Les Chartreux

Mandelieu La Napoule : fouler l'Azur

Publié Jeudi 30 avril 2026

Alpes-Maritimes / Puisque les longs week-ends de mai se profilent, sortons, une fois n'est pas coutume de notre région, pour aller mettre les pieds dans la Méditerranée et découvrir une Côte d'Azur étonnamment méconnue. À la sortie du sauvage massif de l'Esterel, et en avant de Grasse, Mandelieu - La Napoule séduit avec ses deux châteaux aux histoires rocambolesques, même si, pour l'iconique mimosa il faudra revenir l'hiver prochain.

Photo : Château de La Napoule © Camille Moirenc OTC Mandelieu

Le voyage commence, comme bien souvent, dans le train. Rallier la Côte d'Azur depuis Lyon, ce n'est pas si long (4h30). Jusqu'à Marseille, on peut laisser tomber le bouquin et les écrans pour voir les plages défiler. La petite gare où il faut descendre est un point de soudure entre Mandelieu, sur les hauteurs, et le port de La Napoule, deux communes réunies depuis 1836. On y trouve pas vraiment de centre-ville : des commerces utilitaires en haut, des échoppes et des restos de mer... en bord de mer. Mais aussi 6 km de sentiers piétons autour de la Siagne, une rivière qui coule depuis l'Esterel pour se jeter après quelques entrelacs dans la mer. 

Côté terre, le massif ocre et volcanique de l'Esterel est facilement accessible depuis la ville qui constitue une bonne base pour aller marcher ou faire du VTT. D'ailleurs, si vous n'avez pas le temps de l'explorer (munissez-vous du guide des 15 balades à l'office du tourisme), ne manquez pas de grimper, en pleine ville, sur le San Peyre. Le chemin est très praticable et dure une vingtaine de minutes en montée depuis la rue de la Poste pour embrasser tous les environs à 360°. On aperçoit la plus grande forêt de mimosas d'Europe qu'est le Tanneron, les pré-Alpes, le Mercantour, le golfe de La Napoule, le cap d'Antibes et les deux îles de Lérins au large de Cannes. Il s'agit d'un "quartier" inhabité si ce n'est par des moines, qui font bien sûr de l'alcool (du vin ici plutôt que de la liqueur).

Autre façon d'arpenter la ville : le très charmant sentier du littoral. Très aménagé, il serpente entre la mer et la terre sur un kilomètre. On y découvre une ville moins construite que ses voisines, grâce aux hectares de golfs qui garantissent des espaces verts arrosés par récupération d'eau. 70% de la ville est intouchable et inconstructible. Deux bâtiments se détachent cependant. Il s'agit des deux châteaux rouges de l'Esterel, avec des histoires radicalement différentes et pas moins passionnantes, Agecroft et celui qui n'a pas d'autre nom sinon La Napoule.

Le château de La Napoule

Il n'en reste que deux tours et une maison bourgeoise du 16e siècle quand le couple d'Américains émigrés à Paris, les Clews, le découvre et décide de s'y installer en 1918. Richissime de par son mariage précédent pour elle (Elsie, dite Marie), et de par son père banquier pour lui (Henry), ils vont avoir tout le loisir de le restaurer de façon iconoclaste. Ils créent des remparts, un cloître avec les pierres de l'Estérel en s'inspirant à la fois des arts premiers, des arts asiatiques et précolombiens. Peintre et surtout sculpteur, proche de Rodin, Henry s'amuse à faire un bestiaire en haut des colonnades, sur les portes de chêne. Marie chine en Espagne une massive porte de bois dorée issue d'une chapelle du 17e. Aujourd'hui, outre le magnifique jardin qu'elle voulait vert et blanc et sans trop de fleurs auquel elle s'est attelée (classé du label national Jardins remarquables), 4 salles, en marbre de Vérone, se visitent avec un guide et même bientôt sans, dont l'atelier d'Henry et ses nombreux bustes en bronze, en bois, en albâtre, en pierre qui restent là. Déçu par les marchands et critiques d'art qui n'avaient pas trop accordé de valeur à ses peintures, il a continué à créer ici, où il est enterré comme son épouse, dans des tombeaux ouverts, pour que leurs âmes se retrouvent en haut de la tour une fois tous les cent ans ! Des témoignages de leurs soirées déguisées s'affichent en peinture sur les murs de cette maison où est inscrit au frontispice « Once upon a time ». Il est bon de noter que monsieur se prenait pour Don Quichotte et se faisait surnommer la Mancha ! L'étage est privé et appartient à la famille qui a créé une fondation pour gérer ce château où sont encore accueillis en permanence des artistes contemporains, fidèlement aux intentions de Elsie. Les peintres et tisseuses américaines Kaitlyn Tucek et Erin LeAnn Mitchell sont programmées cet été dans ce petit bijou où a été tourné En attendant Bojangles il n'y a pas si longtemps.

Le château d'Agecroft

Ce nom ne sonne pas très azuréen et pour cause. Quand un Écossais, Harry Leland de Langley tombe amoureux de la région, au début du 20e siècle, il achète 100 hectares sur les hauteurs du port de La Napoule (dix sont toujours exploités et c'est déjà grand). Il fait construire ce château et lui donne le nom d'une propriété de son grand-père. Il s'en sépare au sortir de la Deuxième Guerre mondiale car il est saccagé mais ne veut pas que ça atterrisse dans les griffes de promoteurs sans scrupule. Il va tomber dans l'escarcelle des Houillères du bassin du Nord-Pas-de-Calais. Son DG, Léon Delfosse, souhaite que ses employés, atteints souvent de silicose et menacés de morts prématurées, respirent le temps de leurs vacances. Durant 40 ans, ce sera leur endroit, souvent ils reviendront à Mandelieu une fois à la retraite au point que 40% des habitants actuels ont un rapport avec le Nord. Agrandi au fil des années, racheté par le comité d'entreprise d'EDF, Agecroft est toujours dédié aux vacanciers via le groupe Miléade depuis deux ans. De quoi se loger (4 nuits minimum) pour pas trop cher dans un cadre splendide. Salle de spectacle (de 400 places !), piscine, activités incluses et même un resto qui accueille aussi les non-résidents pour 27€ le menu en mode buffet (de qualité !) à volonté, vin compris. Qui a dit que la Côté d'Azur était inaccessible ?

Grasse, évidemment
Il serait dommage de ne pas aller faire un tour dans la capitale mondiale du parfum, Grasse (située à 20 km de Mandelieu, il suffit de faire un changement à Cannes en train). Au-dessus de Mandelieu, à flanc de colline, de charmantes ruelles escarpées de cette ville réhabilitée et colorée, se parcourent à pied, avec ici et là, l'été, des brumisateurs... parfumés bien sûr ! Au 16e siècle, Catherine de Médicis ramène d'Italie la mode des gants parfumés dans son royaume. Les tanneurs de Grasse s'emparent de cette mode pour passer de maître gantier à maître gantier-parfumeur puis à maître parfumeur. Les plus grandes marques du monde font ici leurs récoltes de rose antifolia, de tubéreuse, de jasmin, de fleur d'oranger, de violette et de mimosa au point que l'UNESCO reconnait ce patrimoine immatériel en 2018. Galimard, Molinard et Fragonard s'affichent dès l'entrée de la 5e ville des Alpes-Maritimes (55 000 habitants). Ce dernier propose même trois musées dans la ville du célèbre peintre à qui elle a emprunté son nom en même temps que son fondateur, Eugène Fuchs y créait son entreprise il y a tout juste cent ans. La 4e génération (3 sœurs), la famille Costa désormais, est toujours à la tâche et une vingtaine de personnes travaillent dans la maison historique pendant que des guides nous font découvrir gratuitement comment tout cela se fabrique (conditionnement, macération, savonnerie...) jusqu'à la boutique, bien souvent irrésistible. Distribués dans des bouteilles en alu (qui conservent les fragrances plus longtemps que du verre exposé à la lumière), eaux de toilette (10% d'huiles essentielles, 10% d'eau et 80% d'alcool - l'éthanol) et parfums, (24% d'huile essentielle et de l'alcool) n'auront plus de secret pour vous. Mais, depuis une vingtaine d'années, de téméraires parfumeurs indé se font une place à l'instar de Didier Gaglewski (12 rue de l'Oratoire). Dans sa petite boutique, on trouve, entre autres, son ironique « cambouis » aux odeurs de bois de cèdre, basilic, d'essence de bouleau. Grasse, c'est aussi cela. Ainsi qu'une cathédrale en pierres massives, (Notre-Dame du Puy) qui affiche rien moins que trois tableaux de Rubens !


Où dormir et où manger à Mandelieu ?

Casarose / Piscine, 72 hébergements avec petit déjà inclus. A partir de 115€ la chambre double dans cet hôtel 4 étoiles repris en 2021 et complètement repensé par les Frères Larose longtemps implantés à la Confluence de Lyon (cube orange, Dock 40...) pour en faire une petite Californie les pieds dans la Siagne. Cette bonbonnière est un cocon. Possibilité de se restaurer sur place midi et soir et de siroter un cocktail. . 780 avenue de la Mer

Château d'Agecroft / Mileade. 90 chambres et 75 appartements. Ouvert de Pâques à mi-octobre. À 5 minutes à pied de la gare. 510€ les 4 nuits pour 4 personnes en mai. 318 avenue du Capitaine de Corvette Marche

Où manger une glace ?

Cascade des glaces. Ne pas manquer de goûter la glace du mineur (charbon végétal, chicorée, caramel) ! Place de la fontaine

Que visiter ?

Château de La Napoule.

Avenue Henry-Clews. Ouvert jusqu'au 20 septembre 2026, du mardi au dimanche, de 10h à 18h. Visite guidée de l'intérieur du château à 11h30, 14h30, 15h30 et 16h30 ; de 4 à 8€

Le château de Agecroft ne se visite pas librement. On peut y manger et y dormir.

Où se renseigner ?

Office du tourisme de Mandelieu
Centre d'exposition et de congrès, 806 avenue de Cannes / 04 93 93 64 64

Comment y aller depuis Lyon ?

Voiture. 435 km, 4h10

Train. 4h30 à 5h, changement à Saint-Raphaël ou à Cannes. À partir de 48€

Bus. Flixbus ou BlaBlaBus jusqu'au Cannet (puis rejoindre Cannes en bus puis TER Cannes-Mandelieu)