Ino Casablanca, prince de sang-mêlé
Hip-hop / Les Nuits de Fourvière célèbrent le temps d'une soirée un hip-hop qui s'éloigne des esthétiques dominantes pour mettre en avant des identités musicales plus complexes. Parmi elles, Ino Casablanca, révélation marquante de la scène récente, qui ne prend pas le rap comme une finalité mais le point de départ d'un geste ouvert et protéiforme.Â
Photo : Ino Casablanca © Jojotulipe
Né en Espagne, d'une famille d'origine marocaine avant de s'établir en France, Ino Casablanca est l'enfant d'un multiculturalisme qui irrigue toute sa musique. À la faveur de deux projets remarqués en 2025, Tamara et Extasia, il déploie une proposition libre et déjà remarquablement affirmée, affranchie des codes comme des logiques de tendances. Ses architectures sonores ambitieuses, où se croisent rap, héritages maghrébins, influences hispaniques et tentations électroniques, cimentent un univers en perpétuelle expansion.
Nouveau Groove
Chez Ino Casablanca, le rythme ne se contente pas de soutenir les morceaux : il en constitue la matière première. La pulsation, les textures et le travail sur le son prennent le pas sur la mélodie, dans une approche sensorielle du hip-hop. Sur l'enivrant Dima Rave encore, sa manière de poser est éloquente. L'instrumentale, avec sa cadence explosive, camoufle partiellement une voix qui ne se révèle vraiment que lorsque la musique s'adoucit. Les titres sont pensés comme des espaces à explorer, où les sensations immédiates se doublent d'une recherche formelle exigeante, évitant soigneusement la répétition ou l'approximation.Â
Quelque chose de festif et de l'ordre de la célébration découle de cette esthétique exaltante tantôt "classique" dans ses compositions (Flocage), tantôt hybride (Extaz). Entre le rap et le chant, l'artiste puise avec la même intensité du côté du raï ou de l'électro. Il impose une identité atypique, avide d'expérimentations et d'alchimies sonores, tout en préservant une certaine densité narrative.
Par amourÂ
La dimension sensible de sa proposition épouse des textes traversés d'humeurs contradictoires. L'écriture, alternativement frontale et imagée, ajoute une couche de contraste à des récits introspectifs où le désir de fuite se heurte fréquemment au poids des souvenirs. Sur Oranj, Ino Casablanca raconte une rupture dans une ballade désenchantée dont les accélérations soudaines viennent troubler la douceur apparente. La nostalgie y côtoie une lucidité presque cruelle : il n'y a plus d'espoir, l'amour subsiste comme une obsession dont il est incapable de se défaire. La vulnérabilité devient une ressource structurante.Â
Sur Moula solitude, il érige l'isolement en personnage à part entière. Derrière les rythmiques en mouvement, le morceau déploie un sentiment de déracinement qui semble prolonger sa trajectoire personnelle. La solitude apparaît telle une blessure mais aussi une force ambiguë qui permet de se construire à distance des injonctions extérieures. Sa musique toute en tensions, entre euphorie et mélancolie, contrôle et abandon, avance par oscillations successives. Dans un dialogue incessant entre le fond et la forme, se dessine la singularité d'une œuvre encore naissante et saisissante de maturité.
Yamê, Ino Casablanca, Asfar Shamsi
Samedi 20 juin 2026 à 20h au Grand théâtre antique de Fourvière ; 39 €
Dans le cadre des Nuits de Fourvière
