charcot.

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"Dernier Amour" : Plaire, aimer, éconduire vite

ECRANS | De Benoît Jacquot (Fr., 1h38) avec Vincent Lindon, Stacy Martin, Valeria Golino…

Vincent Raymond | Jeudi 21 mars 2019

Au soir de sa vie, Casanova évoque à une confidente un épisode de sa vie aventureuse se déroulant à Londres, où il vivait alors en exil ; un souvenir douloureux lié à une femme dont il s’est épris, qui jamais n’a cédé à sa cour : la Charpillon, une courtisane au corps et à l’esprit bien faits… Comment diable éprouver de l’empathie pour la personne de Casanova, l’aventurier qui épousa le XVIIIe siècle en triomphant des geôles, des duels et des revers de fortune ; l’infaillible séducteur que sa réputation en tout lieues précédait et qui, de surcroît taquina la muse pour composer en sus de ses mémoires, quelques ouvrages réputés ? En le dépeignant dépourvu de ses talents et mérites, chevalier à la triste figure confronté au doute, à l’échec et à la déchéance. En rendant, en fait, à ce héros hors normes sa qualité d’humain. Le Casanova façonné par Benoît Jacquot pour Vincent Lindon (et réciproquement) apparaît ainsi comme une montagne de fragilité et de doute, au moment où la certitude de son prestige commence à s’effilocher, où de l’adret son charme verse dans l’ubac. Da

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Catherine Corsini : « L’inceste n’est pas le sujet »

Un amour impossible | Après Laetitia Colombani et sa variation sur Pourquoi le Brésil ?, Catherine Corsini adapte à son tour un livre de Christine Angot empreint d’un vécu douloureux et de secrets vénéneux. Un grande fresque digne.

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Catherine Corsini : « L’inceste n’est pas le sujet »

À quelle occasion avez-vous découvert le roman de Christine Angot ? CC : Par ma productrice, trois-quatre mois après sa parution. J’ai mis un peu de temps à le lire d’ailleurs, mais je suis tombé dedans : je l’ai ressenti à la fois comme une lectrice extrêmement bouleversée et comme une cinéaste qui prend de la hauteur. Il y avait un incroyable mélo à faire ! Et moi qui sortais de La Belle Saison, j’avais curieusement cette envie de mélodrame — une envie qui vient de mon amour des films de Douglas Sirk, revisitée ensuite par Todd Haynes ; ce truc assez formidable de parler des années 1950 jusqu’à aujourd’hui en essayant de moderniser le mélodrame classique hollywoodien. Comment Christine Angot a-t-elle reçu votre proposition ? C’était très courtois, elle a réfléchi. Ensuite, c’était une histoire d’engagement et d’argent, avec une liberté totale d’écrire, en lui soumettant le scénario une fois qu’il était terminé — et le fait qu’elle pouvait retirer son nom et la ment

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"Un amour impossible" : Odieux le père

Drame | de Catherine Corsini (Fr., 2h15) avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure, Jehnny Beth…

Vincent Raymond | Mercredi 14 novembre 2018

Châteauroux, années 1950. Rachel Steiner est courtisée par Philippe, un fils de famille portant beau. Hostile à toute mésalliance sociale, il repart laissant Rachel enceinte. Bien plus tard, après plusieurs retrouvailles épisodiques houleuses, Philippe renoue le contact avec leur fille Chantal… Adaptant ici le “roman autobiographique“ — on ne sait comment qualifier le genre de récit qu’elle pratique — de Christine Angot, Catherine Corsini réussit plusieurs tours de force. S’approprier son histoire tout en rendant digeste et dicible la voix de l’autrice sans la contrefaire, et raconter avec élégance ce qui rappelle la noirceur incestueuse de Perrault dans Peau d’Âne comme des meilleures tragédies raciniennes (où les amours sont aussi impossibles, car univoques). Renversant le propos du conte, l’ogre symbolique s’incarne ici dans un homme exerçant son emprise toxique et dévorante sur deux femmes… dont l’une est sa fille. À cette lecture analytique se superpose en fin de film une interprétation sociale qui si elle évoque dans la forme le dénouement le dénouement Psychose, où le compor

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Novembre : Au(x) détour(s) du regard

Panorama ciné | On le sait, voir n’est pas regarder. Ainsi, il est des films qu’on peut laisser filer d’un œil distrait et d’autres à scruter. Et puis d’autres encore, où la question d'un regard attentif se révèle cruciale…

Vincent Raymond | Mercredi 31 octobre 2018

Novembre : Au(x) détour(s) du regard

Commençons par regarder au-delà de notre champ de vision, à perte de vue, en compagnie de Thomas Vinterberg. On l’avait quitté évoquant ses souvenirs d’enfance dans La Communauté (2017), le réalisateur de Submarino (!) persiste d’une certaine manière dans le huis clos avec Kursk (7 novembre) récit inspiré par la tragédie du sous-marin nucléaire russe homonyme passé par le fond avec son équipage en 2000. Terriblement d’actualité, alors que les tensions est/ouest regèlent, ce drame raconte l’obstination mortifère des nations et des militaires — quel que soit leur pavillon —, davantage prompts à sauver leurs vaniteuses apparences que leurs marins. Sobrement spectaculaire, cette superproduction internationale travaille les formats d’image, la dilatation du temps et le son avec une enviable finesse. Pour High Life (même date), Claire Denis s’échappe quant à elle totalement de l’orbite terrestre pour un conte de science-fiction zonant plu

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"L'Amour flou" : Auto-psy d’un couple

Ex tape | de et avec Romane Bohringer & Philippe Rebbot (Fr., 1h37) avec également Rose et Raoul Rebbot-Bohringer…

Vincent Raymond | Jeudi 11 octobre 2018

Il se sont aimés, ont eu beaucoup enfants (enfin…deux), et puis le quotidien a passé l’amour à la machine. Alors, avant de se détester trop, Romane et Philippe envisagent une séparation de corps mais pas de logis : un appartement chacun, réuni par la chambre des enfants. Une utopie ? L’histoire quasi vraie d’une famille attachante, racontée presque en direct par les intéressés, dans leur ton brouillon d’adulescents artistes, inventant un modèle “désamoureux“ hors normes. Ce qui pourrait ressembler à une soirée diapos prend tout de suite un peu de relief quand les protagonistes sont connus, et que la majorité de leurs parents et amis le sont aussi. Alors, si L’Amour flou tient de la succession de sketches plutôt gentils et tendres, sans auto-complaisance ; parfois indiscret, mais pas impudique. Fidèle, sans doute, à ce que dégagent ces deux parents bobos (bourgeois-bohème) et foufous (fouillis-foutraque). Toutefois, on relève (en la regrettant) une faute de goût dans ce film somme toute sympathique : la participation dans son propre rôle Clémentine Autain

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"L'Amour est une fête" : Et le film, une défaite

Cul-cul | de Cédric Anger (Fr., 1h59) avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Camille Razat…

Vincent Raymond | Mardi 18 septembre 2018

Vous qui entrez dans la salle, abandonnez tout espoir de tomber sur un équivalent de Boogie Night à la française. Narrant l’infiltration de deux flics dans l’univers des peep-shows et du X des années 1980 parisiens, ce pensum n’en a ni le rythme, ni la folie. Présente-t-il quelque gravité dramatique, des attraits comiques insoupçonnés ? Pas davantage. Diable… Oserait-il, alors, s’appuyer sur ce décor ou ce contexte favorable pour créer un authentique film érotique doté d’une intrigue ? Pas plus que Yann Gonzalez avec sa (dé)pantalonnade Un couteau dans le cœur : on se trouve en présence de cinéastes qui vendent hypocritement l’idée du soufre, en craignant d’en prononcer le nom, et passent leur film à moquer leurs aînés du cinéma bis ou Z, tout en les pillant et les contrefaisant (mal) à coup de néons roses et de cheveux peroxydés. Ne parlons pas hommage, puisqu'il s’agit de dérision. Il n’y a là ni amour, ni fête ; d’ailleurs, ce n’est ni fait, ni à faire… Seule lumière au tableau : la B.O. de Grégoire Hetzel, et la mélancolie mélodique de ses partitions pour instr

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Daniel Auteuil : « Rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Amoureux de ma femme | C’est sur les terres de sa jeunesse avignonnaise, lors des Rencontres du Sud, que le réalisateur et cinéaste Daniel Auteuil est venu évoquer son nouvel opus, Amoureux de ma femme. Le temps d’une rêve-party…

Vincent Raymond | Jeudi 26 avril 2018

 Daniel Auteuil : « Rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Le scénario est adapté d’une pièce de Florent Zeller que vous avez jouée. Y a-t-il beaucoup de différences ? D.A : Ah oui, il est très très librement adapté ! On a beaucoup parlé : je lui ai raconté à partir de la pièce de quelle genre d’histoire j’avais envie. Je voulais parler des pauvres, pauvres, pauvres hommes (rires), et de leurs rêves, qui sont à la hauteur de ce qu’ils sont. Certains ont de grands rêves, d’autres en ont des plus petits. Et puis il y avait l’expérience de cette pièce, qui était très drôle et qui touchait beaucoup les gens. Mon personnage est un homme qui rêve, plus qu’il n’a des fantasmes. Un homme qui, au fond, n’a pas tout à fait la vie qu’il voudrait avoir, peut-être ; qui s’identifie dans la vie des autres. Le cinéma vous permettait-il davantage de fantaisie ? La pièce était en un lieu unique et était très axée sur le verbe, sur le texte. Une grande partie était sur les pensés, les apartés. Ici, c’est construit comme un film : le point de départ était cette idée de

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"Amoureux de ma femme" : Sale rêveur

De quoi Zeller ? | de et avec Daniel Auteuil (Fr., 1h24) avec également Gérard Depardieu, Sandrine Kiberlain, Adriana Ugarte…

Vincent Raymond | Jeudi 26 avril 2018

Daniel a invité à dîner son meilleur ami Gérard afin qu’il lui présente, ainsi qu’à sa femme, sa nouvelle compagne. Lorsqu’il découvre sa jeunesse et sa beauté, Daniel se prend à imaginer des choses, sous l’œil de son épouse. Qui n’est pas dupe. Daniel Auteuil signe un film comme on fait plus. Un truc peu inconscient et naïf, de l’époque où les sexagénaires exhibaient sans complexes leur nouvelle voiture, leur nouvelle montre, leur nouvelle minette, comme autant de gages de succès. Aujourd’hui, on dissimule tout ces “attributs” sous le vocable commun de “bonheurs” — cela fait moins égoïste et moins démon de seize heures. On n’assume moins que le personnage de Sydney Pollack qui vantait dans Maris et Femmes de Woody Allen (1992) les vertus de sa récente et jeune compagne : « sa bouche ? c’est du velours… » Amoureux de ma femme, raconte peu ou prou la même histoire que Woody Allen, mais corsetée par l’ère du politiquement correct, dans un (vaste) appartement parisien et se sert de l’imaginaire d’un époux rêveur pour fanta

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Lettre de Cannes #1

Festival de Cannes 2017 | Où j'ai vu des portiques de sécurité, un film très noir et très fort de Zviaguintsev, et un beau film premier degré de Todd Haynes.

Christophe Chabert | Vendredi 19 mai 2017

Lettre de Cannes #1

Cher Petit Bulletin, M'y voici de nouveau, au soleil de Cannes, pour y humer l'air du temps cinématographique et y humer l'air tout court d'une Côte d'Azur désormais meurtrie par trop de jardinières géantes décourageant badauds et camions de se rencontrer en une étreinte assassine. Le Festival de Cannes fête son 70e anniversaire en étalant à son générique les noms de ses chers cinéastes disparus et en transformant chaque avant-projection en une vaste zone de sécurité pour aéroport : déposons donc quatre fois par jour nos clés, portefeuilles et téléphones avant de franchir de peu esthétiques portiques magnétiques ; ouvrons nos sacs pour en supprimer tout élément dangereux, à commencer par la crême solaire en tube, nous laissant ainsi plus de chances de mourir d'un mélanome que d'un attentat terroriste — pléonasme assumé. Ainsi, l'honneur est sauf car, comme disait Claudette Colbert dans La Huitième femme de Barbe-Bleue, avec l'accent français s'il vous plait : "Don't blame it on the Riviera". De plus, entre le moment où j'ai récupéré mon accréditation et celui où le festival a été officiellement déclaré ouvert, s'est produit un élément d'ampleur stratosphériq

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Et le hasard fait bien les choses

Danse | Marie-Claude Pietragalla avait enflammé La Bâtie d'Urfé avec La tentation d'Eve. Elle revient illuminer la scène de l'Opéra, mais cette fois avec Julien Derouault, son compagnon à la ville dans "Je t'ai rencontré par hasard".

Monique Bonnefond | Mercredi 5 avril 2017

Et le hasard fait bien les choses

Couple à la ville et à la scène, Marie-Claude Pietragalla et Julien Deroualt font partager, dans Je t'ai rencontré par hasard, leurs émotions et leurs interrogations sur le hasard, la rencontre, le couple et sa durabilité dans le temps. "Pietra" travaille beaucoup sur l'humain, sur ce qui peut nous questionner, comme le hasard qu'elle place au cœur de la rencontre entre deux êtres. Qu'est-ce qui est déterminant dans une rencontre ? Un regard ? Un geste ? Une attitude ? Une étincelle qui jaillit ? "Pietra", qui connaît les grands textes classiques cite Phèdre clamant son amour coupable pour Hippolyte : "Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue. Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue". C'est une histoire vieille comme le monde. Un homme et une femme Parfois, le hasard fait bien les choses. "Pietra" et Julien se sont rencontrés au Ballet national de Marseille où Julien auditionnait : c'est ce choc amoureux qu'ils dansent. Sur fond de choix musicaux éclectiques, ils revisitent la vie à deux à travers une série de tableaux qui mettent en scène l'évolution d'un couple au quotidien prosaïque autour d'un lit, d'une table, de chaises... Le lien amo

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D'ombres et de lumières

SCENES | Le chorégraphe Davy Brun, immédiatement séduit par le travail d'auteur illustrateur d'Antoine Guillopé, relève le pari de mettre en danse le petit conte inspiré (...)

Monique Bonnefond | Mardi 3 mai 2016

D'ombres et de lumières

Le chorégraphe Davy Brun, immédiatement séduit par le travail d'auteur illustrateur d'Antoine Guillopé, relève le pari de mettre en danse le petit conte inspiré de son superbe album : Akiko l'amoureuse. Par un jeu subtil d'ombres et de lumières, de lanternes, une scénographie faite de panneaux blancs finement découpés qui nous plongent ainsi que l'ombrelle wagasa dans la beauté délicate de l'art japonais, le conte prend vie dans un univers empreint de poésie, avec les bruits de la nuit dont le noir est magnifiquement utilisé, la forêt peuplée des animaux qui vont aider la petite Akiko à débarrasser Takiji de sa peur du soleil. Pas besoin de paroles. L'émotion passe par le langage des corps et le visuel. Comme avec Charlot, on est dans le langage préverbal. Pas un mot et on comprend tout. Akiko et Takiji se regardent, sans ces dérobades que les adultes nomment pudeur et on suit l'histoire d'amour entre Akiko, la petite fille courageuse et Takiji, le petit garçon qui a peur que le soleil le change en pierre. Akiko l'amoureuse, samedi 14 mai à 17h au Théâtre du Parc à Andrézieux-Bouthéon

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Avril, ne te découvre pas d’un film

ECRANS | Coincée entre la fin de l’hiver et l’avant-Cannes, la période des vacances de Pâques se révèle invariablement l’une des plus hasardeuses de l’année pour les spectateurs. Courage : en creusant un peu, on trouve quand même de quoi la surmonter… Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Avril, ne te découvre pas d’un film

Depuis un certain temps, avril paraît considéré comme le souffre-douleur de l’année cinématographique : c’est dans ses bras qu’échouent, les œuvres d’auteurs un peu malades, les comédies presque drôles, les blockbusters pas vraiment attendus, et tout un reliquat de films que les distributeurs n’ont pas réussi à placer plus tôt — le temps est compté pour ces sorties de la dernière chance, car s’annonce déjà sur la Croisette une nouvelle récolte de film frais. Et puis avril, c’est le mois où le soleil s’emploie à dispenser de nouveau sa bienfaisante chaleur, exerçant par là même une concurrence déloyale avec les salles obscures. Voilà pourquoi tant de films sur les écrans ce mois ont un pied dehors, un pied dedans… Home, sweet home ? Difficile d’imaginer plus casanier qu’un scénariste : vissé à sa machine à écrire, Dalton Trumbo (27 avril) a signé parmi les plus grandes pages du cinéma hollywoodien (Vacances romaines, Spartacus, Exodus…). Mais il a aussi mené une vie personnelle et citoyenne romanesque. Le biopic que lui consacre Jay Roach, avec Brian Cranston, relate le parcours de ce blacklisté haut en co

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En avant, Mars !

ECRANS | Même si l’hiver a été insignifiant, prendre un peu d’élan pour basculer dans le printemps ne se refuse pas. Ça tombe bien : moult films à l’affiche de mars ont des fourmis dans les jambes et la tête, parfois, dans les étoiles… Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 1 mars 2016

En avant, Mars !

Bouger, s’exiler, migrer ; et puis retourner là où tout a commencé, pour enclencher autre chose… Le voyage, grande affaire de l’existence — qu’on perçoit souvent comme une gigantesque traversée —, est aussi le propre de l’Homme. Et dans une période où le repli trémulant derrière les frontières est brandi comme une panacée par tous les complices objectifs des obscurantismes rétrogrades, voir fleurir sur les écrans pléthore de films aux semelles de vent à quelque chose de réconfortant. D’autant que le voyage prend, selon les cinéastes, des formes très diverses… La tentation de l'ailleurs Le plus proche dans sa sortie (2 mars) va le plus loin dans le délire, mais aussi dans sa complexité ontologique : vrai-faux film anglais tourné en Belgique par le Français Antoine Bardou-Jacquet avec l’Américain Ron Perlman Moonwalkers, s’inspire de cette fameuse rumeur selon laquelle la conquête de la Lune aurait été simulée, la Nasa ayant commandité à Kubrick le tournage d’un faux alunissage. William Karel avait signé un prodigieux documentaire (Opération Lune) sur le mode sérieux, on glisse ici dans la comédie d’espionnage sous psychotro

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Amours cannibales

ECRANS | De Manuel Martín Cuenca (Esp-Roum-Russie-Fr, 1h56) avec Antonio de la Torre, Olimpia Melinte…

Christophe Chabert | Lundi 15 décembre 2014

Amours cannibales

Carlos, tailleur discret de Grenade, aime les femmes. Mais attention, il les aime bien préparées. Aussi habile avec un fil et des aiguilles qu’avec un couteau de boucher, il déguste ses victimes selon un rituel presque monotone, sans en tirer de plaisir apparent. On a présenté les choses avec un poil d’ironie, mais Amours cannibales en est résolument dépourvu. Au contraire, la froideur de la mise en scène renvoie plutôt à la "glaciation émotionnelle" tant vantée par Michael Haneke. Même lorsqu’une histoire d’amour, une vraie, se profile entre Carlos et la sœur d’une des femmes qu’il a tuées, Cuenca ne déroge pas à sa grammaire : plans tirés au cordeau, absence de musique, quête de distance et d’atonie dans l’approche des événements. Cette forme-là, respectable dans son principe mais devenu très académique à force d’être mise à toutes les sauces, est assez contre-productive dans le cas d’Amours cannibales. On n’est jamais loin du pléonasme tant la grisaille et l’absence de passion semblent envahir en permanence et l’action, et les personnages, et l’approche visuelle de Cuenca. Même les scènes gore ne créent pas vraiment de malaise, fondues dans l’apathie

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Wrong cops

ECRANS | Avoir une double vie, de nos jours, n’a rien d’extraordinaire. Et si avant on trompait sa femme, c’est surtout la routine que l’on cherche à tromper (...)

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

Wrong cops

Avoir une double vie, de nos jours, n’a rien d’extraordinaire. Et si avant on trompait sa femme, c’est surtout la routine que l’on cherche à tromper aujourd’hui. Faire de la musique électronique, poser pour des revues porno gays, trafiquer de la drogue cachée dans des rats crevés, creuser son jardin pour y déterrer un trésor : rien de bien méchant, dans le fond, que ces petits secrets-là. Chez Quentin Dupieux, cependant, ces hobbys sont ceux d’une bande de flics ripoux et dégénérés, dont la bêtise satisfaite va entraîner une cascade de quiproquos graduellement absurdes et tragiques. Duke, le plus tordu de tous, après avoir abattu sans le faire exprès son voisin, harcèle un adolescent en l’obligeant à écouter de la musique pendant qu’il se détend en slip sur son canapé ; Sunshine, pour éviter l’infamie familiale d’une révélation sur ses activités pornographiques, doit céder au chantage de sa collègue Holmes ; quant à De Luca, il laisse s’exprimer pleinement son penchant pour le harcèlement sexuel des femmes à forte poitrine… Sous le soleil écrasant de Los Angeles et avec ce style désormais reconnaissable, Quentin Dupieux croise les histoires de cette brigade corrompue jus

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Aimer, boire et filmer

ECRANS | Une sélection 100% française pour ce mois de mars au cinéma, même si, entre Alain Resnais, Quentin Dupieux et le docu engagé de Julie Bertuccelli, il y a quelques abîmes… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 mars 2014

Aimer, boire et filmer

Peut-on être encore jeune à 91 ans ? Il serait facile de choisir la démagogie et de répondre oui… Or, la démagogie et le regretté Alain Resnais, ça faisait deux ! Donc, pour son ultime Aimer, boire et chanter (26 mars), il assumait clairement son âge et signe un film de vieux. Mais attention, rien de péjoratif là-dedans… En adaptant pour la troisième fois une pièce de l’Anglais Alan Ayckbourn, il montre comment des couples plutôt rouillés ou mal assortis sont bousculés par l’annonce de la mort prochaine de George Riley, leur «ami». Le dispositif, qui ne cache rien de la théâtralité d’un texte où, justement, les personnages passent une partie de l’action à répéter une pièce de théâtre, paraît d’abord assez lourd, sinon assez laid. Mais le film finit par passionner en créant un magnifique dialogue entre le champ — des personnages englués dans leurs mensonges et paralysés par le temps qui passe — et le hors champ — un George invisible, la pièce qu’on ne verra jamais et surtout une jeunesse qu’ils se contentent de regarder de loin. Dans son dernier acte, Resnais entre chez eux pour s’offrir de splendides envolées de mise en scène. Curieusement, là où ses fi

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Aimer, boire et filmer

ECRANS | Une sélection 100% française pour ce mois de mars au cinéma, même si, entre Alain Resnais, Quentin Dupieux et le docu engagé de Julie Bertuccelli, il y a quelques abîmes… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

Aimer, boire et filmer

Peut-on être encore jeune à 92 ans ? Il serait facile de choisir la démagogie et de répondre oui… Or, Alain Resnais et la démagogie, ça fait deux ! Dans Aimer, boire et chanter (26 mars), il assume clairement son âge et signe un film de vieux. Mais attention, rien de péjoratif là-dedans… En adaptant pour la troisième fois une pièce de l’Anglais Alan Ayckbourn, il montre comment des couples plutôt rouillés ou mal assortis sont bousculés par l’annonce de la mort prochaine de George Riley, leur "ami". Le dispositif, qui ne cache rien de la théâtralité d’un texte où, justement, les personnages passent une partie de l’action à répéter une pièce de théâtre, paraît d’abord assez lourd, sinon assez laid. Mais le film finit par passionner en créant un magnifique dialogue entre le champ — des personnages englués dans leurs mensonges et paralysés par le temps qui passe — et le hors champ — un George invisible, la pièce qu’on ne verra jamais et surtout une jeunesse qu’ils se contentent de regarder de loin. Dans son dernier acte, Resnais finit par entrer chez eux pour s’offrir de splendides envolées de mise en scène. Et de laisser tomber les ruminations crépusculair

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L’Amour est un crime parfait

ECRANS | Derrière une intrigue de polar conduite avec nonchalance et un manque revendiqué de rigueur, les frères Larrieu offrent une nouvelle variation autour de l’amour fou et du désir compulsif. Si tant est qu’on en accepte les règles, le jeu se révèle assez fascinant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 13 janvier 2014

L’Amour est un crime parfait

Dans le campus suisse high tech où se déroule une partie de L’Amour est un crime parfait, débarquent à mi-film des spécialistes américains des techniques scénaristiques, venus à la pêche aux jeunes talents parmi les classes de lettres de l’université. Ce que Marc, le professeur de littérature incarné par un Mathieu Amalric frénétique, passant de l’exaltation à l’angoisse avec le même regard fiévreux, voit comme une menace. Plus tard, le même Marc, rejoignant son chalet isolé dans les montagnes enneigées, y découvre sa sœur Marianne (Karin Viard) avachie sur le canapé avec son rival Richard (Denis Podalydès), tous deux affublés de lunettes ridicules pour voir sur un écran plasma gigantesque la version 3D des Derniers jours du monde, le précédent film des frères Larrieu… Deux digressions sans rapport avec le récit policier qu’ils nous racontent, mais qui font office de plaidoyer pro domo rigolard envers leur méthode, peu soucieuse d’efficacité ou de rigueur narrative. En cela, L’Amour est un crime parfait est peut-être le vrai descendant de cette Nouvelle vague à la fois conspuée, révérée et régulièrement pillée, inscrivant à l’

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Panorama Ciné 2014

ECRANS | Après une année 2013 orgiaque, 2014 s’annonce à son tour riche en grands auteurs, du maître Miyazaki à une nouvelle aventure excitante de Wes Anderson en passant par les vampires hipsters croqués par Jarmusch et les flics tarés de Quentin Dupieux… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 3 janvier 2014

Panorama Ciné 2014

Le Vent se lève, il faut tenter de vivre… disait le titre intégral du dernier film d’Hayao Miyazaki qui, après 25 ans au service de l’animation japonaise, a décidé de tirer sa révérence avec cette œuvre effectivement testamentaire, dont on vous parle juste à côté. Il sera le premier en cette rentrée à illuminer les écrans, mais 2014 ne sera pas en rade de grands auteurs, au contraire. On ronge bien sûr notre frein en attendant de découvrir la deuxième partie du Nymphomaniac de Lars von Trier (29 janvier), dont le Volume 1 nous a conquis par son insolente liberté de forme et de ton ; le même jour, par un hasard de calendrier, Riad Sattouf, formidable auteur de BD et réalisateur d’une des meilleures comédies françaises de ces dernières années (Les Beaux Gosses), mettra lui aussi Charlotte Gainsbourg à l’honneur dans sa fable caustique Jacky au royaume des filles. Belles et bêtes Au petit jeu des comédiens qui vont truster l’affiche en 2014, on trouve,

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Tango, partage des sens et de l’Amour

SCENES | Une musique magnifique, avec des mélodies ensorcelantes d’Astor Piazzolla, des rythmes de Gotan Project et africains, à la Louis Armstrong, des musiques de tango, de Buenos-Aires à Paris. Un couple, sa naissance, «les moments les plus importants» de sa vie. Désir, Passion, Souffrance, Amour qui brûle, Amour qui dévaste mais qui fait vivre. Octavia de la Roza et Camille Colella vous feront vibrer en vous livrant toute une palette de riches émotions. Monique Bonnefond

Marc Chassaubene | Samedi 2 novembre 2013

Tango, partage des sens et de l’Amour

Comme chorégraphe, Octavio de la Roza cherche «des sujets passionnants». Avec Tango mon Amour, il a mis la main sur des éléments dont la charge émotive captive le spectateur.  «En trois mots, ça lance une bombe. Il y a le tango et un couple. C’est une histoire à trois. C’est peut-être le titre qui donne sa forme au ballet.» Bien que né à Buenos-Aires, Octavio dit : «je n’avais rien à faire avec ça. Je n’ai pas essayé de faire du vrai tango», celui dont on fait, à tort, remonter l’origine à son pays. Le tango n’est pas né en Argentine. Le rythme du tango est né en Afrique. Il vient du tam-tam. Une représentation moderne du tango... à trois. «J’ai voulu sortir des clichés touristiques, casser le cliché machiste où l’homme guide la femme», dit Octavio bien loin de l’état d’esprit du «tanguero». Il a voulu montrer la femme d’aujourd’hui, qui dit-il «n’est plus à la même place qu’avant.» Ainsi, dans les portés, magnifiques, on peut voir certaines scènes où la femme «écrase» l’homme. Les rôles s’inversent, dans l’écha

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Étaix, Marker : deux francs-tireurs

ECRANS | Tandis que la Cinémathèque de Saint-Étienne rend hommage, dans le cadre de la Fête du Livre, à Pierre Étaix, Le Méliès programme des œuvres majeures de son contemporain Chris Marker. Quelque chose comme une histoire parallèle du cinéma français… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 27 septembre 2013

Étaix, Marker : deux francs-tireurs

Les années 60 pour le cinéma français, c’est l’explosion de la Nouvelle Vague : Chabrol, Godard, Truffaut, Rohmer et Rivette d’un côté, Varda, Demy, Resnais de l’autre. Derrière cette forêt de figures intimidantes se cache un vivier de cinéastes qui n’ont jamais cherché à appartenir à aucune école. Ainsi de Chris Marker, disparu l’an dernier, et dont on redécouvre l’œuvre inclassable, que ce soit dans les formats utilisés — courts, moyens ou très longs métrages, documentaires et fictions, et même un improbable CD-Rom — ou dans l’approche très personnelle d’un art dont il aime l’impureté. Son film le plus mythique, La Jetée, ne dure que 28 minutes, et se compose de photogrammes noir et blanc soutenus par une voix-off. Avec ce dispositif minimal, il raconte pourtant une histoire immense qui se déroule après l’apocalypse nucléaire, où un homme doit retourner dans le passé pour influer sur l’avenir. Marker y déploie son thème de prédilection : les méandres des souvenirs, mémoire affective plus prégnante que la mémoire des faits et des événements. La postérité de La Jetée est énorme — de son remake officiel par Terry Gilliam, L'Armée des 12 singes, à ses var

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Gravity

ECRANS | Alfonso Cuarón propulse le spectateur en apesanteur dans un espace hostile et angoissant pour une expérience cinématographique hors du commun qui est aussi une réflexion humaniste sur l’idée de renaissance. Rien moins qu’une date dans l’histoire du cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 27 septembre 2013

Gravity

Un carton en préambule nous annonce froidement que dans l’espace, il n’y a ni lumière, ni son, ni oxygène et par conséquent aucune chance de survie pour un être humain. Puis un long panoramique majestueux, intensifié par la 3D, survole la Terre vue depuis le télescope Hubble en cours de réparation par une équipe de scientifiques. Parmi eux, Matt Kowalsky, un vieux briscard qui effectue sa dernière sortie spatiale (George Clooney, plus Clooney que jamais) et Ryan Stone qui, à l’inverse, passe pour la première fois du laboratoire au vide intersidéral (Sandra Bullock, absolument géniale dans ce qui est sans doute le meilleur rôle de sa carrière). Le dialogue, remarquablement écrit, croise conversation anodine, plaisanterie potache et interaction avec la NASA, qui finit par demander en urgence l’annulation de la mission ; les débris d’une station orbitale foncent directement vers les astronautes. Il faut préciser que tout cela se déroule en temps réel et en un seul plan, avec une caméra qui semble elle aussi en apesanteur, créant un hyperréalisme jamais vu sur un écran. Dans Les Fils de l’homme déjà, Alfonso Cuarón cherchait à atteindre ce degré d’immersion.

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Gravité sur la rentrée ciné

ECRANS | Après un été en demi-teinte, les quatre prochains mois devraient confirmer le cru exceptionnel de cette année 2013. Avec les locomotives cannoises et une pléiade d’auteurs dont on trépigne de découvrir les nouveaux opus, la rentrée est en effet salement musclée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 30 août 2013

Gravité sur la rentrée ciné

Après le marteau-piqueur estival qui faisait résonner semaine après semaine le même air connu fait de blockbusters, d’animation pour gamins décérébrés, de films d’auteur qu’on ne savait pas où mettre ailleurs et de comédies françaises dont tout le monde se fout, le cinéma reprend ses droits comme à chaque rentrée, avec des œuvres plus audacieuses et moins routinières. C’est évidemment le cas des deux gagnants du dernier Cannes, en l’occurrence La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche (9 octobre) et Inside Llewin Davis des frères Coen (6 novembre). Rien de commun toutefois entre le roman naturaliste sur les amours adolescentes déployé magistralement, trois heures durant, par Kechiche, et le vagabondage d’un folkeux dépressif et poissard dans l’Amérique des années 60 raconté en mode faussement mineur et vraiment métaphysique par les Coen. Rien, sinon une envie de pousser les murs du cinéma, en faisant imploser les limites de la durée d’un côté, et celles des structures scénaristiques de l’autre. En cela, ce sont les deux grands films insoumis de cette rentrée. On espère pouvoir y adjoindre en cours de route le nouveau Bong Jo

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Paradis : Amour

ECRANS | D’Ulrich Seidl (Aut, 2h) avec Margarete Tiesel, Peter Kazungu…

Christophe Chabert | Mardi 8 janvier 2013

Paradis : Amour

Le hasard a voulu que deux cinéastes autrichiens intitulent leur film de la même manière : Michael Haneke et Ulrich Seidl — le «Paradis» est en fait le titre d’une trilogie dont le prochain volet s’appellera Foi et sortira en mars. Ceci étant, là où Haneke prend ce sentiment au premier degré, Seidl se situe immédiatement dans l’ironie : ici, l’amour, c’est celui que prodiguent contre rémunération des Kenyans à de vieilles autrichiennes venues faire du tourisme sexuel. L’une d’entre elle, plus naïve et moins cynique, espère trouver un amant désintéressé, mais elle ne tombe que sur des escrocs plus rusés que la moyenne. Seidl se moque de son héroïne et de ses compatriotes, moches, stupides, racistes, jusqu’à cette scène authentiquement pornographique où elles tentent de faire bander un gigolo black dans leur chambre d’hôtel. Mais il ne suffit pas de dénoncer le racisme pour ne pas tomber dedans : les Kenyans sont aussi observés avec une distanciation glaciale qui les transforme en clichés — fourbes, fainéants, cupides. En fait, ce n’est que la conséquence d’une misanthropie détestable qui s’affichait au grand jour dès le générique, où Seidl fixait sa caméra sur l

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Les Bêtes du sud sauvage

ECRANS | Auréolé de prix dans tous les festivals, de Sundance à Deauville en passant par Cannes, le premier film de Benh Zeitlin raconte, au croisement de la fiction ethnographique et du conte fantastique, une bouleversante histoire d’enfance et de survie. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 29 novembre 2012

Les Bêtes du sud sauvage

Il était une fois une petite fille qui s’appelait Hushpuppy et qui vivait avec son père dans le bayou en Louisiane, sur une île marécageuse que ses habitants avaient baptisée «le bassin». Ce "Il était une fois" colle parfaitement aux Bêtes du sud sauvage : il dit à la fois sa force de témoignage quasi-documentaire et sa nature de conte pour enfants. Autant dire que Benh Zeitlin convoque des puissances contradictoires pour créer la souveraine harmonie qui baigne son film : d’un côté, l’urgence d’enregistrer ce bout d’Amérique oubliée, bientôt englouti au sens propre comme au figuré, et de l’autre lui donner la fiction qu’elle mérite en l’inscrivant dans une vision cosmique. L’infiniment grand est en effet regardé depuis l’infiniment petit : à la hauteur d’une enfant de 6 ans (la surprenante Quvenzhané Wallis), qui livre ses pensées naïves mais pleines de bon sens sur les événements qu’elle traverse, matérialisant ses peurs à travers une menace sourde dont l’avancée vient régulièrement percer le récit d’une pointe de fantastique. Car si sa réalité est celle de la lente agonie de son père, de la quête de sa mère enfuie et d’une tempête qui fait vaciller les digues

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Au-delà des collines

ECRANS | Revenu de sa Palme d’or, Cristian Mungiu déçoit quelque peu en racontant longuement et très en détails le calvaire d’une jeune femme qui, par amour, se retrouve en proie au fanatisme religieux. Un film programmatique et dogmatique, sauvé par de beaux éclats de mise en scène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 novembre 2012

Au-delà des collines

On a pris pour règle de n’évoquer qu’allusivement la conclusion des films, et on s’y tiendra une fois de plus avec Au-delà des collines, ne serait-ce que pour laisser le lecteur faire l’expérience par lui-même : à partir de quand la devinera-t-il ? Et, du coup, à partir de quand subira-t-il le programme de Cristian Mungiu, sachant que celui-ci se déploie en 150 longues minutes qui, film roumain oblige, joue à fond la carte du plan séquence et du temps réel. On se souvient de l’émotion ressentie lors de la découverte de 4 mois, 3 semaines, 2 jours : Mungiu s’y montrait à la fois exigeant dans la forme et palpitant dans l’avancée de son récit, tendu comme un thriller ; Au-delà des collines cherche à réitérer l’exploit. Tout commence par les retrouvailles entre Alina et Voichita : une étreinte sur un quai de gare puis une brève séquence d’intimité topless, en disent long sur la relation amoureuse qui les unit. Alina est venue chercher Voichita pour l’emmener avec elle tenter sa chance en Allemagne. Mais Voichita a changé, et le monastère orthodoxe isolé où elle a trouvé refuge lui offre une possibilité de "rédemption". Obstination S’enga

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La Chasse

ECRANS | La calomnie d’une enfant provoque un déchaînement de violence sur un innocent assistant d’éducation. Comme un contrepoint de son tube «Festen», Thomas Vinterberg montre que la peur de la pédophilie est aussi inquiétante que la pédophilie elle-même, dans un film à thèse qui en a la qualité (efficace) et le défaut (manipulateur). Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 12 novembre 2012

La Chasse

On sort de La Chasse un peu sonné, pris comme le héros dans un engrenage asphyxiant où chaque tentative pour rétablir la vérité l’enfonce dans le désespoir et renforce l’injustice à son encontre. Thomas Vinterberg a de toute évidence réussi son coup : il laisse peu de place à la réflexion durant ces 110 minutes — jusqu’à la fin «ouverte» narrativement, mais totalement close philosophiquement. Les interrogations viendront après, une fois la distance retrouvée avec un spectacle efficace mais fondamentalement pipé. La Chasse raconte comment Lucas, assistant d’éducation en bisbille avec sa femme pour la garde de son fils, va voir le ciel lui tomber sur la tête après qu’une des petites filles de l’école où il travaille l’ait accusé de «lui avoir montré son zizi». L’enfant a en fait une réaction d’amoureuse déçue face à un homme qu’elle avait identifié comme un possible père de substitution, lui prodiguant l’affection que son vrai paternel ne lui témoignait plus. La calomnie va prendre des proportions terribles : directrice, professeurs, parents, voisins vont prendre fait et cause pour la gamine et harceler le pauvre Lucas. Chantage à l’émotion

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«Mes films parlent de la fragilité humaine»

ECRANS | Entretien avec Thomas Vinterberg, réalisateur de "La Chasse". Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 12 novembre 2012

«Mes films parlent de la fragilité humaine»

Partez-vous toujours d’un sujet pour vos films et, dans le cas de La Chasse, s’agissait-il de la sacralisation de la parole de l’enfant ?Thomas Vinterberg : Mes films viennent d’endroits très variés, mais toujours de quelque chose qui relève de la fragilité humaine. Mon prochain film parlera du rejet d’une femme vieillissante, à cause de sa chair. Festen parlait d’un secret profondément enfoui chez un personnage. Dans La Chasse, j’étais intéressé à la fois par l’enfant et par l’homme en tant que victimes. Il y a entre eux une amitié très forte, presque une histoire d’amour. C’est un très bon couple, tous les deux rejetés par leur famille et c’est pour cela qu’ils se comprennent si bien. Pas sur un plan sexuel, évidemment… Dans le cas de la petite fille, à cause d’un mensonge, tout son monde s’écroule autour d’elle, ce qui est très touchant. Quant à l’histoire de Lucas, elle m’intéresse car il est sacrifié sur l’autel du besoin qu’ont les gens d’incarner leurs peurs à travers un bouc émissaire. Dans les cas réels que j’ai étudiés, les petites filles avaient grandi avec une mère qui pleure et un père violent qui le

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Nous York

ECRANS | De Géraldine Nakache et Hervé Mimran (Fr, 1h45) avec Géraldine Nakache, Leïla Bekhti, Manu Payet, Baptiste Lecaplain…

Christophe Chabert | Mardi 6 novembre 2012

Nous York

Après l’excellente surprise que constituait Tout ce qui brille, le tandem Nakache/Mimran a visiblement cherché à reproduire ce qui en avait fait le succès : Nous York interroge à nouveau l’amitié à l’épreuve de la maturité et tente de faire le portrait générationnel d’une jeunesse moyenne grandie dans les quartiers, le tout délocalisé du centre de Paris à New York. Mais cette fois-ci, rien ne marche. La personnalité des trois compères (Payet, Boussandel et Lecaplain, tous trois très biens, surtout le dernier) n’est pas assez affirmée, les gimmicks de dialogue («To the…») ont l’air forcés, et certains enjeux sont carrément flous : rien n’explique pourquoi Bekhti et Nakache se tirent la gueule au début ; du coup, on ne pige jamais vraiment pourquoi elles se réconcilient ensuite. Le film oscille ainsi entre un sous-régime scénaristique où tout semble flotter à la surface du récit et un sur-régime déjà observé dans le dernier acte de Tout ce qui brille. Un exemple, frappant : quand Mimran et Nakache veulent illustrer un thème, il faut que tous les personnages s’y soumettent en même temps, comme lors de cette scène particulièrement lourde où ils règlent cha

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Un réel en jeux

ECRANS | Le mois d’octobre cinématographique sera placé sous le signe de la frontière brouillée entre le réel et sa représentation, de Ozon aux Taviani en passant par Garrone et le nouveau venu Juan Carlos Medina. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 28 septembre 2012

Un réel en jeux

Une semaine avant la Palme d’or cannoise, l’Ours d’or berlinois sortira lui aussi en salles, avec moins de tintouin. Dommage, car non seulement César doit mourir (17 octobre) marque la renaissance des vénérables frères Taviani, mais il est le plus beau résumé de la question qui traverse les films de ce mois d’octobre : comment l’art peut transcender l’étroitesse du réel. César doit mourir raconte la création par les détenus d’une prison de haute sécurité du Jules César de Shakespeare ; le film débute par la représentation (en couleurs), puis revient en arrière (et en noir et blanc) sur les auditions et les répétitions. Choc d’abord en découvrant le talent fulgurant de ces "acteurs", pour la plupart condamnés à de lourdes peines. Puis fascination lorsque les Taviani, dans un geste fort, mêlent le texte shakespearien au quotidien des prisonniers, si bien que l’on ne sait plus ce qui appartient à l’un ou à l’autre. Un autre cinéaste italien s’interroge sur la réalité et la fiction, Matteo Garrone, jusqu’à en faire le titre de son film : Reality (3 octobre). Il organise le combat entre le cinéma d’un côté

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Amour

ECRANS | Nouveau sommet dans l’œuvre de Michael Haneke, le crépuscule d’un couple comme une ultime épreuve de leur amour face à la maladie. Sublime, grâce à une mise en scène à la bonne distance et deux comédiens admirables. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 27 septembre 2012

Amour

C’est un petit-déjeuner comme les autres pour Georges et Anne (Trintignant et Riva, vraiment bouleversants), octogénaires, mariés depuis des lustres mais toujours amoureux. Sauf que, soudain, Anne ne bouge plus, comme absente à elle-même. Georges tente de la sortir de cette léthargie, rien n’y fait. Tout aussi soudainement, elle revient à elle, comme si ce long blanc n’avait pas existé. C’est le premier signe de la maladie qui va peu à peu lui faire perdre son autonomie physique, puis l’usage du langage, «et la suite, on la connaît» comme dit Georges à sa fille, bourgeoise agaçante de commisération. Mais la scène elle-même pourrait être celle d’un film fantastique. Avec Amour, Michael Haneke démontre à nouveau à quel point il sait faire surgir cette angoisse à l’intérieur du quotidien : une serrure fracturée, un pigeon qui s’introduit dans l’appartement, un cauchemar où Georges est attaqué par un individu masqué qui l’étouffe… Dans ce huis clos asphyxiant dont l’issue est annoncée dès le prologue, l’inquiétude est là, palpable dans la chair des plans subtilement éclairés par l’immense Darius Khondji. Alors, s’il n’y a pas d’alternative à la mort qui rode, y a-t-il encor

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The We and the I

ECRANS | De Michel Gondry (ÉU, 1h43) avec Michael Brodie, Teresa Lynn…

Christophe Chabert | Vendredi 7 septembre 2012

The We and the I

Au dernier festival de Cannes, les cinéastes faisaient entrer le monde derrière les vitres fumées de limousines blanches, soulignant la solitude de l’humain face à une technologie omniprésente. Michel Gondry prend tout cela à revers avec The We and the I : c’est dans un antique bus de Brooklyn qu’il réunit un groupe d’adolescents et les regarde passer du collectif (le «Nous») à l’individualité (le «Je»). Ça ressemble à un défi (et il y en a un autre : tous les comédiens sont de jeunes amateurs), mais le film n’a rien d’un exercice de style et s’inscrit dans la veine la plus attachante de Gondry, celle de Block party et de Soyez sympas, rembobinez : un cinéma de proximité ou de quartier réellement humaniste qui interroge la nécessité du lien social. Avec beaucoup de malice, Gondry part du cliché (les «bullies» au fond du bus qui foutent le dawa, les meufs qui se débattent avec leur problème de look et de mecs) puis le démonte en recentrant sur quelques personnages plus complexes, révélant mal de vivre, angoisses et aspirations. La comédie glisse vers le drame et la mise en scène du hip-hop vers la soul, avec un peu de surplace

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Wrong

ECRANS | Quentin Dupieux a de la suite dans les idées : après Steak et Rubber, Wrong poursuit son exploration d’un univers absurde dont il invente, avec le plus grand sérieux, les règles délirantes, tout en creusant une vraie vision du monde moderne. Et s’il était un de nos meilleurs cinéastes ? Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 3 septembre 2012

Wrong

Au début de Wrong, il y a un camion qui brûle et un pompier qui défèque au milieu de la chaussée. Une scène plus loin, un réveil passe de 6h59 à 6h60. Plus loin encore, un palmier se transforme en sapin. Et, entre autres situations défiant la logique, un jardinier revient d’entre les morts, il pleut à torrent à l’intérieur d’un bureau mais il fait soleil à l’extérieur… On se souvient qu’au début de Rubber, le précédent film de Quentin Dupieux, un flic se plantait face caméra pour expliquer que le cinéma était truffé de «no reason», ces moments où le spectateur doit mettre de côté la crédibilité des choses et accepter sans se poser de questions de se laisser raconter une histoire improbable. Mise en pratique avec l’odyssée de Robert, un pneu tueur télépathe et amoureux ; mais Rubber était aussi marqué par de fréquents retours à la «réalité» où des spectateurs commentaient l’action avant de mourir empoisonnés. Wrong n’a pas besoin de cette béquille un peu maladroite et, en cela, marque un pas de géant dans la carrière, courte mais déjà passionnante, de Dupieux : il suit la quête éperdue de Dolph (Jack Plotnick, parfait en dépres

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