Bouquets de Flora
Art contemporain / Pour la troisième fois, la galerie Masurel consacre une exposition monographique à l'artiste argentine Flora Castiglia. Une œuvre qui joue des différences dans la répétition et de l'événement dans la fragilité des choses.
Photo : photo Ghislain Mirat
Née à Buenos Aires en 1991, Flora Castiglia baigne, dès son plus jeune âge, dans un milieu artistique (sa mère est plasticienne). Ses premiers pas professionnels l'amènent ensuite à réaliser des pochettes de disque où l'on trouve en germe, déjà, les grandes lignes de son œuvre actuelle : une palette aux tons sourds, des motifs géométriques, une composition quasi musicale de ses toiles à partir de motifs éclatés (presque à l'instar d'une symphonie de Mahler faisant feu et musique de tout bois sonore)... Les mauvaises langues diront que l'artiste est une "bonne élève" qui a digéré avec brio l'essentiel de l'histoire de l'art moderne et contemporain : les leçons de Matisse sur la fusion entre la figure et le fond (entre autres), les grafs et les motifs dispersés de Basquiat, les incontournables coulures et grattages de la toile, la sérialité (les toiles exposées sont des natures mortes à la structure identique)... Au bout de trois expositions à Lyon, il est vrai que cette maîtrise formelle frappe particulièrement le regard, et que l'on aurait aimé que l'artiste prenne davantage de risques !
Vies fragiles
Malgré ces réserves, les bouquets de fleurs peints par Flora Castiglia nous charment toujours, opérant leur libre circulation entre le vide et le plein, la figure et l'abstraction, le noir et le blanc, l'intime et l'estime... « Je comprends le multivers [qui est aussi le titre de l'exposition ndlr] comme une multiplicité de regards possibles. Non pas parce qu'il existerait plusieurs réalités, mais parce qu'une seule se déploie en une infinité d'interprétations. Chaque expérience, chaque état émotionnel, chaque distance ou proximité construit un univers différent », écrit l'artiste.
Une table, un espace clos (aux textures toujours différentes), un vase et de grandes fleurs suffisent ici pour nous faire traverser des émotions très différentes : joie, rêverie, inquiétude, rire, chaos... Aux côtés de ses grandes toiles, l'artiste présente aussi plusieurs petits dessins tracés sur des pages de livres déchirées et jaunies. On y voit de petits chevaux noirs qui se cabrent, des lettres qui s'égrènent, des fleurs réduites à l'essentiel, des fragments de tapisseries ou de motifs géométriques... Tout cela tient sur la page dans une intense fragilité, une économie poignante de moyens, une ontologie du presque rien. Une petite musique qui fait un contrepoint poignant à ses tableaux.
Flora Castiglia, Multiverso
Jusqu'au 21 février 2026 à la Galerie Masurel (Lyon 2e) ; entrée libre

