Enfants du siècle

SCENES | La Meute, à peine quatre ans, produit ce qui se fait de plus remuant, de plus séduisant et de plus pertinent en matière de théâtre sur nos scènes locales. Après avoir malaxé Dostoïevski, voilà que ses membres triturent "Belgrade" d’Angelica Liddell et y adjoignent leurs émotions, eux qui sont nés sur les cendres de la guerre des Balkans. Attention, déflagration ! Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 18 février 2014

À l'heure du rendez-vous, ils arrivent… en meute ! Avant même d'entamer la conversation, voici la démonstration que les membres de cette compagnie ne travaillent pas en collectif par suivisme (en théâtre, ce terme s'emploie autant à tort qu'à travers) mais par nécessité. Parce que c'est ensemble qu'ils conçoivent leurs créations - metteur en scène, acteurs, musiciens travaillent à la même table - et que tout se mêle, disent-ils en chœur, leur vie comme leur travail, le privé et le public. Pourtant, de toute évidence, leurs pièces sont loin d'être de petits baratins nombrilistes entre amis. Il s'agit plutôt d'embrasser le monde avec une vigueur que bien des troupes peuvent leur envier.

Ils disent avoir rêvé ensemble de ce qu'allaient être leurs vies et être nés au théâtre en même temps qu'ils s'attachaient les uns aux autres. Ils sont passés qui par l'ENSATT, qui par l'école de musique de Villeurbanne, et se sont liés au Conservatoire de Lyon où, déjà, dans leur travail de fin d'étude (Les Foudroyés en 2010, d'après La Divine Comédie de Dante), se croisaient Joyce, Aragon, Handke, Boulgakov, Céline ou Goethe et la musique originale de Jean-Baptiste Cognet, balançant «toute (leur) bibliothèque sur le plateau» selon les mots de Thierry Jolivet. «C'était un bouillon fiévreux et bancal de ce qui allait advenir». Le spectacle sortira des murs de l'école pour être joué au Théâtre de l'Elysée, où le collectif présentera plusieurs de ses spectacles, dont Karamazov et Les Carnets du sous-sols, où l'on retrouve cet amour de la profusion, des machines ambitieuses, du temps qui s'étire (leurs spectacles font souvent deux heures) et où, malgré la dureté des situations empruntées à Dostoïevski, reste le «désir d'échapper à la tristesse», de ne pas se contenter de faire un pauvre seul-en-scène avant d'avoir les moyens de faire mieux.

Ni Dieu ni maître

Chez La Meute, la langue reste toutefois une composante fondamentale. Tout est extrêmement écrit et réécrit, avec un goût certain du lyrisme et de la poésie. Les classiques comme les contemporains sont une matière, à laquelle ils agrègent d'autres lectures (Musset, Nietzsche, Cioran… dans Belgrade) voire leur propre prose. Pourquoi ne pas garder le texte brut et originel ? «Par souci de raconter quelque chose de plus précis encore» répond le comédien Clément Bondu. Le collectif ne se contente pas de reprendre une œuvre, il se l'approprie. «Nous avons l'ambition de proposer une écriture au sens large» complète Thierry Jolivet, ajoutant que «l'idée est de faire œuvre, de prendre ses responsabilités artistiques». Dans une époque où ce courage-là fait souvent défaut, ce n'est pas rien.

La question du répertoire ne les intéresse d'ailleurs pas. Ce qui anime La Meute, c'est de construire «une communauté de pensée, éphémère». Mieux : «une rêverie commune». C'est qu'au théâtre, «j'ai régulièrement envie de mourir» confie Clément Bondu. «Le théâtre ne raconte plus que le théâtre au lieu de raconter le monde» constate t-il, lui qui se nourrit plus de musique et de littérature que d'art dramatique, «plus de Joy Division que de Strehler». Pourtant, nul mépris à l'égard de cette discipline, mais une mise au point : «aujourd'hui, le jeune théâtre français est plus vieux que l'ancien (Chéreau, Vitez…) dont on n'a jamais vu les pièces, faute d'avoir été en âge de le faire, et à peine des captations». Julie Recoing, comédienne dans Belgrade, précise : «Strehler et les autres ont été à l'origine d'aventures novatrices» mais, poursuit Jolivet, «ce n'est pas en les imitant qu'on leur rendra hommage». Logiquement, Vincent Macaigne, Sylvain Creuzevault (du collectif d'Ores et Déjà), les Chiens de Navarre, les Allemands Castorff et Ostermeier ou l'Argentin Enrique Diaz les rassurent. Ils ne cherchent pour autant pas à les copier et ne les vénérent pas non plus. Simplement ces artistes-là, comme eux, trempent dans une interdisciplinarité qui ne se nomme pas tant elle est leur essence.

C'est extra

Et voilà que pour évoquer leur dernière création, Belgrade, il est question de Léo Ferré, de Thomas Bernhardt, de Roberto Bolaño, de Limonov et du livre d'Emmanuel Carrère. Tous ont en commun ce sens du cri, que La Meute a transformé sur scène avec une maîtrise sidérante. Au jour des obsèques de Milosevic, entre chuchotements, larmes et rage, des témoins de cette guerre (apparatchik, reporter de guerre, croque-mort…) y disent ce qu'a été pour eux ce séisme du XXe siècle européen finissant. C'est aussi pour La Meute une façon de prendre la parole, presque dangereusement – cette histoire n'est pas qu'à eux, et d'affirmer que leur génération ne peut se départir d'être née avec la chute du Mur de Berlin et ce conflit-là, que ces événements leur ont fait prendre leur place dans ce monde dont le collectif aime à dire qu'il lui appartient en propre. Belgrade est un spectacle à la hauteur de l'ambition que Thierry Jolivet et ses acolytes y ont placé : un des plus marquants qui nous ait été donné de voir ces dernières années.

Belgrade
Au Théâtre Jean Vilar hors les murs (salle polyvalente) de Bourgoin-Jallieu, mardi 25 et mercredi 26 février

Karamazov
Au centre Charlie Chaplin de Vaulx-en-Velin, jeudi 10 et vendredi 11 avril


Belgrade

D'Angélica Liddell, ms Thierry Jolivet, Cie La Meute, 1h50. Dans Belgrade, à l'heure des obsèques de Milošević, une reporter part à la rencontre des bourreaux et des victimes
Théâtre Jean Vilar 12 rue de la République Bourgoin-Jallieu
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Karamazov

D'après Dostoievski, ms Florian Bardet, collectif La Meute. Histoire d'un parricide, un père enflé de débauche et d'opulence
Centre culturel Charlie Chaplin Place de la Nation Vaulx-en-Velin
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Thierry Jolivet : grand rassemblement

Portrait | À 32 ans, Thierry Jolivet s'apprête à monter sur scène Vie de Joseph Roulin, ce facteur et ami de Van Gogh dont l'écrivain Pierre Michon a fait œuvre. Autour de lui, des musiciens et des membres de leur Meute avec laquelle il avait éclaboussé le théâtre lors de la création de Belgrade en 2013. Itinéraire en construction.

Nadja Pobel | Mardi 10 décembre 2019

Thierry Jolivet : grand rassemblement

Il a eu, à l'adolescence, « une passion intense et totale » pour le cinéma mais en aucun cas faire du théâtre n'est une compensation pour le metteur en scène Thierry Jolivet. Enfant, entouré de ses parents profs, il a bien fait quelques ateliers théâtre entre Vienne et Lyon où il grandit mais c'est au lycée Saint-Ex, sur la Croix-Rousse, en suivant les cours de Catherine Marion qu'il voit ses premières pièces, car auparavant sa connaissance en matière de théâtre « était nulle ». Voici qu'il ingurgite des spectacles monstres : Le Dernier Caravansérail d'Ariane Mnouchkine à la Cartoucherie de Vincennes où il se déplace avec l'établissement scolaire ou Les Vainqueurs d'Olivier Py, « où Christophe Maltot tient la baraque pendant dix heures ! » se souvient-il. Pourtant, le bac en poche, c'est en cinéma qu'il s'inscrit à Lyon 2 où il dit s'ennuyer « sauf au cours de Rebecca Zlotowski », la (future) réalisatrice de

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Les prédateurs de la nuit : "La Belle et la Meute"

ECRANS | de Kaouther Ben Hania (Tu-Fr-Sue-No-Lib-Qa-Sui, 1h40) avec Mariam Al Ferjani, Ghanem Zrelli, Noomane Hamda…

Vincent Raymond | Mardi 17 octobre 2017

Les prédateurs de la nuit :

Étudiante à Tunis, Mariam participe à une soirée de bienfaisance durant laquelle elle rencontre Youssef. Leur idylle naissante est dramatiquement interrompue par une patrouille de police et Mariam violée par ces prétendus “représentants de l’ordre”. Son enfer ne fait que débuter… Révélée par le documenteur incisif Le Challat de Tunis (2015), Kaouther Ben Hania poursuit dans la même veine tranchante, dénonçant encore et toujours le sort réservé aux femmes en Tunisie — un Printemps arabe, pas plus qu’un Prix Nobel de la Paix ne suffisent hélas à balayer des années de machisme ni de patriarcat. La cinéaste use ici d’une forme de narration radicale, mais appropriée : de longs plans-séquences montrent la victime en proie à une cascade de violences psychologiques, ajoutant à son traumatisme. Chacun figure l’une des insoutenables étapes de son interminable calvaire intime, aggravé par des mentalités étriquées et une barbarie administrative (à l’hôpital, au commissariat) rappelant par instants l’excellent I am not Madame Bovary de Feng Xiaogan

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La Belle et la Meute

Avant-Première | Le souffle du Printemps arabe n’a pas débarrassé les Tunisiens des oppressions, ni purgé certaines mentalités de ses réflexes archaïques. Réalisatrice du (...)

Vincent Raymond | Mardi 3 octobre 2017

La Belle et la Meute

Le souffle du Printemps arabe n’a pas débarrassé les Tunisiens des oppressions, ni purgé certaines mentalités de ses réflexes archaïques. Réalisatrice du documenteur Challat de Tunis (2013), Kaouter Ben Hania signe avec La Belle et la Meute une glaçante fiction montrant le sort peu enviable d’une jeune femme violée par des policiers. Un film en quasi temps réel, à découvrir en avant-première. La Belle et la Meute Au Lumière Terreaux ​le lundi 9 octobre à 20h30

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Les films de la rentrée : comme une faim de 2017

14 pépites pour appétits cinéphiles | Bien sûr, on en oublie. Mais il y a fort à parier que ces quatorze films constituent des pierres de touche de la fin 2017. En attendant (entre autres), Joachim Trier, Depardon et Kathryn Bigelow, bon appétit !  

Vincent Raymond | Mercredi 30 août 2017

Les films de la rentrée : comme une faim de 2017

Mother! de Darren Aronofsky Initialement programmée pour novembre, la sortie du nouveau Aronofsky a été avancée pour cause de sélection vénitienne et c’est, à bien des égards, une excellente nouvelle. Déjà victorieux sur la Lagune avec The Wrestler en 2008, l’auteur de Requiem for a dream et de Black Swan convoque ici du lourd — Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Michelle - toujours active - Pfeiffer, Ed Harris — pour ce qui s’annonce comme un bon vieux thriller des familles, mâtiné de fantastique dérangeant. La double affiche préventive, offrande de style sulpicien revisité grand-guignol, tient de la promesse merveilleuse ; il faudra cependant patienter jusqu’à la clôture d’une très alléchante Mostra — le festival qui, désormais, donne avec Toronto le tempo des Oscar — pour savoir si ce mystérieux flacon recèle l’ivresse escomptée. Le 13 septembre

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La Famille royale : les loups de Wall Street

Théâtre des Célestins | Il y a parfois des événements qui tiennent leurs promesses. La création de La Famille royale par La Meute est de ceux-ci. Un auteur vivant (!) et américain, les bas-fonds d'une société moisie — la nôtre —, du rock en live... sous les décombres, le metteur en scène Thierry Jolivet trouve même une once de lumière : celle du théâtre.

Nadja Pobel | Mardi 10 janvier 2017

La Famille royale : les loups de Wall Street

« Qui connaît la plus belle mort ? Le soldat qui tombe pour sa patrie ? Ou la mouche dans mon verre de whisky ? » Voix paisible, micro en main prononcé par une sorte de MC décati, c'est avec ces mots que commencent quatre heures d'une plongée dans les bas-fonds de San Francisco, l'envers d'une american way of life si fantasmée, si peu avérée. Et s'il manque à la distribution un métissage culturel (quoique cette remarque ne soit peut-être qu'un délit de faciès inversé et très en vogue dans le théâtre actuel... David Bobée, suivez mon regard) et au plateau un supplément de poussière (difficile de restituer le crad'), le reste est là. Viscéralement là. Tyler Brady, détective privé, renonce à suivre un énième mari infidèle, car à quoi sert de payer pour souffrir plus encore, dit-il à l'épouse inquiète et demandeuse. Non ! Il va répondre à la commande de son frère, un homme d'affaire sans limite, John Brady. Objectif : débusquer la Reine des putes pour ouvrir un bordel virtuel. Mais Tyler va s'enfoncer corps et âme dans les rues sombres et puantes, aimer cette Majestée retrouvée et tenter de pans

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Beaucoup de promesses sur les scènes

Théâtre & danse | Quelques grands noms du panthéon théâtral et de nombreux trentenaires au talent cru : voilà de quoi remplir la deuxième moitié de saison qui, espérons-le, sera plus nourrissante que la première.

Nadja Pobel | Mardi 3 janvier 2017

Beaucoup de promesses sur les scènes

Étrange début de saison où les seules vraies émotions ont émané du solo de Vincent Dedienne, de deux des trois Fugues par le Ballet de l'Opéra, de la petite forme Udo de La Cordonnerie, du best of des Subs ou de La Cuisine d'Elvis à la Comédie de Saint-Étienne ; justement, son directeur Arnaud Meunier viendra bientôt avec son spectacle pour enfants Truckstop au TNG puis Je crois en un seul Dieu aux Célestins, où il retrouvera Stefano Massini après Chapitres de la chute. La Meute est de retour L'attaque en trombe de 2017, confiée à La Meute, devrait faire mentir cet automne morose : avec La Famille royale dès le 4 janvier au Toboggan (dont la directrice Sandrine Mini est poussée vers la sortie par sa municipalité) déjà, et dans la foulée aux Célestins qui ont l'intelligence de leur faire de nouveau confiance. Après Belgrade, la jeune troupe adapte le roman sulfureux et vigoureusement

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La saison théâtre 2016/2017 : Chroniques d'un mal annoncé

Quand le théâtre se penche sur notre époque | Des raisons d'espérer ? Il n'en reste pas beaucoup. La saison qui vient de s'écouler fut noire en France comme ailleurs. C'est à partir de ce terreau sombre, celui du Mal, que les artistes nous éclaireront le temps d'un spectacle. Voici les meilleurs à venir. De quoi ne pas (trop) se décourager. Et même de rire.

Nadja Pobel | Mardi 6 septembre 2016

La saison théâtre 2016/2017 : Chroniques d'un mal annoncé

Ce pourrait être l'événement (encore) de cette année : Acceso, porté par Roberto Farias, un inconnu au bataillon, est une pièce dont on ne se remet pas qui sera de nouveau à Lyon (aux Célestins, petite salle, du 8 au 19 novembre). On l'avait vu il y a un an ; le spectacle était programmé dans le si vivifiant festival Sens Interdits. Une heure durant, le comédien est seul sur une scène réduite au minimum et il circule, cherche à dire ce qu'a été, gamin, sa vie sous Pinochet : élevé par des prêtres qui le violaient mais lui donnaient, eux, de l'amour quand sa nation l'abandonnait. Le danger rôde dans la salle, accompagnant ce personnage qui maintenant ne craint plus rien. Farias épouse son rôle d'une manière absolument troublante, profondément déstabilisante. Pablo Larrain, cinéaste remarquable et remarqué (Ours d'argent pour

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Le Conservatoire, tanière de la Meute

SCENES | Si La Meute existe, c'est grâce au Conservatoire régional de Lyon, où les membres du collectif se sont trouvés. Le responsable et initiateur de cette formation, Philippe Sire, revient pour nous sur ce projet pédagogique peu commun.

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

Le Conservatoire, tanière de la Meute

Auréolée de son prix du public au festival du théâtre émergent Impatience en 2014, voici donc La Meute lâchée sous les lambris dorés des Célestins (qui, nous murmure-t-on, n’en sont qu’au début de leur histoire avec elle). Avant cela elle a, à l'instar du collectif Bis – aujourd’hui intégré au théâtre permanent de Gwenael Morin – ou des comédiens Thomas Rortais, Antoine Besson et Charly Marty, fait ses armes au Conservatoire "à rayonnement régional" de Lyon selon un parcours bien particulier : le cycle d’orientation professionnelle. Situé à mi-chemin entre la pratique amateur et l’enseignement supérieur, ce COP a été initié il y a neuf ans par Philippe Sire après qu'il ait fait le constat que l’agglomération lyonnaise, et à plus forte raison la région Rhône-Alpes, recelait un fort potentiel de jeunes désireux de se former afin d’intégrer des écoles telles que l’ENSATT ou la Comédie de Saint-Étienne. Surtout, Philippe Sire a imaginé un projet pédagogique suffisamment complet pour que les élèves échouant à ces concours puissent devenir professionnels malgré tout, accordant une place importante à la dramaturgie et au fait de savoir «pourquoi on fait du théâtre, à que

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Thierry Jolivet a faim de théâtre

SCENES | Avant d'être le metteur en scène de "Belgrade" et quelques autres pièces du collectif de La Meute, Thierry Jolivet, pas acquis au départ à la cause théâtrale, s'est formé à l'acteur. Portrait.

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

Thierry Jolivet a faim de théâtre

Thierry Jolivet voulait faire des films. Il a d’ailleurs suivi des études de lettres et de cinéma. Des désirs d'une jeunesse pas si lointaine (il est né en 1987) dont il ne s'est pas tant éloigné en devenant metteur en scène de théâtre. Parce qu’il ne «connaissait rien à l’acteur», il s’est confronté et collé lui-même au plateau en frappant à la porte du Conservatoire de Lyon. C’est là que se forme La Meute, collectif qui réfute ce terme employé à tout-va dans le théâtre contemporain, bien qu'il dise parfaitement l'envie de ses membres de travailler ensemble. Thierry Jolivet n’est ainsi pas le seul à diriger leurs spectacles, les rôles tournent. Quand il pilote (Les Foudroyés, Le grand Inquisiteur, Les Carnets du sous-sol, Italienne, Belgrade depuis 2010), il ne joue pas. Mais il fait le comédien dans leurs autres productions. Et exclusivement chez Laurent Brethome (qui enseigne l'art dramatique au dit Conservatoire), notamment dans sa version décapante et délocalisée dans des docks des Fourberies de Scapin

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Belgrade, entre chiens et loups

SCENES | Depuis la présentation, voilà deux ans, d'une maquette de "Belgrade" d’après Angelica Liddell, nous n’avons plus que le nom de La Meute en bouche. Son théâtre viscéral et férocement contemporain arrive enfin dans une grande salle, celle des Célestins. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

Belgrade, entre chiens et loups

Le 15 mars 2013, le Théâtre des Ateliers offre son plateau à un jeune collectif venu montrer son travail en cours aux professionnels de la profession. Il s’appelle La Meute. Ensemble, ses membres ont jusque là monté de brillantes mais parfois trop touffues adaptations de Dostoïevski, où l’incandescence du maître russe les guide, notamment dans le fascinant Les Carnets du sous-sol, mais aussi le plus nébuleux Le Grand Inquisiteur. En sortant de la représentation de Belgrade, il est indéniable qu’un moment fort a eu lieu. De ceux qui laissent sonnés et interdits. Á cette époque-là, Vincent Macaigne a déjà déposé un beau cadavre dans le cloître des Carmes à Avignon, Julien Gosselin (metteur en scène des Particules élémentaires) est encore inconnu au bataillon, sauf dans ce Nord qui l’a formé, et les collectifs ont eux le vente en

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Deuxième départ

SCENES | Après un premier tiers de saison assez calme, l’activité théâtrale s’intensifie nettement cette rentrée. Entre stars de la scène locale et internationale, créations maison et découvertes à foison, revue de détails. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 6 janvier 2015

Deuxième départ

Une Biennale de la danse enchaînée avec les vacances de la Toussaint auront bien grévé la dynamique théâtrale de ce début de saison, sauf à la Croix-Rousse qui a, en apnée, aligné Laurent Brethome, Emmanuel Meirieu, David Bobée et Pierre Guillois. Le rythme n'y faiblira pas en 2015 avec notamment les très attendus Elle brûle (mars) du duo féminin Mariette Navarro / Caroline Guiela Nguyen et Discours à la nation (avril), manifeste d'Ascanio Celestini dont s’est emparé David Murgia du Raoul Collectif. Claudia Stavisky se confrontera elle à nouveau à un texte britannique après le très réussi Blackbird, en montant pour la première fois en France En roue libre (j

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Laurent Brethome mène Scapin à bon port

SCENES | On l’avait laissé ce printemps avec un épatant travail avec les élèves du Conservatoire de Lyon ("Massacre à Paris"), revoici Laurent Brethome qui rend aux "Fourberies de Scapin" leur noirceur, nous entraînant dans les bas-fonds portuaires armé d’une solide équipe de comédiens. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 7 octobre 2014

Laurent Brethome mène Scapin à bon port

Mille fois joué, vu, lu, Molière est inaltérable. Sa langue et son sens de l’intrigue subjuguent encore, en particulier dans cette comédie entre fils de bonne famille. Laurent Brethome, qui n’en est pas à sa première adaptation d'un classique (Bérénice, On purge bébé), a su en saisir la noirceur sans pour autant condamner – bien au contraire – la farce. Nous voici donc au cœur des docks (à l'origine, l'action se déroule à Naples), entre des cubes métalliques, un brouillard comme émanant d’une mer proche qu’on imagine sans peine. Un décor aux abords duquel Calais et ses camps de migrants ne dépareilleraient pas. Octave voudrait épouser Hyacinthe, mais est promis par son père à une autre. Léandre, lui aussi est empêché par son paternel de se marier à la soi-disant gitane Zerbinette. Au milieu Scapin œuvre pour la paix des ménages en maniant la batte de baseball. Surgit de leurs dialogues non pas une pantalonnade, mais bien le côté obscur de ces pères tout puissants, fussent-ils habillés comme les bandits modernes de la finance (Argante) ou, plus négligemment, comme des dandys ratés (Géronte), leur avarice et leurs petits arrangements avec la justice, corr

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Des paroles et des actes

SCENES | Ils sont jeunes, misent sur l’acteur et adaptent des textes peu théâtraux. Ils font pourtant bel et bien du théâtre, avec un engagement total, signant des spectacles remuants et intelligents. Balade dans une saison marquée du sceau de cette génération éprise de narration. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

Des paroles et des actes

Raconter. Parfois de manière saccadée ou par le prisme de plusieurs personnages. Mais dire le monde avec force et rage. Voilà l'intention qui semble traverser la saison théâtrale 2014/2015, portée par une génération qui ne tutoie pas encore les quadragénaires, quand elle n'a tout simplement pas encore franchi la barre des trente ans. Première pièce emblématique de ce constat : Les Particules élémentaires (aux Célestins en février). Houellebecq lui-même n’a pas quarante ans quand il écrit son deuxième roman, hybride à deux têtes où, à travers les vies de deux frères, l'une hippie, l'autre trop calibrée, se dessinent le désenchantement, l’annihilation du bonheur et l’avènement du clonage scientifique. Véritable gifle, sans concession avec son époque mais parcourue par un souffle romanesque évident, ce livre n’avait jamais été porté à la scène en France alors que nos voisins européens (et notamment les Allemands) s’en sont depuis longtemps délectés. Il a fallu attendre que Julien Gosselin sorte de l'école du Théâtre du Nord, à Lille, et que dès sa deuxième mise en scène, il prenne à bras le corps ce bouquin paru alors qu'il n’avait que onze ans. Av

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Jeunes confidences

SCENES | Et si on misait sur la relève en ce début d’année ? Les grands noms du théâtre auront beau être à Lyon tout au long des six mois à venir, c’est en effet du côté des jeunes que nos yeux se tourneront prioritairement. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 3 janvier 2014

Jeunes confidences

Enfin ! Enfin le théâtre des Ateliers est sorti de son état végétatif. Et la relève est tout un symbole, puisque c'est Joris Mathieu, adepte de la vidéo, qui en a été nommé directeur à la place du fondateur Gilles Chavassieux (lequel ne créera plus dans ce lieu). Autre désignation importante, celle de Sandrine Mini au Toboggan à Décines. D’autres directeurs tireront eux leur révérence : Roland Auzet à la Renaissance, par envie de reprendre son travail de compagnie, et Patrick Penot aux Célestins, pour cause de retraite. C’est d'ailleurs dans ce théâtre qu’il sera possible de découvrir le travail de Mathieu avec Cosmos de Witold Gombrowicz (février). D'une manière générale la jeune génération (disons les moins de quarante ans) fera l'actu de la rentrée avec Mon traître d’Emmanuel Meirieu (voir page 16) au Radiant, Dommage qu’elle soit une putain de John Ford par Marielle Hubert au Radiant encore (plus tard en janvier), qui s’annonce d’une curieuse violence mêlée de douceur, mais aussi l’exceptionnelle venue d’Howard Barker à Lyon, convaincu par la comédienne Aurélie Pitrat du collectif nÖjd de m

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Avignon - Jour 2 - Tous azimuts

SCENES | "Ping Pang Qiu", "Orphelins" et "Concerto pour deux clowns".

Nadja Pobel | Vendredi 12 juillet 2013

Avignon - Jour 2 - Tous azimuts

Il nous a fallu laisser Angelica Liddell sur le côté pour enfin attaquer le Off du festival. Mais l'Espagnole n'est pas du genre qu'on oublie : récemment, son texte Belgrade avait résonné d'une manière absolument bouleversante au Théâtre des Ateliers,  grâce au collectif La Meute, et nous attendons depuis que cette création soit diffusée pour vous en parler plus longuement. À Avignon, elle met en scène ses propres textes, dont Ping Pang Qiu, dont le nom fait référence à la "diplomatie du ping-pong" - un échange de joueurs entre la Chine et les États-Unis dans les années 70, grâce auxquels les deux pays entretiennent depuis de bons rapports économiques, tant qu'il n'est pas question de droits de l'homme. Un travail documentaire à quatre voix, parfois trop délirant (le final où tout le monde se jette des nouilles chinoises à la figure) mais bien souvent instructif et intransigeant avec une Chine plus aimée que dénoncée.  De son côté, la comédienne Valérie Marinese, déjà aperçue au Théâtre de l'Elysée à Lyon joue dans Oprhelins, une très bonne pièce d'un dramaturge anglais contemporain, Den

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Jeunesse dorée

SCENES | Ils sont à peine trentenaires et font du théâtre sans retenue. Certes, Johanny Bert et Thierry Jolivet n’en sont pas à leur coup d’essai. Mais ils livrent avec "Le Goret" et "Les Carnets du sous-sol" des spectacles aussi radicalement différents qu’aboutis. Presque un travail de vieux briscards du théâtre. Découverte. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 23 novembre 2012

Jeunesse dorée

La première image du Goret est un plateau incliné à presque 90° sur lequel un homme est tranquillement assis, comme si tout allait bien. Pourtant tout déraille, à commencer par lui, interné. Durant 1h30, Franck, surnommé P’tit Goret par les habitants de son village irlandais, discute, s’énerve, étreint son entourage - souvent aussi patraque que lui. Au plateau, Julien Bonnet incarne ce féroce désordre intérieur avec une dextérité peu commune. Le metteur en scène, Johanny Bert, qui avait réussi à susciter de l’émotion avec un spectacle à base de bouts de papier, Post-it, nourrit pour sa part son spectacle d’une inventivité et d’une tendresse folles. Et s’il y a ici moins de marionnettes que dans son Opéra du dragon, il offre à son acteur des têtes de mousse d’apparence humaine pour l’accompagner dans son monologue.  Tout est finement travaillé, répété avec un respect total pour le texte, l’équipe et les spectateurs. Un magnifique théâtre accidenté et réconfortant, qui transfigure les difficultés inhérentes à cette pièce écrite par Patrick McCabe à partir de son célèbre roman The Butcher Boy. Salir le sol

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La Meute

ECRANS | De Franck Richard (Fr-Belg, 1h25) avec Émilie Dequenne, Benjamin Biolay, Yolande Moreau…

Christophe Chabert | Mardi 21 septembre 2010

La Meute

Les vingt premières minutes de "La Meute" sont encourageantes : ambiance trou du cul du monde réussie, dialogues percutants à la Bernie Bonvoisin, casting à contre-emploi efficace. On nage alors dans une comédie très noire, qui s’arrête net avec l’irruption de l’horreur et du fantastique. Le film n’a alors plus grand-chose à raconter, sinon les lieux communs du genre — des monstres dégueux, des humains obligés de se liguer pour lutter contre la menace comme dans certains Hawks. Étrange sensation d’une série B partie en trombe et qui tombe en panne sèche dès son premier tiers, se contentant alors de remplir pour remplir, sans espoir de retour. CC

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