Les Invites : se ruer dans la rue

Publié Samedi 6 juin 2026

Arts de la rue / Même en perdant un jour, même passé en mode biennal, les Invites de Villeurbanne gardent le feu. Du 19 au 21 juin, plus de 60 spectacles d'arts de rue et 21 concerts occupent l'espace public, pour les petits, pour les grands, en espaces fixes ou en déambulation, dans la joie communicative ou la lutte. Toujours gratuit, plus que jamais le poing levé.

Photo : Le Bousier Humain © Yassine Lemonnier

Quoi ? Comment ça ? Les artistes en rue parlent, prennent la parole ? Longtemps menés par des compagnies historiques et leurs giga scénographies (dont les Transe Express qui sont de la partie avec ADN), les arts de la rue prennent la parole. C'est que Nadège Prugnard, qui mène sa 2e édition des Invites, est autrice. Et entend bien réhabiliter l'écriture pour la rue. Comme en témoigne le projet La Rue est à nous, réunissant des élèves écrivains de l'ENSATT, des acteurs qui se font metteurs en scène du GEIQ théâtre (seule formation d'acteur sur le mode de l'alternance) et ceux de la FAI-AR, unique école publique supérieure dédiée aux arts de la rue. Sept projets au total, dont le vaporeux et délicat texte de Jules Parnet, Midi deux.

Dans cette logique, les Invites font place à des versions en rue d'artistes déjà renommés dans le théâtre "de salle", comme Maxime Mansion qui a adapté L'Inhabitante créé aux Célestins cet hiver. Lucie Rébéré et Julie Rossello Rochet de la compagnie La Maison, proposent en rue l'épilogue (en chanson) du spectacle qu'elles vont créer la saison prochaine au théâtre du Ciel (Lyon 8e), Spunk! inspiré de Fifi Brindacier. Le collectif Marthe présente à nouveau son meilleur et son plus simple spectacle, Rembobiner sur la cinéaste contestataire et féministe Carole Roussopoulos. Et puis Laurène Marx vient ! Ce n'est pas un petit évènement tant l'autrice "trans pute" comme elle se définit, renverse toutes celles et ceux qui croisent son chemin (ce qui sera enfin notre cas à Villeurbanne). Sa très récente création Le soleil se lève aussi pour les cassos est, dit-elle, « un projet politique en musique fait avec mes potes encore au RSA, des rappeurs queer, pour parler de tout ce temps passé dans le seum et sans thune ».

Béton. Armé.

Si tant d'artistes "de salles"  trouvent leur place dans la rue, est-ce à dire que les spécialistes des arts de rue sont spoliés de leur terrain de jeu ? Non ! La vétérante performeuse Caroline Amoros se mue en Miss O'Range, cette petite dame qui se promène avec un crocodile en plastique à la recherche d'un green pour assouvir ses passions déraisonnables en cette époque cramée (climatiquement du moins). Karim Souini (cie Tout en vrac) promène son bousier humain, agglomérant sur son passage tous les objets qui jonchent le sol. La compagnie Basinga marche sur les nuages. Après avoir relié en funambule le canal Saint-Martin au stade de France, elle réitère, balancier de 13 kg en main, ce défi aux abords de la mairie. Et l'avenue Henri-Barbusse, entre TNP et Gratte-ciel sera dédiée aux entre-sorts, boîtes à jeux et cabanes féériques des si malins et inventifs membres de la compagnie Titanos.

Pas moins de 27 créations sont au programme des Invites, 20 co-productions des Ateliers Frappaz qui organisent ce festival et donc traditionnellement, le 21 juin mais pas que, des concerts (Giedré, le Voilaaa sound system, le fondateur des Têtes raides Christian Olivier avec l'un des compagnons de route de Rachid Taha, Hakim Hamadouche, Les Vulves assassines, Sanseverino ou Mélissa Laveaux, les Ukrainiennes des DakhDaughters...).

Amputé d'une journée pour cette 19e édition, déjà en mode biennal depuis 2017, les Invites n'ont pas eu, comme la quasi-totalité des festivals de la région leur subvention de la DRAC. La Ville compense au pied levé ces 30 000 € manquants annoncés très tardivement, fin avril. De toute évidence, dans les arts de rue, comme dans d'autres secteurs de la culture, et plus globalement dans les services publics, le régime minceur confine à la maigreur. Le résultat ne s'en ressentira pas, en apparence, dans cette manifestation qui s'annonce joyeuse, pétaradante, très vivace et combative, comme un mantra. Mais la plus forte exigence des normes sécuritaires post-attentats de 2015, la multiplication des alertes canicules ou orages et les annulations d'évènements prises par arrêtés préfectoraux ces dernières années en raison des bouleversements climatiques sont autant de menaces qui pèsent sur les artistes de rue. Raisons de plus pour aller à leur rencontre.

Les Invites de Villeurbanne
Du 19 au 21 juin 2026 à Villeurbanne ; gratuit

Les invites de Villeurbanne

Le festival de rue de Villeurbanne revient en juin avec une centaine de représentations artistiques et musicales par des artistes auralpins, français et internationaux, le tout pour une nouvelle édition conçue comme une invitation à penser, fêter et rire ensemble tout en restant consciente de son époque et de ses enjeux.