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La beauté comme dissidence lente

Publié Samedi 3 janvier 2026

Photographie / Entre disparition programmée et persistance sensible, les images des quatre récipiendaires du Prix du Bleu 2025 interrogent la beauté comme forme de résistance discrète, fragmentaire et profondément politique.

Photo : Jeffrey Wolin, Andon Kostov, Série ''Faces of homelessness'' ©Jeffrey Wolin

Il existe des révoltes qui ne font pas événement. Elles ne rompent pas frontalement l'ordre établi mais en déplacent imperceptiblement les lignes. Chez Jeffrey Wolin, le sans-abritisme apparaît comme une figure de la discontinuité, un corps déplacé hors des régimes ordinaires de visibilité, suspendu entre inclusion administrative et abandon social. Les personnes photographiées n'occupent pas l'espace public comme une revendication, mais comme une persistance silencieuse, souvent ignorée, parfois tolérée, rarement regardée.

Habiter la latence

Avec Avenue royale, Anne Mocaër photographie un quartier de Casablanca promis à la destruction. Loin d'une esthétique de la ruine, son travail révèle une contradiction organique : entre la décision administrative et la vie qui persiste, entre l'espace condamné et les gestes qui continuent de l'habiter. Documenter devient un acte de résistance douce.

Anne Mocaër, Série Avenue royale'©Anne Mocaër

Dans Résurgence, Alexis Pichot explore une autre grammaire de la révolte. Poser des vacances pour occuper les arbres, ralentir, veiller, habiter la forêt : autant de gestes qui échappent à l'alternative classique entre action et passivité. À l'image du baron perché calvinien ou du Bartleby de Melville, ces résistances ne s'opposent pas, elles se soustraient aux logiques normatives. Une non-adhésion provoquant des fissures dans le pouvoir.

Alexis Pichot, Série Résurgence ©Alexis Pichot

Frontières intimes, territoires fragiles

In fine, Aurélien Goubau, avec Caucasus harbor, travaille au point de rencontre entre géopolitique et intimité. Les frontières traversent les paysages autant que les corps, produisant des existences en suspens. La révolte, sans jamais se concrétiser dans des énoncés, se glisse dans les rituels, les silences, les regards collectifs. Une résistance discontinue, profondément humaine.

Aurélien Goubau, Série Caucasus harbor, 2024-en cours ©Aurélien Goubau

Que peut encore signifier la beauté quand l'avenir semble confisqué, quand un lieu est voué à l'expropriation ou à la disparition et une existence restituée à son invisibilité ? Peut-être précisément cela : une manière de tenir, de regarder, de faire bruisser le monde malgré tout.

Révolte et beauté. Prix du Bleu 2025 par Aurélien Goubau, Anne Mocaër, Alexis Pichot, Jeffrey Wolin
Jusqu'au 31 janvier 2026 au Bleu du ciel (Lyon 1er) ; entrée libre

Révolte et beauté

Vernissage le 12 décembre à 18h30. À l'occasion du 25e anniversaire de la galerie Le Bleu du Ciel, cette dernière a organisé un appel à projets autour du thème « révolte et beauté ». Cette exposition rassemble les trois artistes sélectionnés par le jury, à savoir Alexis Pichot, Anne Mocaër et Aurélien Goubeau.