L'Opéra et les Nuits de Fourvière changent de têtes pour leur programmation musique

Mercato | Olivier Conan, en quittant son poste à l'Opéra, a entraîné un jeu de chaises musicales : Richard Robert quitte ainsi les Nuits de Fourvière pour le remplacer. Et Sophie Broyer, ancienne de l'Épicerie Moderne, débarque elle aux Nuits.

Sébastien Broquet | Mercredi 10 juin 2020

Photo : © Opéra de Lyon


Premier domino : Olivier Conan, l'actuel directeur de l'Amphithéâtre de l'Opéra de Lyon (qu'il a rebaptisé Opéra Underground à son arrivée) et du Péristyle, quittera ses fonctions le 31 août prochain. Il retourne à New York, où il dirigeait auparavant le club Barbès et le label du même nom, tout en œuvrant à ses activités de musicien (autrefois au sein du délicieux combo de cumbia péruvienne, Chicha Libre).

Pour le remplacer, déboulera dès le 1er septembre Richard Robert, ce qui est logique : c'est lui qui avait soufflé le nom de Conan à Serge Dorny, directeur de l'Opéra, quand celui-ci s'est mis en quête d'une forte personnalité capable de dynamiser son amphi qui ronronnait. Mais Richard Robert, depuis plusieurs années, s'occupait de la partie musicale du festival des Nuits de Fourvière — on lui doit quelques créations marquantes comme celle autour de Moondog, par exemple — aux côtés de Dominique Delorme. Âgé de 51 ans, il a longtemps été membre de la rédaction des Inrockuptibles, de 1993 à 2009, après avoir suivi des études d'Histoire à Lyon-III. L'ancien journaliste a également été programmateur et conseiller à la Biennale d'Art Contemporain, avant de rejoindre les Nuits en 2012. « Je connais très bien Olivier, nous confirme-t-il, j'étais charmé par ce qu'il a impulsé à l'Opéra. J'avais envie d'aller vers cette aventure-là, pas spécialement de quitter Nuits de Fourvière. J'y étais bien, j'ai adoré bosser avec Dominique Delorme, la page n'est pas facile à tourner d'autant que je pars sans avoir pu me battre sur notre terrain de jeu naturel avec l'annulation du festival. Mais prendre le relais d'Olivier me plaît, cette échelle du club m'intéresse, je m'y retrouve dans mon rôle de passeur. Fourvière m'avait amené sur d'autres échelles, j'y ai beaucoup appris. Je ne veux pas chambouler, même si j'amènerais ma patte personnelle. Mais la trame posée par Olivier, les concerts, les modules comme les documentaires ou le Disque du Siècle, je veux les pérenniser et en inventer d'autres. »

La passation ne se passe pas comme prévu : Olivier Conan est resté bloqué à New York pendant le confinement. « On échange beaucoup à distance », explique son successeur, qui pense déjà au futur : « je suis obsédé par l'idée de transmission, je vais chercher des idées autour de ça — surtout pas des masterclass — mais initier des rencontres, avec Vincent Ségal par exemple, à l'occasion d'un concert, oui. Et la transmission de la parole des musiciens, aussi : je suis frustré de ne pas les entendre raconter plus. C'est ce que je faisais avec le site L'Oreille Absolue. »

Dominique Delorme a déjà perdu l'été dernier Géraldine Mercier, qui occupait le même rôle que Richard Robert, mais pour le théâtre et le cirque ; elle est partie à l'ENSATT où elle est désormais directrice des études et de la production — même si elle garde finalement un rôle de conseillère auprès de la direction des Nuits. Avec le départ en moins d'un an de ses deux plus proches collaborateurs et renifleurs de talents, Dominique Delorme voit donc les Nuits de Fourvière entrer dans une nouvelle ère.

La grande Sophie

Et c'est Sophie Broyer, ancienne directrice de l'Épicerie Moderne, qui prend le relais côté musique aux Nuits de Fourvière et va incarner cette nouvelle ère. « J'en suis ravi, je l'apprécie sur le plan humain comme artistique, elle va forcément amener des choses en plus que moi et c'est très bien pour le festival ces mouvements » confie Richard Robert. Elle-même avait postulé pour la programmation de l'Opéra Underground en même temps qu'Olivier Conan, et n'était alors pas passée si loin : chemins croisés, décidémment, entre ces trois-là... Elle raconte : « je suis partie en 2013 de l'Épicerie Moderne. Ensuite, j'ai fait différentes missions de conseil sur les conditions de travail dans la musique, monté ma boîte, Trente-Trois. L'an dernier, j'ai ainsi participé dans le cadre des Nuits à la journée "les risques au travail dans le milieu du concert", animant un atelier. J'ai sollicité un poste, et fait runneuse sur le festival dans la foulée. Dominique Delorme m'a recontactée en février et m'a proposé le poste de Richard, qui s'en allait. »

Pas de grande révolution à redouter côté programmation : « Richard et moi avons des accointances, des scènes que nous partageons. J'aime le défrichage, mêler le populaire à la découverte, comme je le faisais à l'Épicerie. Sur la ligne artistique, je n'ai pas d'injonction de la part de Dominique Delorme : je suis là pour amener des pistes, des noms. » Pour sa première édition, il faudra aussi pour Sophie Broyer jongler avec les reprogrammations des dates annulées cette année, comme Rone et Thom Yorke qui ont déjà confirmé leurs reports à 2021 : « on va essayer de reprogrammer une bonne partie des artistes, mais ça reste encore très flou. »

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