Les nouveaux bistrotiers

Restaurants | Deux nouveaux restos mettent au placard les flaflas et les prétentions et envoient au déjeuner des formules bistrotières à moins de 20€.

Adrien Simon | Mardi 6 décembre 2016

Photo : © DR


"Bistro : petit restaurant sympathique et modeste", dit le dico. Est-ce que Le Cercle Rouge, qui vient d'ouvrir à deux pas de l'Hôtel de Ville, est modeste ? Pas au sens de médiocre, c'est certain. Il est petit, par contre (quatre tables en bas, et un étage sombre) et pas prétentieux pour un sou. Ce n'est pas un bistro d'époque, ni un "néo" ravalé à la sauce nordique. Un resto sans esbroufe, sans déco non plus, mais sincère, à haut quotient qualité + fraîcheur + sourire + prix.

Le patron est un reconverti : après des études de commerce, il a fait ses classes culinaires à l'Institut Paul Bocuse. Il a voyagé (Shangaï, Bahamas) et s'est rodé dans des cuisines étoilées. Le menu du soir offre des intitulés de plats mondialistes (courge au miso ; saint-jacques en tempura et algue nori ; ribs sauce bbq ; onglet de bœuf anglais au barbecue et sauce chimichurri).

Mais ce qui nous intéresse ici, c'est la formule du déjeuner. Pour 19€, on pouvait manger, cette semaine, de petites saint-jacques snackées, posées sur un velouté de potimarron. Suivies d'un beau pavé de lieu jaune, rôti au beurre, servi brûlant avec des pleurotes et de petits légumes juste poêlés, et nappé d'un jus vert. Et pour finir, une super tarte tiède à l'orange et aux amandes. Que demander de plus ? Peut-être (pour 4, 50€) un verre d'un épatant Saint-Pourçain du Domaine des Bérioles, ou, en rouge, de Côtes du Rhône méridionales, du Domaine de Montvac.

Receleur de bons vins

Dans un genre similaire, Curnonsky a ouvert au mois de septembre dernier, à la Croix-Rousse. Il se trouve littéralement "dans" le mur des Canuts, à l'angle de la très 90's résidence du même nom (peinte lors de la première mise à jour de la fresque). À l'intérieur, on ne peut pas rater les 134 bouteilles décoratives. La plupart sont siglées "bio" et de bonne réputation : signées Yann Bertrand, Mosse, Foillard, Roches Neuves, Mas Foulaquier, Mas de Libian, etc.

Au déjeuner, les jeunes tauliers (dont, là encore, un cuisinier surdiplômé, sorti de la faculté) proposent deux choix d'entrées, plats et desserts, dans leur formule à 19€. En cette semaine #48 on pouvait ainsi attaquer par une assiette de carottes (en soupe, en royale et en pickles), relevée d'une crème fouettée au raifort et de tuiles à la moutarde : une bonne entrée en matière, certes un peu foutraque. Et finir par cet adorable dessert d'assemblage : un biscuit aux noix, des amandes et pistaches caramélisées, des points de crémeux au chocolat et une boule de glace à la vanille.

Oui, oui, on tente d'oublier le plat... Un steak de thon sauce aux groseilles, très clairement sous-cuit, des navets (amers) et (ouf !) une agréable purée de pommes de terre. Le très joli verre de Crozes Hermitage blanc de Natacha Chave aidait à pardonner. Et rappelait les qualités de ce Curnonsky comme receleur de bons vins - à glouglouter sur place ou même à emporter.

Cercle Rouge
36 rue de l'Arbre Sec, 1er
Du mardi au samedi de midi à 14h et de 20h à 22h
Formule 15-19€. Dîner à partir de 27€

Curnonsky
14 rue Pelletier, 4e
Du mardi au samedi de midi à 15h, du jeudi au samedi et le lundi de 19h à 23h
Formule 15-19€. Dîner autour de 26€

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Arvine : vins d’Est

Restaurant | Entre Satho et la salle Rameau, un chic bistrot, doté d'une opulente carte des vins.

Adrien Simon | Jeudi 22 octobre 2020

Arvine : vins d’Est

Au début de l’été le nom d'Hippolyte Flandrin apparut dans la presse nationale. Dans l’incendie de la cathédrale de Nantes, Saint-Clair guérissant les aveugles (1836) fut malheureusement calciné, il était l’œuvre de cet élève d’Ingres, lauréat du prix de Rome. Le peintre est honoré à Lyon, sa ville natale : représenté dans la fontaine des Jacobins, une rue porte aussi son nom. Une ruelle qui depuis quelques années s’est remplie non pas d’ateliers d’artistes mais de commerces de bouche. Tous inscrits dans le renouveau actuel de la nourriture : mettant à l'honneur le travail artisanal, bio, local, sans oublier d'être jeune et cool. Un mouvement porté ici par le multi-primé et multi-tatoué restaurant La Bijouterie. Mais rue Flandrin, on trouve un représentant de la bonne bouffe pour tout domaine ou presque. Une boulangerie ? L’excellent Antoinette. Du fromage ? Le BOF de la Martinière. Des pizzas bio ? Hape. Des cocktails ? L’Antiquaire. De la bistronomie ? Hector. Il manquait un hommage au bon vin. On y vient. Cet automne la rue a vu ouvrir un nouveau venu sous l’enseigne Arvine. Le correcteur

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Tout Melville : L’Hexagone noir

Rétrospective | L’Institut Lumière a débuté une rétrospective intégrale de l’œuvre trop brève du pape du film policier français, Jean-Pierre Melville. Chapeau bas !

Vincent Raymond | Mardi 14 mai 2019

Tout Melville : L’Hexagone noir

Il n'y a pas de plus profonde singularité que celle de Jean-Pierre Melville (1917-1973) dans le cinéma français. Si ce n’est celle d’Alfred Hitchcock à Hollywood… Peut-être… À l’instar de son aîné britannique, le réalisateur français a imprimé une double marque dans le genre policier : en construisant sa silhouette entre mille reconnaissable (lunettes noires & Stetson), mais également en définissant un style de récit où l’action est aussi blanche que les peaux livides et les décors gris, douchés par la pâleur des lumières artificielles. Où les personnages épousent les marges, frayent avec l’ombre, côtoient l’interlope ; où le plomb du silence pèse sur des hommes confrontés à leur solitude, à leur destin et/ou à leurs démons intérieurs. L’amuï américain Cette “formule” trouvant sa quintessence dans Le Samouraï (1967), Melville l’obtient, en patient alchimiste, à force non d’ajouts mais de soustractions et d’épure — ne dit-on pas less is more outre-Manche ? Inspiré par le roman et le cinéma noirs américains, comme par ses a

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Melville : Son nom est stetson

Rétrospective Melville | On a tendance à voir dans le polar un genre par essence américain, essaimant de façon univoque sur les autres continents et cultures. S’il suffisait d’un (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Melville : Son nom est stetson

On a tendance à voir dans le polar un genre par essence américain, essaimant de façon univoque sur les autres continents et cultures. S’il suffisait d’un homme pour dénoncer ce postulat, il aurait un chapeau de cowboy et des lunettes teintées d’aviateur californien. Son nom ? Jean-Pierre Grumbach, dit Melville, cinéaste français comptant parmi les plus déterminants stylistes du 7e art ; auteur d’œuvres épurées jusqu’à l’abstraction cristalline, et maître incontesté de plusieurs générations de réalisateurs nippons, étasuniens ou européens, revendiquant avec déférence son ombre tutélaire. Franc-tireur dans l’industrie, partisan d’un contrôle total de ses productions, Melville a su également extraire de ses comédiens une fascinante quintessence : d’abord, la grâce féline du jeune Belmondo ; ensuite, l’aura hiératique d’un Delon minéral. Deux de leurs trois collaborations ont été retenues par le cycle Ciné-Collection pour illustrer l’œuvre au noir de Melville : Le Samouraï (1967) bien sûr, où le comédien, mutique et glacial, trouva les contours de son personnage totémique ; et Le Cercle rouge (1972), le plus co

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Melville, cinéaste des ombres

ECRANS | La rétrospective que lui consacre l’Institut Lumière est l’opportunité de redécouvrir le cinéma de Jean-Pierre Melville, et en particulier ses films noirs mythiques, dont l’origine est à chercher dans l’expérience de la résistance et sa reconstitution à l’écran dans "L’Armée des ombres".

Christophe Chabert | Mercredi 8 janvier 2014

Melville, cinéaste des ombres

Les tueurs à pardessus et chapeau mou, les flics qui les traquent sans états d’âme, froids comme la mort qu’ils finiront par donner, et la fine frontière qui sépare parfois ces deux côtés de la loi : voici l’essence du cinéma de Melville tel qu’il a été légué à une longue postérité. Cette légende s’appuie, dans le fond, sur quelques films qui, au fil des reprises, remakes avoués ou déguisés et rediffusions télé, ont rendu son œuvre légendaire. Citons-les d’entrée : Le Deuxième souffle, Le Cercle rouge, Le Samouraï, Le Doulos et le très minimaliste et abstrait Un flic, sa dernière production, qui a été vue soit comme un accomplissement, soit comme une caricature desséchée de son propre style. Une anecdote fameuse raconte que Melville lui-même jouait de l’ambiguïté : quelques temps avant sa mort, il tente de convaincre un producteur de s’engager sur un nouveau projet. À sa secrétaire qui lui demande de quoi le film va parler, il aurait répondu : «Dites-lui seulement que ce sera un Melville…». Nom de guerre : Melville Né Grumbach en 1917, Melville rejoint la résistance tandis que la France est occupée par les n

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