Les expositions de janvier à Lyon et dans sa région : beauté, tensions, processus
Sélection / Couleur comme durée, image comme résistance, projet comme processus : les expositions réunies ici déplacent les usages - peinture, photographie, archive, architecture - vers des régimes d'attention où regarder devient une opération structurante. Loin de l'illustration ou du commentaire, ces propositions accompagnant le mois de Janus travaillent les conditions mêmes de la visibilité, faisant de l'art un espace de tension, de mémoire et de possibles en devenir.
Photo : Blandine Soulage, Leucippe, série ''Contrapposto'', 2025, tirage pigmentaire fine art sur papier photo Rag Mettalic contrecollé sur Dibond, collection de l'artiste © photo Blandine Soulage (Exposition ''Regarder, révéler'' au Musée municipal Paul-Dini de Villefranche-sur-Saône )
Bleu désir
Art contemporain / L'exposition fait du bleu une véritable expérience du temps. Sans être cantonnée à la dimension décorative, ou chargée d'une mission symbolique, la couleur nocturne revêt dans ce cabinet le rôle d'opérateur de regard. Le bleu flotte, s'infiltre, persiste, agissant comme un révélateur d'existence. Les œuvres des six artistes semblent ainsi prises dans un même mouvement de remous et de rémanence, où la matière garde trace de ce qui l'a traversée, comme si chaque surface demeurait habitée par une mémoire latente, un souffle lent, une durée silencieuse.
FM

Bleu désir par Yann Bagot, Stéphane Belzère, Awena Cozannet, Coskun, Patricia Erbelding et Laurence Nicola
Jusqu'au 24 janvier 2026 au Cabinet de curiosités de la galerie Valérie Eymeric (Lyon 2e) ; entrée libre
Palais suspendu
Peinture / Chez Carole Gourrat, l'animal devient emblème et architecture, selon une logique héraldique déplacée dans le songe. Ours, héron, girafe ou cheval abandonnent leur statut de créatures pour se transformer en formes structurantes : ils portent, soutiennent, systématisent. Tout semble régi par une gravité inversée, chère aux cabinets de curiosités du XVIIIe siècle, où la raison se déguise en caprice et l'ornement s'avère être une entrée métaphysique : ce dernier ne décore plus, mais il ordonne et insuffle le sens. À la manière d'un bestiaire moral, chaque figure s'offre comme une énigme silencieuse, suspendue entre le théâtre du monde et la chambre secrète de l'esprit.
FM

Palais suspendu par Carole Gourrat
Jusqu'au 25 janvier 2026 à la Maison Magenta (Lyon 6e) ; entrée libre
Révolte et beauté. Prix du Bleu 2025
Photographie / Les images des quatre récipiendaires du Prix du Bleu 2025 envisagent la beauté comme une forme de dissidence lente et discrète. Qu'il s'agisse des corps marginalisés de Jeffrey Wolin, des lieux condamnés mais encore habités d'Anne Mocaër, des résistances suspensives d'Alexis Pichot ou des territoires intimes fracturés d'Aurélien Goubau, la photographie révèle des gestes de persistance. Ici, la beauté ne proclame pas, mais figure une manière de tenir, de regarder, de faire bruisser le monde malgré tout.
FM

Révolte et beauté. Prix du Bleu 2025 par Aurélien Goubau, Anne Mocaër, Alexis Pichot, Jeffrey Wolin
Jusqu'au 31 janvier 2026 au Bleu du ciel (Lyon 1er) ; entrée libre
Regarder, révéler
Peinture et photographie / Rassemblant près de cent cinquante œuvres d'artistes de la région, les commissaires Marion Ménard, Mariya Todorova et Cécile Parigot dessinent une constellation heuristique sans soumettre les œuvres à une grammaire d'ensemble ni à une logique de filiation. Peinture et photographie abandonnent toute prétention hiérarchique ou fonctionnelle pour opérer dans le réel, engageant des formes syncrétiques où le voir devient un acte complexe. Ce n'est pas la contemporanéité qui est représentée, mais sa densité, où l'image ne reflète plus le monde mais en assume la stratification, les frottements et les devenirs possibles.
FM

Regarder, révéler. Dialogues entre peinture et photographie
Jusqu'au 22 février 2026 au Musée municipal Paul-Dini (Villefranche-sur-Saône) ; de 0 à 6€
Contre-projets
Architecture engagée / À travers le prisme du Mouvement pour une frugalité heureuse et créative, le concept de "projet" ne se limite plus à une simple réponse spatiale, mais active un dispositif de conversion : il transforme un espace conflictuel saturé de prescriptions, de tensions foncières et de récits antagonistes, en champ d'opérativité relationnelle. Sans être ni effacée ni résolue, l'opposition est ainsi rendue productive, générative, mobilisant des agencements citoyens durables. Exposer ces contre-projets revient ainsi à exposer des processus, où l'architecture opère non par clôture mais par activation continue du commun.
FM

Contre-projets. Penser le contre, réaliser le pour
Jusqu'au 31 mai 2026 à Archipel (Lyon 1er) ; entrée libre
Le Verre, au-delà de la matière
Expérimentations verrières / Nées au Cirva de Marseille, les pièces exposées portent la mémoire d'une longue pratique collective : dialogues répétés, gestes partagés, entêtements féconds. Qu'il s'agisse des totems chromatiques de Sottsass, des volumes stricts de Charpin, des présences hésitantes de Hirschfeld ou des constellations d'Othoniel, chacune atteste d'un compagnonnage où la technique s'accorde à la pensée. Composant un véritable tissu d'affinités, ces œuvres narrent des histoires fascinantes entre rigueur, désir et imaginaire.
FM

Le Verre, au-delà de la matière. Les collections du Cirva
Jusqu'au 15 mars 2026 au MAMC+ (Saint-Priest-en-Jarez)Â ; de 0 Ã 6, 50€
Les femmes vont voter, octobre 1944 - octobre 1945
Histoire / À l'orée de la Libération, le suffrage universel cesse d'être une promesse abstraite pour devenir une pratique féminine. L'exposition restitue ce moment de bascule à travers archives, affiches, photographies et récits individuels, montrant comment l'accès au vote et à l'éligibilité, longtemps différé, s'inscrit dans un contexte de reconstruction politique et morale. Loin d'un simple acquis juridique, le parcours souligne la lenteur des processus, les entraves, ainsi que la pluralité des engagements et la portée symbolique de ce premier geste civique. En donnant chair aux pionnières de ce droit, Les femmes vont voter interroge la démocratie dans ce qu'elle a de conquis, fragile et toujours en devenir.
FM

Les femmes vont voter, octobre 1944 - octobre 1945
Jusqu'au 25 avril 2026 aux Archives départementales et métropolitaines (Lyon 3e) ; entrée libre
La guerre en jeux
Histoire / L'exposition se présente comme une archéologie troublante de l'enfance, attentive aux strates matérielles où la guerre s'est déposée à hauteur d'enfant. Le jeu apparaît comme un rapport mimétique au monde, un territoire-seuil où l'imaginaire manipule la matière pour comprendre, répéter, apprivoiser. L'espace ludique représente également un lieu d'investissement normatif dans lequel figurines, images et règles incorporent les récits de l'ordre, de la patrie, du sacrifice. Malgré les tentatives d'appropriation, le jeu manifeste in fine son indiscipline, laissant faufiler l'imagination à travers les failles invisibles aux yeux adultes, célébrant une enfance résistante et en mesure de réinventer autrement le monde.
FM

La guerre en jeux
Jusqu'au 7 juin 2026 au Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation (Lyon 7e) ; de 0 à 8€
Anatomie du silence
Arts graphiques / Le retour d'Éric Lacombe à la galerie est l'occasion imprescriptible de découvrir son nouveau corpus de dessins et œuvres mixtes où le corps, l'animal et le paysage deviennent champs d'expérimentation. À travers un travail procédant d'une exploration méthodique, lignes, tracés et fragments anatomiques s'organisent selon une logique quasi scientifique, aussitôt troublée par l'irruption de l'indéterminé. Entre relevé objectif et glissement poétique, Lacombe confronte la rigueur du schéma à l'opacité du vivant, sans jamais dissiper entièrement son mystère.
FM

Anatomie du silence par Éric Lacombe
Du 8 janvier au 5 février 2026 à la galerie C. Mainguy (Lyon 1er) ; entrée libre
Africa universe
Art contemporain / La galerie milanaise Primo Marella s'installe à Manifesta, déroulant un récit hétérogène fait de textiles monumentaux, peintures symboliques et formes hybrides. De Abdoulaye Konaté à Joël Andrianomearisoa, Africa universe convoque une création qui se pense comme un langage actif, attentif à la mémoire autant qu'aux projections contemporaines, dessinant un présent pluriel, mouvant et irréductible à tout récit univoque.
FM

Africa Universe
Du 14 janvier au 6 mars 2026 à Manifesta (Lyon 1er) ; entrée libre
Le mur invisible
Arts plastiques / Née en 1979 à Rennes, Sarah Jérôme a une double formation dans des structures prestigieuses : diplômée à la fois du Conservatoire national de danse de Paris et de l'École des Beaux-Arts de la même ville. À l'intersection de la danse et des arts plastiques, la jeune femme déploie une œuvre des plus singulières entre dessin, sculpture, peinture, installation et performance... Pour son exposition monographique à Lyon, Le mur invisible, Sarah Jérôme réunira un corpus d'œuvres inédites réalisées lors de sa résidence et inspirées du roman éponyme de Marlen Haushofer.
JED

Le mur invisible
Du 30 janvier au 27 juin 2026 à la Fondation Bullukian (Lyon 2e) ; entrée libre
