Les films de l'automne 2016 : Comme un (faux) air de déjà-vu

Un semestre en salles | Un Harry Potter, un Star Wars, un Marvel, un Loach Palme d’Or… Non non, nous ne sommes pas victimes d’un sortilège nous faisant revivre en boucle la dernière décennie. Regardez d’un peu plus près : c’est dans les détails que se nichent les nuances…

François Cau | Jeudi 1 septembre 2016

Après un gros premier semestre dévolu aux blockbusters, la fin de l'année accueille traditionnellement le cinéma d'auteur — exception faite des incontournables marteaux-pilons de Thanksgiving et Noël, conçus pour vider une bonne fois pour toutes les goussets des familles. Les candidats 2016 sont, dans l'ordre, Les Animaux fantastiques de David Yates (16 novembre), spin off de la franchise Harry Potter et Rogue One : A Star Wars Story de Gareth Edwards (14 décembre). Qui de Warner ou Disney l'emportera ? Un peu avant (26 octobre), Benedict Cumberbatch tentera de déployer la bannière Marvel dans le film de Scott Derrickson, Doctor Strange — un second couteau parmi les superhéros. Cette impression d'avoir à faire des versions alternatives ou dégraissées de vieilles connaissances se retrouve aussi chez Tim Burton qui signe avec Miss Peregrine et les enfants particuliers (5 octobre) un nouveau conte fantastique sans Helena Bonham Carter, ni Johnny Depp, ni son compositeur fétiche Danny Elfman ! Au moins, on peut espérer un souffle de fraîcheur…

À vitesse de Croisette…

En fait, les mois à venir seront surtout rythmés par la progressive divulgation du palmarès cannois dont l'intégralité demeure, fait rare, toujours inédite. Il faudra cependant encore patienter pour la nouvelle Palme d'Or attribuée à Ken Loach et son admirable Moi, Daniel Blake (26 octobre). Un cri de détresse et de solidarité en direction de la classe laborieuse laminée d'abord par le libéralisme thatchérien, puis par l'humiliante bureaucratie britannique, dont on aimerait surtout qu'il puisse secouer quelques consciences confites dans la graisse de leur privilèges outre-Manche. D'ici là, vous aurez droit au Grand Prix concédé à Xavier Dolan pour son adaptation “All Star Game” de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du Monde (21 septembre). Les Prix d'interprétation masculine et féminine sortiront respectivement plus tard : Le Client d'Asghar Farhadi, également Prix du scénario (9 novembre) et Ma' Rosa de Brillante Mendoza (30 novembre). On est très curieux de découvrir Baccalauréat (7 décembre) un conte moral ayant valu à Cristian Mungiu l'un des deux Prix de la mise en scène ; en revanche, n'y a pas grand chose à attendre de Personal Shopper (14 décembre), son (incompréhensible) ex-æquo, un exsangue film de spectre et une morne prolongation du ticket de l'indolente Kristen Stewart dans l'univers d'Assayas. Quant au Prix du Jury, American Honey de l'Anglaise Andrea Arnold, il n'est pour l'instant pas daté…

Reprenons un peu d'auteur

Reparti bredouille, Aquarius de Delbert Mendonça Filho (28 septembre) mérite d'emporter les faveurs du public. Dans ce combat du pot de terre contre le pot de fer, l'ancienne femme-araignée de Babenco fait face avec détermination à un jeune promoteur aux dents longues et aux manœuvres déloyales. Davantage qu'une histoire de propriété immobilière, c'est tout à la fois un western, une fable morale, un conte philosophique aux accents melvilliens et une réflexion sur le temps. Et puis il faut se préparer à un choc merveilleux : le formidable et déjà multi-primé Ma vie de courgette, de Claude Barras (19 octobre), un film d'animation en stop-motion bouleversant parlant avec simplicité de l'enfance en difficulté. Entièrement tourné à Villeurbanne sur un scénario de Céline Sciamma, il sera le futur représentant de la Suisse dans la course aux Oscars. Restons en famille avec le Captain Fantastic campé par Viggo Mortensen à la tête de sa smala contestataire dans un surprenant road movie alternatif de Matt Ross contournant moult lieux communs (12 octobre).

Le fond de l'air est trouble

Ken Loach ne sera pas le seul à serrer les poings : avec Snowden, Oliver Stone revient à la vie artistique et combative en retraçant le parcours du lanceur d'alertes homonyme, ayant dénoncé l'intrusion des agences d'État dans la sphère privée — favorisée par les poids lourds de la net-économie. Un épatant Joseph Gordon-Levitt incarne l'informaticien dans ce film au poids politique d'autant plus marqué que sa sortie coïncidera avec les élections étasuniennes (2 novembre). Eu égard à leur carrière, on passera sous silence La Fille inconnue des Dardenne (12 octobre), fable effectivement dramatique sur la responsabilité individuelle n'ajoutant rien à leur gloire, pas plus qu'à celle d'Adèle Haenel ou de Jérémy Rénier. On recommande plutôt Trashed de Candida Brady (16 novembre). Un documentaire sainement alarmiste et édifiant mené par par Jeremy Irons qui s'intéresse à une espèce d'ordure : l'omniprésent plastique lequel, justement, empoisonne les nôtres et finit par contaminer tout le vivant. Plus de pertinence et moins d'angélisme niais sur le sujet : il était temps !

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"Les Animaux fantastiques : Les Crimes de Grindelwald" : Bien cuites, les baguettes

Poudre de perlimpinpin | de David Yates (G.-B.-É.-U., 2h14) avec Eddie Redmayne, Katherine Waterston, Dan Fogler…

Vincent Raymond | Mercredi 14 novembre 2018

1927. Le sournois Grindelwald s’évade durant son transfert, affolant toutes les polices magiques du globe. Dumbledore expédie en secret Norbert Dragonneau sur ses traces, à Paris. Mais le collectionneur d’animaux fantastiques étant assigné à territoire britannique, il lui faut donc ruser… Désormais recyclée scénariste et productrice de ce cycle spin-off de Harry Potter, J. K. Rowling ne risque-t-elle pas, à force de tirer sur sa corde, de griller son aura auprès de ses plus fidèles fanatiques ? Oh, l’autrice dispose d’un confortable capital sympathie, et beaucoup de dragées surprises de Bertie Crochue seront avalées avant que ses émules ne commencent à douter de son infaillibilité, à renoncer à leur vénération pour ce gourou au sourire si doux. Prendre un tant soit peu de recul permet pourtant de constater la platitude paresseuse de cet épisode, qui pourrait tenir en deux formules de première année à Poudlard : Dillutio salsa (on rallonge la sauce) et Revelatio caudalix (on balance un vieux cliffhanger à la fin, histoire d’inciter à venir voir le proch

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Cristian Mungiu : « Parfois, il faut aller au-delà de la vingt-cinquième prise »

3 questions à... | Découvert et palmé à Cannes avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours (2007), le cinéaste roumain poursuit sa route avec une minutieuse exigence, en conjuguant lucidité et bienveillance — pour ses personnages comme ses comédiens. En témoigne Baccalauréat.

Vincent Raymond | Jeudi 8 décembre 2016

Cristian Mungiu : « Parfois, il faut aller au-delà de la vingt-cinquième prise »

Votre personnage Romeo n’habite nulle part : ni chez lui, ni chez sa maîtresse, ni chez sa mère. Il est presque un sans domicile fixe… Cristian Mungiu : C’est quelqu’un qui cherche des solutions ; il se trouve dans un moment de la vie où il a davantage de doutes que de réponses : il part d’un canapé, il finit sur un autre canapé… Je voulais faire le portrait de quelqu’un qui se sent coupable, que le spectateur comprenne ce qu’il ressent. Dans un film, c’est compliqué de parvenir à cela ; encore plus lorsqu’il est tourné en plan-séquence. J’espère que l’on partage cette angoisse de Romeo qui, parce qu’il mène une double vie, a toujours l’impression que quelqu’un le suit. Pourquoi êtes-vous autant attaché au plan-séquence ? C’est ma philosophie. Lorsqu’on utilise le montage, ce n’est pas compliqué de faire du cinéma. Mais si l’on crée des scènes de 4, 5, 6 ou 8 minutes comme je le fais en plan-séquence, alors il faut être précis, comme un chorégraphe dans un spectacle. J’essaie de respecter des continuités de temps pour avoir la vraie vie sur l’écran. Ensuite, je répète beaucoup, car c’est dans le tournage que se fait le fi

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Baccalauréat : Les meilleures intentions, avec mention

ECRANS | Un médecin agit en coulisses pour garantir le succès de sa fille à un examen, au risque de renier son éthique. Entre thriller et conte moral, Mungiu signe une implacable chronique de la classe d’âge ayant rebâti la Roumanie post-Ceaușescu — la sienne. Lucide et captivant.

Vincent Raymond | Jeudi 8 décembre 2016

Baccalauréat : Les meilleures intentions, avec mention

Que reste-t-il en Roumanie quand on a tout oublié du communisme ? Son administration procédurière, ainsi que ses passe-droits, ses renvois d’ascenseurs, ses faveurs… Une source inépuisable d’inspiration pour les cinéastes du cru : après Porumbiu (Policier : Adjectif, Le Trésor) ou Muntean (L’Étage du dessous), voici que Cristian Mungiu s’en empare. Pas pour une simple histoire de corruption ou de prévarication — car le héros, Romeo, demeure en dépit de ses travers conjugaux, un honnête homme — mais bien pire : l’autopsie d’un renoncement personnel ; d’un sabordage moral symbole d’un échec collectif. L’échec d’une génération d’idéalistes, jadis désireux de reconstruire sur des bases saines leur pays s’ouvrant au monde, mais qui peu à peu se sont transformés en petits notables désabusés. Alors, quitte à faire le deuil de leurs espérances, ils peuvent bien enterrer simultanément leur intégrité. Responsable mais pas coupable Si Romeo vacille en cherchant à transgresser les règles, c’est pour réparer une cascade d’“injustices originelles” : l’agression de sa fille sur le point de passer son examen, l’absence de

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Décembre : Un Noël plein d’esprit(s)

Panorama ciné | Scrooge n’est pas le seul à voir apparaître des fantômes au moment de Noël : les écrans de cinéma, pourtant habitués aux figures spectrales, connaissent en cette fin d’année un surprenant déferlement de films hantés par des défunts ou des esprits. Drôles de cadeaux !

Vincent Raymond | Mercredi 30 novembre 2016

Décembre : Un Noël plein d’esprit(s)

Non, n’insistez pas, nous ne dirons rien (pour le moment) du spin-off de Star Wars, Rogue One ; pas un mot non plus d’Assassin’s Creed. Mais que ces hauts sapins ne cachent pas la forêt de décembre… qui compte quelques arbres malades — tel Personal Shopper (14 décembre). Aberrant Prix de la mise en scène à Cannes, cette pseudo histoire de spectre est surtout une inutile prolongation du ticket de Kristen Stewart chez Assayas. S’il tenait à satisfaire une envie de la suivre en scooter dans les rues Paris, le réalisateur pouvait se faire paparazzi, au lieu de tourner cette farce insipide ne racontant rien et ne prenant même pas la peine de tenter l’exercice de style fantastique. Peut-être a-t-il tenté de concurrencer son maître Hou Hsiao-hsien sur le terrain de la vacuité stérile ? Dans Sex Doll (7 décembre), Sylvie Verheyde a, quant à elle, jeté son dévolu sur une incarnation d'escort girl travaillant à Londres et décrit, comme elle en a l’habitude, une faune populo-marginale entre chien et loup. Deux obstacles majeurs : c’est invariablement

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Ces Stéphanois pré-sélectionnés pour les Oscars

GUIDE URBAIN | Ils ont connu un succès fulgurant avec Ma vie de Courgette, un film d'animation prix du public au Festival international du film d'animation d'Annecy projeté lors de la quinzaine des réalisateurs à Cannes. Ils reviennent avec un nouveau projet de court-métrage préparé à Saint-Étienne.

Sylvain Thizy | Lundi 28 novembre 2016

Ces Stéphanois pré-sélectionnés pour les Oscars

Dans les ateliers de Black System rue Antoine Durafour à Saint-Étienne, c'est la fête ce jeudi soir. On célèbre la fin d'un travail qui aura duré trois mois. Depuis septembre, une partie de l'équipe technique de Ma vie de Courgette prépare dans ces ateliers les décors de son nouveau court-métrage. Son nom : La Femme Canon. « Ce sera une histoire d'amour mais une histoire d'amour qui finit bien, une métaphore poétique de la vie de couple » raconte entre deux décors David Toutevoix, le directeur photo de Ma vie de Courgette devenu co-réalisateur dans ce nouveau projet. « La moitié du film est faite ici à Saint-Etienne : on a construit des roulottes, des maisons, du mobilier, une église ». Une quinzaine de décors en tout à l'échelle des personnages qui seront animés. Une attention toute particulière a été portée aux couleurs : la co-réalisatrice Albertine Zullo est illustratrice, c'est elle qui a dessiné les décors et accessoires du film. 10 secondes par jour

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Abracadabra à l'Alhambra

ECRANS | À l'occasion de la sortie du film Les Animaux Fantastiques, le cinéma L'Alhambra propose une soirée spéciale. Demain 15 novembre, à partir de 19h, le cinéma se (...)

Nicolas Bros | Lundi 14 novembre 2016

Abracadabra à l'Alhambra

À l'occasion de la sortie du film Les Animaux Fantastiques, le cinéma L'Alhambra propose une soirée spéciale. Demain 15 novembre, à partir de 19h, le cinéma se mettra au diapason de la préquelle de la saga Harry Potter. Au programme : stands de jeux, de divination, de magie, dégustations de dragées de Bertie Crochue, maquillages fantastiques... avant un spectacle du magicien Jan Madd du Théâtre Métamorphosis, puis la projection du film en 3D en avant-première. Une soirée événement qui confirme la volonté de la nouvelle direction de l'établissement de redonner des couleurs à sa programmation

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Ken Loach : « Rien ne changera tant qu’on n’aura pas changé le modèle économique »

Entretien | Force tranquille toujours aussi déterminée, Ken Loach s’attaque à la tyrannie inhumaine des Job Center, vitupère les Conservateurs qui l’ont organisée… et cite Lénine pour l’analyser. Ouf, les honneurs ne l’ont pas changé !

Vincent Raymond | Mercredi 19 octobre 2016

Ken Loach : « Rien ne changera tant qu’on n’aura pas changé le modèle économique »

Comment ce nouveau film est-il né ? Ken Loach : Quand Paul Laverty, le scénariste, et moi, avons commencé à échanger les histoires que nous entendions autour de nous, lui en Écosse et moi en Angleterre — entre deux réflexions sur les scores de foot. Des histoires de personnes piégées dans cette bureaucratie d’État, et qui deviennent de plus en plus extrêmes. Je pourrais vous donner des tonnes d’exemples, comme cet homme qui avait téléphoné au Job Center — le Pôle Emploi britannique — pour prévenir qu’il ne pourrait pas honorer un rendez-vous car il assistait aux funérailles de son père. Il est allé à l’enterrement… et on lui arrêté ses allocations ! Durant nos recherches, on a traversé le pays, et on en a entendu plein d’autres identiques. Alors on s’est dit qu’on devrait en raconter une, pour essayer de faire comprendre aux gens ce qu’ils endurent. Paul a écrit les deux personnages principaux de Dan et Katie et voilà, c’était parti. Pourquoi l’avoir situé à Newcastle ? C’était une ville que l’on n’avait pas encore filmée, elle est la plus au nord de toutes les grandes villes britanniques. L’industrie minière et la const

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"Ma vie de courgette" : gratin d’amour sauce résilience

ECRANS | Avec ce portrait d’une marmaille cabossée par la vie retrouvant foi en elle-même et en son avenir, Claude Barras se risque sur des sentiers très escarpés qu’il parcourt avec une délicatesse infinie. Un premier long métrage d’animation en stop motion vif et lumineux ; un chef-d’œuvre. VINCENT RAYMOND

Vincent Raymond | Mercredi 5 octobre 2016

Que vous soyez un enfant de 5 ou de 105 ans, accordez sans tarder un peu plus d’une heure de votre vie à cette grande œuvre ; elle vous ouvrira davantage que des perspectives : des mondes nouveaux. Ma vie de courgette est de ces miracles qui redonnent confiance dans le cinéma, qui prouvent sans conteste que tout sujet, y compris le plus sensible, est susceptible d’être présenté à un jeune public, sans qu’il faille abêtir les mots ni affadir le propos. “Tout est affaire de décor” écrivait Aragon en d’autres circonstances, ce film l’illustre en traitant successivement d’abandon, d’alcoolisme et de mort parentales, des maltraitances enfantines, d’énurésie d’éveil à l’amour et à la sexualité… un catalogue de tabous à faire pâlir le moindre professionnel de l’enfance. Des thématiques lourdes, donc, attaquées de front sans ingénuité falote ni brutalité, amenées par le fil éraillé de l’existence des petits héros du film : Courgette et ses amis vivent dans un foyer, où ils tentent de guérir de leurs traumatismes passés. Où on les entoure de l’amour et l’attention dont ils ont été frustrés. Voilà pour le premier décor.

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"Moi, Daniel Blake", une couronne pour le Royaume des démunis

ECRANS | Lorsque un État fait des économies en étouffant les plus démunis, ceux-ci s’unissent pour survivre en palliant sa criminelle négligence. Telle pourrait être la morale de cette nouvelle fable dramatique emplie de réalisme et d’espérance, qui vaut à Ken Loach sa seconde — méritée — Palme d’Or.

Vincent Raymond | Mercredi 5 octobre 2016

Avec sa bouille de Michel Bouquet novocastrien, Daniel Blake a tout du brave type. En arrêt maladie après un accident cardiaque, il doit sacrifier aux interrogatoires infantilisants et formatés de l’Administration, menés par des prestataires incompétents — l’État ayant libéralisé les services sociaux —, pour pouvoir reprendre son boulot ou bénéficier une allocation. Assistant à la détresse de Katie, mère de famille paumée rabrouée par une bureaucrate perversement tatillonne, Daniel s’attache à elle et l’épaule dans sa galère, cependant que son cas ne s’améliore pas Tout épouvantable qu’il soit dans ce qu’il dévoile de la situation sociale calamiteuse des plus démunis au Royaume-Uni (merci à l’administration Cameron pour ses récentes mesures en leur défaveur), Moi, Daniel Blake se distingue par sa formidable énergie revendicative positive, en montrant que les “assistés” n’ont rien de ces profiteurs cynique mis à l’index et enfoncés par les Tories. Ils font preuve d’une admirable dignité face à l’incurie volontaire de l’État, refusant le piège de la haine envers le plus faibles qu’eux — le facile pis-aller de la discrimination à

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Octobre ou La vie aquatique

Panorama ciné | Pas plus pour le calendrier républicain (où il correspond à vendémiaire et brumaire) que pour le zodiaque (l’associant à la balance et au scorpion), octobre n’est en théorie un mois d’eau. Dans les salles de cinéma en revanche, il semble cette année présenter une étrange affinité pour ce précieux liquide…

Vincent Raymond | Mercredi 5 octobre 2016

Octobre ou La vie aquatique

Les distributeurs auraient-il une idée derrière la tête en programmant autant de films ayant en commun l’eau sous toutes ses formes ? Espèreraient-ils peser sur les conditions climatiques en provoquant par capillarité une météo calamiteuse — laquelle aurait pour conséquence de pousser les spectateurs dans les salles ? Hypothèse saugrenue ? On a vu tellement de stratégies au doigt mouillé que plus rien ne saurait nous étonner… Les semaines venant de s’écouler ont été inondées de réclames vantant le nouveau Jérôme Salle, L’Odyssée (12 octobre), un biopic retraçant les vies du Commandant Cousteau. Faussement âpre pour ne pas donner l’impression d’une lisse complaisance — eu égard à la personnalité… complexe du bonhomme —, ce livre de belles images aux nombreuses pages arrachées (les ellipses, c’est si pratique) semble avoir été mis à l’eau pour que le dessous de nez de Lambert Wilson ne voie pas filer un énième César. Plutôt que cette hagiographie de “Captain Planet“, on recommandera d’aller découvrir le même jour Captain Fantastic de Matt Ross, où Viggo Mortensen campe un chef de famille survivaliste plus attaché que Co

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"Juste la fin du monde" : Dolan au début d’un nouveau cycle ?

ECRANS | Ébauche de renouveau pour Xavier Dolan qui adapte ici une pièce de Lagarce, où un homme vient annoncer son trépas prochain à sa famille dysfonctionnelle qu’il a fuie depuis une décennie. Du maniérisme en sourdine et une découverte : Marion Cotillard, en comédienne.

Nicolas Bros | Mercredi 21 septembre 2016

La parentèle recuite dans sa rancœur d’un côté ; de l’autre le fils prodigue… C’est une bien belle collection de menteurs et de névrosés qui défile. De lâches, aussi. Ensemble ou séparément, ils ne parviennent pas à extérioriser ni leur amour, ni leur haine. Dans la présence des corps, c’est l’absence des mots qui les foudroie. La pièce de Lagarde dont Dolan s’est emparée est un de ces psychodrames familiaux à la Festen, où jamais les traumas originels n’arrivent à s’exprimer, ni les abcès à se vider. Personne n’a le luxe de respirer dans cette succession de têtes à têtes : à la canicule s’ajoute l’oppression de gros plans implacables entravant jusqu’au mouvement de la pensée. Comment peut-on être aussi seul en coexistant à plusieurs, aussi éloignés en ayant tant en commun ? Cotillard, épure et pure Avouons que l’on redoutait la surenchère de têtes d’affiches ; on la craignait comme un artifice obscène, un signe extérieur de richesse vulgaire, un mesquin coupe-file pour la Croisette… Oubliant qu’une réunion de comédiens de renom dans un quasi huis clos les condamne à se mesurer les uns aux autres ; accent

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Gaspard Ulliel : « La parole sert de fuite, tout est dans le non-dit »

Juste la fin du monde | Acteur discret et intérieur, Gaspard Ulliel incarne Louis, le pivot de Juste la fin du monde. Xavier Dolan et lui reviennent sur la genèse de ce film, ainsi que leur rapport à l’écriture de l’auteur, Jean-Luc Lagarce…

Vincent Raymond | Lundi 19 septembre 2016

Gaspard Ulliel : « La parole sert de fuite, tout est dans le non-dit »

Ce film marque-t-il, selon vous, un moment crucial dans votre carrière ? Xavier Dolan : Oui. Ce n’est pas un “entre-film” ; je ne l’ai pas fait envers ou en en attendant un autre. Les choses se prolongeaient sur la préparation de The Death and Live of John F. Donovan et moi, j’avais besoin de tourner, de raconter une histoire. Si on m’avait appelé pour me dire « on peut faire Donovan tout suite », j’aurais dit « trop tard, c’est celui-ci que je fais. » Quels rapports aviez-vous avec cette pièce de Lagarce et de manière plus générale, avec son théâtre ? X. D. : Un rapport un peu ignare. Je n’ai pas lu toute son œuvre et je n’ai jamais vu ses pièces jouées sur scène. Anne Dorval un jour m’a parlé d’une pièce que je devais absolument lire, qui lui avait été donnée de jouer, absolument inoubliable, « faite sur mesure pour moi » selon ses mots. J’ai ramené chez moi son grand cahier — son texte de théâtre, en fait — avec ses annotations en marge, les déplacements... J’ai commencé à lire la pièce et je n’ai pas été co

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Aquarius : Péril(s) en la demeure

ECRANS | Guerre d’usure entre l’ultime occupante d’un immeuble et un promoteur avide usant de manœuvres déloyales, le deuxième long métrage du Brésilien Kleber Mendonça Filho tient tout à la fois du western, de la fable morale, du conte philosophique melvillien et de la réflexion sur le temps. VINCENT RAYMOND

Vincent Raymond | Mardi 6 septembre 2016

Aquarius : Péril(s) en la demeure

Clara vit dans son petit immeuble en bord d’océan, l’Aquarius, depuis toujours. En apparence, tout le monde respecte cette ancienne critique musicale, cette brillante intellectuelle, mère de famille, elle a de surcroît survécu à la maladie. Les opinions à son encontre changent lorsqu’elle refuse une offre pour l’achat de son appartement : seule à résister à l’appât du gain, aux intimidations diverses du promoteur (et à ses manœuvres déloyales), elle essuie en sus l’hostilité des copropriétaires de l’Aquarius comme de ses enfants, favorables à la conclusion de la vente. Mais l’obstinée Clara est dans son bon droit… La Folle du logis Reparti bredouille de la Croisette, Aquarius mérite sa chance en salle. Ce combat du pot de terre contre le pot de fer est davantage qu’une chicanerie immobilière, même s’il corrobore incidemment les relations immorales entre le pouvoir (médias, religion, politique…) et les promoteurs — le Brésil est actuellement secoué par un gigantesque scandale de corruption dans lequel se retrouvent bien placées les omnipotentes entreprises de BTP du pays. Aquarius illustre surtout un très problématique (pour ne pas dire amb

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