Benoît Magimel : « Guillaume me connaît et sait que je suis un gentil garçon »

"Nous finirons ensemble" | Personnage pivot des Petits mouchoirs, Vincent est à nouveau interprété par Benoît Magimel. Conversation avec un comédien sur la manière d’appréhender un rôle et son métier à l’occasion des Rencontres du Sud d’Avignon…

Vincent Raymond | Jeudi 2 mai 2019

Photo : ©2019 Trésor Films - Canéo Films - Europacorp - M6 Films - Les Productions du Trésor - Artémis Productions


Figuriez-vous parmi les comédiens les plus heureux de retrouver leur personnage ?

Benoit Magimel : Le plus heureux, je ne sais pas, , mais lorsque Guillaume me l'a proposé j'ai tout de suite dit oui, bien sûr. C'est une chance si rare de pouvoir retrouver un personnage au cinéma dix ans plus tard, de vieillir avec lui ; forcément, c'est une expérience assez unique. Retrouver Vincent, sa voix, était une évidence. J'étais ravi.

Sa situation, son statut et ses rapports avec les personnages, cela l'était-il également ?

Oui, bien sûr. À partir de 40 ans, j'ai l'impression que plus les années passent, plus on accepte de vivre un peu plus pour soi, un peu moins pour les autres. La façade, le masque tombent, on s'accepte un peu plus, on se connaît mieux. Ce personnage est très hésitant, ses sentiments assez contradictoires : l'attirance qu'il avait pour Max dans le premier était de l'ordre d'une amitié forte : il considérait qu'il était plus heureux avec lui qu'avec sa femme ; ce n'est pas par hasard qu'il rencontre Alex — ce qui n'empêche qui éprouve toujours des sentiments pour sa femme. Quand on a aimé comme il l'a aimée, il reste forcément quelque chose.

Le plaisir de retrouver ses partenaires de jeu est-il le même ?

Euh, en vérité ? (rires) Non, pas vraiment…(rires). Les films chorals avec beaucoup de personnages, ça n'est pas évident parce qu'on est nombreux : il y a la rigueur de la fabrication sur le plateau et c'est toujours très difficile pour Guillaume de nous laisser la liberté d'être emporté par l'ambiance. Car il faut avancer et on a un délai de tournage assez court et des scènes denses. Par exemple, les scènes de repas, c'est un peu un passage obligé : mais à filmer, c'est infernal tous ces points de vue qui s'entrecroisent. Quand il y a autant de personnages, il faut résoudre toutes leurs problématiques, les unes après les autres. Donc y a une petite frustration de ne pas pouvoir se laisser aller ensemble.

Mais sur le deuxième, j'ai eu plus d'empathie pour Guillaume. En sortant du premier, je m'étais dit : « Plus jamais un film chorale, c'est trop dur » et finalement, ces dix années étaient nécessaires. En tout cas, et j'ai trouvé que Guillaume avait une démarche très intègre : il avait envie de raconter quelque chose. Les dix ans qui se sont écoulés lui ont donné envie de s'exprimer à travers tous ses personnages. Une suite, en général, surfe sur la vague du succès ; là, c'est dix années, on peut pas lui enlever cette intégrité. Alors, on sort, je me suis dit : « Allez on se retrouvera quand on aura soixante piges » (rires) Il y a a des paliers : on remarque tous qu'on change, qu'on évolue ; parfois on s'attendrit sur certains sujets, on a plus de compréhension…

Sur quoi vous attendrissez-vous ?

Parfois, je regarde la vieillesse et je m'aperçois qu'une forme de nostalgie s'installe : les gens durs arrivent à se laisser aller, à des larmes, à exprimer plus leurs émotions. Quand on les ses parents devenir grands-parents, c'est quand même différent. Quand on s'approche de la mort, j'ai l'impression que les êtres s'attendrissent et font preuve d'humilité. Ce sont des années précieuses ; ça doit être vraiment intéressant de suivre cette équipe dans le temps.

Qu'est-ce que ces dix années ont changé dans votre travail de comédien ?

Moi, j'aime que ça change, et je pense qu'il y a des grandes lignes dans le travail d'acteur. Je crois que j'ai toujours eu envie de cette quarantaine, curieusement. Les plus beaux rôles que j'ai vus au cinéma sont pour des hommes autant déjà la quarantaine bien tassée. À un moment donné, vers 30 ans, je me suis dit, « je ne suis plus jeune homme et pas encore homme ». J'étais sûr que l'âge m'apporterait plus de possibilités, un éventail beaucoup plus large : on a plus de choses à dire, à raconter. Aujourd'hui, je mets un peu plus mon parcours de vie au service des rôles. Ma propre expérience nourrit les personnages que je rencontre et qui demandent un travail plus rigoureux. Pour La Tête haute, vous arrivez avec votre bagage…On me demande de jouer un éducateur, et dans ma vie, j'ai eu des expériences qui pouvaient être proches ; ça n'a pas été si dur que ça de se rappeler et de l'appliquer dans une histoire.

Donc, plus on a vécu, meilleur acteur on est ?

Je crois (rires) Parce qu'il faut avoir une connaissance des choses : on peut pas tout jouer, on peut pas tout faire. Les films de genre, par exemple, c'est très difficile à faire. On a vu des choses au cinema… Mais qui a côtoyé des milieux extrêmes et des personnages, dangereux ? Les films de voyous, ou la douleur physique, c'est tellement dur à jouer… Qui s'est pris une balle dans le ventre ? C'est tout bête, mais on peut être tellement ridicule ; c'est à deux doigts à chaque fois. C'est dans ces films-là ou de genre que je me suis rendu compte que c'était le plus difficile : on n'a pas de choses sur lesquelles s'accrocher, à part des témoignages ou le cinéma. Renoir disait : « les acteurs reproduisent ce qu'ils ont déjà vu au cinéma » alors qu'on devrait, effectivement, donner une interprétation nouvelle et se rapprocher de la réalité, de comment c'est dans la vie. Alors, j'essaye de tirer sur ce que je connais ; quand je ne connais pas et que je n'ai pas la possibilité d'aller découvrir un monde, je préfère m'abstenir.

On vous a plus vus dans des rôles durs que dans celui de Vincent…

Peut-être que Guillaume me connaît et sait que je suis un gentil garçon…. Il avait envie, justement, de tester des choses un petit peu différentes… J'aime avoir des spectres assez larges, Ça surprend mais je voulais être clown au départ ; je voulais faire de la comédie et puis j'ai était entrainé dans une autre direction bien que, de temps en temps, j'ai touché un peu d'autres choses. Mais je pense que la comédie ça intervient à partir d'un certain âge, ça marche mieux. Les grandes comédies que j'ai aimées, c'était toujours des hommes qui avaient déjà vécu et qui vivaient des drames. C'est ça la contradiction, on rit des drames des autres.

Jouer La Douleur était-il plus difficile que jouer Nous finirons ensemble ?

Oui… (un temps) Dans La Douleur, il y a de la contradiction, comme pour le personnage de Vincent. On peut comprendre ses sentiments, peu importe l'orientation : un homme, une femme, ce sont les mêmes sentiments, le désir, l'envie de partager ; et puis de faire un choix difficile, se séparer quand on a construit une famille. J'ai vécu des séparations, je peux comprendre tout ça. Pour La Douleur, je retiens juste cette phrase : « Un homme comme moi vous ne l'auriez jamais rencontré s'il n'y avait pas eu cette histoire, enfin, si on n'était pas sous l'Occupation. Je suis qu'un prolo. » Le complexe du prolo, je l'ai eu quand j'étais petit et quand j'ai commencé le cinéma.

Vit-on un tournage comme on vivrait des vacances, c'est-à-dire avec la conscience qu'il s'agit d'une parenthèse qu'il faudra refermer ?

Oui : on attend la fin avec impatience ! (rires) En fait, ce n'est pas pas douloureux, mais on avait plus conscience de la difficulté qu'avait Guillaume à faire ce film, toutes les contraintes qu'il fallait tenir : c'était vraiment un sprint ce tournage, ça allait à une vitesse pas possible ! Parfois, , il avait l'impression qu'on lui faisait la tête, parfois y avaient des moments plus joyeux. J'étais très, très conscient de la problématique de Guillaume. Si j'avais été à sa place, ça aurait été l'enfer de voir tout le monde se marrer et de devoir dire : « Bon les gars on s'y remet. » Mais c'était le deal : il fallait faire ce film quoi qu'il arrive.

Travailler sur film de copains, avec des copains et réalisé par un copain, est-ce si différent d'un film avec un autre réalisateur ?

Non, non, non. Après, chaque réalisateur a une sensibilité différente, et c'est toujours une expérience différente : ça se joue toujours sur le ressenti, sur l'humain. Je disais à Guillaume : « si tu me vois tirer la gueule à un moment donné, ça n'a rien de personnel ; fais ton film et peu importe, on a le droit d'avoir ses humeurs ». D'autres réalisateurs ont une distance et c'est très bien aussi. Ce qui est bon dans le cinéma, c'est que ce ne soit jamais la même chose. Ce sont les réalisateurs qui, systématiquement, donnent le ton, de l'atmosphère et de l'humanité. Je n'aime pas que les films soient enfermés entre le metteur en scène et ses acteurs : j'aime le sentiment d'équipe ; ça me plaît ce collectif, de parler à l'ensemble et d'avancer… Guillaume est un formidable capitaine, j'ai jamais vu des chefs de poste comme ça, courir avec leurs matos pour aller poser un plan parce que le soleil tombe. Il arrive à entraîner tout le monde et c'est super à regarder. Cette façon de faire du cinéma me plaît plus que d'être trop confidentiel.


Nous finirons ensemble

De Guillaume Canet avec François Cluzet, Marion Cotillard

De Guillaume Canet avec François Cluzet, Marion Cotillard

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Léa Frédeval : « Ma génération doit s’enlever de l’individualisme »

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Samuel Collardey : « Je m’inspire de tranches de vie pour fabriquer des histoires »

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Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Interview | Avant d’aller à Cannes à la Quinzaine de Réalisateurs, Carine Tardieu était passée aux Rencontres du Sud pour présenter son film tourné en Bretagne. Rencontre avec une voyageuse…

Vincent Raymond | Vendredi 8 septembre 2017

Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Vous abordez ici thème du secret de famille, très fécond au cinéma… CT : Au fur et à mesure de l’écriture de cette histoire, je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de famille dans lesquelles il y avait des secrets — beaucoup autour de la paternité, car on sait qui est la mère d’un enfant. On en entend davantage parler depuis que les tests ADN existent. Des gens m’ont raconté leur histoire : certains ont eu envie de chercher leur père biologique, d’autres n’ont jamais voulu savoir… Paradoxalement, découvrir que son père n’est pas son père biologique permet à votre héros de mieux le connaître le premier… CT : Absolument. J’ai eu moi-même la sensation de rencontrer mon père assez tard, alors que mon père je le connais depuis toujours. Parfois, la rencontre se fait à un moment précis de la vie : quand on devient soi-même père ou mère, on se demande quel homme et quelle femme nos parents ont été. On projette des choses sur eux, qui sont juste une petite partie de leur réa

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Cars 3 : Sortie de piste

ECRANS | de Brian Fee (É.-U., 1h49) animation avec les voix (v.f.) de Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Nicolas Duvauchelle… (2 août)

Vincent Raymond | Mercredi 19 juillet 2017

Cars 3 : Sortie de piste

Flash McQueen se fait vieux : la nouvelle génération relègue sa génération aux stands, voire à la casse. Bien décidé à montrer qu’il en a encore sous le capot, l’ancien élève de Doc Hudson tente de remettre les gaz aidé par Cruz Ramirez — une coach qui aurait aimé être pilote… Oublié, le deuxième volet à base d’essence d’espionnage frelatée ; retour ici aux fondamentaux : la course, la gomme brûlée et la fascination puérile pour la vitesse — en se livrant à un peu de psychanalyse de comptoir, on tirerait sûrement des choses rigolotes de cette vénération pour les objets polis, aérodynamiques et écarlates majoritairement masculins. À l’instar d’un Rocky Balboa moyen, McQueen doit accepter son déclin et de transmettre le flambeau. Mais de continuer à en remontrer à une bleusaille arrogante. Cette leçon vaut bien un rodage, sans doute, mais elle n’ajoute rien à la gloire de Pixar, dont on espère avec Coco (en novembre sur les écrans) enfin un digne successeur au merveilleux Vice-Versa.

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La Tête haute

ECRANS | Portrait d’un adolescent en rupture totale avec la société que des âmes attentionnées tentent de remettre dans le droit chemin, le nouveau film d’Emmanuelle Bercot est une œuvre coup de poing sous tension constante, qui multiplie les points de vue et marie avec grâce réalisme et romanesque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 mai 2015

La Tête haute

Malony est sans doute né sous une mauvaise étoile. Cela veut dire qu’en fait il y en a un, de doute, et Emmanuelle Bercot, c’est tout à son honneur, ne cherchera jamais à le dissiper. Il n’a que six ans et le voilà déjà dans le bureau d’une juge pour enfants — lumineuse et passionnée Catherine Deneuve — qui sermonne une mère irresponsable — Sara Forestier, dont la performance archi crédible ne tient pas qu’à ses fausses dents pourries — prête à se débarrasser de cet enfant au visage angélique mais dont elle dit qu’il n’est qu’un petit diable. C’est la première séquence de La Tête haute, et elle donne le la du métrage tout entier : on devine que cette famille est socialement maudite, bouffée par la précarité, la violence et l’instabilité. Mais Bercot ne nous donnera jamais ce contrechamp potentiellement rassurant : jusqu’à quel point Malony est seul responsable de son sort, pris entre haine de soi et rancune envers les autres, attendant qu’on le prenne en charge tout en rejetant les mains qu’on lui tend ? Cette scène d’ouverture est aussi emblématique de la mise en scène adoptée par Bercot : la parole y est puissante, tendue, explosive. Elle repose su

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La Prochaine fois je viserai le cœur

ECRANS | De Cédric Anger (Fr, 1h51) avec Guillaume Canet, Ana Girardot…

Christophe Chabert | Mercredi 12 novembre 2014

La Prochaine fois je viserai le cœur

Comme Vie sauvage d’un autre Cédric (Kahn), La Prochaine fois je viserai le cœur s’inspire d’un fait-divers célèbre : les agissements à la fin des années 70 d’un tueur en série dans l’Oise qui s’est révélé être… un des gendarmes enquêtant sur les crimes. Et comme Vie sauvage, le film de Cédric Anger peine à prendre ses distances avec la réalité, malgré ses tentatives de stylisation et le désir de ne jamais quitter le point de vue du meurtrier — un Guillaume Canet qui surjoue la fièvre et le dolorisme. Le film est d’abord plombé par son écriture, et en particulier ses dialogues, qui reproduisent une  fois encore les clichés des fictions françaises — des gendarmes qui parlent comme des gendarmes, des ados comme des ados, etc. Surtout, Anger tourne autour de la névrose de son personnage sans jamais oser l’affronter à l’écran : la peur des femmes et la haine qui s’empare du gendarme lorsqu’il commence à les désirer. Le personnage d’Ana Girardot, amoureuse aveuglée, lui ouvrait pourtant la voie. Mais la seule scène de sexe du film se résume à

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En solitaire

ECRANS | De Christophe Offenstein (Fr, 1h36) avec François Cluzet, Samy Seghir, Guillaume Canet…

Christophe Chabert | Lundi 4 novembre 2013

En solitaire

Yann Kermadec, marin chevronné, remplace au pied levé son frère qui s’est cassé une jambe pour participer au Vendée Globe. À peine parti, il découvre un clandestin dans la soute, se retrouvant malgré lui en infraction avec le règlement de cette course «en solitaire». Si on enlève le défi du tournage dans les conditions réelles de la navigation, ce premier film du chef opérateur de Guillaume Canet est un naufrage intégral. Le récit prend l’eau de partout, noyé par une avalanche de bons sentiments, sur le bateau comme sur la terre ferme, ce qu’une musique de supermarché vient souligner jusqu’à l’overdose. Surtout, le film ne prend le temps de rien, ni de filmer le professionnalisme du marin, ni de montrer les liens affectifs qui se nouent entre les personnages. C’est une bouillie télévisuelle écrite par des disciples de Robert MacKee qui créent des conflits artificiels et les résolvent en deux secondes — les rapports entre la fille de Cluzet et sa belle-mère jouée par Virginie Efira atteignent ainsi des sommets de niaiserie. Heureusement que le film sort un mois avant All is

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Pour une femme

ECRANS | De Diane Kurys (Fr, 1h50) avec Benoît Magimel, Mélanie Thierry, Nicolas Duvauchelle…

Christophe Chabert | Lundi 1 juillet 2013

Pour une femme

Ouvertement — et lourdement — autobiographique, Pour une femme est pour Diane Kurys l’occasion de creuser un peu plus ses racines familiales, déjà abordées dans Coup de foudre et Diabolo Menthe — ses deux premiers et meilleurs films. Force est de constater qu’entre temps — 30 ans — son cinéma s’est englué dans un académisme télévisuel à base de reconstitution proprette et partant jamais crédible, de dialogues sur-écrits placés tels quels dans la bouche des acteurs, et de clichés à l’eau de rose ou plutôt au parfum éventé qui donne son titre au film. L’ennui gagne très vite face à ce ménage à trois sur fond de communisme après-guerre, d’envoyés de Moscou chargés de traquer et liquider les dignitaires nazis préparant leur exil, et de réussite sociale dans le prêt-à-porter. Les allers-retours entre le présent, où une Sylvie Testud tapote le scénario dans des chambres d’hôtel lyonnaises sur son Mac antique et rend visite à un Magimel outrageusement grimé, et le passé, mélodrame sans fougue et sans chair où deux frères convoitent la même femme, participent de la paresse dramaturgique ambiante. C’est du cinéma de prime time, mais son anémie

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Jappeloup

ECRANS | De Christian Duguay (Fr, 2h10) avec Guillaume Canet, Marina Hands, Daniel Auteuil…

Christophe Chabert | Mardi 12 mars 2013

Jappeloup

Plus scandaleux que l’affaire des lasagnes, l’acharnement du cinéma français à mettre du cheval à toutes les sauces sur les écrans. Après la comédie hippique qui pique comme un vin éventé (Turf), voici le biopic de la monture et de son destrier certifié 100% histoire vraie, avec la fine fleur des acteurs cavaliers dans les rôles principaux. Jappeloup cherche d’un bout à l’autre un angle pour raconter cette success story à la française, pendant que son réalisateur Christian Duguay, yes man canadien à qui on a curieusement accordé un titre de séjour, lui cherche vainement une forme. On sent l’armada de monteurs venus sortir le truc de la panade, tentant de dynamiser l’alternance mécanique de gros plans, plans à la grue et ralentis sur le canasson qui saute un obstacle, pendant qu’un groupe de script doctors prenaient la décision, absurde, de changer toutes les trente minutes de sujet : d’abord le jockey indécis, puis le lien père/fils, puis la réflexion sur le cavalier qui doit aimer son cheval, puis le triomphe seul contre tous. Dans tous les

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