Intensités contemporaines : les concerts indispensables de mai à Lyon
Sélection / De la lenteur hypnotique du minimalisme aux déflagrations post-punk, des folk altérées par le temps aux nappes électroniques et visions métalliques, mai déploie un large spectre d'états sonores. Les esthétiques se frôlent et se prolongent, entre contemplation, vertige et lâcher-prise.
Photo : Jazzy Bazz ©DR
La maison Tellier
Americana / Vingt ans de trajectoire et une ligne restée intacte, habitée et hypnotique : depuis ses débuts, le groupe façonne une folk aux teintes mélancoliques et désertiques, immédiatement reconnaissable. Avec Timidité des arbres, l'écriture se précise, s'ouvre à un souffle plus ample, laissant circuler vents et silences dans un phrasé toujours magnétique. Sur Love again, à la croisée de Calexico et Peter Doherty, l'équilibre se fait plus nerveux sans perdre cette poussière d'horizon qui les définit. Rien de spectaculaire, sinon une intensité qui, disque après disque, continue de se creuser.
FM
La maison Tellier et Opac
Mercredi 6 mai 2026 Ã 20h au Transbordeur (Villeurbanne)Â ; 20, 50 Ã 24, 50€
Milkweed
Folk expérimentale / Travaillant à partir de survivances historiques, le duo anglais façonne une matière à la fois textuelle et sonore, volontairement fragmentaire. Leur dernier album, Remscéla, s'inspire des récits préliminaires du Táin bó Cúailnge, mythe fondateur du Cycle d'Ulster, qu'il restitue sous une forme diffractée. Leur folk semble ainsi traverser l'épreuve du temps : elle se charge de dépôts, se fissure, se transforme. Sa surface devient poreuse, traversée de lignes étrangères : trip-hop, freak folk, spoken word. La voix se délite, les instruments hantent l'espace, et des formes mouvantes émergent. La tradition, dès lors, apparaît pour ce qu'elle est : jamais figée, toujours fluide, vivante et sans cesse réactivée.
FM
Milkweed et Sourdure
Mercredi 6 mai 2026 à 21h au Périscope (Lyon 2e) ; 8 à 14€
Nuit blanche minimaliste
Minimalisme / La nuit du 7 mai à la chapelle de la Trinité se propose comme un rite minimaliste, une traversée de douze heures orchestrée par François Mardirossian, où le tempus nocturnum cesse d'être simple absence de lumière pour devenir l'espace même de l'écoute. Ce temps étendu, à la fois collectif et singulier, devient le refuge des gestes en spirale de Glass et des miniatures disloquées d'Aphex Twin, du lyrisme contemplatif de Hovhaness et du folklore urbain de Moondog. Pour se conclure, au seuil des premières lueurs matinales, avec les frémissements sonores de Lawalrée, dernier geste de sensibilité discrète.
FM
Nuit blanche minimaliste
Jeudi 7 mai 2026 à 20h à la chapelle de la Trinité (Lyon 2e) ; 12 à 30€
Alain Roche
Piano / Quand la nuit tombe ou que le jour se lève, il est un phénomène que les photographes appellent "l'heure dorée", ce moment où la lumière devient plus douce et plus chaude. Mais il existe également un autre instant fascinant et éphémère, qui suit le crépuscule et précède l'aube : ce que l'on appelle "l'heure bleue", lorsque la lumière s'adoucit pour laisser place à l'intensité profonde et saisissante du bleu du ciel. Le pianiste franco-suisse Alain Roche, célèbre pour ses performances avec Piano vertical, invite le public à habiter l'impermanence de ces instants transitoires, aux marges du jour et de la nuit, avec son diptyque Summer solstice et Winter solstice.
FM
Alain Roche : Blue hour
Jeudi 7 mai 2026 à 21h09 et vendredi 8 mai à 5h16 au Musée des Confluences (Lyon 2e) ; 0 à 12€
Subtle turnhips
Post-punk / Ce trio charentais, actif depuis le début des années 90, mêle rage, humour et doses quasi illégales de chaos dans une collision de noise, de punk et d'une sève garage débordante. Fidèle à une trajectoire farouchement DIY, creusée dans l'ombre mais reconnue des réseaux underground, le groupe refait surface après être longtemps resté sous les radars. Leur retour avec Septentinoriel, chez SDZ, ouvre le nouveau chapitre d'une œuvre inclassable, mais constamment sous tension. Animés par une logique de friction, Subtle turnhips s'emploient à miner toute certitude, entre dissonance et énergie brute.
FM
Subtle Turnhips, Briva, Avale, Canari gros calibre et C.P.T.C.M.E.
Vendredi 8 mai 2026 Ã 20h au Grrrnd zero (Vaulx-en-Velin)Â ; 8€
Black cilice
Black metal / Le projet incognito venu des terres lusitaniennes incarne un black à l'état brut, où le lo-fi et une radicalité totale s'allient pour produire une matière rétive à toute récupération. Les longues pièces du récent Votive fire réaffirment avec force l'intransigeance d'un projet qui opère dans l'ombre, serpentant dans la bile du réel. À ses côtés, le compatriote Consummatio, dont les fresques sonores s'espacent dans des ténèbres insondables, et les Catalans Sotabosc, alliant la violence du black à la respiration du post-rock, composent une affiche inéluctable et enténébrée.
FM
Black Cilice, Consummatio et Sotabosc
Mardi 12 mai 2026 Ã 20h au Rock n'eat (Lyon 5e)Â ; 15€
Zone XP - Festival des musiques exploratoires
Festival / Grame organise un parcours d'écoute à travers la ville - et bien au-delà - entre architectures, paysages et imaginaires sonores. Le festival s'ouvre au sommet du beffroi de l'Hôtel de Ville avec Julie Zhu et Sing the bell electric, où le carillon devient un instrument vibratoire hors norme. Il se poursuit avec Le pays innocent aux Célestins, proposition scénique tragique et subversive de Samuel Gallet, puis investit la chapelle de la Trinité, confluent avec le festival Chapelle sauvage dans un parcours aquatique, avec l'installation Eunoé, explorant les liens entre son, mémoire et émotion, et les paysages sensibles de Diane Barbé. Une marche sonore avec Adèle de Baudouin et Gilles Malatray prolonge l'expérience vers l'écoute du vivant, tandis que le musée des Confluences invite à une pratique collective avec GameLAN, orchestrée par Romain Constant. Une traversée sensible où le son devient un mode d'attention au monde.
FM
Zone XP - Festival des musiques exploratoires
Du 18 au 29 mai 2026 à l'Hôtel de Ville, aux Célestins, à la chapelle de la Trinité, au musée des Confluences et dans divers lieux des Ancizes-Comps ; 0 à 30€
Lorelle meets the Obsolete
Rock psyché / Le son du duo mexicain semble façonné dans une matière onirique, oscillant entre un versant lumineux et envoûtant et une dimension plus sombre, cauchemardesque. Fort d'une discographie prolifique - sept albums en une quinzaine d'années - le groupe développe une musique à la fois hypnotique et saturée, naviguant du shoegaze vers une électronique de plus en plus abrasive. Leur dernier album, Corporal, affirme un tournant plus obscur et noisy, avec un recours accru aux synthétiseurs. Sans jamais dissocier l'intime du politique, le duo met à nu les violences contemporaines au Mexique (féminicides, enlèvements) : une matière sombre qui percute et hante leur musique.
FM
Lorelle meets the Obsolete
Mardi 19 mai 2026 Ã 20h30 au Sonic (Lyon 5e)Â ; 12 Ã 13€
The gathering et Anneke Van Giersbergen
Metal / Avec un regard rétrospectif, Mandylion demeure un jalon fondamental dans l'histoire du metal atmosphérique. Réincarner trente ans plus tard ce chef-d'œuvre ne s'avère pas être une simple réactivation nostalgique, mais une manière de souligner la persistance d'un album demeurant un lieu d'origine, acte inaugural d'un genre fusionnant parfaitement doom, atmosphères gothiques et élans symphoniques.
FM
The Gathering & Anneke Van Giersbergen celebrate 30 years of Mandylion
Dimanche 24 mai 2026 Ã 20h au Transbordeur (Villeurbanne) ; 40, 33€
Tricky
Trip-hop / Issu des marges de Bristol, nourri des sound systems, des fractures familiales et des nuits enfumées forgeant une voix chuchotée et tenue au bord de la rupture, Tricky a transfiguré le trip-hop en un art d'ombres et de vertiges. Entre mémoire heurtée et visions obliques, sa musique demeure constamment comme un territoire hanté, donnant lieu à des live redessinant chaque soir ses propres fantômes. Avertissement nécessaire : assister à ce concert, c'est accepter l'inattendu.
FM
Tricky
Mardi 26 mai 2026 à 20h au Radiant-Bellevue (Caluire-et-Cuire) ; 56, 50€Â
Jazzy Bazz
Rap français / Valeur sûre du rap francophone, Jazzy Bazz honore la discipline depuis près de vingt ans, d'abord en groupe puis en solo. Il est l'un des garants d'une exigence technique et lyricale jamais prise à défaut. Son dernier opus, Nirvana, disque planant aux airs de balade nocturne, le rapproche de l'univers de Laylow et de son esthétique virtuelle. Son introspection à cœur ouvert s'étoffe à travers des sonorités contradictoires, dessinant le chemin tracé par un artiste évoluant entre l'avant-garde et les racines du genre.
VN
Jazzy Bazz
Mercredi 27 mai 2026 Ã 20h au Transbordeur (Villeurbanne) ; 30 €
Second major
Indie post-punk / Avec peu de titres au compteur, mais une empreinte déjà nette, le trio lyonnais posait l'an dernier un premier jalon avec Blooms, EP tendu et bien affirmé. Avec le nouveau single Moon, le mouvement s'accélère dans une tension resserrée et une énergie plus tranchante. Le son se contracte, gagne en rugosité, tandis que subsistent des percées plus lyriques. En friction avec l'héritage des nineties, Second major en extrait une matière plus froide, presque inquiétante. Une progression rapide, sans effet d'annonce mais difficile à ignorer.
FM
Second major et Blue salt
Jeudi 28 mai 2026 Ã 20h30 au Kraspek myzik (Lyon 1er)Â ; 6 Ã 16, 50€
