Chapelle minimaliste : la musique comme art de l'éveil
Festival / À la Trinité, le minimalisme ne s'affiche pas comme une école esthétique, mais comme une pratique de transformation de l'écoute. Trois jours pour en éprouver les sources, les circulations et les puissances de résonance.
Photo : Ensemble 0 © Miguel Raballand
Dans un ouvrage "conversation" réunissant des compositeurs américains de plusieurs générations (parmi lesquels John Cage, Philip Glass, Laurie Anderson...) William Duckworth a rencontré Terry Riley. Le Californien y rejette l'étiquette de "minimaliste" préférant le qualificatif de "transcendentaliste", "illusionniste" et "magicien" (W. Duckworth, Talking music, Da Capo, 1999, p.271). Ces images volontairement instables peuvent à elles seules constituer une clé d'accès à ce nouveau festival, Chapelle minimaliste, car ici le minimalisme n'est pas pensé comme un style clos, mais comme une zone de passage : un art de l'éveil par le son, visant la transcendance de l'expérience ordinaire.
Assumant les tensions attachées à une définition venue de l'extérieur, le minimalisme (jamais pleinement revendiquée par les compositeurs, mais d'une efficacité critique considérable), le festival propose un parcours à la fois initiatique et analytique. uvres fondatrices, pièces moins connues, rapprochements inattendus... composent une cartographie kaléidoscopique des origines, des influences et des prolongements possibles d'un mouvement profondément révolutionnaire du XXᵉ siècle.
Visions fondatrices
L'ouverture convoque des sources anciennes, en mettant en résonance les monodies d'Hildegard von Bingen avec 13 Changes de Pauline Oliveros, figure majeure du minimalisme et du deep listening. La juxtaposition de sa topologie sonore avec une relecture radicale du chant médiéval fait surgir une expérience intérieure intense, dont 13 Visions de Clara Lévy transmet la portée spirituelle et perceptive.
La soirée se prolonge avec Glassworks de Philip Glass, œuvre charnière qui marque un geste de démocratisation sans renoncement esthétique où le compositeur, ajustant les conditions d'accès à son langage, ouvre la modernité musicale à un public élargi. La version immersive proposée, associant vidéo (Lionel Palun), piano (François Mardirossian) et orgue de barbarie (Alexis Paul), transforme l'écoute en espace hypnotique et partagé.
Généalogies croisées
Après la conférence matinale de Camille Rhonat consacrée aux origines plurielles du minimalisme (de Bali à l'Inde, du Japon à l'Afrique de l'Ouest), la soirée du samedi se noue autour d'un geste d'entrelacement. Raphaël Imbert, accompagné d'André Rossi et de Jean-Luc Di Fraja, met en tension Bach et Coltrane : de ce choc émergent des lignes de force où affleure, au dénouement, Steve Reich, fervent passionné (ses écrits le donnent à voir sans équivoque) et interprète du contrepoint baroque comme du jazz modal.
La soirée s'accomplit avec Open symmetry de Tristan Perich, interprété par l'Ensemble 0, œuvre à la longue forme immersive, où vibraphones et électronique minimale avancent d'un même pas. Des gestes simples, finement décalés, génèrent une matière dense et lumineuse, afin de métamorphiser la durée en expérience physique de l'écoute.
Interpolations contemporaines
Le dimanche prolonge ces jeux de miroirs. Le clavecin d'Anne-Catherine Vinay et le marimba de Gilles Dumoulin confrontent L'Art de la fugue de Bach à Piano phase de Reich, opposant le sommet du contrepoint à l'une des œuvres phares du phasing.
En clôture du festival, le Concert de l'Hostel Dieu présente un projet associant Bach et le hip-hop, dans lequel les épars bachiennes, réactualisées par Clément Walker-Viry, dialoguent avec la percussivité du beatboxer Tiko. Ultime démonstration que le minimalisme, loin de toute réduction, demeure un art de la circulation et de la métamorphose.
Chapelle minimaliste
Du vendredi 27 février au dimanche 1er mars 2026 à la chapelle de la Trinité (Lyon 2e) ; 12 à 30€

