"Marie Stuart" de Chloé Dabert : la mort aux trousses
Théâtre / Avec sa mise en scène de "Marie Stuart" de Friedrich von Schiller, Chloé Dabert a conçu un spectacle vénéneux de 3h45 autour de deux reines rivales ayant marqué l'histoire et l'imaginaire collectif anglais. À découvrir au TNP.
Photo : Marie Liebig
Île de la Grande-Bretagne, deuxième moitié du XVIe siècle. Deux femmes, anciennes alliées et accessoirement cousines, se vouent une haine féroce sur fond de guerres religieuses : Marie Stuart, reine d'Écosse, et Élisabeth Ire, reine d'Angleterre. Une rivalité qui sera tragique puisque, sur décision d'Élisabeth 1re qui s'estime menacée, Marie Stuart finira décapitée après dix-neuf ans de captivité. C'est une rivalité qui fascine depuis longtemps bon nombre d'artistes, qu'ils et elles manipulent les lettres, la musique ou encore le cinéma - Saoirse Ronan et Margot Robbie peuvent en témoigner, elles qui ont enfilé les robes il y a quelques années dans un film à succès.
France, 2025. Après avoir notamment magnifiquement monté Le Firmament, texte de l'autrice contemporaine Lucy Kirkwood partie ausculter le XVIIIe siècle anglais avec un regard féministe, la metteuse en scène Chloé Dabert dévoile sa vision de la pièce Marie Stuart (1800) du poète et écrivain allemand Friedrich von Schiller, lui aussi fasciné par les deux monarques. Elle livre un spectacle classique dans sa forme, prouvant une nouvelle fois qu'elle est une artiste au geste théâtral précis, intelligemment pensé et déployé.
Épure magnétique
Si Chloé Dabert a fait des coupes dans le texte de Schiller centré sur quelques jours seulement, son spectacle dure tout de même 3h45 (avec entracte). À mille lieues des œuvres de la pop culture qui pourraient romantiser ce genre d'affrontement, ce temps long permet au venin du récit de lentement infuser, et aux deux souveraines de réellement exister au-delà de leur simple opposition. Car loin d'avoir imaginé un drame univoque à la gloire de celle qui va mourir (et qui donne son titre à la pièce), Friedrich von Schiller s'est légèrement joué de la véracité historique afin de faire du théâtre, écrivant ici un dialogue fictif entre les deux femmes ou inventant ici ou là un personnage moteur à suspense.
La metteuse en scène s'est emparée de ce matériau dense avec un sens magnétique de l'épure, faisant se mouvoir ses interprètes en costumes d'époque au sein d'une scénographie par moments glaçante, les faisant passer pour les spectres d'un long cauchemar. Ce parti pris place alors les deux héroïnes maudites derrière une sorte d'épais quatrième mur qui corsète une proposition d'abord assez didactique dans ses enjeux, puis pas toujours simple à suivre. Mais, au fur et à mesure que l'intrigue avance, que les arguments des un·es et des autres s'affirment, que le doute s'installe même chez cette reine a priori certaine de son choix fatal, la mécanique théâtrale parfaitement rodée produit ses effets et laisse advenir un véritable diamant noir théâtral.
Marie Stuart
Du 25 février au 4 mars 2026 au TNP (Villeurbanne) ; de 7 à 30€

