LBF 2026

MadeInParis, le monde ne suffit pas

Publié Mercredi 22 avril 2026

R'n'B / De la sophistication à l'épure progressive, de l'arrogance à la confession, MadeInParis chante un besoin d'amour tantôt cru tantôt subtil. Il se singularise par ses contradictions et ses tiraillements, au cœur d'une alchimie musicale sous tension.

Photo : MadeInParis © Pack Presse

Artiste aux multiples casquettes et compétences, MadeInParis a été bercé aux sonorités OVO de la décennie 2010 (Drake, Partynextdoor, The Weeknd). Depuis ses débuts, il développe un R'n'B atmosphérique croisant ponctuellement des influences trap, afro ou shatta. Entre bouleversements, continuité et discrétion, le natif de Saint-Martin intrigue autant qu'il séduit à travers les paradoxes de sa discographie. 

L'espion qui aimait 

Dans ses premiers opus francophones, Vide et Quel beau jour pour mourir, il se présente dans un état d'esprit nocturne et "yolo" (contraction de la phrase "you only live once" : on ne vit qu'une fois). Trop jeune pour penser au lendemain, il traverse des ambiances superficielles entre chambres d'hôtel vitrées et nuits saturées de néons, dans la peau d'un fêtard arrogant fasciné à la fois par le luxe et par la luxure.

Il se démarque par ses expérimentations sonores où sa voix trafiquée et stylisée croise des productions tantôt discrètes (Montagnes, Mort) tantôt addictives (Liquide). Ses egotrips provocateurs, jouant sur la variation des flows et des humeurs, rappellent Hamza alors que son approche de styliste pointilleux l'inscrit dans le sillage d'Oboy. Son interprétation détachée, qui en dit souvent plus que les mots eux-mêmes, le distingue de ses modèles.

Ce qu'il reste de lui

Une froideur presque virtuelle contraste avec la crudité et la frontalité de ses textes. L'insolence apparente masque un mal-être lié à une peur perceptible de ses sentiments. Cette approche volontairement distante gravitant autour d'un sentiment de vacuité dissimule un autre niveau d'écoute, intimiste, nous laissant approcher un artiste nettement moins assuré qu'il n'y paraît. 

Plus minimaliste dans sa forme et recentré dans ses inspirations musicales, son projet Mourir peut attendre met en mots ses doutes avec une limpidité nouvelle. Les deux derniers titres, J'ai besoin de thérapie et Demain ne meurt jamais, sont sans équivoque : « L'impression qu'j'suis le danger / C'est difficile de rester vrai y'a pas d'confiance ». Il s'agit moins pour l'artiste d'un exercice de rédemption que d'une évolution naturelle offrant une seconde lecture de ses morceaux de jeunesse plus rugueux à la réécoute.

MadeInParis
Jeudi 30 avril 2026 à 20h à Bizarre ! (Vénissieux) ; de 21 à 25 €

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