Eddy Crampes, un chanteur d'une variété peu commune

Benjamin Mialot | Mardi 12 janvier 2016

À l'écoute des Cramps, certains se prennent à rêver de schoolgirls offertes à tout. La musique de leur homophone toulousain, Eddy de son prénom de belle gueule, convoque plutôt l'image de quelque trentenaire teigneuse dissimulant son immarcescible mélancolie sous des couches de fumées tabagiques et de mots d'esprits pop.

Elle a ici, sur le deuxième album sans titre de ce chansonnier qui depuis un peu plus de dix ans trace un méridien reliant l'écriture primitive de Daniel Johnston et l'emphase délicate du Dominique A d'antan (il a repris le premier et se revendique du second), pour prénom Anoucka, et sa bouille de grande gosse pensive (sur la pochette) n'a pas fini de nous hanter.

Car la musique d'Eddy Crampes est de celles qu'on se passe et se repasse quand les nuits ressemblent à des séjours en chambre sourde, bande son d'une vie moderne où «le bonheur est comme le courant alternatif», un coup souvenir (Les plus beaux jours), un coup devenir (Happy on Sunday). Des états que ce cousin de Franck Monnet, avec lequel il partage, outre son irrésistible timbre de confident mal rasé, une haute idée de la variété (cet art dérisoire qui pourtant dit l'essentiel), plaque sur des mélodies d'une belle Évidence, ourlées d'arrangements s'appréciant comme autant de chapitres d'un western intérieur légèrement alcoolisé.

Autant dire qu'entre lui et nous, c'est indubitable, comme avec La Souterraine et Objet Disque, partenaires officiels du renouveau de la francophonie pop, qu'on ne remerciera jamais assez d'avoir mis au jour pareil chanteur de charme.

STRN Fest : Eddy Crampes [+ Gontard! + Thomas Pradier et le Variété Underground]
Au Sonic samedi 16 janvier


STRN Fest

Gontard + Eddy Crampes + Thomas Pradier feat. Camille Bénâtre
Sonic En face du 4 quai des Étroits Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Quand on navigue dans les eaux troubles de La Souterraine, cette drôle de maison underground aux fondations poreuses et aux portes toujours ouvertes aux courants d'air frais d'une french pop pas comme les autres — peut-être la nouvelle french touch, s'il était besoin d'en avoir une —, on est forcément un ovni. C'est ce que sont les Aquaserge, Julien Gasc et autres Chevalrex dont les exploits funambules ont déjà été retranscrits ici (et dont on reparlera plus que prochainement). C'est avec ce dernier que va se produire un autre adepte du grand écart quasi vandammien, Eddy Crampes. Eddy Crampes comme la contraction d'Eddy Mitchell et des Cramps, Eddy Crampes comme la décontraction et la décomplexion absolue de la chanson française, dont la base arrière abrite de concert, le chanteur de l'amour défiscalisé Alain Barrière et la pop dématée de Daniel Johnston, de Burt Bacharach et d'Alain Souchon, dont on aurait jamais pensé accoler les deux noms dans le même référencement. Et comme choisir lui donne des crampes, Eddy reprend, couvre, habite les chansons des autres, comme il hante les siennes, avec une sorte de distance polie doublée d'un investissement total. Edd

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Revoilà madame La Souterraine, présentant un nouveau poulain. Oui, mais un poulain avec plusieurs rangées de dents et un aileron, naviguant en eaux troubles avant de fondre comme si de rien n'était sur sa proie, après quelques ronds dans l'eau menaçants et hypnotiques. Ce n'est ni plus ni moins que la manière de fonctionner de Requin Chagrin (© Michel Sardou pour le nom), gangue de requins auxquels on aurait collé un coup anesthésiant sur le museau (le seul moyen, paraît-il, d'échapper à une attaque) ou supprimé les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. Car Requin Chagrin prend les vagues comme on attaque sa vingt-huitième piña colada en bord de piscine un jour de canicule – avec une conviction légèrement entamée – mais, porté par sa belle nature, surfe comme personne : à deux à l'heure et la voix en mode sonar (mixée très en arrière, le groupe sur la plage, la chanteuse Marion Brunetto dans l'arrière-pays). Et quand le squale est lancé, pour peu que le pouls asymptomatique de cette batterie autiste s'accélère et que les synthés soient bien branchies, il y a intérêt à nager vite (redoutable tourbillon que le titre Le Chagrin).

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