Chants anciens et corps contemporains : rituels sonores à habiter au Toï Toï
Psyché, néo-trad, post-punk / Le 6 février, la salle villeurbannaise accueille le lancement du collectif Tardigrade avec un triptyque magnétique : Asä trio, Morenica et Les poulets sans têtes.
Photo : Morenica © Christian Genin
Il est des soirées qui se pensent comme des programmes, d'autres comme des seuils. Concocté par Tardigrade, association de musiciens et musiciennes indépendant·es prônant la solidarité entre artistes et le partage des savoirs, le rendez-vous de ce début de mois emprunte la seconde voie, optant pour une cérémonie scandée en trois temps.
Entièrement féminin, Asä trio traverse les chants d'Europe comme on traverse un rêve lucide : de la Grèce aux pays scandinaves, de la Géorgie à l'Irlande, jusqu'aux terres occitanes. Leur architecture sonore joue l'équilibre fragile entre l'évanescence des volutes a cappella et la frappe tellurique des percussions. Aurore Jeantet, Anaïs Vanmalle et Silène Sautreau convoquent des figures liminales (amours maudits, passages entre vie et mort, chants communautaires) et donnent chair à des récits où l'histoire voilée se présentifie. Dans cette dynamique incantatoire, les chants deviennent des gestes de résistance, comme dans leur reprise de L'Estaca, hymne contre l'oppression et la dictature, réactivé en matière vive.
Temporalités entremêlées
Se définissant comme « un monstre magique à quatre têtes », Morenica perpétue la friction entre héritage oral et écritures contemporaines. Sa musique se déploie comme une toile vibratoire où les récits ancestraux se détachent du présent immédiat pour produire des instants intempestifs. Les temporalités se mêlent sans hiérarchie, dans un mouvement plastique continu ; plus que des concerts, Morenica propose des espaces de circulation : des danses psychédéliques sinueuses reliant fragments de vies minuscules, contre-histoires et légendes cathares, jusqu'à faire émerger une forme de transcendance charnelle, ancrée dans le rythme.
Sinueux et sensuel
Avec Les poulets sans têtes, la soirée bascule vers une énergie post-punk queer, élégante et organique. Textures électroniques incisives, arabesques nerveuses, superpositions dadaïstes : Britney Spears croise Vivaldi, la culture pop infiltre le baroque, le clavecin résonne sous un refroidissement post-punk. Chez Star, Charley l'informaticien et Stefanita, le lyrisme vocal se heurte sans cesse à des mouvements entêtants, produisant une esthétique de l'entrechoc où l'ancien persiste sous forme de spectre et le contemporain s'affirme par la dissonance.
Pensée comme une incantation plus que comme une juxtaposition, cette soirée inaugure l'esprit de Tardigrade : une écoute active, où les formes se déplacent, se contaminent et résistent à toute fixité : un espace pour éprouver la musique comme expérience sensible, collective et mouvante.
Asä trio, Morenica et Les poulets sans têtes
Vendredi 6 février 2026 à 20h30 au Toï Toï (Villeurbanne) ; de 7 à 13 €

