"Amin" : Homme de passage

Portrait | Chronique de l’existence d’un travailleur sénégalais entre sa famille restée au pays et son parcours en France, Amin marque le retour d’un Philippe Faucon comme “dardennisé“ après le triomphe de Fatima dans une tranche de vie élargie à l’entourage de son personnage-titre. De l’humanisme à revendre.

Vincent Raymond | Mercredi 26 septembre 2018

Photo : ©Pyramide Distribution


Ouvrier du bâtiment en France, Amin rentre rarement au Sénégal pour voir sa famille. Vivant en foyer, son horizon se limite à ses voisins, partageant le même quotidien. Lors d'un chantier chez un particulier, Amin est entrepris par Gabrielle, la propriétaire des lieux. Une liaison commence.

Samia, Fatima, et maintenant Amin. Les titres de Philippe Faucon annoncent en toute transparence leur ambition programmatique : raconter des histoires à hauteur humaine. Ce qui peut sembler infime s'avère a contrario d'une insondable richesse, puisque ses films dévoilent des personnages-mondes en marge des récits communs, dont les existences sont autant dignes d'être contées que celles, au hasard, de profs neurasthéniques du XVe arrondissement parisien. De fait, Amin, mène plusieurs vies simultanées, entre le monde “d'ici“ (celui de l'expatriation par nécessité où il s'acquitte dans une discrétion prudente de ses tâches) et le “là-bas“, où ses salaires lui permettent d'être considéré comme un bienfaiteur. Une vie en yoyo, cyclique — le film s'ouvre et se clôt par une image quasi identique, insistant sur la répétitivité mécanique des choses — singulière et représentative de mille autres.

Amin, Abdelaziz, Gabrielle et les autres…

Tout à la fois individu à part entière et symbole, Amin est aussi un passeur dans le récit, “activant“ à chacune de ses rencontres d'autres existences, dont on suit par contiguïté les problématiques propres : la femme d'Amin se révoltant contre un beau-frère trop “protecteur” ; son collègue Abdelaziz condamné à une retraite dérisoire après une carrière au black, ou l'ex et la fille de Gabrielle, assumant mal cette relation socialement transgressive. Loin de faire catalogue ou millefeuille, cet éventail de situations densifie le réalisme, offrant à Amin ce qui manquait hélas à Samba de Nakache & Toledano.

On regrettera toutefois le choix de l'affiche focalisant l'attention (et l'attente du public) sur un seul épisode du film : la relation entre l'ouvrier noir et la femme blanche. Certes, elle constitue un moment fort, mais il serait trompeur d'y réduire Amin, qui n'est pas plus la réactualisation de Tous les autres s'appellent Ali de Fassbinder qu'un remake inversé du Romuald et Juliette de Coline Serreau ! Concession maladroite à la réclame permettant “d'exposer” la star Emmanuelle Devos, cette image-contresens simpliste est la seule fausse note dans la partition complexe de ce film-fable.

Amin de Philippe Faucon (Fr., 1h31) avec Moustapha Mbengue, Emmanuelle Devos, Fantine Harduin…


Amin

De Philippe Faucon

De Philippe Faucon

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Benjamin Epps, jeune roi du rap francophone

Rap | Il n’aime pas qu’on le caractérise ainsi. Pourtant, Benjamin Epps est bien une des révélations de la scène rap française cette année. Avec son côté très old (...)

Nicolas Bros | Mardi 7 septembre 2021

Benjamin Epps, jeune roi du rap francophone

Il n’aime pas qu’on le caractérise ainsi. Pourtant, Benjamin Epps est bien une des révélations de la scène rap française cette année. Avec son côté très old school, à la new-yorkaise, le rappeur originaire de Libreville (Gabon) apporte un souffle d’authenticité dans un style qui semblait en manquer. Provocant, balançant des punchlines décisives, du haut de ses 24 ans, Benjamin Epps fait beaucoup parler de lui. « Booba a sorti l'dernier album, ça y est maintenant, je peux prendre le trône » Voilà qui résume bien ses intentions qu’il viendra défendre pour une soirée où l’on retrouvera aussi les locaux The Architect et Befour. Benjamin Epps + Entourloop, vendredi 3 décembre au Château du Rozier (Feurs)

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Laurence Paris de retour dans la Loire

Nomination | Après plusieurs missions d’envergure dans le bassin de Bourg-en-Bresse (dont la direction du Musée du Revermont et la transformation de la cuivrerie de (...)

Niko Rodamel | Mardi 7 septembre 2021

Laurence Paris de retour dans la Loire

Après plusieurs missions d’envergure dans le bassin de Bourg-en-Bresse (dont la direction du Musée du Revermont et la transformation de la cuivrerie de Cerdon), Laurence Paris prenait le 22 juin dernier de nouvelles fonctions, au sein de l’agglomération Loire Forez. Précédemment chargée d’ingénierie culturelle pour le Département de l’Ain, elle succède à Benjamin Gurcel à la tête du Musée d’Allard de Montbrison, du Musée des Civilisations (Daniel Pouget) à Saint-Just Saint-Rambert ainsi que de l’écomusée d’Usson-en-Forez. D’origine stéphanoise, Laurence Paris avait commencé à travailler dans l’univers muséal dès 1993 au sein du Musée de la Mine, avant de passer deux années au Québec pour des recherches anthropologiques sur les Iroquoiens du Saint-Laurent. S’appuyant sur trois équipes indépendantes déjà très investies, la néo-Forézienne poursuivra plusieurs objectifs ambitieux : assurer la conservation des collections et poursuivre son inventaire (30000 objets au musée d’Allard et plus de 10000 au musée des civilisations), proposer un projet scientifique et culturel confortant l’identité et l’attractivité des différents sites. Un début de poste qui démarre sur les chapeaux de rou

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Celte-ci ou Celte-là

Festival Roches Celtiques | Le festival des Roches Celtiques est retour ce mois de juillet. Il a débuté hier en la cathédrale Saint-Charles de Saint-Etienne pour un concert inaugural (...)

Nicolas Bros | Jeudi 8 juillet 2021

Celte-ci ou Celte-là

Le festival des Roches Celtiques est retour ce mois de juillet. Il a débuté hier en la cathédrale Saint-Charles de Saint-Etienne pour un concert inaugural de Awen Celtic Voices. Ça se poursuit jusqu'au 11 juillet entre Rochetaillée et les Condamines avec des concerts de plusieurs formations marquantes de la scène de musique celtique comme les Toxic Frogs (samedi 10 juillet à 23h45 aux Condamines), le trio O'Dinkys et son folk irlandais qui fleure bon l'ambiance des pubs (jeudi 8 juillet à 19h30 à Rochetaillée) ou encore les envolées de claquettes de Celtic Ovation (vendredi 9 juillet à 20h30 à Rochetaillée et dimanche 11 à 17h30 aux Condamines). L'ensemble des concerts est gratuit, avec pass sanitaire demandé aux Condamines. Festival Roches Celtiques jusqu'au dimanche 11 juillet à Rochetaillée et aux Condamines Programmation complète à retrouver sur cette page.

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Oubliez Netflix et Amazon

ECRANS | Une nouvelle plateforme de streaming VOD va voir le jour le 19 juin et elle est Stéphanoise. Orientée vers les films indépendants (surtout courts métrages, séries et docus), SOFA Vod pourrait faire parler d’elle.

Nicolas Bros | Mercredi 9 juin 2021

Oubliez Netflix et Amazon

Voilà un projet stéphanois qui a de l’ambition en venant se positionner sur le marché très concurrentiel du streaming vidéo. SOFA Vod est une plateforme pensée par un quatuor qui compte bien parvenir à se tailler une place au soleil dans ce monde numérique sans merci. Si le grand public connaît forcément les mastodontes que sont Netflix ou Amazon Prime, il existe une multitude d’offres dans le secteur. Mais cette donnée n’a pas effrayé Maxime, Guillaume, Alexis et Kévin, qui ont décidé de se lancer dans le bain. « Nous étions tous les quatre des créateurs de contenus, explique Maxime Bonzi. Nous nous sommes vite rendus compte que le format de fiction n’était pas forcément le bienvenu sur YouTube, qui met plutôt en avant des vidéos face cam ou humoristiques. Il y a une centaine de courts-métrages qui sont publiés par jour sur Internet et cette offre est noyée dans la masse. Il existait donc une forte demande d’un service permettant de mettre en avant les œuvres de fiction. » Partant de ce constat, les quatre acolytes décident de créer leur structure en parallèle de leurs activités. Deux formules d’abonnement et une fonctionnalité inédite

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"Le Discours" de Laurent Tirard : Tu parles ? Tu parles !

ECRANS | C’est l’histoire d’un énième repas de famille auquel Adrien assiste alors que son esprit divague. Car la seule chose comptant pour lui à ce moment précis, (...)

Vincent Raymond | Mercredi 9 juin 2021

C’est l’histoire d’un énième repas de famille auquel Adrien assiste alors que son esprit divague. Car la seule chose comptant pour lui à ce moment précis, c’est que Sonia réponde à son SMS. Et voilà que son futur beau-frère lui demande de faire un discours pendant la noce… Le Discours n’est pas un film, c’est du cinéma. En tout cas, une de ces propositions cinématographiques, pour reprendre le mot de Godard, qui s’amusent avec les possibilités du médium ; qui considèrent le 7e art comme la somme, la résultante, l’aboutissement ou l’évolution des précédents et surtout ne se prennent pas au sérieux. Ce qui ne les empêche pas de triturer la structure avec intelligence pour fabriquer de l’espace avec des mots et du temps avec des images ; bref créer comme Resnais un spectacle ludique superposé à un film mental. Tirard réussit son adaptation de Fabcaro comme on transforme un essai au rugby : il transpose cette obsession anxiogène de la répétition traversant l’œuvre de l’auteur (et bédéiste) en l’accommodant de variations oulipiennes donnant à Benja

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Benjamin Lavernhe dans Le Discours : « J’aime bien causer… »

ECRANS | À l’écran, on l’a connu odieux (Le Sens de la fête), irrésistible de drôlerie (Mon inconnue), fuyant (Antoinette dans les Cévennes) mais à chaque fois impeccable. Benjamin Lavernhe — de la Comédie Française — poursuit sur sa lancée en tenant l’affiche (et le crachoir) du Discours, adaptation ô combien cinématographique de Fabcaro par Laurent Tirard.

Vincent Raymond | Mercredi 9 juin 2021

Benjamin Lavernhe dans Le Discours : « J’aime bien causer… »

Le Discours raconte une histoire des retrouvailles différées. Or le film, d’abord annoncé pour Cannes 2020, avait été repoussé en décembre, avant d’être à nouveau décalé pour le 9 juin. Il y a là comme une mise en abyme un peu ironique et cruelle, non ? Benjamin Lavernhe : Oui, c’est vrai que c’est tragiquement drôle ; après, on peut se dire que notre personnage du « Discours » se plaint beaucoup, se complaît un peu ; qu’il est peut être un peu pénible… Nous, on a eu l’impression que notre plainte, elle était légitime ; on n’a pas envie qu’elle soit vue comme nombriliste et qu'elle finisse par agacer. Comme disait Jean-Michel Ribes sur les réseaux sociaux « la culture n’est pas au dessus du reste, mais elle existe ». Aux yeux du public, votre personnage peut passer pour nombriliste ; en réalité, c’est quelqu’un en attente et en souffrance. Une souffrance qui dévore tout le reste, et que le film ne fait que retranscrire avec justesse…

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Combo Congo

Sono mondiale | Nos amis lyonnais du label Jarring Effects glissent sous le sapin le magnifique album Les Mamans du Congo & RROBIN. Fruit de la (...)

Niko Rodamel | Mercredi 9 décembre 2020

Combo Congo

Nos amis lyonnais du label Jarring Effects glissent sous le sapin le magnifique album Les Mamans du Congo & RROBIN. Fruit de la rencontre entre la chanteuse-percussionniste Gladys Samba et de l’artiste RROBIN, explorateur de musiques électroniques et de hip-hop, le projet afroféministe Les Mamans du Congo fait revivre les berceuses bantou ancestrales du Congo Brazzaville. Considérés comme un véritable matrimoine culturel, les chants sont ici boostés par le flow percutant de Maman Gladys, sur des productions explosives de mister RROBIN. Fourchettes, assiettes, paniers, pilons et matériel de récupération accompagnent brillamment les voix des cinq Mamans du Congo. Jouissif. Les Mamans du Congo & RROBIN, Ngaminke, chez Jarring Effects

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Sophie Deraspe : « Dès lors qu’on parle de héros, on est dans les limites du réalisme »

Antigone | D’une intrigue tragique vieille comme le monde, Sophie Deraspe fait une relecture terriblement contemporaine et réalisée avec adresse. Il se passe toujours beaucoup de choses du côté du cinéma québécois, plus divers qu’on voudrait nous laisser croire.

Vincent Raymond | Vendredi 4 septembre 2020

Sophie Deraspe : « Dès lors qu’on parle de héros, on est dans les limites du réalisme »

L’Affaire Fredy Villanueva a été la source principale de votre écriture. Mais la transposition d’Antigone, de par sa lecture géopolitique contemporaine, s’est-elle imposée à vous comme un corollaire à votre documentaire Le Profil Amina ? Ici aussi en effet, les crises du Moyen Orient ou du Printemps arabe forment un substrat nécessaire à l’accomplissement de l’intrigue… Sophie Deraspe : Les liens ne sont pas directs avec Le Profil Amina. Peut-être que je me sentais à l’aise d’aller vers le Moyen Orient ; ici, la famille est algérienne et avant le tournage, je n’étais pas allée en Algérie… Mais j’ai plutôt l’impression que les liens les plus directs avec Le Profil Amina se passent avec la vie en ligne — une vie virtuelle. Par exemple, ce qui concenrne l’affaire Villanueva, je l’ai appris dans les médias traditionnels : les émeutes, les manifestations, les militants… Mais ensuite, c’est en ligne que j’ai eu accès à la parole des ge

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François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

Été 85 | Retenu dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2020, en compétition au Festival de San Sebastien, Été 85 séduit… Sans doute parce qu’il parle de séduction et renvoie à l’adolescence des spectateurs. En tout cas, à celle de son auteur, François Ozon. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 29 juillet 2020

François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

La réalisation de ce film a-t-elle été pour une manière d’exécuter un pacte que vous auriez contracté avec vous-même, lecteur de 17 ans découvrant le roman de Aidan Chambers? François Ozon : Quand j’ai lu le livre, je n’étais pas encore cinéaste, c’est vrai, j’étais lycéen rêvant de faire du cinéma et je me suis dit que j’adorerais faire ce film, raconter cette histoire… En même temps, j’avais presque plus envie d’en être le spectateur. Peut-être que, déjà, je me sentais trop proche des personnages, je n’aurais pas été capable de raconter l’histoire. J’étais quasiment sûr d’ailleurs qu’un réalisateur comme Gus Van Sant, John Hughes ou Rob Reiner aurait pu s’en emparer et faire un teen movie à l’américaine. Mais ça c’est jamais fait. Quand j’en ai parlé à Aidan Chambers, qui a 85 ans aujourd’hui, il m’a dit que trois réalisateurs avaient essayé de l’adapter pendant toute cette période, sans succès. Après Grâce à Dieu — qui avait été un film un peu compliqué, vous vous doutez pourquoi — j’avais envie de

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"Abou Leila" : Du sang à la dune

ECRANS | De Amin Sidi-Boumedine (Alg.-Fr., int.-12 ans, 2h15) avec Slimane Benouari, Lyes Salem, Meriem Medjkane…

Vincent Raymond | Jeudi 23 juillet 2020

Algérie, années 1990. Depuis qu’il a été témoin d’un attentat, un policier dont la raison défaille est persuadé que le responsable de tout est le terroriste Abou Leila. Son ami et collègue Lofti l’accompagne dans sa traque loin de la capitale, vers le sud du pays. Vers la sang et la folie… Il ne faut pas craindre l’épreuve de la durée ni l’errance dans toutes ses dimensions face à Abou Leila, objet cinématographique transfigurant un épisode de l’histoire politique récente de l’Algérie à travers les yeux d’un policier rendu fou par la guerre civile. Road movie aussi mental que géographique, ce premier long métrage se distingue en naviguant également dans le temps, hors des balises normative d’une trop stricte linéarité, épousant autant que possible les cauchemars hallucinatoires du flic obsédé par sa cible. Bad trip au sens propre, le voyage se double d’une évocation des Algéries — pluriel signifiant, puisqu’entre la métropolitaine Alger au nord et les saharienne dunes désertiques au sud, on a bien affaire à un pays double, ou partagé. De cette

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"Eté 85" : Cherchez le garçon

Drame | Généalogie d’une histoire d’amour entre deux garçons à l’été 85 qui débouchera sur un crime. François Ozon voyage dans ses souvenirs et lectures d’ado et signe son Temps retrouvé. Sélection officielle Cannes 2020.

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

Normandie, été 1985. David sauve Alexis d’un naufrage. Très vite, une amitié profonde se noue entre les deux adolescents, qui se mue en romance passionnée. Mais les amours d’été sont souvent éphémères et celle-ci débouchera sur un drame ainsi que sur un crime… Nul ne guérit jamais de son enfance — et encore moins de son adolescence. L’une comme l’autre laissent une marque indélébile et invisible sous la peau adulte, pareille une scarification intérieure. D’aucuns apprennent à apprivoiser leurs cicatrices en les caressant quand d’autres les torturent en les creusant ; tous les conservent néanmoins à portée de main. Ou d’inspiration lorsqu’il s’agit d’artistes. François Ozon ne fait évidemment pas exception. En adaptant La Danse du coucou, un roman découvert en 1985 alors qu’il avait peu ou prou l’âge des protagonistes, le cinéaste effectue une sorte “d’autobiographie divergée”. Non qu’il s’agisse ici de raconter au premier degré son propre vécu d’ado, mais plutôt d’user du substrat de l’intrigue écrite par Aidan Chambers pour concaténer et agréger l’essence de l’époque, p

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"La Dernière Vie de Simon" : Des débuts prometteurs

ECRANS | De Léo Karmann (Fr., 1h43) avec Benjamin Voisin, Camille Claris, Martin Karmann…

Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

À part Thomas et Madeleine, personne ne connaît le secret de Simon, petit orphelin capable de prendre l’apparence de ceux qu’il touche. Quand Thomas est victime d’un accident, Simon le remplace sans prévenir qui que soit. Dix ans plus tard, Simon va “ressurgir“… Du fantastique à la française ! C’est-à-dire héritier de la (bonne) littérature de la fin du XIXe siècle, du Horla de Maupassant, de L’Homme à l’oreille cassée d’About, de La Cafetière de Gautier — tous ces romans et nouvelles ayant profité du mouvement positivo-scientiste pour entrouvrir les volets du paranormal, pendant que Jules Verne conservait une rigueur tout cartésienne. Ici, point de pyrotechnie ni de super-héros en cape et collants, mais l’instillation perpétuelle du doute et de l’inquiétude : sur les visages, dans les regards, et même dans la douceur fluide des mouvements de caméra. Conte fantastique, La Dernière Vie de Simon tient également de l’habile réflexion identitaire, métaphorisant la dualité intérieure que peut ressentir un enfant adopté — même si l’amour qu’il reçoit de sa famille d’accueil lui permet de développer ave

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​Effeuillage

Peinture | Marqués par l’omniprésence des arbres, les paysages naturalistes de Gilles Bouché puisent leur inspiration entre Pilat et pré-alpes, lors des randonnées du (...)

Niko Rodamel | Mercredi 5 février 2020

​Effeuillage

Marqués par l’omniprésence des arbres, les paysages naturalistes de Gilles Bouché puisent leur inspiration entre Pilat et pré-alpes, lors des randonnées du peintre pour qui chaque sous-bois semble être un lieu d’émerveillement. On observe dans le travail de cet artiste un remarquable réalisme, notamment dans le rendu des feuillages à travers lesquels la lumière s’immisce et transcende les camaïeux de couleurs propres à la saison observée. Le trait est précis, la palette est riche, les deux presque photographiques. Autodidacte natif de Saint-Chamond, Gilles Bouché a dessiné et peint très jeune, ne cessant de parfaire sa technique au fil du temps, des toiles et des expositions, délaissant peu à peu l’aquarelle de ses débuts pour lui préférer la peinture à l’huile dont il apprécie toute la latitude. Depuis des lustres l'arbre interpelle les peintres, qu'il soit représenté pour lui-même ou qu'il structure l'espace de la toile. Dans les arts visuels d’une façon générale, la question est abordée avec une grande diversité à l’échelle des siècles, si l’on considère le (grand) écart de représentation entre les tableaux de Nicolas Poussin, les dessins d’Henri Matisse ou encore et le Falle

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Fabrice du Welz : « Ma trilogie a trouvé une forme de cohérence »

Adoration | Dernière pierre ajoutée à son édifice ardennais, Adoration est le plus sauvage et solaire des éléments de la trilogie de Fabrice du Welz. Avant de s’attaquer à son nouveau projet, Inexorable, le fidèle d’Hallucinations Collectives livre quelques “adorables“ secrets…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Fabrice du Welz : « Ma trilogie a trouvé une forme de cohérence »

Il vous a fallu une quinzaine d’année pour mener à son terme votre “trilogie ardennaise”. De Calvaire à Adoration, en passant par Alleluia, on peut à présent voir un double mouvement s’y dessiner : d’une part un rajeunissement progressif des protagonistes (vous commenciez dans un EHPAD pour finir avec des adolescents), de l’autre leur féminisation… Fabrice du Welz : Au départ, ce n’était pas prévu pour être une trilogie. C’est après Alleluia que je me suis un peu laissé prendre au jeu quand on m’a parlé des correspondances existant entre ce film et Calvaire. Et il est vrai qu’il y avait comme une sorte que mouvement ou de recherche vers une figure féminine, qui éclate ici avec le personnage de Gloria. Maintenant je me rends compte que je suis resté assez fidèle à un certain décor des Ardennes, mais aussi à des noms, comme Gloria ou Bartel — souvent, quand je commence un nouveau projet, je me raccroche à eux. Aujourd’hui, la trilogie trouve avec ce film une forme de cohérence. Vous placez Adoration sous l’égide d’une citation de Boileau-Narcejac : «

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"Adoration" : Ardennes que pourra

ECRANS | « Mes jeunes années (…)/Courent dans les sentiers/Pleins d'oiseaux et de fleurs » chantait Charles Trenet. À ce tableau pastoral, Fabrice du Weltz ajoute sa touche d’intranquillité et de dérangement faisant d’une fuite enfantine une course éperdue contre (ou vers) l’âge adulte.

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Adolescent d’une petite dizaine d’années, Paul vit dans l’enceinte d’un hôpital psychiatrique où sa mère travaille. Lorsque Gloria, jeune patiente de son âge est internée, Paul éprouve pour elle une fascination intense. Un acte irréversible va lier leurs destins et les entraîner dans une cavale folle… Retour aux fondamentaux pour Fabrice Du Welz, que sa parenthèse — ou la tentation ? —hollywoodienne avait sinon dispersé, du moins un peu dérouté de sa ligne originelle. Ultime volet de sa “trilogie ardennaise”, Adoration n’en est certes pas le moins sauvage ni le moins exempt de mystères non élucidés, mais il semble convertir en lumière pure la vitalité débordante de ses protagonistes. Et même s’autoriser, suprême audace, une espérance dans une conclusion en forme d’épiphanie. Le cadre lui-même s’avère propice puisque la nature dans laquelle se dissolvent ses fugitifs déborde de vie, de bienfaits estivaux ou de rencontres favorables ; quand aux poursuivants, ils demeurent à l’état de silhouettes — rien à voir avec La Nuit du chasseur ! Ados adorés En fait, Gloria et Paul transportent avec eux leur

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"Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part" : Gavalda remix

ECRANS | De Arnaud Viard (Fr., 1h29) avec Jean-Paul Rouve, Alice Taglioni, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Jean-Pierre, qui s’est jadis rêvé comédien, a depuis rejoint avec succès le négoce des vins. Aîné d’une fratrie comptant Juliette (une prof démangée par l’écriture et tout juste enceinte), Mathieu, employé timide et Margaux, photographe en galère, il traverse une phase difficile… En transposant à l’écran l’ouvrage homonyme d’Anna Gavalda, Arnaud Viard s’est attelé à un double défi. D’abord, d’unifier les nouvelles du recueil en une seule trame narrative sur le modèle de ce qu’avait accompli Robert Altman à partir de Neuf histoires et un poème de Carver pour bâtir son Short Cuts. Ensuite, de prendre le risque de décevoir les millions (oui oui) de lecteurs — voire adulateurs — de l’autrice qui avaient pu se forger du recueil leurs propres images. On ne contestera pas l’option choisie, évitant le morcellement du film à sketches, ni le choix de la distribution (les comédiennes et comédiens sont globalement bien trouvés, en particulier Rouve et Taglioni, quand la douleur les traverse comme un fantôme puis les habite). Mais quelle plaie de devoir, encore et toujours, subir ces destins de familles parisiennes pseudo normales, c’est

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Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un vrai bonhomme | Pour son premier long métrage, Benjamin Parent s’aventure dans un registre peu coutumier en France : le “coming at age movie“ — une sorte de film d’apprentissage adolescent. Une jolie réussite dont il dévoile quelques secrets. Attention, un mini spoiler s’y dissimule…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un thème commun se dégage de votre film Un vrai bonhomme et de Mon inconnue que vous avez co-écrit avec Hugo Gélin : l’uchronie, ou l’idée de permettre à des personnage d’accomplir des destinées alternatives. Est-ce délibéré ? Benjamin Parent : Pas du tout. Dans Mon Inconnu, l’idée d’uchronie vient d’Hugo ; je l’ai développée et essayé de développer la dramaturgie sur l’uchronie “la plus intéressante“. Je trouve que l’uchronie permet de raconter l’histoire d’une manière extrêmement drastique, avec ce truc d’inversion absolue des choses : “et si“ on pouvait rencontrer ses parents et qu’on se rendait compte que son père était un blaireau et que sa mère voulait nous choper, qu’est-ce qu’on ferait? L’uchronie, finalement, c’est un pitch radical, qui permet plein de possibilités et un déploiement de l’imaginaire. Un vrai bonhomme, où le personnage de Léo est une extension de celui de Tom, permet également le déploiement de l’imaginaire. Donc du vôtre à travers eux… Effectivement. Mais plus qu’une uchronie, cela joue sur le principe de ce que l’on mont

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"Un vrai bonhomme" : Je mets les pas dans les pas de mon frère

Comédrame | Un adolescent solitaire s’appuie sur le fantôme de son aîné pour s’affirmer aux yeux de ses camarades, de la fille qu’il convoite et de son père qui l’ignorait, perdu dans le deuil de son fils préféré. Une brillante première réalisation signée par le coscénariste de Mon Inconnue.

Vincent Raymond | Mercredi 8 janvier 2020

Ado introverti ayant toujours subi l’aura solaire de son frère Léo, Tom fait sa rentrée dans un nouveau lycée. Heureusement, Léo est là pour lui prodiguer encouragements et conseils. Sauf que depuis un accident de la route fatal à Léo, celui-ci n’existe plus que dans la tête de Tom… On ne divulgâche rien en dévoilant d’entrée le fait que Léo est ici un personnage imaginaire, puisque Benjamin Parent s’arrange pour lever toute ambiguïté à ce sujet dès la minute 18. Tout l’enjeu de son film n’est pas de fabriquer un mystère à la Shayamalan pour le public, mais d’inclure ce dernier dans la névrose de son héros ; de lui faire partager les affects d’un adolescent mal remis d'un traumatisme et croyant trouver par cet expédient le chemin de la résilience. Mon frère, ce halo Comédie, drame ? Disons dramédie bien tempérée, ce qui constitue un tour de force : rares sont en effet les films hexagonaux capables d’aborder la question adolescente sans s’abandonner à des récits d’amourettes (La Boum), à des pitretries pathétiques (

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Flèche Love, dans le mille

Pop indé | Amina Cadelli, alias Flèche Love, est une artiste attachante pour plusieurs raisons : ses intentions, sa qualité artistique et sa bienveillante volonté. L'ex-chanteuse du groupe Kadebostany a livré un très premier album solo, Naga Part.1. Elle sera sur la scène du Fil en ce début de mois pour le défendre.

Nicolas Bros | Mardi 2 avril 2019

Flèche Love, dans le mille

Dans une période où le repli sur soi s'avère souvent très tentant, il est singulièrement bénéfique de faire des rencontres telles que celle de l'artiste Flèche Love. Amina Cadelli, de son nom civil, s'est révélée en solo grâce à une collaboration avec Rone, sur le magnifique titre Umusuna. Et ce n'est sans doute pas un hasard si les deux se sont trouvés pour faire émerger un titre aussi prenant. Deux belles âmes ne peuvent que faire des miracles. Après avoir quitté le groupe Kadebostany en 2015, Amina qui savait « depuis toujours » qu'elle ferait de la musique en solo, a attendu trois ans avant de pouvoir faire émerger son premier disque, Naga Part.1, sous son pseudo de Flèche Love. Un album complet et riche mêlant spiritualité, engagement mais également des références culturelles diverses (Camille Claudel, la déesse indienne Kali, Kurt Gödel...). Tout ceci, en faisant bien attention à ne pas tomber dans le « patchwork » insipide. « Il n'y a aucune préméditation dans ma musique, assure-t-elle. Un patchwork c'est une succession de pièces rapportées. Ma musique correspond davantage au bouillonnement que j'ai en moi. On pourrait dir

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"Curiosa" : Chambre avec vues

ECRANS | De Lou Jeunet (Fr., 1h47, avec avert.) avec Noémie Merlant, Niels Schneider, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Paris, fin XIXe. Pour sauver les finances familiales, Marie de Héredia est “cédée“ par son poète de père au fortuné Henri de Régnier, alors qu’elle aime son meilleur, le sulfureux Pierre Louÿs. Tous deux entretiendront malgré tout une liaison suivie, émaillée de photographies érotiques… Quand une chambre (noire) peut être le lieu de toute les passions… Lou Jeunet donne une vigueur nouvelle et réciproque à l’expression “taquiner la muse“ en animant son élégant trio — lequel ne restera pas longtemps prisonnier de sa relation triangulaire. La relation entre Pierre et Marie (où Henri fait figure d’électron satellite, ou d’observateur consentant) admet plus ou moins volontiers d’autres partenaires et inspire, outre des clichés porno/photographiques, une abondante correspondance ainsi qu’une féconde production littéraire chez les deux amants — sans parler d’un rejeton adultérin. Aussi paradoxal que cela paraisse, c’est le voyeurisme de l’érotomane Louÿs qui permettra l’émancipation de Marie : en découvrant l’exultation des corps, la jeune femme va trouver les ressources pour

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"Mon inconnue" : Je t’aime, je t’aime

ECRANS | De Hugo Gélin (Fr.-Bel, 1h58) avec François Civil, Joséphine Japy, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Dix ans après leur coup de foudre, Raphaël et Olivia vivent ensemble. Lui est devenu auteur à succès, elle a remisé ses rêves de concertiste. Un matin, Raphaël s’éveille dans un monde alternatif où ils n’ont jamais fait connaissance. Il doit la séduire pour espérer reprendre sa vie d’avant… Plutôt enclin aux comédies de potes et d’enfants malades ruisselant de bons sentiments, Hugo Gélin aurait-il atteint avec ce troisième long métrage le fatidique “film de la maturité“ ? Il s’inscrit ici en tout cas dans le sillage plutôt recommandable de Richard Curtis (et son charmant About time, 2013), voire d'Harold Ramis (pour l’indispensable Un jour sans fin, 1993), maître de cette spécialité anglo-saxonne qu’est la comédie fantastico-sentimentale se lovant dans les replis du temps — n’assumant qu’à moitié le fantastique et le côté “décalque“ de Coppola, Camille redouble (2012) de Noémie Lvovsky n’en fait évidemment pas partie. À la fois léger comme l’exige la romance et dense du point de vue narratif (saluons au

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"Meltem" : Avec le temps, avec le vent

ECRANS | De Basile Doganis (Fr.-Gr. 1h27) avec Daphne Patakia, Rabah Naït Oufella, Lamine Cissokho…

Vincent Raymond | Mercredi 13 mars 2019

Un an après le décès de sa mère, Elena se rend sur l’île de Lesbos solder la succession en compagnie de deux potes, afin d’éviter de rester en tête-à-tête avec son beau-père. Le trio va se dessiller en découvrant les réfugiés sur place et Elena peu à peu se rabibocher avec son passé… Sous des dehors de comédie d’été entre grands ados à la plage, sentant bon la mélancolie et le sable chaud, Basile Doganis signe un premier film joliment ambitieux, tissant beaucoup de thèmes sans jamais s’emmêler. Il faut en effet une enviable finesse pour raconter l’accomplissement d’un deuil, mettre en perspective l’écartèlement entre plusieurs cultures d’hier et d’aujourd’hui, selon que l’on vienne de France ou de Syrie, et parsemer ces sujets graves de grâce et d’insouciance — qualités naturelles infusant le cœur et le corps des jeunes adultes. Doux-amer et pétillant, ce cocktail chavirant en un clin d’œil de la gravité à la légèreté, rappelle le (bon) cinéma de Klapsich, dans les questionnements métaphysiques que se posent (ou s’imposent) les personnages, et leur volonté de se positionner dans

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"Dragon Ball Super: Broly" : Grave les boules

ECRANS | De Tatsuya Nagamine (Jap., 1h40) avec les voix (v.f) de Patrick Borg, Éric Legrand, Mark Lesser

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Quarante ans après avoir été expédié par le Roi Vegeta sur une planète hostile, le super guerrier Broly est retrouvé par l'armée de Freezer. Désormais dévoué à son “sauveur“, Broly doit combattre Vegeta fils et Goku sur Terre, et la soumettre pour le compte de Freezer. Sujets à la migraine ou l’épilepsie, prenez garde à l’interminable combat final, d’autant qu’il dure la moitié du film. Un déséquilibre proprement injustifiable d’un point de vue narratif (les évolutions de personnages se succèdent dans une surenchère frisant le ridicule — c’est le cas de le dire, car chaque degré supérieur donne lieu à une nouvelle coloration capillaire ; et un charivari visuel quasi-insoutenable, entre le luna park sous amphétamines et la contemplation forcée d’une guirlande de Noël électrique un 14-juillet au soir. Ce vacarme optique, aggravé par une désinvolture graphique et esthétique confinant au mépris du public, ravale la japanimation aux pires clichés d’une sous-culture artistiquement bâclée — une médiocrité dont Takahata, Miyazaki, Hosoda, Makoto Shinkai, Shunji Iwai entre autres, ont pro

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"Le Quatuor à cornes" : Qui m’aime meuh suive !

Dès 3 ans | de Benjamin Botella, Arnaud Demuynck, Emmanuelle Gorgiard & Pascale Hecquet (Fr.-Bel, 0h43)…

Vincent Raymond | Jeudi 13 septembre 2018

Dotées de caractères très dissemblables Aglaë, Rosine, Clarisse et Marguerite paissent dans le même champ clos. Un aimable piaf leur faisant miroiter l’infini changeant de la mer, le quatuor prend la route pour la voir la grande bleue. En chemin, il fait de drôles de rencontres… Parce qu’il est composé de trois courts métrages ayant la très originale particularité d’épouser des formes bien différentes (stop motion, animation 2D…), ce joyeux programme inspiré des albums d’Yves Cotten rappelle les Exercices de styles de Queneau. Mais si les héroïnes changent de visages à chacune de leurs aventures, cela ne déconcertera pas forcément le public-cible des tout-petits — dont la capacité d’adaptation (et d’imagination) est toujours plus grande que ce que l’on imagine. Et l’humour bon enfant de l’ensemble se trouve dynamisé par de savoureux moments burlesques grâce aux rencontres effectuées en chemin (un musculeux taureau et un désopilant troupeau de moutons dans la grande escapade La Clef des champs ; une congénère shetland dans Dorothy la vagabonde). Une vacherie de bons films !

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"Vent du Nord" : Le pays où le travail est moins cher

Import/Export | Prouvant que la misère est aussi pénible au soleil que dans les zones septentrionales, Walid Mattar offre dans son premier long métrage un démenti catégorique à Charles Aznavour. Et signe un film double parlant autant de la mondialisation que de la famille. Bien joué.

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Délocalisation d’usine au nord. Grâce aux indemnités qu’il a acceptées, Hervé espère devenir pêcheur et convertir son glandouiller de fils. Relocalisation au sud. Embauché, Foued rêve grâce à ce job de conquérir Karima et de disposer d’une mutuelle. Que de rêves bâtis sur du sable… À l’aube du XXIe siècle néo-libéraliste, quand le capitalisme se réinventait dans des bulles virtuelles, une théorie miraculeuse promettait des lendemains de lait et de miel (un peu comme celle du “ruissellement” de nos jours) : la “convergence”. Force est de reconnaître aujourd’hui qu’elle n’était pas si sotte, s’étendant au-delà des contenants-contenus médiatiques. Enfin, tout dépend pour qui… Du nord au sud en effet, l’accroissement des inégalités a depuis fait converger les misères, les plaçant au même infra-niveau social : les contextes semblent différents, mais la matière première humaine subit, avec une sauvagerie identique, la même nivellement par le bas. Mistral perdant Sur un thème voisin du maladroit Prendre le large

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"Tesnota – Une vie à l’étroit" : Partir !

ECRANS | de Kantemir Balagov (Rus., int-12 ans avec avert., 1h58) avec Darya Zhovner, Veniamin Kats, Olga Dragunova…

Vincent Raymond | Mercredi 7 mars 2018

Russie, 1998. Ilana vit avec ses parents dans une petite congréation juive plus ou moins intégrée dans le Nord Caucase. Un soir, après le célébration des fiançailles de son frère, celui-ci et sa future femme sont kidnappés et une rançon réclamée. À quels sacrifices consentir pour réunir les fonds ? S’inspirant de faits avérés, Balagov décrit un contexte particulièrement pesant pour les citoyens juifs, considérés par la population locale comme des individus de seconde zone ; des butins ambulants à détrousser impunément ou des corps adaptés aux émois privés. Loin de faire le seul procès de la société russe, le cinéaste montre également l’archaïsme coutumier de cette communauté étouffant sa jeunesse, où l’on en est réduit à brader une fille pour sauver un fils. Parce qu’il se concentre sur Ilana, garçonne ayant soif d’indépendance et de l’énergie à revendre, Balagov prend le parti de la jeunesse, de la révolte et de la modernité. Elle se pose non à la place de la victime consentante, dans l’acceptation de la fatalité, mais dans un désir d’émancipation, d’ailleurs et de combat.

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"La Douleur" - Rien sur Robert

ECRANS | de Emmanuel Finkiel (Fr., 2h06) avec Mélanie Thierry, Benoît Magimel, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

L’ironie sordide de l’actualité fait que ce film sort sur les écrans peu après la disparition de Paul Otchakovsky-Laurens, l’éditeur ayant publié le livre dont il est l’adaptation. Un livre qui aurait pu demeurer dans une confidence obstinée : Marguerite Duras prétendait avoir oublié jusqu’à l’existence de la rédaction de cette partie de son journal intime — la mémoire sait être sélective pour s’épargner certaines souffrances. Son mari Robert Antelme ayant été arrêté puis déporté, Marguerite jette sur des cahiers le cri muet de son attente quotidienne ; cette douleur sourde avivée par l’incertitude et la peur pour l’autre, pour le réseau, pour soi. Dans la moiteur d’une Occupation expirante, un flic collabo profite de l’absence de nouvelles (bonnes ou mauvaises) pour engager avec elle un jeu pervers de séduction… Mais qui instrumentalise qui ? Mémoire effacée et ravivée, souvenir de la Shoah… On comprend que le réalisateur Emmanuel Finkiel ait été touché par le thème et la démarche de Duras. Pour cette adaptation naturellement sèche, il convoque la grande Histoire dans ses compa

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"Numéro Une" : Elle fut la première

ECRANS | Jusqu’où doit aller une femme pour conquérir un fauteuil de PDG ? Forcément plus loin que les hommes, puisqu’elle doit contourner les chausse-trapes que ceux-ci lui tendent. Illustration d’un combat tristement ordinaire par une Tonie Marshall au top.

Vincent Raymond | Lundi 16 octobre 2017

Cadre supérieure chez un géant de l’énergie, Emmanuelle Blachey est approchée par un cercle de femmes d’influence pour briguer la tête d’une grande entreprise — ce qui ferait d’elle la 1ère PDG d’un fleuron du CAC40. Mais le roué Beaumel lui oppose son candidat et ses coups fourrés… Si elle conteste avec justesse l’insupportable car très réductrice appellation “film de femme” —dans la mesure où celle-ci perpétue une catégorisation genrée ostracisante des œuvres au lieu de permettre leur plus grande diffusion —, Tonie Marshall signe ici un portrait bien (res)senti de notre société, dont une femme en particulier est l’héroïne et le propos imprégné d’une conscience féministe affirmée. Peu importe qu’un ou une cinéaste ait été à son origine (“je m’en fous de savoir si un film été fait par une femme ou un homme”, ajoute d’ailleurs Marshall) : l’important est que ledit film existe. Madame est asservie Comme toute œuvre-dossier ou à thèse, Numéro Une ne fait pas l’économie d’un certain d

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Tonie Marshall : « Avec une réelle mixité, les répercussions seraient énormes sur la société »

"Numéro Une" | Dans "Vénus Beauté (Institut)", elle avait exploré un territoire exclusivement féminin. Pour "Numéro Une", Tonie Marshall part à l’assaut d’un bastion masculin : le monde du patronat, qui aurait grand besoin de mixité, voire de parité…

Vincent Raymond | Lundi 16 octobre 2017

Tonie Marshall : « Avec une réelle mixité, les répercussions seraient énormes sur la société »

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à la (non-)place des femmes dans les hautes sphères du pouvoir ? T.M. : J’avais pensé en 2009 faire une série autour d’un club féministe, avec huit personnages principaux très différents. Chaque épisode aurait été autour d’un dîner avec un invité et aurait interrogé la politique, l’industrie, les médias, pour voir un peu où ça bloquait du côté des femmes. J’allais vraiment dans la fiction parce que ce n’est pas quelque chose dans lequel j’ai infusé. Mais je n’ai trouvé aucune chaîne que ça intéressait — on m’a même dit que c’était pour une audience de niche ! Et puis la vie passe, on fait autre chose… Et j’arrive à un certain moment de ma vie où non seulement ça bloque, mais l’ambiance de l’époque est un peu plus régressive. Moi qui suis d’une génération sans doute heureuse, qui ai connu la contraception, une forme de liberté, je vois cette atmosphère bizarre avec de la morale, de l’identité, de la religion qui n’est pas favorable aux femmes. De mes huit personnages, j’ai décidé de n’en faire qu’un

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Le Grand Méchant Renard et autres contes : Animaux animés

ECRANS | Révélé par le tendre Ernest & Célestine, le réalisateur Benjamin Renner revient avec un projet qu’il a cette fois couvé depuis l’œuf : une lointaine (et désopilante) relecture du Roman de Renart, mâtinée de Konrad Lorenz et de Robert McKimson. Une nouvelle réussite.

Vincent Raymond | Mercredi 28 juin 2017

Le Grand Méchant Renard et autres contes : Animaux animés

C’est un peu la kermesse de fin d’année à la ferme, où Renard présentent trois spectacles interprétés par les animaux : comment le lapin a remplacé à la patte levée la cigogne dans la livraison d’un bébé, comment le canard s’est substitué au Père Noël ; entre les deux s’intercalant l’histoire de Renard, devenu papa poule de poussins destinés à son estomac… D’abord, un constat anecdotique : Benjamin Renner n’a toujours pas signé de long métrage original puisqu’après Ernest & Célestine (adapté de Gabrielle Vincent), ce programme est en réalité constitué d’un assemblage de trois courts à l'origine prévus pour la télévision tiré de sa propre BD. Cela ne signifie pas que l’univers de Renner souffre d’un manque d’originalité, au contraire ! Il insuffle dans ses réalisations un savant dosage d’humour et de poésie mêlés, qui fait écho à sa touche graphique. Les œufs sont frais Chez lui, le trait délimite des zones mais ne les clôt jamais tout à fait ; quant aux couleurs, elles obéissent aux caprices chromatiques de l

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"Irréprochable" : Marina Foïs modelée dans la noirceur

ECRANS | de Sébastien Marnier (Fr., 1h43) avec Marina Foïs, Jérémie Elkaïm, Joséphine Japy, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Lundi 18 juillet 2016

On ne spolie pas grand-chose de l’intrigue en laissant entendre que Constance, jouée par Marina Foïs, est ici tout sauf irréprochable. Crampon vaguement crevarde au début, elle se révèle ensuite mytho et érotomane, avant de dévoiler au bout du bout un visage plus trouble. Une cascade de “retournements”un peu outrés, censés changer notre point de vue sur ce personnage donné (trompeusement) pour bohème sympa. Le problème, c’est que l’on sait d’entrée qu’il y a un souci : regard fixe et lourd, attitudes maniaques, Constance n’a rien de la fille à qui vous confiriez votre sandwich ni votre code de carte de crédit ; elle respire le vice plus que la vertu. Modeler de la noirceur et des ambiances intrigantes ou inquiétantes semble davantage intéresser Sébastien Marnier qu’animer un personnage cohérent. Dommage, car il dispose par ailleurs d’atouts non négligeables : une distribution surprenante (mais qui fonctionne), ainsi qu’une excellente bande originale signée Zombie Zombie — un adjuvant essentiel.

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B. Loyauté : " Le design est un langage qui se transforme avec le temps"

ARTS | Designer, enseignant, consultant, auteur ou commissaire d’expositions, Benjamin Loyauté était déjà présent sur la Biennale 2010 avec l’exposition Prédiction. Sollicité depuis sur de grands événements design à Pékin, Shanghaï ou au Luxembourg, il revient à Saint-Etienne en tant que co-commissaire général de la Biennale Internationale Design Saint-Etienne, aux côtés d’Elsa Francès. Rencontre avec un happy designer overbooké. Propos recueillis par Niko Rodamel

Niko Rodamel | Jeudi 5 mars 2015

B. Loyauté :

Vous partagez votre temps entre de nombreuses activités. Comment vous présenter ? Benjamin Loyauté : Me présenter d’une telle manière ou d’une autre serait assez réducteur. Les jeunes créateurs ou jeunes commissaires d’aujourd’hui sont assez polyvalents, ils peuvent avoir plusieurs fonctions et c’est précisément ce qui m’anime : je peux être à la fois designer expérimental ou designer sémantique lorsque je manie les mots, parfois je suis commissaire d’exposition, parfois je suis auteur, je peux parfois être expert… C’est un savant mélange entre l’aspect commercial du design et un aspect plus intellectuel et universitaire. Mon parcours est autant lié à la créativité qu’à l’histoire de l’art, celle des arts décoratifs et du design. Mais je peux avoir un bagage important sur le XIXème siècle et travailler en même temps avec des designers qui font des expériences au MIT ou travaillent en association avec la NASA ! Comment avez-vous appréhendé votre rôle de co-commissaire ? Devenir co-commissaire général d’une biennale à 35 ans est d’abord une belle surprise, mais c’est très vite un investissement et un

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Gaby baby doll

ECRANS | De Sophie Letourneur (Fr, 1h27) avec Lolita Chammah, Benjamin Biolay, Félix Moati…

Christophe Chabert | Lundi 15 décembre 2014

Gaby baby doll

Qu’est-il arrivé à Sophie Letourneur ? Depuis son prometteur La Vie au Ranch, elle s’est enfermée dans un cinéma de plus en plus autarcique et régressif. Les Coquillettes sentait le truc potache vite fait mal fait, un film pour happy few où la blague principale consistait à reconnaître les critiques cinéma parisiens dans leurs propres rôles de festivaliers traînant en soirées. Gaby baby doll, à l’inverse, choisit une forme rigoureuse, presque topographique, reposant sur la répétition des lieux, des actions et des plans, pour raconter… pas grand-chose. Car cette love story campagnarde longuement différée entre un ermite barbu et épris de solitude (Biolay, égal à lui-même) et une Parisienne qui ne supporte pas de passer ses nuits seule (Lolita Chammah, plutôt exaspérante) est pour le moins inconsistante. Letourneur semble parodier la forme de la comédie rohmerienne en la ramenant sur un territoire superficiel et futile, une sorte de fantaisie girly intello dont les contradictions lui pètent en permanence à la figure. On s

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On a failli être amies

ECRANS | D’Anne Le Ny (Fr, 1h31) avec Karin Viard, Emmanuelle Devos, Roschdy Zem…

Christophe Chabert | Mardi 24 juin 2014

On a failli être amies

Au départ d’On a failli être amies, il y a un beau sujet : comment deux femmes en viennent à échanger leurs rôles, l’une par ennui de sa vie conjugale, l’autre par envie d’une aventure sentimentale. Au lieu de se jouer sur le terrain du vaudeville, cela se fait par le biais du travail : la conseillère pole emploi tente de recaser professionnellement sa rivale pour lui piquer son patron de mari. Curieusement, Anne Le Ny ne choisit pas de creuser ce regard profondément inquiet sur une époque où la compétition libérale se répercute même dans les rapports amoureux ; elle préfère broder une comédie vieillotte et télévisuelle aux dialogues impossibles et à la musique régulièrement à côté de la plaque, où tout sonne faux et où le boulevard reprend sans cesse le dessus sur l’observation sociale. Ce mixe de calibrage et de décisions hasardeuses fait un dommage collatéral : les deux actrices, qu’on a rarement vues autant à la peine. Il faut dire aussi que Karin Viard et Emmanuelle Devos trustent tellement les écrans depuis un an — et même six mois pour Viard — qu’on a l’impression de ne plus voir que leurs tics de jeu et pas les personnages qu’elles défendent. Chr

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Apocalypse dominicale

SCENES | Il paraît que la fin du monde est pour dimanche. Dans son nouveau spectacle en solo, l’ancien Deschiens François Morel compose une galerie de personnages et passe en revue une semaine pré-apocalyptique. Drôle, touchant et tellement… Morel. Florence Barnola

Florence Barnola | Mercredi 30 avril 2014

Apocalypse dominicale

François Morel est un homme orchestre. Il sait tout faire avec talent : comédien, auteur, chroniqueur radio, chanteur… En vrai jongleur, il nous fait passer d’un univers à l’autre l’air de rien. Bien sûr on se souvient de son rôle (et de son accent normand) au sein de la troupe des Deschiens. L’émission de Canal + des années 90-2000 créée par le binôme Deschamps et Makeïeff est culte chez les plus de trente ans. Les membres de l’équipe étaient avant tout des théâtreux (les comédiens sont en majorité issus de formations poussées), sans compter que les sketches télévisés sont sortis des entrailles du spectacle La famille Deschiens. Depuis une dizaine d’années, le petit gars de l’Orne a tracé sa route au cinéma, à la radio… Il est revenu à ses premières amours, la scène, seul ou accompagné. Il avoue cependant que « La troupe des Deschiens sont des gens auxquels je suis très attaché. Je retravaille beaucoup avec Olivier Saladin, Olivier Broche, etc. Et puis j’ai des projets d’aller déjeuner assez régulièrement chez Yolande ! » Inspiré par Audiard Comment lui est venu l’idée de jouer en solo un spectacle sur la fin du monde ? «J’avais

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Arrête ou je continue

ECRANS | De Sophie Fillières (Fr, 1h42) avec Emmanuelle Devos, Mathieu Amalric…

Christophe Chabert | Lundi 14 avril 2014

Arrête ou je continue

Un chat, un chat hérissait déjà le poil ; Arrête ou je continue donne sérieusement envie d’en finir avec le cinéma de Sophie Fillières, désormais pris au piège de son autarcie, comme coupé de la réalité — du monde comme du cinéma d’aujourd’hui. Pour raconter la peur du temps qui passe chez une quadragénaire qui voit ses enfants grandir, son corps lui échapper et l’amour pour son mari s’éroder, elle en passe par des situations où seule l’intention de la scène compte, jamais sa mise en forme à l’écran. Dialogues signifiants et surécrits — à côté, ceux des Larrieu paraissent naturalistes — direction artistique proche de zéro — murs blancs, accessoires choisis au supermarché du coin — figurants livrés à eux-mêmes — la scène de la fête atteint des sommets en la matière — et absence hallucinante de rythme ; tout concourt à une grande caricature d’auteurisme à la française, à la fois arrogant et pauvre, où l’on ne voit ni les personnages, ni l’histoire, juste Fillières riant toute seule de ses piètres trouvailles — elle s’appelle Pomme, il s’appelle Pierre, voilà. La longue errance dans la forêt résume assez bien ce que le film est : une petite machine cérébra

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Le streaming musical indépendant et équitable

MUSIQUES | Devant les rémunérations dérisoires pour les artistes et producteurs indépendants sur les nouvelles plateformes de consommation musicale par streaming, plusieurs acteurs musicaux (mais pas seulement) de la région Rhône-Alpes se sont réunis afin de proposer une alternative équitable : la plateforme 1D touch. Une belle initiative avec un modèle économique innovant. NB

Nicolas Bros | Jeudi 21 novembre 2013

Le streaming musical indépendant et équitable

Vous connaissez sûrement Deezer, Spotify ou encore MusicMe. Ces sites Internet font partie des plateformes de streaming musical (ou écoute en ligne) les plus connues et ayant contribué à l'évolution de la consommation musicale. Mais ce nouveau mode d'écoute et d'achat est à double tranchant. Si d'un côté il a permis à certains de toucher de plus en plus d'auditeurs, il est également peu rémunérateur pour les artisans de la musique, c'est à dire les artistes et producteurs indépendants (en moyenne 0, 0005 € par titre écouté). C'est pourquoi l'idée de créer une plateforme dédiée aux acteurs indépendants de la musique a germé dans les projets des labels, salles, collectivités publiques, écoles bibliothèques et entreprises privées issus de toute la région et notamment de la région stéphanoise. Après plusieurs mois de mise au point, le projet 1D touch a vu le jour officiellement en septembre dernier.  Accessible en ligne depuis tous les supports connectés (tablettes, smartphones ou ordinateur) ou sur des bornes tactiles (développées entre autres par les entreprises ligériennes Atomedia et Foca

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La Vie domestique

ECRANS | D’Isabelle Czajka (Fr, 1h33) avec Emmanuelle Devos, Julie Ferrier, Natacha Régnier…

Christophe Chabert | Mardi 1 octobre 2013

La Vie domestique

Version lénifiante et léthargique d’un épisode de Desperate housewives, La Vie domestique est une sorte de cauchemar qui prendrait l’allure d’une sieste tranquille dans le jardin. Claquemuré dans une banlieue bourgeoise parisienne, le film suit quatre femmes au bord de la crise de nerfs, réduites à un pesant statut d’épouses ou de mères. La plus lucide — Emmanuelle Devos — tente de s’affranchir de ce patriarcat en retrouvant un job et en dispensant des ateliers de littérature à des élèves en difficulté, mais elle finira elle aussi par rentrer résignée dans ses pénates. Les autres se traînent entre shopping, MacDo, dégustation de Nespresso et considérations sur la vie, soit le grand chelem du placement produit et de la scène à ne pas faire — on y ajouterait bien ce moment, ahurissant, où le mari de Devos vante les mérites d’Agnès Obel, avec bio Itunes en guise d’argumentaire. Où Isabelle Czajka veut-elle en venir avec ce regard sourdement ricanant sur des personnages confits dans l’aigreur ? Aucune critique sociale ne pointe à l’horizon sinon un vague drame en lointain arrière-plan, noyé dans les détails anodins et les travellings dans le parc avec petit

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Pachyderme que ça !

MUSIQUES | Leur nom pourrait faire plutôt penser à une vitesse réduite. Mais pourtant ces deux-là n'arrêtent pas de courir depuis quelques temps. Lisa et François, les deux (...)

Nicolas Bros | Mercredi 21 août 2013

Pachyderme que ça !

Leur nom pourrait faire plutôt penser à une vitesse réduite. Mais pourtant ces deux-là n'arrêtent pas de courir depuis quelques temps. Lisa et François, les deux artistes du duo Eléphant fondé en 2009, ont réussi à se faire une belle place cette année dans la jungle de talents dont regorge la chanson française. Notamment grâce à leur titre Collective mon amour qui a fait partie des sempiternels "méga tubes de l'été" de la bande FM française. Mais au-delà de ce succès somme toute mérité, les deux artistes ayant réuni leur prénom afin de trouver un nom de groupe (L et Fran), se considèrent toujours comme des outsiders. Repérés et soutenus par Benjamin Biolay, The Dø ou encore Vannessa Paradis, Eléphant ne révolutionne pas le schmilblick en traitant dans son album principalement d'un thème vieux comme Hérode, j'ai nommé l'Amour. Mais avec sa fougue, sa générosité sans faille et une "non-prise de tête" assumée, le groupe arrive à nous faire oublier sa formule finalement assez peu innovante en laissant sur nos visages une large banane et, en nous faisant nous trémousser. Bref, Elephant ne nous trompe pas sur la marchandise ! Alors pour attraper une grande dose de bonne

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Le Temps de l’aventure

ECRANS | Brève rencontre entre une comédienne de théâtre et un Anglais endeuillé, un 21 juin à Paris : un petit film charmant et très français de Jérôme Bonnell, sans fausse note mais sans élan non plus. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 avril 2013

Le Temps de l’aventure

Il y a toujours quelque chose de touchant à voir un cinéaste faire une déclaration d’amour à une actrice… C’est en tout cas une évidence qui saute aux yeux dès le début du Temps de l’aventure : Jérôme Bonnell a voulu offrir un beau cadeau à Emmanuelle Devos, dont on sait à quel point elle se plaint de la maigreur des personnages féminins dans le cinéma français, à travers Alix, comédienne de théâtre vivant depuis longtemps avec un homme que l’on ne verra jamais, et dont on imagine que leur relation est à un tournant — on ne dira pas lequel. Une séquence, d’ailleurs, est une merveilleuse mise en abyme de cette fascination. Alix va passer un casting pour un long métrage : seule face à la caméra vidéo d’un obscur assistant qui lui donne la réplique, elle a droit à deux «prises», la première sur un ton de comédie, la deuxième beaucoup plus mélodramatique. Dans les deux, elle est parfaite et c’est évidemment tout le talent d’Emmanuelle Devos, son sens magistral de la rupture de jeu, qui éclate à l’écran. Paris vaut bien une aventure… C

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Au bout du conte

ECRANS | Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri font entrer une fantaisie nouvelle dans leur cinéma en laissant à une génération de jeunes comédiens pris à l’âge des contes de fées le soin de se heurter à leur réalité d’adultes rattrapés par l’amertume et les renoncements. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 mars 2013

Au bout du conte

Il était une fois une petite révolution dans le cinéma de Bacri et Jaoui, qui ronronnait gentiment dans sa formule avec Parlez-moi de la pluie. Voilà que ses maîtres du dialogue et du scénario, ses deux acteurs virtuoses, se décident à oser la fantaisie filmique là où jusqu’ici leur caméra se devait d’être transparente. Cure de jouvence effectuée à une double source : celle des contes de fée, dont Au bout du conte transpose dans un contexte contemporain les figures les plus identifiées — le chaperon rouge et son grand méchant loup, la reine cruelle obsédée par sa beauté et par une Blanche Neige trop jeune, la pantoufle de Cendrillon et son prince charmant ; et ceux qui y croient, des jeunes gens qui sont aussi, réalisme oblige, de jeunes comédiens, tous très bons, même Agathe Bonitzer. Cela change beaucoup à l’écran, mais rien sur le regard que posent Bacri et Jaoui sur le monde ; au contraire, en opposant à ce sang neuf la bile noire et amère coulant dans les veines d’une poignée d’adultes revenus de tout — l’amour, la paternité, le progrès, l’environnement — et englués jusqu’au cou dans leurs angoisses et leurs renoncements, les auteurs n’ont jamais été si loin dans l

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Ernest et Célestine

ECRANS | L’amitié entre une petite souris rebelle et un ours bohème fait trembler toute la pyramide sociale dans ce joyau du cinéma d’animation écrit par Daniel Pennac et réalisé par un trio lui aussi contre nature : Benjamin Renner et les mythiques Patar et Aubier. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 30 novembre 2012

Ernest et Célestine

Il y a le bas, le monde des souris ; et il y a le haut, celui des ours. Le travail des uns s’appuie sur celui des autres : pendant que les ours se pourrissent les dents à se gaver de sucreries, dont le commerce assure la prospérité des nantis, les souris récupèrent leurs ratiches qu’elles liment de manière à s’en faire de superbes dentiers avec lesquels elles pourront ronger et creuser des galeries. Ainsi va l’ordre de la société dans Ernest et Célestine, et les institutions veillent à ce que celui-ci ne soit jamais déréglé : policiers, juges et éducateurs ne sont pas que pour garantir la pérennisation du système. Sauf qu’un jour, l’imprévisible se produit : une petite souris nommée Célestine décide de prendre son indépendance, refuse le métier de dentiste à laquelle on la promet et n’écoute plus les injonctions de sa mère supérieure. Elle s’aventure à la surface et y fait la rencontre d’Ernest, qui lui aussi ne veut pas vivre selon la norme : il est un peu artiste, un peu mendiant, très paresseux. De leur rencontre va naître une utopie douce où la bohème ébranle le conformisme social. La souris accouche d’une montagne On l’aura compris, Ernest et

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